Turcis, neque à Scythis foret commissa, famulorumque ejus
ablegatione et torturà intentatà, litteris regiis interceptis,
sublato sacrosancto legationis jure, cùm ad prefatum potentissimum
principem res spectet, nihil nunc orator exponit, sed illa suo
loco relinquit: hoc tantùm admonens, ne de mandatis ac officiis ab
eo prestandis, aliqua cura aliquis ex prefatis dominis tangatur,
neque in alieno negocio sit curiosus.
Quæ post prefati legati detentionem sint subsecuta, non esset
facile recensere, qualiter, navibus atque holcadibus captivatis,
bona earum à ministris Serenissimæ Reginæ, predicto Arturo,
Guilielmo Ackins, Killigreo, Gaspare Said et innumeris aliis, sint
asportata et ab illis et à Gallis, in portubus, cum omnium
gratulatione, direpta et vendita, ità ut tertia pars mercium antè
comissariorum adventum sit intercepta ut valorem septingentorum
millium ducatorum exæquare possit. Fuit etiam inter predones
predictus Bordele qui, si legationem suam, Serenissimam Reginam
alloquendo, non implevit, alteram tamen partem, ut predâ onustus
ad Condensem principem rediret, non omisit.
Holcades autem ditissimæ XIII, quæ ex Hispanià veniebant, cùm
circà Plimuthensem portum subsisterent, navis nova barqua dicta,
quæ Serenissimæ Reginæ certè fuit, si alicui illam condixerit non
multum in hac parte refert, cum Majestatis enim ejus regio vexillo
expanso ac prefati viceadmiralii filio atque domestico Butselo
ducibus, obviam illis progressa, blandis verbis nomine Suæ
Majestatis illis securitatem promittens, eas in portum duxit,
jactisque ancoris, et illas et nautas captivavit, pretiosiori omni
merce direptâ.
Neque hic destitit, nam ex ammonitione Jacobi Muri qui ex aulâ
regiâ citato cursu illùc pervenit, statim prefatus viceadmiralii
locum tenens quinque ex ditioribus holcadibus selegit, rectòque
Rochellam perrexit, ut ex alienis bonis Condei, tùm viventis, et
Galliæ admiralii exercitum aleret. Estimantur autem prefatæ
quinque holcades ad valorem centum quinquaginta millia ducatorum,
reliquæ autem omnes quæ Plimuthi, Hiermuthi ac in totâ occiduâ
regione tenentur, ad valorem duorum millionum, æquâ estimatione,
referri possunt, citrà illam quam Guilielmus Winter, natu major,
in suo à Rochella reditu intercepit; preterque undecim navigia,
vino onusta, navesque Neoportunenses, et alias, de quorum
captivitate legatus Catholici Regis nondùm plenè est edoctus.
Quæ verò junior Guilielmus Winter, captis octo holcadibus è
Lusitaniâ redeuntibus, sale, aromatibus signatoque argento
oneratis, commisit, apertè declaratio bellica est. Quantùm verò ad
demissionem veli districtumque maris, ridicula omninò narratio
est. Classis certè regia codem modo piraticam exercet, quo Cortene
et Kerkem et Galli, ipsius et illorum socii.
Videturque regium consilium ista parvi pendere, cùm neque ad
probatorias informationes sinat spoliatos, ad demonstranda damna,
ad prefatum oratorem accedere, omnesque aut illi obnoxios, aut à
quibus ista comprehendi possint, carceri includat, aliquo
peregrino pretextu, Baptistamque Sanvictorem à commissione
subtrahat ne depredationes factas penitùs ediscat, atque inter
illos qui in curiâ istiusmodi rebus moderandis sunt destinati,
illustrem admirallium nominaverit, cujus familiaribus et locum
tenentibus similis ruina proficiscitur.
