Départ de la flotte pour la Rochelle, en simple équipage

marchand.--Les affaires d'Écosse demeurent en suspens jusqu'à

la conclusion de la conférence de l'Islebourg.--Détails sur la

flotte de Hambourg.--Craintes que doit inspirer cette

expédition.--Nouvelles démarches faites auprès de l'ambassadeur

d'Espagne.--Justification de l'ambassadeur de France contre les

reproches du maréchal de Cossé, qui se plaint de l'incertitude

de ses avis touchant la paix ou la guerre.--_Proclamation du

comte de Murray_, dans laquelle il annonce qu'Élisabeth a

approuvé toute sa conduite, et que Marie Stuart a été déclarée,

par le conseil d'Angleterre, complice du meurtre de son

époux.--_Lettres d'Élisabeth et de Marie Stuart_, au sujet de

cette proclamation.

AU ROY.

Sire, n'y ayant que trois jours que je vous en ay faict une dépesche

par le Sr. de La Croix, qui est party d'icy le XXe de ce mois, la

présente sera pour donner adviz à Votre Majesté comme la flotte, qui

va à la Rochelle, sort aujourduy de ceste rivière en nombre de

quarante cinq vaisseaulx et quatre des petitz navyres de guerre de

ceste Royne pour les conduyre, oultre ceulx qui se joindront à eulx

en mer, affin qu'il vous playse en fère promptement donner adviz à

Monsieur, frère de Votre Majesté, et qu'il ne preigne aulcune alarme

de l'arivée de toutz ces navyres anglois au dict lieu, ny n'interrompe

pour cella l'exécucion de ses entreprinses; car ayant faict

dilligemment observer la dicte flotte, despuis qu'elle a eu mandement

de partir, je puis asseurer qu'on n'y a embarqué hommes de guerre, ny

armes, ny monitions, en nombre ny en quantité qui soit pour en fère

cas; et y a seulement, en chacun des quatre navyres de guerre, ung

homme de qualité de la maison de ceste Royne pour y commander et les

monitions qu'on y a miz, oultre l'apareil ordinaire, ne sont que

d'envyron cinq cens escuz de pouldre, q'ung marchant, nommé Jehan

Barde, lequel j'estime estre de Bourdeaux, a achaptez de ses deniers,

et envyron deux cens paires de pistollés, estant tout le reste en

équipage de marchans à demy armez, sellon la coustume des Anglois.

Et ayant encores envoyé à Douvres, à la Rie et Porsemue et jusques au

cap de Cornoaille, veoir s'il y avoit autres gens de guerre, ou

monitions, qu'on préparât d'y embarquer secrètement, l'on me vient,

tout à ceste heure, de raporter des lieux plus prochains, et dans

trois jours je l'entendray des plus loingtains, qu'il n'y a esté veu

que les Srs. Du Doict, Rouvray, Valfenière et envyron dix autres

gentilhommes françois, desjà prestz à fère voille dans ung légier

vaysseau pour aller devant; et croy que c'est pour fère sonner la

prochaine arrivée de ceste armée, affin de relever d'aultant par là

leurs affères, s'ilz peuvent. Ayant miz peyne, Sire, aultant qu'il m'a

esté possible, d'interrompre du tout le dict voyage, mais ne l'ayant

peu pour le besoing qu'on a icy de sel, et pour la grande instance

qu'ont faict ceulx de la novelle religion et les marchantz, qui ont

contracté avec eulx touchant les deniers et rafreschissemens desjà

advancez à ceulx du dict lieu, de dépescher la dicte flotte avant que

plus grand inconveniant leur advînt, j'ay procuré au moins qu'il n'y

allast rien qui vous peult offancer, à tout le moins guières nuyre, et

m'oposeray vifvement que ceste routte ne se continue plus, puis qu'il

vous plait me commander d'offrir à la Royne d'Angleterre

l'accommodement des choses nécessaires, que les siens y vont quérir,

en aultre endroict de votre royaulme; et, dez demain, je luy en

tiendray le propos, ensemble des autres particularitez contenues en

voz deux dernières dépesches, du IIIe et XIe du présent, lesquelles

j'ay toutes deux receues seulement ce matin, ayant esté le vent si

contraire qu'il n'y a eu, dix jours durant, passaige pour venir de

France.

