équipaige de guerre à la Rochelle, le temps ne portoit qu'on le deubt
faire autrement, mais que la teste d'ung chacun de la flotte
respondroit de tout ce qu'ilz entreprendroient hostillement, sur voz
pays et subjectz, contre l'expresse deffance qu'elle leur en avoit
faicte. En quoy, Sire, j'ay bien sceu qu'elle a ainsy permiz d'armer
ces vaysseaulx marchantz affin d'espargner l'armement d'autres deux
de ses grandz navyres, que Me Oynter, lequel en fin a esté ordonné
pour conduyre la dicte flotte de la Rochelle, luy demandoit, oultre
les deux qui sont desjà toutz prestz.
Et, quant au reste, m'a respondu que ce qu'on transportoit de dellà
estoit pour accomplir certains marchez qui estoient faictz, despuys
longtemps, entre les marchantz, de quoy elle ne se mesloit
aulcunement; et s'il se faisoit nulle levée de Flamans c'estoit sans
son sceu, mais qu'au moins elle garderoit bien que ses subjectz ne
vous yroient pas faire la guerre.
J'ay répliqué qu'entendant partir tant de rafreschissemens
d'Angleterre pour les apporter à ceulx de la Rochelle, et s'embarquer
des Flamans pour les aller secourir, desquelz la levée ne se pouvoit
faire en son royaume sans crime de lèze magesté, sinon avec son sceu
et permission, il estoit possible que Voz Majestez Très Chrestiennes
ne l'inputassent tout à elle seule sans luy en pouvoir admettre
aulcune excuse; dont la suplioys d'y bien penser, et luy ay poursuivy
cella en telle façon que ne s'en pouvant bien desmeller elle a appellé
aulcuns seigneurs de son conseil, qui estoient dans la chambre, aus
quelz ayant, quasi mot à mot, récité tout ce que je luy avois dict et
monstré ne trouver aulcunement bon, qu'on chargeât toutes ces
provisions pour la Rochelle, oultre l'avytaillement ordinaire des
navyres, ny qu'on fist ceste levée de Flamans, qui estoit encores
moins excusable, de quoy eulx aussi ont faict semblant ne sçavoir
rien, sinon le secrétaire Cecille qui a dict que trois Angloys avoient
esté miz en prison pour avoir vollu accepter quelque soulde, elle leur
a commandé bien expressément de donner ordre qu'il ne soit rien permiz
ny souffert en ceste flotte, dont Votre Majesté ayt occasion d'estre
mal contant; et, haulssant la parolle, a dict que quiconque la mettra
en guerre, ou la conseillera de l'avoir avecques Votre Majesté qu'elle
le réputera pour traistre.
Et m'estant là dessus, avec bonnes parolles et toutes bonnes
démonstrations, licencié d'elle, elle m'a encores rappellé de la porte
pour me dire qu'elle me prioyt de descouvrir mieulx ce qui estoit de
la dicte levée de Flamans, et au nom de qui elle se faisoit, car ne
vouloit que ceulx, qui estoient venuz à son reffuge pour saulver leurs
vyes, prinssent ainsy les armes pour attirer la guerre en son royaume,
et qu'elle pensoit que l'homme du prince d'Orange luy faisoit si
mauvais tour, dont y vouloit remédier; et qu'elle juroit Dieu, le
Créateur, qu'elle n'avoit rien entendu de cella jusques à ce que je le
luy avois dict, et qu'elle ne vous vouloit aulcunement provoquer, bien
pensoit envoyer, du premier jour, quelque personnaige, exprès devers
Voz Majestez, pour vous faire entendre aulcune sienne intention.
Ainsy, Sire, je ne puys que bien juger, pour encores, de la volonté de
ceste princesse en la continuation de la paix; mais je n'ay pourtant
layssé de donner adviz de tout cest armement à Mr. le maréchal de
Cossé afin d'obvier à toutes surprinses. Et semble que le faict des
pirates se va fort modérant et se règle, de jour en jour, pour la
seureté de voz subjectz, dont fauldra aussi qu'on commance de procéder
en France, mesmement à Roan, à quelque bonne démonstration envers les
Angloys.