Non absimilis injuria, à Johanne Ackins Catholici Regis amicitiæ
est inflicta, qui regiâ classe aliquorumque (ut dicitur)
consiliariorum ope atque hortatu, quartùm jàm ad Regis
potentissimi occidentales ditiones (quæ Indiarum nomine
appellantur) expeditionem suscepit contrà foedera ac regias leges,
naves obvias diripiens, oppida expilans et incendens, homines, tàm
indigenes quàm Hispanos (in quibus est nobilis Johannes Mendossa
nunc in Hibernià asservatus) captivans; quem quidem Ackins oportet
tandem punire, aurumque omne atque argentum, cum unionibus atque
hominibus restituere, deque aliis etiàm depredationibus, à piratis
Anglis et Gallis ex Angliæ portubus exeuntibus factis, integrè
omninò satisfacere et mare liberum reddere; protestante in his
omnibus prefato oratore, prout ei licet et decet, in superioribus
etiàm protestationibus persistente.
Nam non dubitat quin, si Serenissima Regina Dominique Consiliarii
pacem pretenderent, ab his injuriis abstinentes, agressionibus
istis bellicis direpta, navesque eâ formâ, cum mercibus
ac hominibus captas, restitui integrè facerent, invasores acerrimè
puniendo, omnia pretereà antè et preter ordinem regiæ
proclamationis retenta, statim, prout æquum est, redderent. Quæ
quidem non consentit predictus orator, ut detentionis vel quovis
alio quesito colore detineantur, diversa enim omninò causa subest.
Oblata nobili Georgio Speake VI aprilis 1569.
XXXIIIe DÉPESCHE
--du dernier jour d'avril 1569.--
_(Envoyée par le seigneur Négrier, clerc de Mr. de l'Aubespine._)
Relâche de la flotte de la Rochelle à Douvres et à Rye.--Vains
efforts de l'ambassadeur pour empêcher la continuation du
voyage.--Départ de la flotte pour Hambourg.--_Mémoire_ présenté
à Élisabeth par l'ambassadeur.--Nouveaux griefs de la France
contre l'Angleterre.--Plaintes contre les pirates, le défaut de
restitution des prises et le voyage de la Rochelle.--Menace est
faite de fermer les ports de France aux Anglais, s'il n'est
immédiatement pourvu à la répression de la piraterie.--_Avis
donné par l'ambassadeur d'Angleterre_ sur la bataille de Jarnac
et sur les événements militaires qui ont suivi.--_Proclamation
d'Élisabeth_ contre les pirates.
AU ROY.
Sire, parmy les adviz de ma dernière dépesche, du XXIIIe du présent,
je vous ay mandé le partement de la flotte de la Rochelle, de laquelle
sachant le relaschement à Douvres et la Rie par contraire vent, j'ay
essayé, encores une foys, si j'en pourrois interrompre du tout le
voyage, l'ayant faict proposer de telle sorte à ceste Royne, par
aulcuns des siens, comme de eulx mesmes, sur fort bons et recepvables
fondemens, qu'elle en a, une autre fois, remis la matière en conseil,
et j'estois sur le poinct d'avoir là dessus quelque bonne responce,
quant ung marchant de ceste ville, nommé Colverel, est arrivé de la
Rochelle, qui a remonstré plusieurs grandz proffictz, si l'on
accomplissoit le marché qu'il avoit faict avec ceulx du dict lieu, et
ung grand dangier de perdre les deniers, que les marchantz avoient
avancé, si l'on n'aloit promptement quérir le vin et le sel, qui
estoit là tout prest; dont a esté mandé à la dicte flotte de fère
voille, au premier bon vent; et, nonobstant cella, je n'ay layssé
d'aller, despuis trois jours, trouver la dicte Dame, à laquelle j'ay,
en premier lieu, faict entendre la bonne correspondance de Votre
Majesté sur sa déclaration, qu'elle a faicte, de constantement
persévérer en la paix. De quoy, Sire, elle a monstré recepvoir à grand
plésir et contantement tout ce que, jouxte les propres termes de votre
lettre du dernier de mars, je luy ay dict là dessus, et m'a semblé que
je l'avois, par là, si bien disposée ez autres choses de votre
service, que j'ay bien ozé, à la suyte du mesmes propos, luy
remonstrer bien vifvement, et néantmoins avec l'accoustumé respect de
ne l'offancer, que, par la persuasion d'aulcuns, qui tendoient plus à
leur intérest qu'à l'honneur ny grandeur de sa couronne, elle se
layssoit conduyre à certaines contreventions des trettez qui seroient
en fin pour luy fère perdre le plus grand et le plus proffitable amy
qu'elle pourroit jamais recouvrer en toute la terre, luy
particularisant, là dessus, les mauvais et intollérables déportemens
de ses subjectz contre vous et les vôtres, la priant instantement les
fère cesser et surtout de leur fère quicter ceste routte de la
Rochelle.
