Pour ce, Sa Majesté a trouvé expédiant de ordonner et publier, par

son éedict, aulcun ultérieur effectuel remède; et, pour ce, elle

charge et commande expressément à toutz ses subjectz de désister

d'ayder ou recepvoir aulcun pirate ou aulcune personne, n'ayant

suffizante authorité de Sa Majesté, ou n'estant merchand cogneu

par trafficque, achapt, vante, ou change, ou par forniture de

vivres à eulx ou à aulcuns de leur compaignye, moyennant quoy

iceulx ou aulcuns d'eulx seront plus suffizans pour retourner à

la mer, à commettre aulcun pirataige ou désordre, sur peyne, en ce

faisant, d'estre puniz incontinent, comme debvroient estre les

principaulx offanceurs et pirates.

En oultre, quiconque armera ou préparera, doresenavant, aulcun

navyre à la mer, (réservé telz qui, par l'auctorité de Sa Majesté,

sont spéciallement ordonnez à garder la mer, comme Sa Majesté a,

pour le présent, occasion de ce fère, pour aulcuns aultres

respectz, ou telz qui auront expresse licence et permission de Sa

Majesté), iceulx advertiront l'officier des portz de toute leur

équipage, lequel le visitera et serchera deuhement, affin qu'il

arreste telles personnes, qui seront ainsy manifestement forniz à

la guerre et non pour merchandise ou pescherye, et, s'il y a

aultre manière de souspicion que icelluy, nonobstant qu'il

prétendra de trafficquer pour merchandise ou pescherye, peult

avoir aulcune intention (par ses provisions et équipages), aultre

que de user le train de merchandise ou pescherye que, en tel cas

de suspicion, les officiers des ports l'arresteront, et ne le

laysseront passer en aulcune manière sur la mer, sans suffizantes

obligations et soubz préallable suffizante caution de ne user

aulcune chose que licite train de merchandise et pescherye, et, si

les officiers permettent aulcune personne de sortir à la mer,

aultrement que dessus est declairé, ilz en respondront, [non] tant

seulement pour quelconques piratages que aulcune telle personne

viendroit à fère, après, à la mer; mais demeureront en pryson

jusques à ce que les offanceurs puissent estre prins, en cas

qu'ils soyent vivantz.

Et générallement Sa Majesté déclaire et dénonce que toutz les

pirates et pilleurs, sur la mer, sont hors de sa protection, et

licite d'estre prins, puniz et opprimez par aulcune personne, par

rigueur.

DONNÉ au Pallays de Sa Majesté à Westmester, le XXVIIe jour

d'avril, en l'unzième année du très noble règne de Sa Majesté.

Et plus bas:

DIEU GARDE LA ROYNE.

XXXIVe DÉPESCHE

--du VIe de may 1569.--

(_Envoyée par le Sr. Francesco Thiathe._)

Instructions du conseil d'Angleterre pour la flotte de la

Rochelle.--Entrée du duc de Deux-Ponts en France.--Arrivée en

Angleterre des envoyés de la reine de Navarre.--Nouvelles de la

flotte de Hambourg.--Mission de l'évêque de Ross auprès

d'Élisabeth, pour lui demander, au nom de Marie-Stuart, un

secours de troupes, ou, à défaut, l'autorisation de passer en

France.--Résultat de l'assemblée de

l'Islebourg.--Emprisonnement du duc de Chatellerault et de

milord Herries en Écosse.

AU ROY.

Sire, despuis mes précédantes, qui sont du dernier du passé, j'ay sceu

que les seigneurs de ce conseil ont escript une lettre à sir Jehan

Basin, conducteur de la flotte de la Rochelle, contenant trois chefz:

