voyages au dict lieu ont esté entreprins, au préjudice de ce qu'il
vous avoit faict requérir et remonstrer au contraire, il vous playse
luy fère communication du contract et marché, que Vostre Majesté
allègue avoir esté faict là dessus, affin qu'il en puysse demeurer
aucunement satisfaict.
RESPONCE FAICTE PAR LA ROYNE D'ANGLETERRE à la susdite remonstrance,
suivant les articles cothez.
_Au premier._--Il y est pourveu par la proclamation du XXVIIe d'avril
dernier.
2.--Il y est aussi pourveu en la mesmes proclamation.
3.--Il y est aussi pourveu par certains ordres, envoyés du conseil, à
toute portz, en mars dernier, de quoy l'ambassadeur a eu coppie.
4.--Cella ne peult estre par ordre exécuté, comme l'article requiert,
car les navyres, qui sortent d'ung port, ne retournent pas toutjours
en icelluy, mais en aultres.
5.--Il n'y a poinct de besoing, là, de déclaration par parolles, car,
par manifestes oeuvres, il est déclairé que toutz Françoys sont
souffertz hanter en Angleterre, combien que les Anglois sont
journellement arrestez en France; à quoy il n'est remédié par
oeuvres.--Asseurément, il ne peult estre longuement observé, de la
part d'Angleterre, comme il est meintennant.
6.--Dessus complaincte justice est et sera faicte.
7.--Cestuy cy sera faict, si aulcun peult estre persuadé de pouvoir
librement passer en France.
8.--Il est libre, par les trettez, aulx merchands d'Angleterre de
ressortir en quelques portz que ce soit de France, et fault
naturellement que les merchandz trafficquent où ilz trouvent meilleur
traictement; à ceste cause, s'ilz peuvent estre mieulx trettez en
aultres places qu'à la Rochelle, asseurément ilz y veulent, d'eulx
mesmes, ressortir combien qu'ilz fussent commandez aller à la
Rochelle.
9.--Le marché est entre certains marchandz de Londres avec aulcuns de
la Rochelle, pour leur délivrer quelque quantité de sel et telles
semblables choses, nécessaires pour l'usaige d'Angleterre, à certains
priz, lequel ilz ne veulent estre manifesté, de peur que leurs marchez
ne puyssent, par d'aultres marchandz, estre damnisez, car communément
ung marchand cherche à préjudicier à l'aultre pour son gain
particullier, et, pour ce, ont ilz accoustumé de garder leurs marchez
secrètement, tant pour leurs prix que pour la quantité.
XXXVIIe DÉPESCHE
--du XXIIIe jour de may 1569.--
(_Envoyée jusques à la Court par le Sr. de Vassal._)
L'ambassadeur se plaint de ne recevoir aucunes nouvelles de
France.--Succès de ses négociations auprès d'Élisabeth pour
empêcher l'envoi d'un secours sérieux à la Rochelle.--Crainte
conçue en Angleterre d'une entreprise de la part des Espagnols
vers Norfolc, et de la part de la France en
Écosse.--Continuation des démarches faites auprès de
l'ambassadeur d'Espagne.--Détails de l'accident subit arrivé à
Marie Stuart, que l'on a crue morte.--_Mémoire général_ sur la
situation des affaires de France, d'Espagne et
d'Écosse.--Protection accordée aux protestants de France par
Élisabeth, qui n'est retenue que par la crainte de la
guerre.--Le conseil est toujours dans la même indécision au
sujet de la paix ou de la guerre avec l'Espagne.--Vives
instances faites auprès de l'ambassadeur pour connaître quelle
serait la conduite de la France dans le cas où cette guerre
serait déclarée.--Conduite habile de sir William Cécil pour
détourner l'orage qui gronde autour de lui.--Le duc de Norfolc
accuse devant le conseil Marie Stuart d'avoir fait cession au
duc d'Anjou de ses droits à la couronne d'Angleterre.--Le
conseil décide qu'il ne s'occupera point des demandes de la
reine d'Écosse tant qu'elle ne se sera pas justifiée de cette
accusation.--_Mémoire du cardinal de Chatillon_ à la reine
d'Angleterre sur la situation des protestants en France.
AU ROY.