A quoy m'ayant faict une responce bénigne et de beaulcoup de
contantement, et que ce que je luy avois dict de votre correspondance
envers elle estoit conforme à ce que son ambassadeur luy en avoit
escript, me pria, pour le surplus, de conférer mes aultres demandes
avec les seigneurs de son conseil, pour y fère une bonne résolution.
Lesquelz seigneurs m'ayant, mardy dernier, convyé à diner chez Mr. le
comte de Lestre, ilz ont clairement, et de fort bonne sorte, tretté
avecques moy de toutes les susdictes particularitez, me priant leur
bailler, par escript, ung sommaire des propoz que j'avois tenuz à la
dicte Dame et des choses que je luy avois requises, avec grandz
promesses de m'y satisfère si bien que j'en demeurerois contant. Ce
que j'ay faict en la forme que Votre Majesté verra, et, dans deux
jours, j'espère en avoir leur responce; vous ayant cependant, Sire,
vollu fère la présente, pour vous tenir toutjour adverty de ce qui se
passe icy, et comme j'ay parolle et promesse, avecques serment, de
ceste princesse et de ceulx de son conseil, qu'en toute ceste flotte
de la Rochelle il ne va hommes de guerre, armes, artillerie, pouldres
ny monitions, d'où Votre Majesté puisse estre en rien offancée, ny
ceulx du dict lieu secouruz, et que leur ayant, pour le dict sel et
vin, desjà esté avancé l'argent, lequel est desjà despandu, c'est
aultant de leurs vivres quon leur va meintennant enlever.
La flotte pour Hembourg, qui est d'envyron XXVIII vaysseaulx, toutz
bien équipez et chargez de draps et de laynes, à la valleur, comme on
dict, de sept cens mille escuz, est desjà avalée contre bas ceste
rivière avec sept des grandz navyres de guerre de ceste Royne, les
mieulx pourveuz et armez qu'il est possible, et Me Oynter pour les
conduyre. Il semble qu'il se mène quelque pratique pour fère, au dict
Hembourg, mettre ez mains de Quillegrey une somme de deniers par le
mandement des marchantz de ceste ville qui en seront rembourcez par
deçà, et que mesmes l'on y apporte ung nombre d'angellotz en espèces:
je mettray peyne de sçavoir mieulx ce qui en est. J'entendz que le
vydame de Chartres et une dame, qu'on dict estre sa femme, se sont
embarquez à la Rochelle pour venir par deçà, mesmes est bruict qu'il a
desjà prins port vers le cap de Cornoaille: je prendray garde à ce
qu'il trettera en ceste court.
Il ne se sçayt encores quelle yssue a prins ceste assemblée des
seigneurs d'Escoce, et se présume que soubz cest accord, qu'ont faict
les seigneurs avec le comte de Mora, il y a quelque chose de caché,
estant malaysé que Lord Herriz, lequel a toutjour opiniastrément tenu
le party de la Royne d'Escoce, se soit meintennant condescendu de
capituler ainsy au désavantaige d'elle, sinon pour servir au temps, et
que bien tost il se descouvrira quelque noveaulté en ce faict.