Il ne se sçayt encores si, en Escoce, le pourparler de l'Islebourg a

prins résolution ou non, dont ceste Royne temporise de respondre à la

Royne d'Escoce, et retient icy son escuyer d'escuyerie Bortic jusques

à ce qu'il en viègne des novelles; et affin d'informer cependant Votre

Majesté de ce qui se passe icy sur les affères de la Royne d'Escoce,

je vous envoye ce qu'elle m'a naguières escript, avec la coppie de sa

dernière lettre à ceste Royne et la coppie de celle que naguières elle

avoit receu de la dicte Dame, faisantz ceulx cy démonstracion de

vouloir dorsenavant procéder de bonne façon à son restablissement, et

entretiennent son homme de grandes promesses; mais il est très certain

que sa fortune dépend entièrement de l'heur de celle de Votre Majesté.

Du costé des Pays Bas, Me. Oynter a desjà commission de mettre en

mer, du premier jour, la flotte pour Hembourg, laquelle ilz arment et

mètent en bon équipage, avec sept des grandz navyres de guerre de

ceste Royne, et deux mille cinq cens bons maryniers, et quelque nombre

de noblesse qui semble aller allègrement à ce voyage. L'ambassadeur

d'Espaigne est toutjour resserré en son logiz, avec lequel ceulx de ce

conseil ont, despuys deux jours, essayé d'atacher quelque praticque de

réconciliation par Me. Oynter et Me. Anthon, clerc de leur compaignie,

qu'ilz ont envoyé devers luy pour respondre gracieusement à certaine

remonstrance, que naguières il leur a envoyée, en latin, de laquelle

j'ay miz la coppie dans ce paquet, s'essayans d'excuser les choses mal

passées; mais il m'a faict entendre qu'il leur avoit si brafvement

respondu qu'ilz estoient demeurez confuz. Je métray peyne, de jour en

jour, vous donner notice de toutes ces nouveaultez, ainsy qu'elles

surviendront: et prieray Dieu, etc.

De Londres ce XXIIIe d'avril 1569.

A LA ROYNE.

Madame, il m'a semblé devoir promptement fère ceste dépesche à Voz

Majestez pour les occasions, que verrez en la lettre que j'escriptz au

Roy, affin que faciez incontinent advertir monseigneur votre fils de

ce qui part d'icy pour la Rochelle, sans qu'il s'esmeuve du bruict que

ceulx du dict lieu pourront fère courir que les choses sont plus

grandes que, à la vérité, elles ne sont; car, possible, ilz en

vouldront remettre en réputation leurs affères, mais il n'y va autre

chose que ce que je mande en la dicte lettre du Roy, si ce n'est,

possible, qu'il y eust quelque secret aprest vers le cap de

Cornoaille, que je n'ay encores descouvert, mais j'ay, pour cest

effect, envoyé sur le lieu, et, par mes premières, je vous donray

adviz de tout ce qu'on y aura veu. Cependant, Madame, je crains que

Mr. le mareschal de Cossé ayt trouvé mauvais que je ne luy aye annoncé

si clairement la paix ou la guerre, de ce costé, qu'il se peult

résouldre à l'ung ou à l'autre, m'ayant mandé qu'il croyoit que je ne

pouvois bonnement sçavoir les desseings d'icy, qui sont telz qu'il les

pensoit, et que la façon dont je luy escripvois vouloit aultant à

dire: ne faictes point de despence, car je le vous ay mandé; et là où

il en fauldroit fère, je vous ay bien adverty que vous teniez sur voz

gardes; et que ce seroit quelque chose, pourveu que lettres que je

vous escripvois feussent semblables.

