le tour que le duc de Chatellerault et ceulx du costé de dellà m'ont
faict, accordant avec le comte de Mora, dont je n'avois rien sceu
jusques à ce qu'ilz m'ont appoincté ung jour à Édinbourg, lequel j'ay
reffuzé; et, pour ce, je supplie Votre Majesté se haster de me fère
enpuis tendre son intention; car estant si loing des aultres je ne
m'asseurer, sinon de mylord Cranfurd et mylord Ogilby, qui n'ont rien
avec eulx. Par quoy, si je puis évitter ma totalle ruyne, je ne feray
rien jusques à ce que j'aye adviz de Votre Majesté, autrement je la
supplie ne prendre en mauvaise part quelque chose que je face, et
estre asseurée que, tant que je vivray, elle me trouvera fidelle à son
service, et qu'il vauldra mieulx que je sois asseuré que de périr avec
les traistres, si ce n'est le playsir de Votre Majesté. Ilz vous ont
malheureusement trompée, et avant que le dommaige en tumbe sur moy, à
quoy je n'auray poinct d'esgard pourveu que je puysse servir à Votre
Majesté, laquelle je supplie très humblement haster secours de
estrangiers, ou le retour de Votre Majesté, s'il est possible. En
quelque sorte que ce soit, s'il vient armée de France, faictes qu'elle
descende au Nort; car cecy est le plus seur et je hazarderay tout pour
votre service. Quelque chose que cependant se soit passée, le duc de
Chatellerault n'a pas faict honnestement à l'endroict de Votre
Majesté, ny de moy, et, pour ce, je la supplie très humblement vouloir
haster l'ayde de France et Espaigne, et je prendray la chose sur moy:
deux mille ou quinze cens hommes suffiront, avec quelques munitions.
Et, quoy que je face, je supplie Votre Majesté estre asseurée que
toute l'Europe cognoistra que ma vie, et tout ce que j'ay, sont à
votre commandement. Le pourteur est seur, avec lequel je supplie Votre
Majesté me mander ce qu'il luy playrra que je face.
LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE A LA ROYNE D'ANGLETERRE.
--de Winkfild, le XXIIIIe d'avril 1569.--
Madame ma bonne seur, voyant que le terme est passé, de huict ou dix
jours, que j'atandois le retour de Sandy Bog, l'ung de mes serviteurs,
qu'incontinent après la réception de voz favorables lettres, apportées
par Borthuic, je dépeschay, je n'ay vollu différer vous envoyer notre
conseiller, l'évesque de Rosse, présent pourteur, pour vous supplier
que je ne soys plus remise sur ce que mes rebelles feront, ny pour
aultre occasion dilayée; car je crains que desjà ma longue demeure, et
rudesse de voz frontières, et estroicte garde où je suis, ayent par
tropt esbranlé la constance d'aulcuns mes obéyssans subjectz, pour se
veoir privez de ma présence et intelligence de mon intention et
volonté, combien que je ne me puisse persuader qu'ilz facent ung si
faulx et si lasche tour que celluy, qu'il vous a pleu m'advertir avoir
entendu de mes rebelles. Comme que ce soyt, je n'ay affère qu'à vous,
j'implore de tant plus tôt votre support et ayde que ma demeure, et
paciente attante de votre bon playsir, m'a causé ce dommaige. Je
m'asseure qu'au besoing vous me ferés paroistre votre naturelle
amytié, de quoy je vous suplie, considérant le commung proverbe que:
_bis dat, qui tempestivè dat._
Je vous ay serché, avant toutz autres princes; je desire,
pareillement, qu'avant toute autre, m'obligiez à vous, comme plus au
long j'ay donné charge au dict évesque vous fère sur ce instante
requeste et déclaracion de la sincère et naifve affection que j'ay de
vous devenir obligée par favorable et briefve expédition, comme de
sang et naturel je la suys, vous supliant le croire de tout ce qu'il
vous dira, de ma part, comme feriez moy mesmes, et luy donner prompte
résolution, pour ce que l'estat de mes affères, comme bien le pouvez
considérer, et le long temps que je suis icy retenue à regrect, et la
sayson propre à fère voyage le requièrent, affin que du tout je
m'attande à votre support, ou me résolve, avecques votre bonne grâce,
d'en aller sercher aillieurs. Sur quoy, pour ne fère tort à la
suffizance de Mr. de Rosse, je prieray Dieu, après vous avoir présenté
mes très humbles recommendacions qu'il vous doinct, etc.