Et ayant, despuis deux jours, receu celles de Votre Majesté, du XVIIe
du présent, avec le mémoire et lettre, dont en icelles faictes
mention, qui me feront assés icy jour et lumyère ez choses de votre
service, j'ay advisé vous renvoyer incontinent celluy mesmes, qui me
l'a apporté, qui a veu à la voille la dicte flotte de la Rochelle,
affin que mandiez promptement à Monsieur, frère de Votre Majesté, de
n'en prendre aulcune allarme, et de ne laysser, pour la venue de toutz
ces navyres anglois, si d'avanture ilz arrivent de dellà, la poursuyte
de ses entreprinses; et, je prieray Dieu, etc.
De Londres ce XXXe d'avril 1569.
Les seigneurs de ce conseil m'ont envoyé prier d'escripre à Votre
Majesté, qu'il vous playse mander à Mr. de Monluc de mettre en liberté
ung Thomas Pen, ung Jehan Day et aultres merchantz anglois, qu'on a
arrestez prisonniers à Bourdeaulx.
A LA ROYNE.
Madame, de tant que j'ay estimé votre guérison estre ung des plus
grandz biens, qui pouvoit advenir au Roy et à son royaulme, et à nous
toutz, voz très humbles serviteurs, je n'ay vollu faillir d'en fère
une conjoyssance de la part de Voz Majestez à la Royne d'Angleterre,
avec voz recommendacions et aultres propoz convenables à la
communication, que vous luy feziés d'une nouvelle, que vous croyés
qu'elle auroit playsir d'entendre. A quoy la dicte Dame, monstrant
n'avoir encores veu de moy aulcun plus agréable office que cestuy cy,
m'a dict qu'elle desiroit, comme pour soy mesmes, votre bonne santé et
longue vie, et qu'elle n'avoit entendu que vous eussiez esté mallade
que bien peu, car n'eust failly d'envoyer expressément ung des siens
pour vous visiter, mais qu'elle remercyoit Dieu de votre bon
portement, et prenoit la communication, que vous luy feziés, de chose
apartenant ainsy à la personne de Votre Majesté, pour ung expécial
signe de votre amytié envers elle, dont vous en remercyoit de tout son
cueur. Et ayant discouru d'aultres matières, jouxte aulcuns adviz
qu'elle avoit de son ambassadeur (desquelz j'ay miz peyne d'en
recouvrer ung extraict en anglois, que j'ay faict traduyre en françoys
et l'ay adjouxté à la présente), notre propos se conclud en toutz bons
termes de paix et continuation d'amytié avec Voz Majestez, voz pays et
subjectz, comme j'espère vous en fère veoir, en brief, de plus
expresses déclarations, si elle et ceulx de son conseil ne me faillent
de promesse, remettant à la suffizance de ce pourteur de vous donner
compte des autres choses, qu'il a veues et aprinses de deçà. Et je
prieray Dieu, etc.
De Londres, ce XXXe d'avril 1569.
PROPOS TENU PAR L'AMBASSADEUR DE FRANCE A LA ROYNE D'ANGLETERRE.