Sur quoy, Madame, je vous supplie très humblement considérer combien

je ferois mal, et contre ma conscience, et contre votre service, de

vous mander, ny à mon dict seigneur le mareschal, une déclaration de

guerre, du costé de ceste Royne et des siens, là où elle, et eulx,

vous déclairent entièrement la paix; et je serois, d'ailleurs, bien

téméraire et trop présomptueulx en voz affères, si je vous persuadois

de vous fier que bien à poinct à leurs parolles, pendant qu'ilz sont

en armes et qu'ilz ont deux cens vaysseaulx en mer, et pendant que Mr.

le cardinal de Chatillon, le conseiller Cavaignes, le Sr. Du Doict et

le Sr. de Voysin, sont icy pour ceulx de la Rochelle, et qu'il y a

trois autres personnaiges pour le comte Palatin, pour le duc de Deux

Pontz et pour le prince d'Orange, lesquelz, encor que j'obtienne de

bonnes déclarations de paix, et que je leur interrompe souvant, et le

plus que je puis, leurs entreprinses, ne quictent pourtant la partie;

ains persévèrent, par continuelles sollicitations envers ceste Royne,

avec le support des principaulx qui la manyent, affin de la fère

déclarer, joinct les inconstantes délibéracions de ceulx de ce

conseil, et leur naturelle inclination, et leur desir de recouvrer

Calais, qui est cause que, à la vérité, j'ay escript souvant à mon

dict Sr. le mareschal de se pourvoir, non comme attendant une guerre

déclairée de ce costé, mais pour se garder d'une surprinse, et en

cella semble qu'il sera bon, Madame, de ne tirer tant les forces qu'il

a pour les mètre ailleurs, que ne luy en layssiez toutjour assés pour

contenir le pays de s'eslever et ceulx cy d'y ozer rien entreprendre.

Et quant à fère venir plus au clair, par quelque démonstration de

notre costé contre eulx, le mal qu'ilz nous font à couvert, je luy ay

aussi escript qu'il me sembloit n'estre bien à propoz de le fère, ny

d'attempter rien hostillement contre ceste Royne, sentant que ceulx,

qui l'incitoient à la guerre, voyans que nous la disposions de ne s'y

mesler aulcunement, procurent de nous provoquer à la luy commancer, ce

que voz présens affères ne monstrent requérir. Et, quant à la

restitucion des prinses, j'ay pryé mon dict Sr. le mareschal de

commancer à la fère aulx Anglois, à la mesme mesure que ceulx cy y

procédoient à la fère aulx Françoys, sans se haster à la pleyne

délivrance, jusques à ce qu'on la feroit en mesme temps par deçà. Et

de tout ce dessus je luy ay encores, par le Sr. de La Croix, donné bon

compte, dont vous plairra, Madame, me commander s'il vous playt que

j'en uze autrement, et je y obéyray sans contradiction, après

toutesfois vous l'avoir remonstré; et prieray toutjour Dieu, etc.

De Londres ce XXIIIe d'avril 1569.

PROCLAMATION DU COMTE DE MURRAY.

CERTAINES PAROLES contenues en une proclamation faicte en Escoce

par le commandement du Comte de Mora, Régent, au nom du petit

Roy.