le premyer, qu'il ayt à laysser aller et mettre incontinent en liberté

deux navyres bretons, qu'il a arrestez, et, qu'en cella il n'a rien

faict sellon sa charge, luy enjoignant de n'uzer, en tout son voyage,

d'aulcune démonstration que de paix et amytié à toutz les subjectz de

Votre Majesté, qu'il trouvera en mer: le second, que, nonobstant le

retour de Colverel par deçà, pour l'occasion duquel il mandoit vouloir

relascher à Porsemue jusques à ce qu'il eust de leurs nouvelles, il ne

laysse de poursuyvre sa routte, à la plus grand dilligence qu'il

pourra, et qu'il trouvera le commis du dict Colverel sur le lieu, qui

luy fera délivrer le sel et vin qu'il y va quérir; et le troiziesme,

qu'il n'est besoing qu'il attande les deux navyres de guerre, qu'on

avoit mandé luy estre baillez par le visadmyral du Ouest, oultre les

deux qu'il meyne de ceulx de ceste Royne, parce qu'il pourra, sans

iceulx, continuer seurement son voyage, veu la bonne paix d'entre la

France et l'Angleterre; qui sont choses qui conviennent assés à ce que

les dictz seigneurs m'avoient promiz, mais, nonobstant cella, je sentz

bien que les nouvelles qu'ilz ont du passaige du duc de Deux Pontz,

par deçà la rivière de Sône, esmeut diversement leur affection et

volonté sur les affères de votre royaulme, les agitant davantaige

ceulx qui sont freschement arrivez de la Rochelle, lesquelz, à ce que

j'entendz, sont principallement venuz pour se condouloir avecques

ceste Royne, de la part de la Royne de Navarre et de monsieur le

Prince, son filz, et de ceulx de ce party, sur la mort de monsieur le

prince de Condé, et luy racompter la façon et yssue du combat, auquel

il a esté thué, et comme le dict sieur Prince de Navarre, estant

subrogé en la place de son oncle, offre continuer les trettez et

conventions qu'il avoit commancez avecques la dicte Dame; et

l'asseurent, au reste, que leur armée est plus forte qu'elle n'estoit

auparavant la bataille, et que le cappitaine Piles, avec quatre mil

homes, tant de pied que de cheval, s'y est joinct et monsieur

Dandellot prest de recuillir les viscontes, lesquelz admènent une

autre grosse trouppe.

Par lesquelz propos, et autres, que je n'ay encores sceuz, ilz

s'esforcent d'encorager ceste princesse à prendre leur party et à bien

espérer de l'yssue de leur entreprinse; dont pourra estre qu'ilz

impètreront quelque chose d'elle, mais je métray peyne de les

empescher, pour le service de Votre Majesté, aultant qu'il me sera

possible, et de vous tenir dilligemment adverty de tout ce que je

pourray descouvrir de leurs actions. Je croy que quel semblant que

leur face la dicte Dame, elle n'a opinion que leurs affères soient en

bon estat; car je sçay que le susdict Colverel luy a rapporté qu'ilz

n'avoient plus d'armée en campaigne, et qu'ilz n'estoient pour y en

mettre, ayant seulement XII mille hommes, tant de pied que de cheval,

du reste de la bataille; et a rapporté aussi à la dicte Dame, ainsy

qu'elle mesmes me l'a dict, que la Royne de Navarre avoit vollu vendre

tout le sel et vin, qui luy avoit esté consigné pour les Anglois,

affin d'envoyer l'argent en Allemaigne; mais qu'il avoit remonstré que

cella luy estoit desjà vandu et ses deniers advancez; dont Mr.

l'Admyral avoit prié la dicte Dame de ne point contrevenir au marché

et promesse qui avoient esté faictz en cella.

La flotte, que ceulx cy ont dépesché pour Hembourg, relasche encores,

par vent contraire, à l'emboucheure de ceste rivière, mais elle fera

voille au premier bon temps, et semble que le party, dont, cy devant,

j'ay faict mention, de cent dix mille escuz de la vante des draps et

laynes de ceste flotte, qui doibvent estre miz ez mains du Sr. de

Quillegrey, à Hembourg, est conclud; dont l'on me donne entendre que

c'est pour fère fondz à lever gens pour ceste Royne, en ce qu'elle en

pourra avoir besoing contre le duc d'Alve, mais je crains qu'il aille

à soubstenir et fère durer la guerre en votre royaulme. Tant y a que

ce n'est argent contant, car le drap est encores icy, et il fault

trouver ung achapteur de dellà. Vray est qu'on m'a dict qu'il y va ung

nombre d'angellotz, en espèces, pour estre consignez au dict

Quillegrey. Je croy que le duc d'Alve pourra ayséement traverser ces

marchez s'il s'y veult bien employer.

L'évesque de Rosse estant naguières arrivé, de la part de la Royne

d'Escoce, a esté bien receu de ceste Royne et des seigneurs de son

conseil, et a proposé à la dicte Dame que, veu l'estat des affères de

sa Mestresse, elle luy veuille promptement bailler son, tant de foys

promis et tant espéré, secours pour estre remise en son estat, ou bien

luy permettre d'en aller procurer ailleurs. Sur quoy elle ne luy a

encores respondu, seulement luy a dict, en passant, que luy mesmes

n'estimeroit raysonnable qu'elle la layssât passer en France pour

aller trouver ceulx qui l'avoient, à ce qu'elle dict, autreffoys

conseillée de luy quereller sa couronne, et il a répliqué qu'il

failloit donques qu'elle s'y employât si bien qu'il ne fût besoing de

recourir à nul autre prince. L'on est après à y dellibérer.