--le XXVe d'apvril 1569.--
Madame, ayant le Roy, Mon Seigneur, veu par votre déclaration en
escript, du IIIe mars dernier, laquelle je l'ay asseuré m'avoir esté
bien expressément confirmée de votre parolle, comme vous voulés
constammant persévérer en la bonne paix, qui est entre Voz deux
Majestez, voz pays et subjectz, me commande vous donner aussi pareille
asseurance de trouver parfaicte correspondance en luy, en tout ce qui
sera à jamais de l'entretènemant et vraye observance de voz communs
trettez;
Et qu'il s'est persuadé que tout ce qui est mal venu, ceste année, du
costé d'Angleterre, contre luy et ses subjectz, n'est aulcunement
procédé de Votre Majesté, ains d'aulcuns qui ne vouloient qu'il eust
bonne yssue de ses présens affères;
Que, pourtant, il ne s'est vollu mouvoir à aulcun rescentiment que,
premier, il n'ayt requis la déclaration de votre volonté, estimant ne
vous pouvoir donner meilleur indice de la franchise, de laquelle il
procède envers vous, sans aulcune réservation de vengeance dans le
cueur, que de vous déclarer ouvertement les contreventions de la paix
à la mesure que voz subjectz et ministres les font naitre;
Et, puisque vous luy déclairez n'avoir eu aulcune part au voyage,
faveur et suport, que votre visadmyral a faict et porté à ceulx de la
Rochelle, ny nulle intelligence avec ceulx qui vouloient surprendre
le Hâvre de Grâce et Dièpe[65], ce qu'il veult, sans aulcune
difficulté, croire qu'il est ainsy, et qu'il a veu votre ordonnance,
du XIe mars, contre les pirates, et la promesse, que vous y faictes,
que, nonobstant la mutuelle surcéance d'entre voz pays et ceulx du Roy
Catholique, vous tiendrez la main que les Françoys ne seront molestez
ny leurs traficz interrompuz, qui sont choses, qu'il a prinses pour
vray tesmoignage de votre droicte intention envers luy;
Sa dicte Majesté Très Chrestienne, pour vous rendre ung pareil et
prompt tesmoignage de la droicture de la sienne envers vous, a mandé
incontinent publier, tout le long de la coste de dellà, ung sien
mandement pour asseurer la mer et la liberté du traffic à toutz voz
subjectz, et leur rendre et restituer ce qui leur a esté prins et
arresté, et m'a envoyé une coppie du dict mandement, pour le vous
monstrer et le monstrer aulx seigneurs de votre conseil;
Et pensoit Sa Majesté que votre susdicte ordonnance, tant contre les
pirates que sur la liberté du commerce, indempnité et restitution des
biens des Françoys, fût publiée, exécutée et obéye; et que, vous ayant
faict entendre son regrect touchant le premier commerce de voz
subjectz avec ceulx de la Rochelle, au préjudice de luy, qui est alyé
et confédéré par sèrement et trettez avecque vous, vous ne permétriez
qu'ilz y retournassent plus:
Dont ne sçay, Madame, quelle satisfaction donner meintennant à Sa
dicte Majesté Très Chrestienne de ce que les pirates continuent
d'exécuter, pis que jamais, leurs violences sur ses subjectz;
De ce que ses dictz subjectz, nonobstant voz bons et sainctz jugemens,
lesquelz je vous ay ouy moy mesmes très dignement prononcer, sur le
recouvrement de leurs biens, ne sont aulcunement satisfaictz;
De ce qu'on a, naguières, par ordonnance mesmes, comme on dict, de
votre conseil, envoyé à ceulx de la Rochelle deux riches ourques, des
trèze qui estoient arrestées à Plemmue;
De ce qu'on va, encores, fère ung noveau voyage avec une grand flotte,
conduicte par voz propres navyres de guerre, au dict lieu de la
Rochelle;
De ce qu'ayant, jouxte votre parolle, miz peyne de disposer le Roy,
Mon Seigneur, à fère et uzer tout ainsy, envers vous et voz subjectz,
comme il faisoit en temps de ferme et asseurée paix, ses lieutenantz
et gouverneurs des frontières me calompnient de n'estre bien advisé en
ma charge, de luy annoncer la paix, du costé d'où ilz n'ont
ordinairement que la guerre.
[65] Entreprises pour lesquelles Cateville et Ligneboeuf, ainsi
que plusieurs autres, furent, peu après, condamnés à mort et
exécutés.