Sathan et ses ministres ne voulans obéyr à la volonté de Dieu ne à ses

ordonnances, mais tachans toutjour à se rébeller contre icelle ont

trouvé nouveau moyen de donner conseil et persuader la Royne, notre

Mère, de passer au royaulme d'Angleterre, et là, se plaindre, à la

Majesté de la Royne d'Angleterre, de notre Régent et autres de notre

noblesse, les accusant de crime de trayson, sur ce qu'ilz ont faict

pour l'establissement de notre couronne royalle, et sur la détention

de la personne de la Royne, notre Mère, dedans Lothlvin;

Et prétendans esmouvoir le cueur de la dicte Royne d'Angleterre, et

autres princes estrangiers, à trouver mauvais notre couronnement et le

bon et saint gouvernement de notre dict Régent, et, à ceste cause,

introduire des estrangiers dedans notre royaulme pour le mettre en

grand trouble, notre dict Régent, avecques la noblesse, a esté

contrainct, pour la garde de notre dict royaulme et repoz d'icelluy,

passer en Angleterre, et là, par devant la Majesté de la dicte Royne

d'Angleterre, se purger et justiffier du crime qui leur avoit esté

faulcement imputé;

Et ainsy que la nature de la vérité est de se fère toutjour

cognoistre, d'aultant que Dieu mect en fin toutes choses en évidance,

après longues et dilligentes preuves qu'ilz ont faictes devant la

dicte Royne d'Angleterre, et ses commissaires, et devant la plus part

de sa noblesse, il a esté trouvé, prononcé et déclairé que notre

susdict Régent, et noblesse, ont très justement et honnorablement

procédé en notre susdict couronnement, et en tout ce qu'ilz ont faict

pour la revenche et punissement de notre oncle et du murtre de notre

très cher père, et de tout ce qui en deppend, et qu'ilz n'ont faict

rien qui ne soit honneste et juste à ung vray subject, y estantz

obligez pour apaiser l'yre de Dieu et pour le bien public de leur pays

natif;

Et partant je les absoulx de l'acusation, et tel est nostre playsir,

sans révoquer l'authorité de notre Régent, affin que les yeulx des

perplex ne soient poinct rempliz de mensonges et que la vérité soit

déclairée par nous et les seigneurs de notre conseil privé, aussi bien

devant Dieu que devant le monde:

C'est assavoir qu'il est véritable que le Régent et la susdicte

noblesse, pour leur deffance, pour notre couronnement, en ce qui toche

leurs honneurs et vies, ont esté contrainctz, avec solemnelle

protestation, de manifester et déclairer la vérité que la Royne, notre

Mère, a esté participante du murtre et qu'elle a advancé et faict

dons, incontinent après, à notre oncle le comte Baudouel, connu le

vray autheur du faict commiz, luy donnant terres et offices, joignant

sa personne en mariage avec le susdict traistre tirant, comme il a

esté suffizamment vériffié par devant la Royne d'Angleterre et sa

noblesse, par les lettres escriptes de la propre main de la dicte

Royne et notoirement prouvées.

LETTRE DE LA ROYNE D'ANGLETERRE A LA ROYNE D'ESCOCE.

--du dernier de mars 1569.--

Madame, ayant sceu voz dolléances, et entendant le grand ennuy qui

vous tient pour quelques motz contenuz ès proclamations, faictes de la

part de voz subjectz, qui signiffient que je deusse donner sentence

contre vous, je m'esbay fort comment vous en eussiez quelque

fascherie, en les pensant véritables; car, si ainsy est qu'ils

l'escrivent (comme je ne sçay), peult il entrer en votre pancée que

j'eusse eu si peu d'estime de mon honneur, ou tant oblieroys je ma

naturelle affection vers vous, que je vous condempnasse premier que

d'ouyr la responce, et garderoy je si peu d'ordre que je deusse

conclurre premier que de commancer? Il vous souvient qu'après que je

vous fiz déclaration en quelle mode voz subjectz vous accusoient, je

vous escripviz que j'attandoy voz déclarations et l'ordre qu'en cest

endroict prendriez, et, despuis ce temps, j'en ay quicté la cause et

ne m'en suis jamais meslée despuis, sinon que je fiz que milor de

Murray et les autres s'obligèrent, devant moy et mon conseil, de ne

laysser fascher votre party jusques à ce que j'ouysse quel ordre vous

y prendriez pour conduyre ceste cause à quelque bonne fin.