L'assemblée de l'Islebourg, à ce que j'entendz, a eu telle yssue:

qu'ayant la Royne d'Escoce, jouxte l'adviz que je luy donnay

d'escripre incontinent à ceulx de son party qui s'y debvoient trouver,

envoyé bien à propos ses lettres, elles y arrivèrent, le propre jour

de l'assignation, et eurent tant d'efficasse qu'estant la tenue remise

au lendemain pour la révérence du jour de Pasques, le duc de

Chatellerault fut meu de si grand repentance qu'il ne cessa, toute la

nuict, de pleurer, et mylord Herriz tumba mallade, et, tant ces deux

que les autres principaulx du party de la dicte Dame ne vollurent, le

lendemain, rien accorder ny mesmes entrer en l'assemblée; dont le

comte de Mora, frustré de son espérance, recourut aulx menasses et en

fin les fist constituer prisonniers et mettre dans le château; mais il

n'a peu encores tirer autre chose du dict duc, sinon qu'il conduyra sa

teste jusques au poteau plus tost qu'il recognoisse autre pour son

souverain que la Royne, sa Mestresse. Et j'entendz que les comtes

d'Arguil, de Hunthely et d'Atil sont si fortz, vers le Nort, qu'ilz y

font entièrement obéyr la dicte Royne; ilz craignent toutesfoys bien

fort que le chateau de Donbertan soit contrainct de se rendre, par

faulte de vivres, qui est leur principalle espérance, dont désirent

qu'il y puisse aller quelque rafreschissement, de France, dans la fin

de ce moys; et croy que c'est, à ceste heure, le plus important et le

plus hasté ez affères de la dicte Dame. Sur ce, etc.

De Londres ce VIe de may 1569.

A LA ROYNE.

Madame, je n'ay rien, à présent, qui soit pour estre commiz à une

ordinaire dépesche, que ce que Votre Majesté verra en la lettre du

Roy; oultre laquelle je ne vous diray, Madame, sinon que la Royne

d'Angleterre est, à présent, bien fort agitée pour les divers succez

des choses de France, à cause du passaige du duc de Deux Pontz par

deçà la Sône et pour la venue de ces nouveaulx messagiers de la

Rochelle, lesquelz, tout ainsy que pour mon regard je la sollicite de

se porter droictement en la cause que vous pourchassez pour le

recouvrement de l'obéyssance de voz subjectz, qui est bien fort

convenable à sa qualité de Royne, eulx, et les depputez des princes

d'Allemaigne, la sollicitent de ne laysser deffinir la cause de sa

religion par les armes, sans y opposer les siennes, et s'esforcent,

par plusieurs aparans argumens, l'attirer à leur intention, avec

l'assistance de ceulx d'auprès d'elle qui les favorisent; et je la

retiens, d'autre part, par le moyen du respect qu'elle porte à Voz

Majestez, avec le support d'aulcuns autres des siens, qui m'aydent à

luy fère bien recepvoir mes remonstrances. Tant y a qu'il se cognoist

assés qu'en fin le Roy et Vous, Madame, n'avés à espérer de ce costé,

ny, comme je croy, de celluy de voz aultres plus estroictz aliez,

qu'aultant que la bonne conduicte et prospérité de voz propres affères

les retiendra en votre amytié et intelligence; car, certes, ilz

tendent toutz à advantaiger leurs propres affères, mesmes il semble

qu'ilz serchent d'en fère l'establissement sur les évènementz de votre

royaulme, comme sur ung estat qui ne peult, tant que ces malheureux

troubles et divisions dureront, estre que tout ouvert et exposé à

l'injure de tout le monde.

La dicte Dame, par aulcuns siens propos, lesquelz seroient longs à

mettre icy, monstre avoir adviz, de plusieurs endroictz, que, si ce

mal ne s'achève bien tost ou ne se divertit ailheurs, qu'il est pour

vous attirer toutes les aultres guerres de la chrestienté en votre

royaulme, et semble bien qu'elle vous en vouldroit veoir deschargez.