Sire, il est passé ung mois tout entier, despuys le XVIIe d'estuy cy,
que je n'ay aulcune lettre ny nouvelles de Voz Majestez, et de tant
qu'il semble que cella commance fère quelque faulte icy à vostre
service, pour beaucoup de nouvelles qu'on y publye au désadvantaige de
voz affères, ausquelles je n'ay de quoy respondre, je dépesche exprès
ce gentilhomme pour en aller sçavoir sur le lieu; et vous diray
cependant, Sire, que j'ay tant de foys expressément remonstré à la
Royne d'Angleterre le proffict et seurté, qui luy venoit de la paix et
amytié qu'elle a avecques Vostre Majesté, voz pays et subjectz, et le
mal où elle alloit tumber, si elle permettoit plus d'abuzer ainsy,
soubz main, de son authorité et des moyens de son royaulme contre
vous, qui estiez de trop bon lieu pour ne sentir le mal qu'on vous
feroit, qu'enfin elle a, en vostre faveur, escluz toutz pirates de se
pouvoir dorsenavant aulcunement prévaloir de nul support, retrette ny
descharge, ez portz de son royaulme, ayant révoqué ceulx de ses
subjectz qui s'estoient miz à suyvre ce train, et chassé du tout les
aultres, leurs familles et enfans, de sorte qu'il n'en comparoit
guières plus en ceste mer estroicte, ainsy que les gouverneurs mesmes
des principalles villes de vostre frontière m'en ont asseuré; et n'est
sans que ceulx, qui sont icy pour ceulx de la Rochelle, ne s'y soyent
merveilleusement opposez, pour les bons butins qu'ilz en raportoient à
l'entretennement de leur guerre, et pour l'empeschement qu'ilz
donnoient aulx catholiques de vostre royaulme, et des aultres pays
voysins. Et a faict encores la dicte Dame, avec l'assistance d'aulcuns
principaulx personnaiges que je y ay employez, que le Sr. du Puench de
Pardaillan, qui luy a, parmy les honnestes messages de la Royne de
Navarre, demandé secours d'hommes et d'argent, a esté renvoyé avec
grand acceptation des messages, mais entier reffuz des forces et
d'argent; de sorte que, si les choses ne changent bien fort, ilz ne
peuvent fère estat d'icy que de ce que aulcuns particulliers de leur
religion les pourront, de leurs propres moyens et substance, secourir.
A quoy il est très difficile de remédier, et ceulx là sont, à la
vérité, de tel crédit qu'ilz les peuvent, et icy, et en Allemaigne,
assés accommoder de deniers, avec ce, que je croy sans aulcun doubte,
quoy qu'on me veuille asseurer du contraire, que la dicte Dame mesmes
leur permettra user de son crédit, pourveu qu'il n'y aille rien du
sien, ou qu'elle soit bien asseurée du rembourcement, et que ce ne
soit directement contre les trettez.
Elle est tumbée en grand souspeçon de deux entreprinses, qu'on l'a
asseurée se dresser et se debvoir bien prochainement exécuter contre
elle et contre son estat, l'une, du costé de France, et l'aultre, du
costé de Flandres; dont m'ayant faict sonder si, avec aulcuns
principaulx de ce royaulme, j'estois de la menée de l'une ny de
l'aultre, j'ay donné telle rayson de moy, à celluy qui m'en a parlé,
que je m'asseure qu'elle en demeure satisfaicte; mais cella a esté
cause dont j'ay faict plus grand dilligence de pénétrer en ces deux
faictz, et n'ay encores si grand notice de celluy de Flandres que je
vous oze asseurer de ce qui en est; bien m'a l'on dict que certain
personnaige, fort principal des Pays Bas, en a freschement donné
l'adviz par ung petit escript, non plus grand que la main, où il
asseure que la pratique est bien fort advancée, et que, ayant esté
desjà offert par le duc d'Alve aulx seigneurs angloix, qui la mènent;
mille Hespaignolz naturelz de certain tercero, et deux mille Vualons,
avec cent cinquante mille escuz contantz, ilz demandent pour mieulx
engaiger le dict duc à l'entreprinse deux mille Hespaignolz du tercero
qu'ilz nomment, et ung capitaine désigné, et quatre mille Vuallons,
avec cent mille escuz de plus; et de se préparer, du premier jour, à
les mettre en terre de deçà vers Norfolc. Ce qui se rapporte
aulcunement à certain adviz que, six sepmaines a, je vous ay donné.