Et à ceste heure, Madame, en entendant la résolution que vous avez,

qui trop, ce croy je, diffère, ung accidant fort estrange est advenu,

et si n'en estiez cognoissante, je le tiendroys à trop grand

merveille; c'est que hier Jehan Wod me fit une longue déclaration

comment le duc et autres seigneurs se sont soubzmiz à votre filz,

comme à leur Roy, et par une harangue faicte par milord Herriz devant

tout ce conseil, aprouvoient ce qui a passé de votre enprisonnement

avoir esté sagement considéré: et lesquelles pour estre trop longues,

et pensant que ces motz vous ennuyeroient trop, je les laysseray à la

plume. Mais en conclusion ilz se sont accordez à quelques articles,

que je vous envoye, commant ilz me sont mandés, comme celle, à qui

s'il eust pleu de se confier de faict à la moictié de ce qu'en motz

m'aviez promiz, peust estre que, à la fin, eust esté aussi bon que

ceste cy, et à ce que ne vous laysseray ignorante, ny de mes actions

en votre endroict, ny du traictement que les autres vous font, j'ay

pensé le mieulx de vous mander ce que j'en cognois et de par qui j'en

suis advertye. Cest à vous d'en juger, comme à qui il touche le plus

près, et combien que je croy de pouvoir prévalloir avec eulx,

nonobstant je leur fay sçavoir que ne m'en mesleray comme de chose de

qui rien n'entend, et, ayant receu l'intelligence d'une partie, je

n'en jugeray, mais me tiens en suspens jusques à ce que plus oultre

entendray de vous. Et ayant deschargé l'office de bonne parante, et me

cognoissant avoir toutjour marché de bon pied du commancement jusques

à ceste heure, je mercye Dieu de ne m'avoir laissé choper, tant

seulement beaulcoup moins tumber en quelque inconvéniant contre vous,

et, de claire conscience, je l'appelle à tesmoing, qui m'en sera juge,

d'y estre acheminée ouvertement et sans feintise; et pourtant je vous

supplie croire que quelque chose, que ouyrés au rebours, que créature

vivante ne les prouvera onques.

Quant aulx autres choses contenues en voz lettres, votre serviteur les

vous pourra respondre, et par milord Cherusbery vous l'entendrez plus

amplement, à qui il vous plairra donner créance, comme à celluy que

j'espère fère comme l'ay commandé, et, avec ceste opinion, je ne vous

retiendray plus longuement, mais ne cesseray à prier le Créateur de

vous tenir toutjour en sa saincte garde, avec mes très cordialles

recommendacions, etc.

LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE A LA ROYNE D'ANGLETERRE.