Je métray le plus de peyne que je pourray de garder qu'il ne vous

viègne guières de mal de ce costé, ou poinct du tout, s'il est

possible, et au moins de vous tenir toutjour bien advertye des

desseings et pratiques, que je descouvriray qu'on mènera pour vous en

fère, et sur ce je suplieray le Créateur, etc.

De Londres ce VIe de may 1569.

XXXVe DÉPESCHE

--du XIIe de may 1569.--

(_Envoyée par La Vergne._)

La reine d'Écosse sollicite avec instance la protection de

Charles IX.--Délibérations du conseil d'Angleterre sur les

remontrances des ambassadeurs de France et d'Espagne, sur les

demandes de l'évêque de Ross et les sollicitations des envoyés

de la Rochelle.--Relâche de la flotte de Hambourg à

Harwich.--Des images de saints et des ornements d'église

appartenant à un Espagnol, sont brûlés en place

publique.--_Lettre de Marie Stuart à l'ambassadeur._--Elle

réclame un prompt secours pour le château de Dumbarton, et

envoie un avis qui lui est donné par le comte de

Hunteley.--_Lettres de Marie Stuart à Élisabeth_, au sujet de

la mission qu'elle a confiée à l'évêque de Ross.--_Mémoire_

dans lequel l'ambassadeur signale la division toujours

croissante entre les membres du conseil d'Angleterre, les

démarches faites auprès de l'ambassadeur d'Espagne pour

prévenir la guerre et la nécessité de secourir la citadelle de

Dumbarton.

AU ROY.

Sire, ayant présentement receu des lettres de la Royne d'Escoce, avec

aulcuns adviz de ses affères, qu'elle me prie vous fère incontinent

sçavoir, j'ay bien vollu tout aussi tost dépescher ce mien secrétaire

pour vous apporter la coppie de ses mesmes lettres et mémoires, et ne

les retenir, attendu la prompte provision qu'elle y requiert,

qu'aultant que j'ay miz à fère ceste petite dépesche, laquelle vous

venant si soubdain après l'aultre mienne, du VIe du présent, sans que

j'aye encores receu la responce que j'atandz des seigneurs de ce

conseil sur la plus part des choses que, à présent j'ay à démesler

avec eulx pour votre service, je vous diray seulement, Sire, que la

division et compétance, qui se manifeste meintennant, et laquelle

commance à produire, entre ces seigneurs, les effectz que, par

plusieurs de mes précédantes, je vous ay mandé, est cause dont ilz me

uzent de longueur; et je les attandz paciemment, cognoissant qu'encor

que cella ne soit pour torner du tout à bien, il semble au moins qu'il

destornera quelque mal; et j'entretiens cependant les deux partiz en

l'affection de la paix envers Votre Majesté, lesquelz la confirmeront

par après, comme j'espère, plus clairement, quant les choses auront

prins leur ply.

Ilz furent, hier, en grand contention touchant la responce qu'ilz

avoient à fère à ma remonstrance, conforme au propos que j'ay

dernièrement tenu à ceste Royne, et à une autre de l'ambassadeur

d'Espaigne, et aussi à celle de l'évesque de Rosse pour la Royne

d'Escoce, et croy que celle du Sr. du Puench de Pardaillan pour ceulx

de la Rochelle fut pareillement mise en dellibération, sur lesquelles,

tant les ungs que les aultres, au sortir du conseil, monstrèrent

qu'ilz n'en estoient demeurez ny bien contantz, ny bien d'accord.

Aussi tost que j'auray notice de ce qui fut débattu entre eulx, j'en

donray adviz à Votre Majesté.

Ceste Royne changea, hier, de logis et s'en alla à Grenuich pour

quelque souspeçon de malladie qu'il y a en ceste ville, qui n'est

causée, comme je croy, que par la siccité du temps, y ayant plus de

six sepmaines qu'il n'y a pleu; elle y séjournera jusques à la St

Jehan.

La flotte pour Hembourg, nonobstant le vent contraire, s'est

conduicte, par marées, jusques à Haruich, et se tient là parée pour se

mettre à la voille, au premier bon temps. Elle est en si bon équipage

de toutes choses nécessaires, mesmes de gens de combat, en nombre de

plus de deux mile cinq cens, que, nonobstant les adviz qu'ilz ont des

aprestz du duc d'Alve pour les empescher, ilz dellibèrent poursuyvre

leur routte; et je croy, à la vérité, qu'on les laira passer.