L'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, demeure toutjour resserré, et
les affaires de Flandres en suspens, bien qu'il semble qu'on n'attend
sinon que le Roy Catholique envoye personnaige exprès pour tretter, de
sa part, avecques ceste princesse de toutz ces différantz, et elle
luy satisfera.
Il n'y a encores novelles s'il a esté rien exploicté en Escoce, tant y
a qu'on y est bien avant aulx armes, et bien tost l'on y dépeschera
d'icy celluy que je vous ay desjà mandé, nommé Me. Milmor. Je vous
envoye la coppie d'aulcunes lettres, que la Royne d'Escosse a
naguières escriptes à ceste Royne et à moy, par où vous pourrez
entendre amplement de ses novelles. Et sur ce, etc.
De Londres ce XXVe de mars 1569.
A LA ROYNE.
Madame, j'ay esté en grand doubte comme je debvois uzer envers ceste
Royne touchant ceste flotte de ses subjectz qui va à la Rochelle,
craignant que si j'en venois avec elle en termes rigoureux, elle en
fût, possible, provoquée de me faire quelque déclaration plus ouverte
que la grandeur et réputation du Roy, et Vôtre, ne pourroit puis après
suporter ni dissimuler que ne luy en protestissiez la guerre, ce que
j'estime ne convenir bien au présent proffict de voz affaires; aussi,
si je ne luy en parloys, que je luy layssasse trop négligemment passer
les choses de votre service en dangier qu'elle les tînt, puis après,
trop à mespriz ou les fyct doresenavant venir à de pires conséquences,
dont en ay usé, ainsy que Votre Majesté verra en la lettre du Roy. En
quoy, grâce à Dieu, il m'a beaulcoup mieulx succédé que je ne pensoys,
et comme j'ay miz peyne de luy dire beaulcoup de choses de
contantement sur ce qu'elle se plaignoit, aussi m'en a elle dict
plusieurs autres pour contanter Voz Majestez, et ne reste que de les
exécuter et donner charge, d'ung costé et d'aultre, aulx capitaines
et gouverneurs des places, le long de la mer, en la frontière des deux
royaumes, qu'ilz usent de toutz bons déportemens, et fassent cesser
les mauvais. Dont vous plairra, Madame, en faire rafreschir le
commandement à Mr. le mareschal de Cossé, et comme l'on a depputté,
icy, quatre des seigneurs de ce conseil commissaires pour pourvoir
aulx pleinctes de voz subjectz sur toutes ces prinses de mer, qu'il en
soit aussi ordonné d'autres en Normandie et Picardye, et en Bretaigne,
pour pourvoir aux pleinctes des Anglois; et que, en la première
audience que Voz Majestez donront à l'ambassadeur d'Angleterre, il
vous playse luy gratiffier l'affection et bonne volonté que la Royne,
sa Mestresse, monstre avoir à l'entretènement de la paix, et l'exorter
aussi qu'elle veuille restraindre et modérer les affections et les
actions d'aulcuns des siens, qui les usent trop apertement contre Voz
Majestez en faveur de ceulx qui vous mènent la guerre en votre
royaume.
La dicte Dame m'a touché confuzément aulcuns propos, par lesquelz j'ay
comprins qu'elle vouloit envoyer ung personnage exprès devers vous
pour s'esclairer de quelques doubtes, et m'a l'on dict qu'elle avoit
déjà parlé du Sr. de Trocmarton pour y aller. Je mettray peyne
d'entendre plus avant l'occasion du dict voyage et de vous envoyer,
devant, ung des miens pour vous en donner adviz, et pour vous rendre
compte de toutes choses de deçà, Dieu aydant; au quel je prie, etc.
De Londres ce XXVe de mars 1569.