--du vendredi Saint [15 avril 1569.]--

Madame, d'aultant que les faulces alégations de mes rebelles en votre

court, mentionnées en leurs proclamations, m'ont donné de

mescontantement, bien que je n'y adjouxtasse aulcune foy, comme à

ceulx que j'ay trop esprouvez, d'aultant plus m'a aporté de playsir

votre amyable déclaration au contraire, par votre honneste et

favorable lettre, à laquelle je n'ay vollu différer respondre plus

longuement, tant je desire vous fère paroistre ma naturelle

inclination de sercher votre bonne grâce sur toutes choses, aussi

souhaytant d'entendre votre favorable résolution en toutes mes

affères, desquelz il vous a pleu me donner adviz; de quoy

affectionnément je vous remercye, et, pour vous informer à la vérité

de mon jugement là dessus, je ne sçauroys; car je vous promectz ma

foy, que je n'ay ouy ung seul mot d'Escoce despuis mon arrivée icy,

que ce que je vous envoyay de la proclamation de mylor Herriz, lequel

je ne croy s'estre tant oblyé qu'il appert par les articles que le

comte de Cherusbery m'a monstrez par votre commandement. Toutesfoys

leur ayant esté mandé, je desire bien sçavoir la vérité et en fère

telle diligence que la chose mérite, si le messagier n'est empesché,

ce que je crains, encores que Mr. de Cherusbery m'a asseuré de son

passaige; la première certitude que j'en auray, je vous promectz aussi

tost vous en donner adviz par l'évesque de Rosse ou aultre mien

fidelle. Cependant je vous puis dire que, si les choses sont ainsy

passées, le désespoir qu'ilz ont de me voir retenue et toutz moyens

ostez d'entendre de moy en aura esté cause; ce que je vous suplie

considérer, bien que vous ne l'ayez commandé, si est ce que voz

ministres sur les frontières l'ont exécuté à dommaige; en

considération de quoy et de la bonne volonté que j'ay de me dédyer, en

tant que mon estat et mon honneur le permétront, à votre dévotion, je

vous prie vouloir prendre une bonne résolution sur ce que, par ce

pourteur, dernièrement je vous escrivy touchant ma longue et instante

requeste, quoy que se face en Escoce, de me remectre en mon estat par

votre support et faveur, qu'après Dieu seulement, je soye obligée à

vous par sang naturel, amytié et bénéfice, et m'atandant que serez

incliné à cella, moy, ou qui il vous plairra des miens, serons prestz

de vous aller satisfère. Autrement, sellon ma dernière lettre, qu'il

vous playse n'inputer à faulte de bon naturel si, ne pouvant estre

secourue de ma plus proche, je accepte ung plus loingtain et moins

agréable secours; et de cecy je vous suplie me fère responce par ce

porteur, ce que le temps et occasion requièrent que j'en soys résolue,

et ayant desjà par votre amyable lettre confirmé une certaine

espérance d'obtenir ceste mienne affectionnée première requeste, je ne

vous en feray plus longue instance, sinon de vous remercyer de voz

favorables responces en toutes autres choses. Et après vous avoir

priée de donner crédict au porteur de ce qu'il vous requerra de ma

part, je vous présenteray mes bien affectionnées recommendacions à

votre bonne grace, priant Dieu qu'il vous doinct, etc.

LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE AU Sr. DE LA MOTHE FÉNÉLON.

Chiffre.--[Monsieur de La Mothe, despuis la nouvelle de ceste victoire

la Royne d'Angleterre a changé de stille de m'escripre, comme vous

verrez par le double de sa lettre, et pour me fère croyre que ceste

mutation ne vient de là, l'on me veult persuader qu'elle et son

conseil tiennent ceste nouvelle pour faulce et controuvée, et, au

contraire, que le Roy a du pire, et que c'est la cause qu'il faict

tenir les passaiges fermez, ne voulant que l'on saiche la deffaicte et

perte qu'il a receue, avec d'autres mauvaises apparances, à quoy

j'adjouxte aultant de foy que je doibz fère aulx belles parolles que

l'on me donne, après que j'ay sceu que la Royne d'Angleterre dict au

duc de Chatellerault, à son partement d'auprès d'elle, qu'elle

aprouvoit toutes les actions du comte de Mora et ses associez, et que

le dict duc, estant en Escoce, s'il ne recognoissoit le Roy, il ne

s'atendît jamais d'avoir aydé, support ou faveur par son moyen, ains

qu'elle luy nuyroit en tout ce qu'il luy seroit possible; de quoy le

bon homme estoit à demy hors de sens. Et si, d'avanture, il s'est,

despuis, condescendu contre son devoir, ayant esté pratiqué et gaigné,

ou par quelque vayne espérance, comme cy devant il a esté, ou par

craincte de veoir luy et ses enfans ruynez, je vous laysse juger d'où

en procède la cause; car, avec l'authorité que je luy ay baillée, il a

plus des trois quartz de mon royaulme et les plus grandz avec luy, et

est suffizant pour en chasser le comte de Mora et toutz ses adhérans

et complices. Ce que, monsieur de La Mothe, je n'ay vollu vous celler,

affin que vous cognoissiez comment je suis esté traictée par

l'intelligence de mes traistres avec la Royne d'Angleterre, et le

besoing que j'ay de l'ayde et faveur de mes amys.]

