Et, estantz, le mesme jour, messieurs le comte de Lestre, l'Admyral

d'Angleterre et autres seigneurs de ceste cour, venuz prendre leur

disner en mon logiz, j'ay bien voulu, en parlant de ce bon évènement

avec le dict sieur Comte, qui est arrivé une heure et demye devant les

autres, m'esclarcyr aussi, avecques luy, d'ung doubte que j'avois que

ceste Royne, par l'importunité de ceulx de la novelle religion, se

vollust déclarer à la guerre, m'en ayant esté donné ung si apparant

adviz que j'ay eu occasion de le craindre, joinct qu'on avoit veu,

toutz ces jours, le conseiller Cavaignes et le Sr. Du Doict presser,

par fréquentes sollicitations, plus que de coustume, ceulx du dict

conseil; et que eulx, à leur instance, s'estoient desjà assemblez

plusieurs foys, sans que ceulx qui tiennent pour la paix s'y fussent

trouvez, demeurans retirez et toutz mal contantz en leurs logis; avec

ce, que la flotte, qui estoit de long temps préparée pour aller à la

Rochelle, ayant esté quelques jours retardée dans ceste rivière,

commançoyt à valler pour se mettre en mer. Et j'avois aussi sur le

cueur les propoz dont, au postille des précédantes, que je vous ay

escriptes du XXIXe du passé, j'ay faict mention que ceste Royne avoit

tenuz, lesquelz j'ay mieulx aprins despuys; c'est qu'elle a dict ne

doubter aulcunement si ne se trouvoit ainsy bien saysye, comme elle

est, de ses prinses que l'on n'essayât de l'offencer et d'entreprendre

en plusieurs sortes sur elle et sur ses subjectz, et qu'elle se voyoit

contraincte à la guerre comme nécessaire à conserver son estat et sa

religion, dont vouloit qu'on préparât ung plus grand armement de mer

que celluy qu'elle a desjà, et qu'on pourveust dilligemment à toutes

autres choses par terre.

Sur lesquelles particularitez j'ay, par autres propos assez esloignez

de ceulx là, tiré du dict comte de Lestre ce qui s'ensuyt: en premier

lieu, qu'encor qu'il face bien mal à la Royne, sa Mestresse, de veoir

mal tretter et meurtir ceulx de sa religion en France, que néantmoins

estant Royne, comme elle est, sur beaulcoup de subjectz, elle ne

s'armera contre vous pour la querelle, que vous, estant Roy, combattés

contre les vôtres, et qu'il me pouvoit asseurer, en foy de chevalier

d'honneur, qu'elle ne vous commencera la guerre, si elle n'y est bien

fort provoquée; secondement, qu'encor qu'elle preigne grand confiance

de l'amytié du Roy Catholique, si se tient elle si offencée du duc

d'Alve et l'estime si cruel, si superbe, et les Espaignolz si

intollérables, qu'il n'est rien qu'elle ne face pour chasser et luy,

et eulx, hors des Pays Bas; et qu'elle cognoist que leur voysinage

luy est fort dommageable, et qu'il est aussi peu proffitable à la

France, de tant mesmement qu'après ces guerres et troubles présens,

lesquelz elle dict que ce sont eulx qui les ont suscitez et qui les

entretiennent, ilz ne fauldront d'en tramer bien tost d'autres pour

toutjour travailler les pays de deçà et les réduyre en aussy misérable

estat, s'ilz peuvent, comme ilz ont faict l'Itallie et le royaulme de

Naples, et qu'elle y remédiera, s'il luy est possible; et pour le

troisième, qu'entendant la dicte Dame l'accord des Escouçoys, et comme

ceulx en qui la Royne d'Escoce avoit le plus de fiance, et qui,

possible, sont cause de la mesme fortune où elle est meintenant, se

sont trouvez ses plus contraires, qu'elle commance la justiffier en

son cueur de plusieurs choses du passé, et en tient pour coulpables

ses meschantz subjectz, délibérant favoriser et porter dorsenavant son

faict en ce qu'elle pourra.