Aulcuns vaysseaulx françoys, partiz d'icy avec la flotte de la

Rochelle, ès quelz se sont enbarquez le Sr. Du Doict, Rouvray et

Valfenière, et envyron soixante Françoys avec leurs morrions et

haquebutes, doibvent encores prendre à Plemmue vingt hommes, entenduz

en mines et contre-mines, et quelques charpentiers, massons,

bolangiers, cordonniers, mareschaulx et autres artizans, mais non en

grand nombre, que le conseiller Cavaignes a eu secrecte commission de

fère lever, au pays d'Ouest, pour fère passer à la Rochelle, ce qui

monstre, Sire, qu'on y crainct le siège. Et ceulx cy cependant

tiennent en suspens leurs entreprinses pour attandre le succez que

prendront celles de Votre Majesté. Ilz ont mandé fère une description

d'hommes, par tout le royaulme, de l'eage de sèze jusques à soixante

ans, et se pourvoir d'armes; et, pour une souspeçon qu'ilz ont eu de

quelque entreprinse sur les isles de Gergé et Grènezé, ilz ont mandé

retirer, dans les chasteaulx des dictes isles, la grosse artillerye

qui estoit despartye ez portz et hâvres d'icelles, et iceulx garnir de

pièces de fer.

Hier, ung nombre d'images et ornemens d'esglize d'ung certain merchant

espaignol, nommé Anthoine de Goaras, familier et domestique de

l'ambassadeur d'Espaigne, furent bruslez, la moictié devant sa maison,

et l'aultre moictié en la grand rue de Chipsy, criant le peuple que

c'estoient les dieux d'Espaigne qu'on brusloit; et ung principal

serviteur du dict ambassadeur fut miz en prison, l'accusant ung

Anglois qu'il avoit dict, voyant brusler les dictes images, qu'il

verroit bien tost brusler de mesmes ceste ville, mais cella ne s'est

peu vériffier; dont il a esté, despuis, relaxé. Sur ce, etc.

De Londres ce XIIe de may 1569.

A LA ROYNE.

Madame, pour satisfère à la Royne d'Escoce sur les lettres, qu'elle

m'a escriptes du XXVIIIe du passé, ès quelles elle monstre avoir grand

besoing d'une non trop grande, ny trop mal aysée, mais bien prompte

assistance et faveur de Voz Majestez, pour obvyer à la totalle ruyne

de ses affères, j'ay bien vollu vous en fère, tout incontinent, ceste

dépesche et la vous envoyer par ce mien secrétaire, à qui j'ay aussi

donné charge, Madame, de se présenter devant Votre Majesté sur ce que,

cy devant, l'on vous a raporté de luy, affin que luy commandiez ce

qu'il vous plairra, et de vous fère entendre aulcunes choses de

l'estat des affères de deçà, comme l'on y commance de jouer le jeu,

dont, cy devant, vous ay donné adviz, qui ne fault doubter que ne

produyse d'heure en heure plusieurs nouveaultez, lesquelles je ne

fauldray vous mander ainsy qu'elles adviendront, vous suppliant

cependant, Madame, vouloir commander deux choses: l'une, de donner

nouvel adviz à Monseigneur votre filz, comme il n'est rien alé d'icy à

la Rochelle que ce que, par mes précédantes, et meintennant par celles

du Roy, je vous ay mandé, qui est si peu, que ceulx du dict lieu n'en

pourront guières advancer leurs entreprinses, ny guières retarder

celles de mon dict seigneur; et l'aultre, qu'il vous playse me fère

donner quelqu'adviz de l'estat de voz affères, et comme il vous playt

que je les représente; car, certes, cella est de grand moment et

importance en ce lieu, pour y rabattre les faulx bruictz, qu'on y sème

ordinairement au désavantaige du bon succez de voz entreprinses; et je

prieray Dieu, etc.

De Londres ce XIIe de may 1569.

LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE AU Sr. DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--de Wynkfeild, le XVIIIe d'avril 1569.--