Je vous supplie faire donner adviz à Monseigneur, votre filz, du
contenu en ceste dépesche affin que celle que je luy ay faicte du
XXIe du présent, qui est assez diverse de ceste cy, ne soit cause de
luy faire rien changer de ses dellibérations.
LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE A LA ROYNE D'ANGLETERRE.
--du XIIIIe de mars 1569.--
Madame ma bonne soeur, l'honneur et naturelle amytié que je vous porte
faisant son office me faict craindre et fouyr de vous inportuner, ou
sembler me deffier aulcunement de votre bon naturel par mes plainctes,
qui vous ont esté quelque foys désagréables, et, d'autre part, ma
conscience et naturelle pityé de sang espandu de mes obéyssantz
subjectz me meust vous remonstrer ce en quoy je me sens obligée. Par
quoy je vous prieray, premièrement, de considérer le juste soing que
je doibz avoir de mon peuple, qui doibt précéder toutz humains ou
particuliers respectz; secondement, le temps que constamment j'ay
passé en pacience soubz l'espoir de votre faveur, et, sans le prendre
de moy comme offence ou reproche, lire mes doléances, et sur icelles
me mander votre résolution, pour laquelle entendre j'envoye Borthuic,
présent pourteur, devers vous, avec le double de quelques poinctz
contenuz en une proclamation faicte par mes rebelles, où ilz font
mencion d'une sentence par vous donnée sur les choses disputées et par
eulx faulcement alléguées dernièrement en votre présence et de votre
conseil; lesquelz poinctz je vous supplie considérer pour m'en faire
entendre votre volonté par ce pourteur, ne pouvant la nécessité de la
cause si importante souffrir plus long délay, sans entendre votre
résolution tant en cella qu'en ce qui suyt, pour remédier aulx
partiaulx déportemens de voz ministres des frontières, lesquelz ont,
à Carlisle, prins mes serviteurs, osté et ouvert leurs lettres et puys
envoyées en court, bien loin de ce qui m'a esté promiz et escript, qui
n'entendiez que j'eusse moins de liberté que par cy devant, mais trop
plus esloigné du racueil faict à mes rebelles, avec lesquelz je ne
pensay jamais estre esgalle. Car ilz ont esté bien receuz en votre
présence, avec liberté d'aller et venir, et continuellement envoyer
supportz d'argent, et, comme ilz disent, ainsi qu'il vous plairra voir
par ceste autre lettre, asseurez de support d'hommes à leur besoing.
Par ainsy, ilz sont meintenuz pour m'avoir vollu faulcement accuser et
tacher d'infamye, et moy, qui me suis venue jetter entre voz braz,
comme de ma plus asseurée amye, reffuzant le support de ceulx
lesquelz, offancés de ce, je seray contraincte, à mon regrêt, de
rechercher, si sellon mon espérance et desir n'y remédiez par prompt
secours, ay esté esloignée de mon pays, retenue, vostre présence
requise pour ma justiffication dényée, et enfin toutz moyens coupez et
retrenchez d'ouyr des miens ou leur faire entendre ma volonté.
Je ne pense avoir mérité telz trettemens pour m'estre fyée en vous, et
vous avoir compleu, deffendant à mes subjectz rien n'entreprendre
quant ainsy me l'avez conseillé, et ne recherchant à vostre requeste
et promise amytié aultre que vous, non seulement desirant vous
complaire, mais obéyr, comme fille à sa mère. Et, de fresche mémoire,
au retour des traystres, sans l'advertissement de l'évesque de Rosse
et de maister Knollis, qui me persuadèrent que ne pouviez trouver bon
que mon party commenceast, je les eusse bien salués à l'entrée des
frontières, sans leur donner si bonne commodité de lever soldatz pour
ruyner mon povre peuple. Bref, j'ay, jusques icy, deppendu de vous
seule, et desire faire encores, s'il vous playt accepter ma bonne
volunté, la récompensant par vostre amyable confort et prompt secours,
pour obvier à la tirannye de ces rebelles subjectz. Pour la craincte
desquelz[61] contre mes fidelles subjectz, et contre mon honneur et
estat, je seray contraincte vous requérir secours, ou d'en chercher où
Dieu me conseillera; sellon vostre responce, que je veulx espérer
bonne, je me desporteray.