Je luy ay, de votre part, Sire, grandement gratiffié ses premier et

dernier propos, luy admenant beaulcoup de raisons du grand honneur et

proffict que ce sera à la Royne, sa Mestresse, si elle en uze ainsi

qu'il a dict; et, sur le propos du millieu, j'ay monstré ne doubter

aulcunement qu'il n'y ayt continuation de paix entre le Roy Catholique

et la dicte Dame, et ay conformé mes responces à l'amytié que vous

avez avecques les deux. Sur quoy, Sire, je suis bien informé que la

dicte Dame, encor que plusieurs la persuadent à la guerre et qu'elle

veuille obtempérer, autant qu'il est possible, à ceulx de son conseil,

si donne elle ordre qu'il y en ayt toutjours quelques ungs d'eulx qui

luy conseillent la paix et l'espargne; et elle trouve moyen de fère

authoriser et approuver leurs oppinions, de sorte que si le Roy

d'Espaigne envoye quelque personnaige de qualité devers elle, je ne

fays doubte que tout leur différant, quoy que dye le dict comte de

Lestre, ne soit bien tost accommodé, sinon que la restitution de tant

de prinses qu'ilz ont faictes y donnast empeschement, laquelle, à la

vérité, sera assés difficile à fère, mesmes q'une partie en est allée

à la Rochelle, et semble que quelques particulliers, grandz, de deçà,

en ayent butiné une autre partie, et l'on vend le reste chacun jour à

vil prix.

Aussi, le mesme jour, comme nous sortions de table l'on vint dire aus

dictz sieurs Comte et Amyral, que quatre des grandz navyres de ceste

Royne avoient, le jour précédant, au Pas de Callais, combattu quatorze

ourques, qui venoient d'Espaigne et de Portugal, bien riches de

deniers, d'espiceries et d'aultres bonnes marchandises, lesquelles,

encor que se fussent longuement deffendues, avoient enfin esté suyvyes

et vaincues prez de Domquerque, et en avoit on admené huict dans ceste

rivière, dont soubdain ilz allèrent trouver la dicte Dame pour

consulter de ceste novelle prinse. Et ainsy, encor qu'ilz veuillent

évitter la guerre avecques le Roy d'Espaigne, je ne sçay quel astre

les poulse de fère, chacun jour, quelque pas pour s'y mettre

davantaige; car ce dernier faict ne se peult excuser sur les pirates,

estantz les propres navyres de la dicte Dame qui l'ont exécuté.

Néantmoins ilz espèrent que le Roy d'Espaigne, dissimulant tout cella,

envoyera devers eulx, ou qu'en fin ilz envoyeront devers luy et que la

réconcilliation se trettera. Ilz sont meintennant à rabiller les

quatre navyres, qui ont combattu les ourques, lesquelz ont esté assés

endommaigez par la résistance de quelques hommes de guerre espaignolz,

qui estoient sur icelles, qui ont tiré souvant de quelques pièces

qu'ilz avoient, et ont thué plusieurs des leurs. Et, après qu'ilz

seront prestz, j'entendz que mestre Ouynter partira, avec toutz les

quatre, pour conduyre la flotte de la Rochelle, ayant en fin ceulx cy

résolu qu'elle yra quérir le sel et vin du payement des provisions

dont ilz rafreschirent ceulx du dict lieu, en décembre dernier, et

autres qu'ilz ont meintennant préparez pour leu rapporter; ce que les

marchantz, qui en ont faict l'advance, sollicitent bien fort, affin de

se pouvoir rembourcer avant que la dicte ville soit réduicte à plus

grande extrémité, et aussi que ceulx de la novelle religion estiment

que cella pourra conforter et relever, de quelque chose, ceulx de leur

party, après la perte qu'ilz ont faicte. J'entendz que le dict Sr. de

Voysin a charge de passer oultre devers les princes et villes

protestantes d'Allemaigne, mais semble qu'il temporisera, icy, jusques

à ce qu'on ayt eu plus grand certitude des choses de dellà.

Ceste Royne a favorablement respondu et escript, de sa main, à la

Royne d'Escoce sur aulcunes petites particullaritez qu'elle luy avoit

envoyé demander, et le susdict comte de Lestre ayant faict traduyre en

françoys la capitulacion des Escouçois me l'a envoyée en la forme que

verrez: priant Dieu, etc.

De Londres ce VIe d'apvril 1569.

Je viens d'estre adverty que ceulx cy renforcent de douze vaisseaulx

la flotte pour la Rochelle, oultre qu'on estime que les pirates s'y

joindront, quant elle sera en mer, et que l'on a encores aujourd'huy

secrètement distribué de l'argent à ceste levée de Flamans, dont je

vous ay cy devant escript, laquelle j'entendz estre de XIIIIe hommes

enrollés, ce qui me faict doubter de quelque entreprinse, ainsy que je

l'ay mandé à Mr. le maréchal de Cossé, bien que je suis très asseuré

qu'il n'y a rien par ordonnance de ceste Royne, ny de son conseil, et

de tant que j'avois, cy devant, ouy parler de Blaye, et que le propos

en a esté renouvellé, despuys deux jours, en quelque lieu, sera bon

qu'on preigne garde vers cest endroict.