Dont vous supplie bien humblement, Madame, que pour fère cesser toutz
ces désordres et mauvais déportemens, lesquelz vous voyez qu'en fin
pourront mouvoir et provoquer le Roy, Mon Seigneur, à ung juste
rescentiment, d'où se pourra allumer ung feu que ceulx, qui en sont
cause, ne pourront bonnement estaindre, ny vous acquérir, en tout le
reste du monde, ung si grand et proffitable amy, comme ilz s'esforcent
de vous fère perdre;
Qu'il vous playse, en premier lieu, fère publier ung mandement, le
long de la coste d'Angleterre, qui soyt conforme à celluy que le Roy a
mandé publier en celle de son royaulme, dont j'ay miz la coppie ez
mains de votre secrétère Cecille, révoquant par ce moyen ceulx de voz
subjectz qui, en aultre équipage, que ne porte le dict mandement, et,
sans les submissions accoustumées, se sont miz en mer, avec désadveu
de ceulx qui n'y vouldront obéyr, et qui continueront de corrompre et
troubler le commerce d'entre ces deux royaulmes, affin de les chastier
comme pillardz et larrons, ainsy que monsieur le mareschal de Cossé a
ordonnance du Roy de se tenir prest pour en purger la mer, aussi tost
que je luy auray faict entendre votre responce, vous voulant bien
advertir que Sa Majesté Très Chrestienne ne permétra qu'aulcun navyre
marchant sorte plus de ses portz, hâvres ny rivières, que cella ne
soit faict:
Secondement, que, pour la restitution des prinses vous soyés contante
de depputer ung ou deux personnaiges, de bonne qualité, anglois, pour
aller en France, et il en sera depputé aultant de françoys pour venir
en Angleterre, affin d'estre présens et adjoinctz sur les lieux aulx
commissaires de la dicte restitution, pour tenir la main qu'elle soit
droictement faicte:
Tiercement, que, pour oster le souspeçon et jalouzie que le Roy prend,
et qu'il ne peult fère qu'il ne prègne, de la contratation de voz
subjectz avec ceulx qui luy mènent la guerre en son royaulme, il vous
playse, ores et pour l'advenir, leur fère quicter ceste routte de la
Rochelle et de Broage, ayant charge, de la part de Sa Majesté Très
Chrestienne, expressément vous offrir l'accommodement de toutes choses
nécessaires, qu'ilz y vont quérir, et leur fère donner toute seurté,
faveur et bon traictement, en les endroictz, qu'ilz vouldront choysir
de son royaulme, qui présentement luy obéyssent.
ADVIZ DONNÉ PAR MR. NORRYS, ambassadeur pour la Royne
d'Angleterre, prins de ses lettres, envoyées de Metz le XVIIIe
d'avril.
Il n'est mort, au rencontre où le prince de Condé fut thué, le XIIIe
de mars, que quatre cens personnes, tant ungs que autres; et, la plus
part d'iceulx estoient de l'armée du duc d'Anjou; et n'y eust, pour
l'heure, poinct de combat entre les gens de pied.
Le XIIIIe jour, au matin, l'Admyral fit mettre son armée en bataille,
demandant à combattre, ce qui luy fut reffuzé, mais après, en
escarmouchant, il print le bagaige de ses ennemys.
Le XVe, le Prince de Navarre fut miz en la place et charge du Prince
de Condé, au grand contantement de toute l'armée.
Le XVIe Martigues et Brissac estantz advertys que Montgommery estoit
party pour s'aller joindre aulx quatre viscontes[66], le suyvirent
toute une nuict, et l'assaillirent en ung village où l'escarmouche fut
bien chaulde, mais peu y furent thués, seulement le comte de Morète,
qui estoit venu avec Brissac, y demeura.
[66] Les vicomtes de Monclar, de Bourniquel, de Paulin et de
Gourdon.