[61] C'est-à-dire de ce qu'ils peuvent entreprendre contre mes
fidèles sujets.
J'ay aussi chargé ce pourteur de sçavoir vostre résolution sur ce que
l'évesque de Rosse et lord Boyd auront à faire, ne l'ayant encores peu
sçavoir, ny aultres certaines particullaritez, desquelles je vous
supplie le croyre, et ne prendre en mauvaise part si, en chose si
inportante, je vous presse plus que peult estre (veu que je suys entre
voz mains) il ne vous semble à propos; mais je ne puys plus longuement
différer ny supporter partial trettement, sans ruyne de mon estat et
offence de ma conscience: car, comme naturellement je vous suys
addonnée, vostre peu amyable trettement m'en pourroit retirer, ce que,
je vous supplie, ne me contraignez faire, me layssant une opinion
aultre que je n'ay jusques icy vollu confirmer d'une parente si
proche, et de qui je desire tant la bonne grâce, à laquelle présentant
mes affectionnées recommendations, je prieray Dieu vous donner, Madame
ma bonne soeur, en santé, longue et heureuse vie.
De Tutebery ce XIIIIe de mars 1569.
LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE AU Sr. DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XVe de mars 1569.--
Monsieur de La Mothe, je renvoye Borthuik, présent pourteur, devers la
Royne d'Angleterre, madame ma bonne soeur, pour les occasions qu'il
vous dira et que vous verrez par le double de mes lettres, ce qui me
gardera faire la présente plus longue que pour vous prier continuer
les bons offices, que vous faictes pour moy à l'endroict d'icelle,
ainsy que vous cognoistrez les choses le requérir. Au reste, je ne
veulx oblyer vous dire que, au change des mauvaises nouvelles qui,
dernièrement, ung peu devant le retour de ce dict pourteur, m'avoient
esté dictes de France, j'ay rendu les bonnes que m'avez escriptes par
luy, du XXIIIe de l'aultre moys, à ceulx qui avoient eu lettres de la
cour d'Angleterre bien diverses et esloignées du bon succez que,
grâces à Dieu, se peult espérer des affaires du Roy, monsieur mon bon
frère.
Il ne fault, monsieur de La Mothe, que je vous dye le contentement
que, pour plusieurs respectz, je reçoy, quant je puys entendre ce qui
se passe par dellà, de quoy je suis tousjours en doubte jusques à ce
que je reçoy quelques lettres de vous, car, encores que je n'adjouxte
foy à toutz les bruictz et allarmes que l'on me donne, si ne sçauroys
je me garder cependant d'en estre en peyne.
Je suis estroictement gardée, comme vous dira ce dict pourteur, et
sont arrestez ou visitez toutz messagiers que l'on estime avoir
lettres pour moy ou de moy. Toutesfoys, si j'avoys chiffre avec vous,
je ne lairroy d'en mettre quelques unes à l'adventure et vous
escripre, sellon les occasions, comme de vostre part j'estime que
vous feriez. J'escriptz à l'archevesque de Glasco, mon ambassadeur,
auquel je vous prie faire tenir le pacquet que ce dict pourteur vous
baillera par la première commodité, et atant, monsieur de La Mothe, je
prie Dieu qu'il vous donne ce que desirez.
Escript à Tutbery le XVe de mars 1569.
Vostre bien bonne amye,
MARIE R.
XXVIIe DÉPESCHE
--du XXIXe de mars 1569.--
(_Envoyée par Olivyer jusques à Calais._)
Effet produit à Londres par la première nouvelle de la victoire
de Jarnac et de la mort du prince de Condé.