A LA ROYNE.

Madame, ce que j'escriptz en la lettre du Roy est le principal de ce

que j'ay à fère entendre à Voz Majestez du présent estat des choses de

deçà; à quoy je adjouxteray seulement que ceulx ci, cognoissant avoir,

en plusieurs sortes, passé trop oultre pour ceulx de la Rochelle, et

avoir, contre l'observance de la paix, mal tretté voz subjectz en mer;

craignant bien fort avoir provoqué Voz Majestez d'en vouloir avoir la

revenche, dont, encores que ceste Royne n'advouhe rien de ce qui a mal

passé, et qu'elle monstre encores ne se mesler aulcunement du présent

voyage qu'on va fère à la Rochelle, si n'est de prester seulement ses

quatre navyres pour asseurer la navigation de ses merchantz, ainsi

qu'elle y est obligée, sans qu'elle y envoie ny pouldres, ny

artillerye, ny hommes de guerre, ni argent, ainsi qu'elle dict, et

comme ung des principaulx de son conseil m'en a asseuré, si luy

persuade l'on de procéder de telle façon sur la restitution des biens

des Françoys, qu'en les entretennant de quelques formalitez de

justice, et monstrant les vouloir toutjour favoriser, elle diffère

néantmoins de leur octroyer la playne délivrance de leurs dictz biens

jusques à ce que la main levée de Roan sera faicte, ou qu'elle se voye

asseurée de la confirmation de voz communs trettez. En quoy l'on m'a

adverty qu'elle desire bien fort que Voz Majestez envoyent devers

elle; mais semble qu'il n'y ayt lieu, ou qu'aulmoins il n'en soyt

encores temps. Et je ne fauldray, à la première foys que je l'yray

trouver, de prendre un autre règlement sur la restitution des dictes

prinses, qui soit plus brief que celluy, qu'elle avoit desjà baillé,

des quatre commissaires de son conseil.

Elle s'attand aussi que le Roy d'Espaigne envoyera icy quelque

principal personnaige, ainsy qu'il semble que le Sr d'Assoleville luy

en a faict dire quelque chose avant son partement, mais en cella il y

auroit plus de rayson, parce que le duc d'Alve a commencé d'exploicter

assez universellement contre elle et ses subjectz, en Anvers, premier

qu'elle ayt procédé à l'arrestation des deniers d'Espaigne, là où Voz

Majestez n'ont rien attempté contre elle; ains ont incontinent

commandé la main levée que les officiers de Roan avoient faicte, en

faisant, de leur part, raison à voz subjectz. Et si, s'entend que le

Roy d'Espaigne en fin s'est résolu de se rescentir des prinses et

viollences qu'ilz ont exécutées sur ses subjectz, ayant desjà faict

procéder en Espaigne à la saysye et arrestation des biens et personnes

des Anglois, et deffandu ne transporter rien, ny mener aulcun traffic

de ses pays en Angleterre, aprouvant ce que le duc d'Alve et son

ambassadeur, résidant icy, ont faict; de quoy le dict ambassadeur est

grandement resjouy, qui m'a mandé que le Roy, son Mestre, n'envoyera,

ny permetra que le dict duc envoye plus, devers la dicte Dame. En

quoy, si la dicte résolution tient, je croy qu'elle envoyera bien tost

devers luy, ainsy qu'il s'entend desjà qu'elle se prépare de le fère,

bien que, pour maintenir la réputation, l'on faict icy courir ung

bruict que le duc de Feria est desjà en chemin pour venir. Néantmoins

si ces choses demeurent guières en ce suspens, elles pourroient, par

continuation de ses prinses de mer, aller tant de mal en pis qu'en

fin il en sortiroit une guerre. J'entendz qu'on apreste dix des grandz

navyres de la dicte Dame pour conduyre la flotte de Hembourg, laquelle

sera riche de plus de cinq cens mille escuz de draps, ayantz entendu

que le duc d'Alve tient quarante cinq vaisseaulx, bien équipez en

guerre et toutz prestz, en Zélande, pour les empescher, mais ilz

monstrent ne le craindre guières. Sur ce, etc.