Monsieur de La Mothe, par lettres, que j'ay receu d'Escoce despuis le

partement de l'évesque de Rosse, j'ay entendu comme les choses y sont

passées, c'est que le duc de Chatellerault, et les aultres qui

estoient encores en mon obéyssance, se trouvans destituez de tout

secours et pressez par mes rebelles, qui avoient eu loysir de se

préparer devant qu'il luy fût permiz partir de ce pays, davantaige qui

estoient fortiffiez d'argent de ce costé pour lever et entretenir

soldatz, et, en oultre, assistez ouvertement de gens de pied et de

cheval angloix par milor Husdon gouverneur de Warvich, ilz ont esté

contrainctz se renger à ce que la Royne d'Angleterre dict au duc de

Chatellerault à son partement, que, s'il ne recognoissoit l'authorité

de mon filz, ainsy que je vous ay escript ces jour passez, il ne

s'atendît d'avoir support ou faveur d'elle, mais au contraire qu'elle

luy nuyroit où elle pourroit. Soubz ceste condition, le dict duc et

lord Herys ont fyé leurs personnes au comte de Mora, lequel les ayant

en sa puyssance, les a faictz mettre prisonniers au chateau

d'Edembourg, où ilz sont meintennant, pour les forcer, ainsy qu'ilz

disent, de consentir à quelques articles qu'il leur propose, oultre

leur dicte soubzmission. Ilz se plaignent, me suppliant employer mes

amys, avec protestation que ce qu'ilz ont faict estoit pour se

réserver à me pouvoir encores fère service, et pour n'estre du tout

ruynez, voyant la Royne d'Angleterre bandée avec mes rebelles; et que,

si pour saulver leurs vies et sortir de prison, ilz se condescendent,

d'avanture, à autre chose, ilz me supplient estimer (quelque seureté

que preignent mes dictz rebelles) que ceste ne durra plus long tems

qu'ilz pourront avoir secours; ce que je vous prie fère entendre au

Roy, monsieur mon beau frère, et à la Royne, madame ma bonne mère,

ensemble la négociation que vous entendrez de l'évesque de Rosse. Je

leur escriptz présentement et me remectz sur vous, m'asseurant que

ferez, en cecy comme en aultres choses, office de bon amy.

J'espère que Dieu permettra qu'en brief le dict seigneur aura rengé

toutz ses rebelles, et qu'estans ses affères réduictes, il aura pityé

des miennes, et y mettra la main; mais cependant le chateau de

Donbertan, qui estoit ce qui m'estoit obéyssant de mon royaulme, et

l'espérance du recouvrement d'icelluy, est en telle nécessité de

munitions de grosse artillerye et de vivres, que, s'il n'est secouru,

entre cy et le commancement de juing, milor Flamy, qui l'a en garde,

sera contrainct le rendre et s'en aler avec les aultres, ainsy qu'il

m'a mandé pour dernier adviz, n'ayant moyen tenir plus longuement. Je

vous prie, monsieur de La Mothe, le remonstrer affin qu'il y soit

pourveu, s'il est possible. L'évesque de Rosse vous informera plus

particullièrement de toutes choses, qui sera cause que je ne feray

ceste plus longue que pour prier Dieu vous donner, monsieur de La

Mothe, ce que plus desirés, etc.

ADVIZ DE LA ROYNE D'ESCOCE.

Je viens, tout présentement, de recepvoir l'adviz, cy cloz, du comte

de Huntely, lequel j'ay faict translater, de mot à mot, affin que vous

le voyez. Je croy qu'il fera ce qu'il dict; car, oultre l'obligation

envers moy de sa vye et de ses biens, que je luy ay donnez, il a

capitalle hayne avec le comte de Mora, qui a faict morir son père et

son frère, et a vollu en fère aultant de luy, et exterminer sa maison.

Le comte de Huntely tient encores, en mon nom, tout le pays du Nort en

obéyssance, et a dompté toutz ceulx qui tenoient pour mes rebelles. Il

est bien loing du secours que la Royne d'Angleterre pourra fère à mes

dictz rebelles, et, avec peu de ayde, aura moyen de les venir trouver,

ou, pour le moins, de leur oster beaulcoup de pays et se saysir de

plusieurs lieux d'importance; et, si du costé de Dunbertan, il y a

concurrance, tout le pays du Ouest ne fauldra s'eslever en ma faveur,

quelque, appointement ou promesse qu'il y ayt du duc de Chatellerault

avec le comte de Mora et ses conplices; car, nul des deux ne peult

longuement consister, si l'aultre n'est du tout ruyné et destruict. Je

vous prie, monsieur de La Mothe, donner adviz de cecy au Roy, et le

supplier de rechef vouloir donner quelque secours à mon pouvre

royaulme affligé, et, si ses affères ne me remettent encores l'entier

support, qu'il luy playse ne laysser perdre Donbertan à faulte de

munitions et quelque peu d'argent. Et sur ce etc.

Escript, le dernier d'avril, à Winkfilde.

LETTRE DU COMTE DE HUNTELEY A LA ROYNE D'ESCOSSE.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, tome premier Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 29 / 34 段