PROTESTATION DE L'AMBASSADEUR D'ESPAGNE

PRO PARTE CATHOLICI REGIS ORATORIS ad Dominos Consiliarios

secretioris Serenissimæ Angliæ Reginæ consilii responsio.

Inter foederatos reges, ac populos, vicinosque quoscunque honesto

commercio utentes ad controversiarum discutionem, cùm gravamina

aut rapinæ factæ pretenduntur, solent permitti retentiones

bonorum, ut ex illis pacificatio querelarum, re cognità,

subsequatur. Eo tamen ordine, ut nullus extrà proprios fines

aliena capere attentet (quod bellicum est) neque retenta diripiat,

diripive permittat, neque distrahi, minorique pretio, quam quod

æquum est, vendi consentiat, personarum habito utrinque honesto

respectu.

Sicque, cùm retentiones bonorum jussu regum aut presidum

conceduntur, quæ antè illorum publicata edicta, aut preter eorum

tenorem detinentur, aut aliundè rapiuntur, raptave inferuntur,

inprimis, nullâ tergiversatione admissâ, restituenda censentur. Et

quia adsurdum prorsùs est locorum ac hominum exactam designationem

petere, neque sinere miserabilibus nautis domum legati patere,

generalem solummodo eorum hic mentionem faciemus.

In hiis sunt Hispanicæ naves, in Hispaniam tendere volentes, quæ

multò antè edicta jàm vela explicantes, in portu Hiermuthensi à

viceadmirallio Arcturo Sambertuono absquè causâ sunt detentæ,

navesque omnes quibus, XV decembris, gubernacula adempta per

ministros regios fuerunt: sunt autem illæ, quæ pecuniam ad militum

stipendium in Belgicam Illustrissimo Albæ Duci deferebant.

Prima retentio pecuniæ regiæ Sudantone, die XVIIII decembris;

facta fuit, sequens verò in occiduis partibus, decimo deindè die,

quæ ultima executio per prefatum Arturum, Killigreum, Jacobum

Murum et alios ministros regios, adeò insolenter est perpetrata,

ut omnia quæ unusquisque voluit, asportarit, effractis arcis

omnibus, direptis pecuniis atque fortunis nautarum, quos etiam in

pelagus precipitarunt, indignè de Majestate Catholici Regis

blaterantes, atque ut sanarent Hispanorum animos, quatriduum illos

inediâ afflixerunt, querentesque ac lamentantes ipse idem

viceadmirallius in carcerem conjici jussit, extractosque tandem

nudos, absquè viatico, procùl abegit; quæ quidem omnia, à regio

consilio silentio prætereuntur.

Omnes prefatæ retentiones pecuniarum regiarum, inconsulto tanti

Regis oratore, qui frequens apud Serenissimam Reginam aderat, sunt

commissæ: imò etiam, eodem penè die, quo illi securitas litteræque

regiæ datæ sunt ad prefectos portuum, aliæ his contrariæ secretò

sunt emissæ, sic ut unâ manu securitas, alterâ raptus

designaretur.

Itaquè qui querelam de Illustrissimi Albæ Ducis edictis

detentioneque in Inferiori Germanià factà pretendunt, suâ ipsius

causâ id fingere videntur ut nobilitati ac populo, vel levem

saltem, excusationem obtrudant, cùm Dux omninò nullum aliud quod

sequeretur iter haberet. Istorumque forsàn ingenio factum videri

posset, quòd inauditus Assonville, indignè habitus, indignè sit

etiàm dimissus.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, tome premier Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 27 / 34 段