De Londres ce VIe d'apvril 1569.

J'avois cloz ce pacquet quant le seigneur de Montafie est arrivé,

lequel n'a trouvé le passaige à propos. J'espère que ceste Royne

l'orra demain.

CONVENTION DE GLASCOW.

--du XIIIe de mars 1569.--

L'EFFECT DU POURPARLER qui a esté tenu à Glasco, le XIIIe de mars

1569, entre le Régent d'Escoce et ses amys d'une part, et le

comte de Cassellis, le sieur de Herrys et l'abbé de Kilwelming,

au nom de monsieur le duc de Chastellerault, et autres ses

adhérans de la noblesse, d'autre part.

Il est requis par Monsieur le Régent que le Duc et ses adhérans

recognoistront le Roy et son authorité, et qu'ilz sont ses

subjectz, et conséquement de luy prester service, obédience et

fidellité à l'advenir comme à leur Seigneur Souverain.

Il est requis aussi, du costé de Mr. le Duc, que, ayant recognu le

Roy, ainsy qu'il est expéciffié cy dessus, que toutz et ung chacun

de la noblesse seront restituez et remiz en leurs places de

conseillers, ainsy que leurs prédécesseurs ont esté durant le

temps des autres Roys; mesmes ceulx qui sont nez héréditairement

du conseil, et que Mr. le Régent, portant l'authorité du Roy,

jurera solempnellement, de là en avant, de se porter

indifféremment et sainement, tant envers eulx comme aussi envers

toutz autres de la noblesse, en toutes leurs honnestes et justes

demandes, sans aulcune partiallité ou ressouvenance de leurs

déportemens, durant le temps de la controverse.

Item, que toutz ceulx qui ont faict faulte puis naguières, faisant

service à la Royne, ou reffuzé leur obédiance au Roy, promettent,

à l'advenir, de se porter envers luy comme ses loyaulx subjectz,

avec toute humilité et obédiance, et seront remiz en leurs terres,

offices et possessions, nonobstant quelconque confiscation, qui a

esté ordonnée contre eulx, pourveu toutjour que toutz ceulx seront

exemptz, qui ont esté consentans à la mort du Roy.

Item, que Monsieur le Régent, ensemble touz ceulx de la noblesse,

consentiront à toutz les articles qui se trouveront proffitables

pour l'honneur, commodité et advancement de la Royne, mère du Roy,

n'estant préjudiciables au Roi et à sa souveraineté, dont deppend

la seureté de toute icelle noblesse et de toutz ses subjetz, en ce

comprins aussi la seureté d'iceulx.

Et, pour ce que Monsieur le Régent, de son costé, est aussi bien

contempt de signer et jurer les conditions et accordz cy dessus,

comme aussi de pourvoir à l'observation et entretènemant d'icelles

par ceulx de l'autre party, il veult bien q'une assemblée et

convention se face, parce que le temps ne permect poinct

présentement de penser aulx affères de la Royne, mère du Roy; et

est accordé que, le Xe d'apvril prochainement vennant,

s'assembleront et conviendront ensemble en la ville d'Edemborgh,

en paysible manière, ces personnes cy après nommez, Monsieur le

Régent, Mr. le duc de Chatellerault, les comtes de Humteley,

Arguile, Mourton, Athole et Glencarme, et le Sr. de Harriz, et en

cas que aulcuns de ceulx cy seront absens, pour occasion de

malladie ou autre affère urgent, q'ung autre de la noblesse sera

esleu en sa place, et là, comme bons amys, tretteront ensemble et

regarderont de conclurre, sur les articles et pointz qui

concernent la Royne; et ce qu'ilz verront, ou la plus grand part

d'iceulx, estre nécessaire de fère pour son honneur, sans

préjudicier le Roy et son authorité, toute la noblesse y

consentiront; et affin que la noblesse ayt seur accez pour ce

fère, Mr. le Régent promect, sur son honneur, qu'ilz viendront et

retourneront, quand bon leur semblera, sans dangier ou

empeschement.

Cependant, il est accordé que le Duc de Chatellerault et autres,

ses adhérans, ne se mesleront point d'exécuter aulcun office de

lieuctenant ou autre authorité, soubz prétexte que la Royne Mère

leur aura donné commission de ce fère, ny empescheront les

officiers d'armes de fère leurs offices par tout le royaulme au

nom du Roy et de Monsieur le Régent, sellon que l'occasion se

présentera, promettant le dict sieur Régent de ne procéder en

aulcune sorte, par lettres ou charges, à l'encontre du dict Duc et

ses adhérans, dont ilz seroient préjudiciez ou touchez en leurs

personnes, terres ou biens, mais seulement entend par cest article

que nul empeschement se fera, de leur costé, contre l'auctorité du

Roy.