AULTRE LETTRE DE LA DICTE ROYNE D'ESCOCE.
--du XXVe d'avril, à Winkfild.--
Madame ma bonne seur, aussi tost que j'ay receu voz lettres par
Borthuic, je dépeschay ung mien serviteur, nommé Alexandre Bok, en
Escoce, lequel j'ay attandu jusques au XXe jour, au bout duquel terme;
n'en ayant aulcune nouvelle, et estant informée que mylor Husdon a
assisté et fortiffié mes rebelles, en personne, accompaigné des bandes
de Baruich, à l'exécution de l'usurpée administration de Mora et ses
complices, et que ung serviteur du duc de Chatellerault, qui jà avoit
eu sa commission, fut renvoyé arrester, après l'advertissement de
Mora, et ses lettres prinses, qui, je croy, estoient pour moy,
toutesfoys je n'en puys rien sçavoir, qui me faict croyre que je suys
en dangier n'avoir nulles nouvelles d'Escoce, s'il ne vous playt y
mettre autre ordre. Par quoy je n'ay vollu plus longuement différer la
dépesche de mon conseiller l'évesque de Rosse, présent pourteur, pour
vous supplier que, sans plus vous attandre aulx bons ou mauvais
déportemens de mes subjectz, vous me donniez résolue responce, [et
que] suyvant ma longue et instante requeste, vous me remettiez en mon
estat ou bien me permettiez aller sercher ailleurs secours des autres
princes, mes amys et alliez; car il y a près d'ung an que j'attandz
votre résolution, durant lequel temps mes rebelles se sont fortiffiez
de beaulcoup. Par quoy plus longuement, ne puys je, de mon gré,
recepvoir aulcun délay, sans me résouldre à quelque party, comme plus
au long l'évesque de Rosse vous fera entendre de ma part; auquel vous
suppliant de donner crédict comme à moy mesmes, je vous présenteray
mes affectionnées recommendacions à votre bonne grace; priant Dieu
qu'il vous doinct, etc.
AULTRE LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE.
--du XXVIIIe d'avril, à Winkfild.--
Madame ma bonne seur, ayant, despuys le partement de Sandy Bok, receu
lettres de quelques ungs de mes obéyssans subjectz par ung mien
gentilhomme, et entre aultres du duc de Chatellerault, se plaignans
d'estre retenuz prisonniers et menassez, s'ilz ne s'accordent à tout
ce qu'il plairra à Mora et ses complices, il m'a semblé vous en
debvoir advertir pour ce que leurs ennemys disoient qu'ilz avoient jà
tout librement consenty à leurs usurpations, et aussi me souvenant
qu'en votre dernière lettre me mandiez qu'aviez miz ordre que Mora ne
procèderoit point par armes; encores j'ay bien vollu vous asseurer
qu'il n'en a rien gardé, et puys qu'il tient ainsy mes subjectz, et
des principaulx, les voulans forcer d'advouher et aprouver leurs
perverses actions contre moy, il n'est plus temps de différer. Par
quoy, je vous supplye, sans m'amuser davantaige, me donner briefve
responce, par l'évesque de Rosse, ou que me voulez remettre
présentement, sellon ma requeste, en mon pays, ou que du tout me
reffuziez; car de moyen, entre ces deux, ou délay, ne se peut il plus
longuement recepvoir.