Et pour le regard de celluy de France, j'ay sceu de certain qu'on
donne entendre à ceste Royne qu'en France l'on en veult bien fort à
elle, mais que, durant ceste guerre, l'on ne peult ny le veult on
déclairer; mais, la guerre finye, s'il succède mal aulx protestans, ou
qu'ilz soyent contrainctz à quelque paix mal advantaigeuze pour eulx,
qu'il est desjà tout résolu de visiter l'Angleterre, avec la plus
mortelle guerre et les plus déterminées entreprinses que jamais Roy de
France y ayt faictes; et que, cependant, ung certain capitaine, qu'ilz
nomment Saint Martin, lequel ilz disent estre à Monsieur le cardinal
de Lorraine, est desjà arrivé a Paris, ensemble ung aultre gentilhomme
avecques luy, ayantz toutz deux cartelz de mon dict sieur le cardinal,
en motz couvertz, pour lever des deniers et aller incontinent en
Bretaigne armer navyres et lever gens pour descendre en Angleterre, en
faveur de la Royne d'Escoce, en ung port où ilz sont attanduz, et où
ung Anglois et ung Escouçoys, qui ne sont nommez, les doibvent
conduyre, qui est une invention, laquelle se descouvre d'elle mesmes
estre trop affectée, pour fère embarquer ceste princesse à l'aultre
party. A quoy je sçay desjà que respondre, si la dicte Dame m'en
vient, tant soit peu, à toucher, et seray bien ayse que Vostre Majesté
me donne encores, par ces premières, de quoy pouvoir plus clairement
convaincre ceste persuasion.
Au reste ceulx cy disent que mon dict sieur le cardinal a naguières
retiré ung des gens de leur ambassadeur, luy ayant auparavant donné
trois cens escuz pour quelque communication, qu'il luy fit, de
certains messages et paquetz des princes d'Allemaigne, qu'il portoit
à la Royne d'Angleterre, de quoy la dicte Dame est bien offencée.
Les choses de deçà monstrent néantmoins continuer toutjour à la paix
avec Vostre Majesté, ne voyant qu'il se face aulcun nouvel aprest pour
me fère doubter du contraire, que celluy qui est desjà en mer. Il est
vray qu'on mande souvant à dresser l'ordre des forces de ce royaulme;
mais il se cognoist assés que c'est plus pour se deffendre, et pour
obvier aulx esmotions qu'on y crainct, que pour fère quelque
entreprinse hors du pays.
L'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, a esté, despuys trois jours, de
rechef recerché de depputer commissaires sur le faict de ses prinses
et saysyes, essayans ceulx de ce conseil d'atacher par ce moyen
quelque pratique d'accord avecques luy; mais il a respondu qu'il n'y
avoit lieu de nommer commissaires avant que ce qui a esté prins, comme
en guerre, par les propres navyres de la Royne d'Angleterre, fût
rendu; mais, cella faict, affin que toute forme d'hostillité soit hors
de cause, qu'il se pourra après depputer commissaires sur le reste des
prinses et des arrestz faictz par auctorité de justice, et qu'il sçayt
bien que, de tout ce qui a esté saysy en Flandres, s'il en deffault
une seule pièce de drap, le duc d'Alve la satisfera, et qu'ainsy
convient il rendre, par deçà, tout ce qui a esté prins et arresté sur
les subjectz du Roy, son Maistre. Il ne m'est permiz de veoir encores
le dict sieur ambassadeur, mais nous pratiquons ensemble par messages,
et je sentz bien qu'il incline fort à ung accord et est fort ayse d'y
veoir peu à peu achemyner ceulx cy, et sans ce, qu'aulcuns des grandz
l'asseurent que, tant qu'il tiendra plus ferme de son costé, tant
plus ceulx cy plyeront de venir à son poinct, il fût desjà bien avant
en tretté avecques eulx.
J'ay si bien instruict ce dict porteur des nouvelles de la Royne
d'Escoce et de tout le reste de l'estat, que je cognoys à présent des
affères de deçà, que, donnant foy, comme je vous suplie de fère, à ce
qu'il vous dira, je n'ay, pour le surplus, qu'à prier dévottement le
Créateur, etc.
De Londres ce XXIIIe de may 1569.
A LA ROYNE.