Le duc de Lorrayne a escript au duc de Deux Pontz, son cousin, qu'il
le prioit de n'entrer poinct aulx pays du Roy de France, et qu'on luy
donroit cent mille escuz et ses fraiz payez, pour fère retirer son
armée, lequel a respondu qu'il estoit venu, avec le consentement de
l'empire, pour le secours de ceulx qui estoient affligés en France
pour la religion, et qu'il y vouloit enployer son pouvoir, son
honneur et sa vie. On luy fit sçavoir que le prince de Condé avoit
esté thué, à quoy il respondit qu'il en estoit bien fort marry, mais
que sa venue n'estoit poinct pour le prince, mais pour la cause. Il a
douze mille chevaulx et est sur le passaige de la rivière de Sône prez
Disjon en Bourgoigne.
L'avantgarde du dict duc de Deux Pontz a baillé une extraicte[67] au
duc d'Aumalle, et luy a prins son artillerye et beaulcoup de
prisonniers.
[67] Escarmouche, engagement partiel.
Le cardinal de Lorrayne a promiz au Roy qu'il fera en sorte que le duc
de Deux Pontz viendra à composition pour donner quelque fin à la cause
et se retirer.
L'Empereur estant requis par le Sr. de La Forest, envoyé devers luy de
la part du Roy de France, de commander et empescher que les Alemans ne
s'eslevassent contre luy, a respondu qu'il ne pouvoit le fère, et que
les princes de l'empire luy avoient donné entendre que, despuis peu de
jours, le duc d'Aumalle avoit gasté le pays sur les frontières de
l'empire, qui les avoit occasionnez d'en vouloir avoir leur revanche,
et souhaitoit qu'on y pourveust par le moyen de quelque bon accord
entre le Roy et ses subjectz.
La diette des princes d'Allemaigne commence le XXVe d'avril à
Francfort.
Le duc de Saxe a faict publier que toutz ses subjectz se retirassent
du service des Roys de France et d'Espaigne, sur peyne de confiscation
de biens, à cause de quoy plusieurs s'en retournent journellement.
PUBLICATION FAICTE DE PAR LA ROYNE D'ANGLETERRE, pour réprimer
toutz piratages et déprédation sur la mer; traduicte d'anglois.
PAR LA ROYNE.
D'aultant Que la Majesté de la Royne Est Informée, Par certaines
plainctes, tant par ses propres subjectz que aultres, qu'il y a
plusieurs personnes, sur la mer estroicte, de diverses nations, et
aulcuns, natifz ez dominions de Sa Majesté, ayans navyres armés en
forme de guerre, lesquelz, en partie, se sont miz manifestement à
la mer comme marchandz, et après, par moyens sinistres, ilz ont
changé leur train, et se sont armez à la guerre; aulcuns aultres
se sont secrectement transportez hors des lieux obscurs,
prétendans, en ces temps tumultueulx, que l'on voyt tant, en
l'orient, entre le roi de Dennemarc et Suède et leurs adhérans,
comme, en l'occidant, ez dominions de France (déplorables à
considérer), de servir sur la mer, ou de l'une ou de l'aultre
part, et, en effect, à la fin se sont déclinez de tout licite
service de guerre à vivre comme pirates, desrobant et pillant
toutz honnestes marchandz, de quelconque nation, lesquelz ilz
peuvent subduyre, sans différance.
Pour ce remédier, nonobstant que Sa Majesté naguières ayt donné
certains ordres exprès, par toutz ses portz, que nulle manière de
personnes (aultres que merchandz cogneuz) seroient permiz de
vendre, ou distribuer, aulcunes sortes de denrées, ou
marchandises, en aulcuns portz de Sa Majesté, ne que aulcun, en
son royaulme, servyroit de vivres ou secourroit aultrement aulcune
manière de personnes, aulcunement suspect de pirataige; et, pour
le présent, sur ces nouvelles plainctes, Sa Majesté trouvant que
sur ce n'est ensuyvy tel ample remède qu'on espéroit;