[L'estat] de mes affères me contrainct à vous parler ainsy librement
et de vous presser, de rechef, de m'en donner briefve résolution; car
quelque aultre responce, ou délay, que je reçoipve de vous, excepté
l'accord de ma tant inportune requeste, je ne la sçaurois prendre qu'à
reffuz, qui seroit cause qu'à mon regrect j'accepterois aulcun autre
ayde, qu'il plairroit à Dieu m'envoyer. Je n'ay vollu faillir vous
fère cest advertissement pleynement, affin que ne peussiez m'en
sçavoir mauvais gré, ou prendre à offence ce qui pourra s'en ensuyvre,
vous asseurant que je ne feray jamais chose pour vous offancer ou
desplaire, si aultrement je puys sauver mon estat et délivrer mes
opressez subjectz de l'opression des rebelles. Je vous supplie,
Madame, lyez moy à vous par amytié et bons offices, et non plus par
estroicte garde de celle qui ne desire que, obtenant le fruict de mon
labeur, icy, vous rendre toute l'amytié et debvoir, que seur peult
fère à son aymée et chère seur, comme j'ay instruict mon conseiller,
l'évesque de Rosse, pour vous fère entendre, plus au long, de ma
part, sur lequel me remettant, je finiray, priant Dieu vous donner,
etc.
MÉMOIRE AU DICT LA VERGNE POUR DIRE A LEURS MAJESTEZ:
Que ce que je leur ay mandé, de la secrète division et parcialité de
ce royaulme, commance se mettre en évidence entre ceulx du conseil,
s'estans les principaulx ouvertement opposez à l'authorité et
manyement du secrétaire Cecill, de sorte que le tout va estre remiz à
eulx, sans qu'il oze rien plus expédier de luy mesmes, encor que ne
soit de grand importance;
Que l'on commance fère chemyn à l'ambassadeur d'Espaigne pour
accommoder les différans des prinses, et le dict Cecill, mesmes, luy a
mandé qu'il s'y employera plus dilligemment que nul aultre;
Que ce que la Royne d'Escoce requiert, touchant son château de
Donbertan, pour fère venir quelque rafreschissement de France, affin
que, par faulte de vivres, il ne soit contrainct de se rendre, a
besoing de prompte provision, et semble qu'il est expédiant et
nécessaire de la fère; mais, quant au reste, semble qu'il sera bon de
temporiser, jusques à ce que la Royne d'Angleterre aura accordé ou
reffuzé le secours.
XXXVIe DÉPESCHE
--du XVIe de may 1569.--
(Envoyée par homme exprès, nommé Lamberty, jusques à Calais.)
Sollicitations pressantes faites au nom de la reine de Navarre et
du prince, son fils, auprès d'Élisabeth.--Opinion du duc de
Norfolc sur les projets de la reine.--Promesse d'un secours
d'argent pour l'armée du duc de Deux-Ponts.--Nouvelles avances
faites à l'ambassadeur d'Espagne.--L'évêque de Ross est entendu
devant le conseil.--Maladie grave de Marie Stuart.--Mesures
rigoureuses prises en Angleterre contre les pirates.--Bruit
général répandu à Londres d'un échec essuyé en France par les
troupes du roi.--Le comte d'Ormond et milady Chic, dame
d'honneur d'Élisabeth, sont forcés de s'éloigner de la
cour.--_Lettre de Marie Stuart_ à
l'ambassadeur.--_Remontrances_ de l'ambassadeur à Élisabeth,
pour demander la répression de la piraterie, la restitution des
prises et la communication du contrat fait par les marchands
anglais avec les habitans de la Rochelle.--_Réponse de la
reine_ aux remontrances.
AU ROY.