Madame, l'on faict courir icy beaulcoup de nouvelles en deffaveur des
affères de Voz Majestez, et s'esforce l'on, par là, de remettre en
termes les secrettes entreprinses contraires à la paix, que j'ay miz
beaulcoup de peyne d'interrompre; dont ceulx, qui m'y ont tenu la
main, m'envoyent souvant enquérir de ce qui en est, et, pour ne leur
en sçavoir donner compte, ilz pensent que je les veulx taire ou
dissimuler, parce que je ne les sçay bonnes; ce qui les faict estre
plus froidz et timides sur mes remonstrances, et donne lieu aulx
aultres de m'y procurer une longueur, ou bien ung changement, en ce
qu'ilz peuvent, qui est cause que je suplie très humblement Vostre
Majesté de me fère avoir plus souvant de voz nouvelles, affin que le
retardement d'icelles ne face dommaige à vostre service, auquel
dommaige j'espère bien d'y pouvoir aulcunement remédyer; mais
beaulcoup mieulx, si je y suys aydé par lettres et adviz de Voz
Majestez, avecques lesquelles, quant bien il vous debvra venir quelque
mal de ce costé, si ne peult estre destorné du tout, elles m'ayderont
au moins d'en rabattre une partie, et de vous pouvoir advertyr du
reste si à propos qu'il y pourra estre tout à temps remédyé.
J'ay, oultre les lettres de Voz Majestez, baillé ung mémoire au Sr. de
Vassal, présent pourteur, pour le vous monstrer, lequel j'ay faict
tout exprès bien fort ample, affin qu'après l'avoir veu, comme je
suplie Vostre Majesté d'en prendre la peyne, parce qu'il contient tout
ce que je sçay estre icy à présent en termes, il vous playse l'envoyer
à monseigneur vostre filz, qui desire estre informé, par le menu, de
toutes ces choses, auquel, parce que je ne luy ay rien escript, cinq
sepmaines a, il vous plairra commander luy en fère une prompte
dépesche; et n'adjouxteray, pour le surplus, à la présente, sinon que
Mr. le cardinal de Chatillon a faict venir quatre centz pièces de vin,
blanc et clairet, de la Rochelle, desquelles il a, ces jours passés,
distribués à la Royne d'Angleterre et à toutz ceulx de ce conseil les
douze vingtz, et a réservé les huict vingtz pour sa provision, ce qui
faict juger à plusieurs qu'il ne sent les choses en France en termes
pour y pouvoir retorner de long temps; et a emprumpté envyron deux
mille escuz d'ung marchant de ceste ville, à qui trois principaulx
seigneurs de ceste court en ont respondu.
Il se parle que madame la princesse de Condé passera bien tost de
deçà, ce qui se sçaura mieulx au retour de la flotte de la Rochelle.
Ceux du dict lieu de la Rochelle, qui sont descenduz au cap de
Cornoaille, ainsy que je l'ay mandé par mes précédantes, ne sont, à ce
qu'on m'a dict, guyères gens de qualité. Tout ce qui surviendra
d'heure à heure, je mettray peyne d'en advertir Vostre Majesté, à
laquelle baysant, en cest endroict, très humblement les mains, je
prieray Dieu qu'il vous doinct, etc.
De Londres ce XXIIIe de may 1569.
Despuys ce dessus, la Royne d'Escoce, escripvant à ceste Royne sur la
particularité que verrez en mon mémoire, consernant monseigneur vostre
filz, a donné charge au porteur de me venir dire comme, le Xe de ce
moys, ayant sur les huict heures du matin prins des pillules, soubdain
luy estoit venu ung tremblement et vomyssement, et estoit tumbée
plusieurs foys en convulsion, et luy avoit duré jusques à une heure
après midy, mais qu'elle estoit, grâces à Dieu, assés bien revenue, et
espéroit qu'elle se porterait mieulx. Ceste Royne luy a envoyé des
médecins, et semble qu'elle se laysse conduyre à la vouloir remettre
en son estat. J'espère pouvoir, au nom de Voz Majestez, assés ayder à
l'accommodement des affères de la dicte Dame, sans incommoder les
vostres. Elle a grand faulte d'argent pour ses menues nécessitez.
MÉMOIRE AU SR. DE VASSAL DE CE QU'IL DIRA, OULTRE LE CONTENU DE
LA DÉPESCHE, de ma part, à Leurs Majestez:
Que, suyvant le discours de Mr. le cardinal de Chatillon, qui a esté
trouvé sur monsieur le prince de Condé, le jour de sa deffaicte, ceste
Royne a, du commencement, donné plusieurs bonnes espérances de secours
et de faveur à ceulx de la Rochelle, et mesmes de se déclairer pour
leur party, quant il en seroit temps;
Non en aulcune déterminée entreprinse, que je sache, contre le Roy,
mais en la généralle cause de la deffance de la nouvelle religion,
pour laquelle ceulx du dict lieu, par leurs continuelz messages, et
aussi les princes d'Allemaigne, par leurs depputez, l'ont très
instantemant sollicitée qu'elle en vollût avec eulx entreprendre la
deffance;
Et luy en ont représanté l'exécution bien facille, soit en France, ou
en Flandres, mesmement en France, de tant qu'on en est desjà aulx
mains, et que pour en venir à bout disent ne rester que la déclaration
de sa volonté et aulcuns siens moyens, qui ne luy seront aulcunement
mal aysés.