AU ROY.
Sire, à peyne estoit hors des faulx bourgs de ceste ville celluy par
lequel je vous dépeschay les miennes, du XXe du présent, que je receuz
celles de Votre Majesté, du VIIe auparavant, par ung des clercz de ce
conseil, que le secrétaire Cecile m'envoya, avec des excuses d'avoir
arresté à Canturbery celluy qui me les aportoit, parce qu'il s'estoit,
à ce qu'il me manda, randu suspect, et qu'on luy avoit trouvé
plusieurs lettres vennantz de Flandres, mais qu'il m'envoyoit le
pacquet de Votre Majesté entier et bien conservé; auquel pacquet,
Sire, j'espère que mes deux précédantes despesches vous auront
amplement respondu et satisfaict.
Et, estant, le mesme jour, arrivée la bonne nouvelle de la grande et
notable victoire qu'il a pleu à Dieu vous donner en Guyenne[62], soubz
le bon heur et conduicte de Monsieur, frère de Votre Majesté, je ne
vous sçaurois bien exprimer la mutation et changement qu'elle a
apporté aulx dellibéracions et entreprinses, et aulx contennances
mesmes de tous les principaulx de ceste court, qui ont monstré, les
ungs d'en estre extrêmement faschez, et les autres ont prins cueur
d'en ozer ouvertement fère resjouyssance: et a esté incontinent, là
dessus, assemblé le conseil, où, entre autres choses, ceulx, qui
estoient marrys du bon succez, ont vollu persuader que c'estoit une
invention que j'avois faicte à poste, pour retarder le partement de la
flotte qui alloit à la Rochelle, dont les bien affectionnés ont envoyé
secrètement devers moy pour en sçavoir le certain. Ausquelz j'ai faict
part de ce que monsieur le maréchal de Cossé m'en avoit mandé et de la
coppie d'une dépesche que monsieur le duc, frère de Votre Majesté, lui
en avoit faicte sur le rapport de monsieur de Losse.
[62] Remportée à Jarnac, sur la Charente, le 13 mars 1569.
Et, estant, le mesme jour, milor Chamberlan venu prendre son disner en
mon logis, il m'a faict, par ses discours, encores mieulx apercevoir
de la perplexité où, pour ceste occasion, ceulx cy se trouvoient,
m'ayant dict qu'il pensoit que eulx toutz, du conseil de ceste Royne,
la conseilleroient d'armer promptement six autres de ses plus grandz
navyres de guerre pour les mettre, du premier jour, en mer, outre les
quatre premiers, et les quatre de ceste heure, et les deux grandz
navires de Venise, qu'elle y a desjà, et ce, à cause de ceste
nouvelle; et qu'ilz ont aussi entendu que monsieur le maréchal de
Cossé arme quelque nombre de vaysseaulx dans la rivière de Roan, et le
duc d'Alve ung grand nombre de ourques en Zélande, ce que j'ay miz
peine de luy dissuader. Et ne sçay encores ce qu'ilz en détermineront,
bien que je pense qu'il y aura assés à fère à démouvoir la dicte Dame
du bon propos, où je la layssay en ma dernière audience, qu'elle me
promist de demeurer ferme en la continuation de la paix.
En quoy j'ay sceu despuys, qu'après que je fuz party, elle résolut,
avec l'opinion de deux contre celle de toutz les autres, d'envoyer
deux personnaiges en France sur le faict de la restitution des prinses
d'ung costé et d'aultre, ainsy que je l'en avois requise, affin
d'entretenir la paix et le commerce d'entre les deux royaulmes,
nonobstant qu'ilz luy remonstrèrent n'avoir jamais esté envoyé des
depputez d'icy en France, ains toutjour de France par deçà, et qu'il
inportoit grandement à la dignité de sa couronne de ne perdre cest
advantaige, et faisoient quelque fondement sur le poinct de l'honneur,
espérans qu'elle se tiendroit aussi ferme sur sa réputation en cest
endroict, comme elle l'avoit faict ez choses de Flandres. Mais j'ay
sceu qu'il fut ainsy lors résolu, touchant les dictes choses de
Flandres, qu'elle attandroit la responce du Roy Catholique sur la
bonne lettre qu'elle luy avoit escripte, en latin, par la voye de dom
Francès d'Alava, et, ou fût qu'il respondît gracieusement et en
parolles de paix et d'amytié, ou bien qu'il fît le courroucé et mal
contant, elle commanceroit, incontinent après, d'entendre aulx moyens
de réconcilliation avecques luy, le plus tost qu'elle pourroit.