Sire, vous ayant, par ung des miens, le XIe du présent, escript assés
au long ce qui s'offroit, lors, à ma cognoissance, inportant icy
vostre service, je continueray de dire meintennant à Vostre Majesté
comme, entendant les dilligentes et continuelles pratiques que le Sr.
du Puench de Pardaillan a, toutz ces jours, secrètement menées avec
les principaulx de ceste court, estant souvant en des longz et bien
estroictz conseilz avec eulx, j'ay envoyé prier ceulx, que je sçay
estre bien affectionnez à la prospérité de voz affères, de ne luy
laysser rien inpétrer de ceste Royne qui soit à vostre préjudice; à
quoy m'ayans promiz s'opposer fermement, j'ay despuys sceu, par le duc
de Norfolc, que le dict Sr. du Puench a faict beaulcoup d'honnestes
messages, de la part de la Royne de Navarre et de monsieur le prince
son filz, à la Royne d'Angleterre, confirmant de leur part ce que feu
monsieur le prince de Condé a, de son vivant, tretté avecques elle;
avec quelque condoléance de sa mort, racomptant la façon et yssue du
combat, où il a esté thué, bien fort à son advantaige, et que,
nonobstant la perte de luy, ilz demeurent encores aussi fortz et aussi
bien conduictz qu'auparavant; de tant qu'il leur reste les mesmes
capitaynes et conducteurs, et que le capitayne Piles, avec quatre
mille hommes, s'est, despuis, joinct à leur armée, et les vycomtes
prestz de s'y joindre, avec d'aultres bonnes forces; mais que pour
toutes ses persuasions il n'a rien inpetré de nouveau de la dicte
Royne d'Angleterre ny de ceulx de son conseil, et si, d'avanture, il a
obtenu quelque chose, c'est si secrètement qu'il n'en a rien sceu, qui
pourtant ne peult estre aulcun secours en masse, dont l'on doibve fère
cas, ny que j'en doibve estre aulcunement en peyne; et m'a adjouxté le
dict sieur duc qu'il semble que le jeu dure trop en France, et que la
Royne, sa Mestresse, et tout ce royaulme désirent infinyement d'y
veoir une bonne paix et ung accord en la religion, et qu'il n'est pas
possible de garder ceulx, qui sont icy, de la mesmes religion de ceulx
de la Rochelle, de leur donner toutjour quelque assistance.
Despuys, icelluy Sr. du Puench a prins son congé et je suys après à
fère guetter quel chemyn il prendra; car quelcun m'a dict qu'il semble
vouloir passer en Allemaigne pour aller fère le mesmes office devers
les princes protestans, ce que je ne puys croyre, de tant que le Sr.
de Voysin y est naguières allé. Mr. le vydame de Chartres ne s'est
encores présenté en ceste cour, ny n'est encores arrivé en ceste
ville, et semble qu'il ne sera guières bien venu de ceste Royne pour
la recordation, qu'elle a, du premier voyage qu'il fyt icy, aulx
premiers troubles, et, aussi, qu'elle a opinion qu'il faict ce second,
meintennant, pour habandonner la cause de ceulx avec qui il a toutjour
esté, et qu'elle a entendu qu'il s'est maryé contre l'opinion de la
Royne de Navarre et au regrect des principaulx de leur trouppe.
L'on faict icy cependant grand dilligence, parmy ceulx de la novelle
religion, de dresser ung party pour fère fornyr deux cens mille talars
en Allemaigne pour l'armée du duc de Deux Pontz; et semble que desjà
il y ayt certaine asseurance d'en pouvoir fère avancer la moictié par
les mains du Sr. de Quillegrey, qui est en Hembourg (qui ne se peult
fère que le crédict de ceste Royne, ou du corps en général de ce
royaulme, n'y soit enployé), et que l'aultre moictié se fornyra, à ce
prochain mois de juing, aussi tost que la flotte des draps de Londres
sera arrivée par dellà. En quoy, Sire, ceulx cy ont de quoy collorer
et excuser si bien leur faict, qu'il est mal aysé que je les en puisse
convaincre, encores semble il qu'il fault accepter le désadveu et
excuse qu'ilz en font, pour quelque bien, en ce qu'ilz n'ozent
manifestement vous offancer. Je feray encores dilligence de descouvrir
mieulx ce qui en est; tant y a qu'il fault fère estat que les quarante
mille livres esterlin, revenans à cent trente trois mille escuz, qui
doibvent estre mises ez mains du dict Sr. de Quillegray, de la vante
des draps de ceste flotte, est aultant d'argent contant pour ceulx de
la nouvelle religion en Allemaigne. La dicte flotte, qui va en
Hembourg, n'a eu encores que demy jour de bon vent; par ainsy, elle
n'est hors des costes d'Angleterre.