Or, pour ce que les forces doibvent estre présentement dissipées

et renvoyées, affin que les subjectz du Roy n'en pâtissent, il est

très raysonnable que l'on baille asseurance à Monsieur le Régent

que les articles cy dessus expéciffiez seront tenuz, comme il

entend de fère de son costé. Il veult que Mr. le duc, le comte de

Cassellis et le Sr. de Harrys, lui envoyent hotages pour demeurer

auprès de luy jusques à tant que les dictz articles seront

accompliz, c'est-à-dire, l'ung des filz de mon dict sieur le Duc,

le comte de Cassellis ou son frère, et le dict sieur de Herriz ou

son fils aisné.

XXIXe DÉPESCHE

--du XIIe d'avril 1569.--

(_Envoyée par Mr. de Montafie, escuyer d'escuyerie du Roy._)

Audience donnée par Élisabeth au sieur de Montafie, envoyé de

France auprès d'elle après la bataille de Jarnac, pour lui

faire connaître tous les détails du combat et toute

l'importance de la victoire.

AU ROY.

Sire, ayant le Sr. de Montafie tardé huict jours à Dièpe pour attandre

passaige, ceulx de la novelle religion, qui sont icy, ont cependant

calompnié, en plusieurs sortes, les bonnes novelles de votre victoyre,

et ont dict que, puys qu'il n'en venoit confirmation de nulle part,

que je les avois controuvées pour arrester la flotte de la Rochelle

et donner réputation à voz affères, et pour servir aussi aulx affères

de la Royne d'Escoce et à l'affection des catholiques de ce royaulme,

me mandant là dessus, par ung des miens, des parolles qui ne m'ont

aulcunement pleu. Et encores, estant desjà le dict sieur de Montafie

arrivé, ilz ont essayé de préocuper l'opinion de ceste Royne à luy

persuader qu'elle ne deust donner foy à ce qu'il luy en diroit.

Néantmoins estans, le mercredy de la sepmaine saincte, allez trouver

la dicte Dame, elle a fort bien et fort favorablement receu les

lettres de Voz Majestez, ensemble celluy qui les apportoit, et luy

ayant avec attention donné bien paysible audience sur tout le discours

que, de fort bonne façon, il luy en a faict, sans rien obmettre de ce

qui pouvoit bien exprimer la vérité, elle a monstré ne doubter plus du

succez de la bataille ny que la victoire ne vous en fust entièrement

demeurée. Et a respondu qu'elle ne pouvoit, à la vérité, se bien

resjouyr de la mort d'ung, votre parant, qui estoit si prochain de

votre sang comme feu Mr. le prince de Condé, sinon qu'il eust eu

quelque mauvaise intention contre les personnes de Voz Majestez Très

Chrestiennes ou contre votre estat, auquel cas, s'il luy en estoit

onques tumbé la moindre sintille du monde dans le cueur, elle vouloit

louer et remercyer Dieu, de bon cueur, du jugement qu'il en avoit

faict; mais qu'elle feroit grandement contre sa propre conscience si

elle l'en soubspeçonnoit en rien, car a toutjour très fermement creu,

qu'ainsy qu'il avoit l'honneur de vous appartenir, qu'aussi vous

estoit il très bon et très fidèle subject et serviteur, et qu'elle ne

pouvoit qu'estre bien fort marrye de la continuation des troubles de

votre royaulme, de tant que, où que inclinât en fin la victoire, ce

seroit toutjour la diminution de voz meilleures forces et la ruyne de

votre noblesse, réputant très coupable envers Dieu, et fort

malheureux, pour l'estat de votre couronne et pour toute la

chrestienté, ceulx qui en avoient esté les autheurs et qui estoient

cause de les fère tant durer; mais qu'elle se resjouyssoit, comme

votre propre seur, et comme propre fille de la Royne, du bon

acheminement de voz affères, esquelz elle desiroit semblable

prospérité que aulx siens propres; et prioit Dieu que vous ne puyssiez

prendre jamais conseil sur iceulx de personnes qui ne portent aultant

de bonne affection à votre bien et à la conservation de voz personnes,

et estat, et authorité, comme elle faisoit; qu'elle pouvoit en cella

jurer son Dieu que vous [vous] en trouveriez bien.