Et se sont esforcez luy persuader qu'elle le debvoit et le pouvoit
légitimement fère, sans aulcune infraction des trettez de paix,
qu'elle a avec les princes catholiques, de tant que ce sont eulx
premiers, à ce qu'ilz disent, qui ont conjuré et entreprins
d'exterminer ceulx de la religion dont elle est, et que la deffance
est très légitime à ung chacun;
Et que, quant bien il luy fauldra ouvertement venir à quelque
déclaration contre le Roy et contre le Roy d'Espaigne, ce ne luy sera
qu'advantaige, à tout le moings, d'avoir la guerre à l'ung d'eulx,
pour des raysons qu'ilz luy allèguent, pleynes à la vérité de passion,
neantmoins telles que ceste princesse, bien que de soy incline à la
paix, s'est layssée conduyre, dès l'entrée de ces troubles, à leur
octroyer tout le secours et assistance que, soubz main et sans se
déclairer, elle a peu, avec une secrette permission et tollérance, en
son royaulme, de toutes choses qui s'y feroient en faveur et proffict
de ceulx de sa religion, ainsy que despuys l'on en a veu l'exécution
en plusieurs sortes sur les subjectz de Leurs deux Très Chrestienne et
Catholique Majestez.
Mais affin qu'elle ne passât oultre à se déclairer ouvertement contre
le Roy, il y a esté pourveu de bonne heure par des moyens qui ont eu
assés bon effect, lesquelz, estantz aussi essayez pour le Roy
d'Espaigne, ne luy ont encores réuscy si clairement qu'il desiroit.
Dont, puys peu de jours, ceulx, qui portent icy son faict et qui
conseillent la paix, lesquelz sont de tant d'authorité que, sans eulx,
rien de bien important ne se peult résouldre en ce royaulme, en ont,
de rechef, faict mettre la matière en dellibération par prétexte de
tretter d'une remonstrance que j'avoys faicte à ceste Royne, pour fère
cesser les désordres qui se commettent en mer; et j'entendz, qu'après
ung peu de contencion entre ceulx des deux partiz, il a esté, de
rechef, pour le regard de la France, unanimement résolu, par les ungs
et par les aultres, avec aprobation de ceste Royne, que la paix et
commerce se continueront, demeurant encores les choses de Flandres en
quelque suspens.
Et m'ayant le comte de Lestre naguyères prié à diner avec le duc de
Norfolc, le marquis de Norempton, le comte de Betfort, milor
Chamberlan, l'Amyral d'Angleterre et le secrétaire Cecille, qui sont
les principaulx de ce conseil, des deux opinions, ainsy que, entre
aultres choses, très instantment je les requérois de repurger leur mer
et leurs portz de pirates, ilz m'ont remonstré, qu'estans en suspens
avec le Roy d'Espaigne, ilz avoient besoing d'entretenir et supporter
leurs capitaines de mer, et de ne fère, qu'en remédiant aulx désordres
pour contanter le Roy, ilz vinsent à diminuer pourtant leurs forces,
me sondans, ceulx de l'ung party, là dessus, si je voulois donner
parolle que le Roy ne prendroit la cause du Roy d'Espaigne ny ne se
déclaireroit contre la Royne, leur Mestresse, et que tant mieulx elle
donroit ordre à ce que je desiroys.
Sur quoy, voyant l'aguet de l'aultre party sur ce que je dirois là
dessus, j'ay respondu n'y avoir lieu de me demander, à présent, une
telle déclaration; car je n'avois aussi aulcune charge de la leur
fère: ains seulement d'asseurer la Royne, leur Mestresse, et eulx, qui
sont de son conseil, qu'ilz trouveront une très ferme et constante
correspondance de paix en l'endroict du Roy, Mon Seigneur, s'ilz ne le
provoquent de la rompre; et quant à l'amytié et l'alliance, d'entre
Leurs Majestez Très Chrestienne et Catholique, qu'elle est notoire à
tout le monde, mais ce n'est au préjudice de l'Angleterre, ny n'est
matière qui concerne ce que nous avions présentement à tretter.