Ceulx de ce conseil ont mandé à l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy,
que s'il veult depputer commissaires, de sa part, sur le faict des
prinses, qu'ilz en depputeront aussi, de la leur, pour y procéder en
si bonne façon que le Roy, son Maistre, en demeurera contant, qui est
signe qu'ilz veulent bien fort entrer en pratique avecques luy. A quoy
il leur a faict des responces qui ne les ont contantez, dont les
choses demeurent toutjours en suspens. Et sur certaine remonstrance,
que je leur ay baillée par escript, conforme aulx derniers propoz que
j'ay tenuz à ceste Royne, ilz m'ont respondu assez conformément à la
bonne paix d'entre Voz Majestez, voz pays et subjectz, mais non tant
sellon les légitimes entretennemens d'icelle, ny sellon la réparation
de vos dictz subjectz, comme je demandoys, ainsy que Votre Majesté le
verra; mais les principaulx m'ont promiz de fère réformer la dicte
responce.
Les affères de la Royne d'Escoce ont été proposées au dict conseil, et
Mr. l'évesque de Roz a esté deux foys ouy, dont, sur aulcunes
difficultez, l'on a envoyé devers la dicte Dame. J'espère, par le
premier, vous donner bon compte de tout ce qui y a esté dict.
J'entendz qu'elle est tumbée ung peu mallade, néantmoins elle m'a
naguières escript, et affin que soyés mieulx asseuré de ses nouvelles,
je vous envoye la coppie de sa lettre, et prie Dieu, etc.
De Londres ce XVIe de may 1569.
L'on me vient d'advertir qu'encores ce matin les seigneurs de ce
conseil ont dépesché nouvelles commissions contre les pirates, et
dellibèrent, en toutes sortes, d'en purger la mer, et d'en fère pendre
aultant qu'il s'en pourra attrapper.
A LA ROYNE.
Madame, oultre le contenu en la lettre du Roy, j'ay bien peu que vous
mander en ceste cy, si n'est de certaines nouvelles qu'on va semant en
ceste court, et par Londres, qu'il y a eu quelque rencontre en
Xainctonge, où aulcunes troupes du camp de Monseigneur, filz de Vostre
Majesté, ont esté deffaictes, et Messieurs de Thavanes, de Martigues,
de Brissac, d'Estrocy, de La Chastre et aultres plusieurs, demeurez
prins et blessez; et que le duc de Deux Pontz a deffaict, aussi,
quelque trouppe, que menoit le baron des Adrectz, et contrainct Mr.
d'Aumalle se retirer, deux grandz journées, dans le pays, et mettre
une rivière devant luy: de quoy je suys en peyne, bien que pour venir
la dicte nouvelle de costé suspect, ceste Royne ny les seigneurs de ce
conseil n'y adjouxtent grand foy. Et j'espère en Nostre Seigneur que
l'événement n'aura esté tel; mais quoy qu'ayt succédé, je vous supplie
très humblement, Madame, qu'il vous playse m'en fère donner adviz,
affin de le représenter icy à la vérité, et en la façon qu'il fault,
pour garder la réputation de voz affères, affin de n'en laysser
aprofiter ceulx du contraire party.
Il se dict que, vers le cap d'Ouest, a freschement désembarqué une
troupe de gentishommes et damoyselles, vennantz de la Rochelle, et
que, parmy, y a ung des principaulx chefs de leur armée. Je métray
peyne de sçavoir que c'est, pour vous en donner plus grand notice par
mes premières; priant Dieu, etc.