Puys, s'est enquize curieusement si Monsieur, en personne, avoit faict

la charge; si le dict prince estoit mort au combat, ou bien si l'on

l'avoit thué, après l'avoir prins, estant seulement blessé au bras; si

ce fut pour secourir monsieur l'Amyral qu'il vint ainsy sercher sa

male fortune; que le dict Sr. Amyral l'avait meilleure en ces troubles

que ez autres guerres, car jamais auparavant elle n'avoit ouy dire que

ez rencontres, ou combatz, où il s'estoit trouvé, qu'il n'eust esté

blessé ou prins, mais croyoit, s'il eust esté prisonnier ceste foys,

que ce eust esté la dernière, car on ne l'eust espargné; si le comte

de Montgommery estoit mort; qu'elle avoit bien prédict ce qui estoit

advenu à Chatellier Pourtault; estimoit Estuard bon soldat, et qu'il

estoit dommaige qu'il n'eust suivy le bon party; qui commandoit

meintennant en l'armée du dict feu prince? et qu'il sembloit que, pour

la perte de luy, elle ne fût guières affoiblye, y restans plusieurs

bons capitaines pour commander; où estoit lors la Royne de Navarre, et

son filz?

Et ayant la dicte Dame de mesmes bien paysiblement escouté ce que le

dict Sr. de Montafie luy a racompté du duc de Deux Pontz; où il

estoit; quel chemin il prenoit; comme, entendant la mort du dict

prince de Condé, il s'estoit arresté; comme Votre Majesté luy avoit

envoyé ung hérault pour luy deffandre d'entrer à mein armée dans votre

royaulme; les bonnes forces qu'aviez envoyées en Bourgoigne, soubz Mr.

d'Aumale et Mr. de Nemours, pour l'en empescher, s'il le vouloit

entreprendre; elle luy a faict répéter, par deux foys, le nombre des

dictes forces, tant de pied que de cheval, puis a adjouxté que ce

seroit à tort s'il y entroit, car n'avoit aulcune juste querelle de ce

fère, ny n'avoit ouy dire que vous l'eussiez onques offancé; et a

demandé si le duc de Cazimir estoit avecques luy.

A toutes lesquelles particularitez, une à une, le dict Sr. de Montafie

a respondu de si bonne et prudente façon, et sellon qu'il convenoit à

votre service, qu'encor que les mal affectionnez fussent allez au

devant pour diminuer la réputation de voz affères et la grandeur de la

victoire, si a la dicte Dame, et ceulx de son conseil, toutjour

despuis tenu pour très certain et véritable le récit qu'il en a faict.

Mesmes que, bien tost après, par aulcunes lettres de Flandres, l'on

leur a tant augmenté le compte, qu'en fin ilz nous ont estimez toutz

deux fort modestes de ce que nous en avions dict, dont laisseray au

dict Sr. de Montafie de vous rendre compte des autres propoz de la

dicte Dame et du desplaysir qu'elle dict qu'elle aura, si dorsenavant

vous vous deffiez de sa bonne volonté, parce que je me plaignois à

elle du voyage de ses navyres à la Rochelle; aussi d'une plaincte

qu'elle nous a faicte pour son ambassadeur, me menassant de me

tretter de mesmes qu'on le trettera de dellà; du destroussement de ses

pacquetz; de l'excuse qu'elle luy a faicte pour ne le laysser passer

devers la Royne d'Escoce, et plusieurs particularitez qu'il a

comprinses de deçà, et autres, que je luy ay communiquées, lesquelles

toutes je remectz à sa bonne suffizance, n'adjouxtant, icy, pour le

surplus, qu'une prière à Dieu, etc.

De Londres ce XIIe d'apvril 1569.

Le Sr. de Gamaches m'a envoyé prier que je veuille accompaigner de ce

mot sa très humble suplication qu'il faict à Votre Majesté, par le

dict Sr. de Montafie, qu'il vous playse le remettre en votre bonne

grâce et en la possession de ses biens, suyvant la dellibération qu'il

dict avoir de demeurer à jamais votre très obéyssant et très fidèle

subject et serviteur, et que je vous donne tesmoignage de ses

déportemens par deçà. En quoy, ne l'ayant hanté ny observé, pour

sçavoir comme il y a vescu, je puis au moins dire que je ne sçay qu'il

y ayt rien pratiqué contre votre service.

A LA ROYNE.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, tome premier Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 24 / 34 段