Dont m'ayantz toutz, d'une voix, promiz ung si bon remède que j'en
demeureroys contant, ilz ont, despuys, faict publier certaine
ordonnance, dez la fin d'avril, sur le reiglement de la mer, en
laquelle ilz n'ont ozé néantmoins fère expécialle mencion de la
France, pour ne monstrer d'exclurre, du tout, les pays et subjectz du
Roy Catholique, comme n'estans encores en manifeste ropture avecques
luy; et me semblant que ceste grande générallité, en faveur de toutz
navigans, ne satisferoit assés aulx choses particullières que je
requéroys pour le Roy et ses dictz subjectz, je leur ay baillé une
remonstrance par chefz et articles.
A laquelle ilz m'ont faict les responces qu'on a veu au marge de
chacun chef, lesquelles sont assés sellon la paix, mais non, du tout,
convenables aulx légitimes entretennemens d'icelle, ny sellon la
réparation des tortz et violences qu'il est besoing de fère aulx
subjectz du Roy, de quoy sont cause les accordz précédans et les
promises tollérances, et aussi, que les prinses ont esté aulcunement
despartyes entre ceulx qui ont authorité; mais j'essayeray d'avoir
mieulx, s'il est possible, et d'obtenir, par le menu, ce que, par
déclaration généralle, l'on a faict difficulté de me bailler.
Or, nonobstant la susdicte résolution de paix avecques le Roy, ceste
princesse ne laysse d'entretenir toutjour en bonne espérance monsieur
le cardinal de Chatillon et ceulx de ce party, qui est cause que,
souvant, il vient nouveaulx messagiers, de la Rochelle, ainsy que
naguyères le Sr. du Puench de Pardaillan et Saint Symon ont passé
dessà, en la compaignye de Mr. le vydame de Chartres, et ont confirmé,
de la part de monsieur le prince de Navarre, les mesmes intelligences,
commencées avec feu monsieur le prince de Condé, pour la commune
deffance de leur religion; et, par telz accez, avec l'assistance des
depputez des dictz princes d'Allemaigne, ilz s'esforcent d'encourager
la dicte Dame à leur entreprinse.
En quoy, encor qu'ilz voyent, quant se vient au poinct de se déclairer
ou fornyr deniers, qu'elle leur use de tant de deffaictes et remises,
qu'ilz n'ont occasion, si les choses ne changent bien fort, d'espérer
d'elle ce grand secours qu'ilz se promettent, ilz ne quictent pourtant
la partie;
Et obtiennent toutjour ce qu'ilz peuvent par le moyen de ceulx qui
sont les plus affectionnez à la matière, ainsy que, naguyères, ilz ont
tant faict que ce second voyage de la Rochelle a esté accomply,
nonobstant les empeschemens que je me suys efforcé d'y mettre; et
mesmes, voyantz qu'il m'avoit esté donné parolle, avecques sèrement,
par la dicte Dame et les principaulx de son royaulme, qu'il n'yroit en
la flotte gens de guerre, ny armes, artillerye, ny monition aulcune,
d'où le Roy peult estre offancé, ilz ont néantmoings, en quelques
vaysseaulx françoys, qui sont allés de compaignye, faict embarquer le
Sr. Du Doict, Rouvray et Valfenyères et environ soixante Françoys
avecques leurs morrions et haquebutes, ensemble XX hommes, entenduz en
mynes et contremynes, et quelques charpentiers, massons, boulangiers,
cordonniers, mareschaulx et aultres artizans, mais non en grand
nombre, que le conseiller Cavaignes a eu secrette commission de fère
lever au pays d'Ouest.
Et y a dangier qu'ilz se prévallent aussi du nom de la dicte Dame à
trouver des deniers en Allemaigne, mesmement s'ilz peuvent fère qu'il
n'y coure rien du sien, sinon son seul crédit, car, estant la flotte
pour Hembourg desjà en mer, toute parée pour le premier bon vent qu'il
fera, en nombre de XXVIII vaysseaulx, bien équipez, oultre sept des
grandz navyres de guerre de ceste Royne, les mieulx pourveuz et armez
qu'il est possible, avec deux mille cinq cens hommes de combat, et Me.
Oynter pour les conduyre, l'on y porte, à ce premier coup, si bon
nombre de draps et laynes, qu'on les estime à sept cens mille escuz,
qui sera un commancement de grand crédit pour la dicte Dame et pour le
corps de son royaulme par dellà.