De Londres ce XVIe de may 1569.
Je viens d'estre adverty que le comte d'Ormont a esté, ce matin, banny
de court, et que Mylaris Chic s'en est banye elle mesmes, pour avoir,
eux deux, esté surprins ensemble en lieu secret et trop suspect. La
dicte Mylaris Chic est une des dames d'honneur de ceste Royne.
LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE AU Sr. DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--Wymkfild, le VIIe de mai 1569.--
Monsieur de La Mothe, j'ay esté bien ayse de veoir, par les lettres du
Roy, Monsieur mon bon frère, les bonnes nouvelles de la victoire,
qu'il a pleu à Dieu luy donner; mais je suys en peyne de n'en avoir
point eu de la Royne, Madame ma bonne mère, et que l'on faict encores
courre le bruict que les ennemys sont les plus fortz; et, pour ce, je
vous prie, Monsieur de La Mothe, m'escripre amplement et librement la
vérité de toutes choses. Si je puys obtenir congé pour ung des miens,
je ne fauldray l'envoyer par dellà pour me resjouir avec le dict
seigneur de l'heureux succez de ses affères; sinon je vous adresseray
mes lettres à la première commodité; et sur ce, je prie Dieu vous
donner, Monsieur de La Mothe, ce que plus vous desirez, etc.
Chiffre--[Je vous prye ne laysser cependant passer l'occasion de
remonstrer au Roy la nécessité du prompt secours pour Donbertan, et
l'importance de la place, et vous asseurer que, quelque chose, que je
trette pour sortir d'où je suys, je ne diminueray jamais de la volonté
et affection envers ceulx que je doibz; et me semble, Monsieur de La
Mothe, que c'est la sayson que, si vous parlez un peu brusquement à la
Royne d'Angleterre, j'en auray meilleur marché.]
REMONSTRANCE FAICTE PAR LE Sr. DE LA MOTHE FÉNÉLON A LA ROYNE
D'ANGLETERRE.
1.--Que, pour remédier aulx désordres, qui se commettent en mer au
préjudice de la bonne paix d'entre voz deux Majestez, voz pays et
subjectz, il soit vostre bon playsir fère proclamer en vostre
royaulme, ainsy que le Roy, Mon Seigneur, a mandé proclamer au sien,
que nul de voz dictz subjectz ayt à armer vaysseaulx pour les mettre
en mer, si Vostre Majesté, pour occasion de guerre ou pour la garde de
ses places, expressément ne le permet et commande.
2.--Et, si aulcuns y veulent mettre navyres pour aller à leur traffic
avec plus grand équipage de guerre, qu'il n'est accoustumé à commun
train de merchandise ou de pescherie, il soit mandé de ne les laysser
sortir, sans bailler suffizante caution devant voz officiers qu'ilz
n'attempteront rien au préjudice de la paix, n'y n'empescheront ou
retarderont aulcunement le libre commerce qu'en temps d'icelle est
accoustumé.
3.--Et que ceulx, qui sont desjà en mer, soyent révoquez par cry
public, et déclairez désadvouhez et hors vostre protection, si, du
dernier jour de may prochain en là, ilz continuent d'y estre en
aultre façon que cy dessus n'est dict, pour estre puniz et chastiez
comme brigans et volleurs.
4.--Et, affin de mieulx observer ceste vostre ordonnance, mander à voz
officiers des lieux que, quant quelques vaysseaulx partiront, ils
facent inventoire de tout ce que dans iceulx sera trouvé, avec
obligation qu'à leur retour ils reprendront port au lieu mesmes d'où
ilz seront départiz, et représenteront leur dict inventoire, avec
certiffication du lieu où ilz auront chargé et aschapté leurs
merchandises, et aultres choses, qui se trouveront de plus en leurs
dictz vaysseaulx.
Et, à deffault de ne monstrer telle certiffication, soit mandé saysir
le tout, soubz la main de Vostre Majesté, pour estre, ce qui ne se
trouvera de bonne prise, baillé en garde à quelques bons personnaiges
resséans et solvables, affin de le restituer à qui il apartiendra.
5.--Et de tant qu'aulcuns de voz subjectz, et aultres, estrangiers,
qui se sont retirez en voz portz, ont, despuys cinq ou six moys,
ouvertement et sans punition aulcune, usé de toute licence en mer à
prendre et arrester les biens, personnes et navyres des Françoys,
dont, et des voyages de la Rochelle et aultres semblables déportemens,
aulcuns ont estimé qu'il y avoit guerre entre ces deux royaulmes,
Affin d'en oster l'opinion, et obvyer au mal qui s'en pourroit
ensuyvre, il vous playse, suivant les communs trettez et la mutuelle
déclaration, que Voz Majestez ont naguières faicte, l'une à l'aultre,
sur l'entretennement de la paix, et veu l'ordonnance que le Roy, Mon
Seigneur, de son costé a mandé publier pour asseurer la mer et le
commerce aulx Angloix en son royaulme,
Mander aussi qu'il soit usé de pareille correspondance aux Françoys,
pour leur rendre la mer et le commerce libres et asseurez de deçà, et
que ce qui leur a esté prins et transporté, ou aultrement arresté en
ce royaulme, Vostre Majesté veuille déclairer, qu'après sommaire
vériffication faicte comme il leur appartient, l'adjudication et
dellivrance leur en sera faicte, et que ceulx, qui s'en trouveront
saysiz ou coupables, seront contrainctz par la voye de justice [de les
rendre] ou d'en payer la juste valleur.
6.--Et, de tant qu'aulcuns de ceulx, qui se sont retirez en voz portz,
au sortir d'iceulx, courent ordinairement la mer jusques dans ceulx du
Roy; dont naguières ilz ont miz en alarme la coste de Normandie, et se
sont esforcez d'allumer la guerre entre ces deux royaulmes, il vous
playse leur deffandre toute retrette en vos dictz portz, et ordonner,
attandu les violances qu'ilz ont commises, et qu'ilz ne cessent de
commettre toutz les jours sur les bons subjectz du Roy, qu'ilz seront
prins et apréhendez, quelle part où ilz seront trouvez en ce royaulme,
pour estre puniz comme infracteurs de paix, perturbateurs du repoz
public, et volleurs manifestes.
7.--Que, pour la restitution des prinses, Vostre Majesté, jouxte sa
promesse et celle des seigneurs de son conseil, soit contante de
depputer deux personnaiges, de bonne qualité, Angloix, l'ung de
lettres, et l'aultre merchand, pour aller en France, et il en sera
depputé aultant, de Françoys, pour venir, en mesme temps, en
Angleterre, affin d'estre présens et adjoinctz sur les lieux aulx
commissaires de la dicte restitution, pour tenir la main que, d'ung
costé et d'aultre, elle soit droictement faicte.
8.--Et, pour oster le souspeçon et jalouzie que le Roy prend, et qu'il
ne peult fère qu'il ne preigne, de la contractation de voz subjectz
avec ceulx de la Rochelle, encores que je ne sçay comme il prendra ce
voyage qu'on y va fère à présent, il vous playse, à tout le moins,
fère en sorte que ceste roulte et ce traffic ayent dorsenavant à
cesser;
Et me déclairer s'il vous playt accepter l'offre, que le Roy m'a
commandé expressément de vous fère, c'est qu'il accomodera vostre
royaulme, et voz subjectz, de toutes ces choses nécessaires qu'ilz
vont quérir à la Rochelle, en telz aultres endroictz de son royaulme,
qui présentement luy obéyssent, qu'il vous plairra choysir, et de leur
y fère donner toute faveur, seuretté et bon trettement.