Ausquelles deux dellibéracions je croy que la novelle de votre
victoire la fera encores mieulx résouldre.
Il est vray qu'on m'a adverty que ceulx d'auprès d'elle, de la novelle
religion, qui la voyent ainsi destournée et dissuadée de la guerre,
pratiquent de luy fère fère instance par la congrégation de ceulx de
la religion de ce royaulme, et la fère conjurer, au nom de Dieu,
qu'elle ne veuille habandonner la deffance de sa dicte religion; et en
cella leurs évesques, ministres et concistoires se monstrent fort
promptz, qui, pour ceste occasion, ont demandé avoir la relation des
choses de France affin de délibérer et juger si le prince de Condé a
justement prins les armes, ou non. Je ne sçay si, par ce moyen, elle
pourra estre induicte de fère quelque plus ouverte déclaration qu'elle
n'a encores faicte en leur faveur. Monsieur le cardinal de Chatillon,
entendant la novelle de la dicte victoire, s'en est retourné aulx
champs, attristé et affligé, ainsy qu'on m'a dict, outre mesure; et a
layssé Cavaignes et Du Doict en ceste ville pour continuer leurs
sollicitations, ausquelles je prendray garde, du plus prez qu'il me
sera possible.
J'ay mandé la dicte bonne novelle à la Royne d'Escoce, dont ne fault
doubter qu'elle ne recoipve grande consolation. Je viens d'estre
adverty que les Escouçoys, ayant leurs forces, des deux costez, en
campaigne, ainsy qu'ilz estoient prestz de combattre, ilz se sont
accordez et ont renvoyé les trouppes. Je mettray peyne de sçavoir la
forme de leur accord. Cella ay je sceu qu'il n'y a esté faict aulcune
mencion de la Royne d'Angleterre, ny rien capitulé de bien pour leur
propre Royne. Sur ce, etc.
De Londres ce XXIXe de mars 1569.
Je viens d'estre adverty que ceste Royne, entendant la dicte victoire,
a tenu ung propos, comme si elle estoit contraincte d'entrer en
guerre. Je ne sçay encores si cella s'entend contre nous ou contre les
Pays Bas; tant y a, qu'ayant elle, après ma dernière audience, envoyé
arrester, pour quelques jours, la flotte de la Rochelle et pourvoir
qu'il n'y eust rien dont peussiez estre offancé, qu'èle a, de noveau,
mandé qu'on différât le partement d'icelle, bien qu'il se peut que
c'est seulement pour veoir s'il viendra nulle confirmation de la dicte
novelle; car j'ay différé de m'en aller conjoyr avecques elle jusques
à ce que j'en auray lettre de Votre Majesté, et je croy que, bien tost
après, elle la fera partir, mesmement s'il vient quelcun, du dict
lieu, de ceulx qui peuvent estre restez de la bataille.
A LA ROYNE.
Madame, je n'ay sceu l'indisposition de Votre Majesté jusques au XXVe
de ce moys, au matin, que la dépesche du Roy, du VIIe auparavant,
m'est arrivée, où s'estant trouvé le deffault de voz lettres, j'ay eu
si grande appréhention de votre mal et de l'inconveniant qui en
pouvoit advenir à tout le royaulme, au plus important de noz affères,
que, joinct ce que j'en sentois en particullier pour l'infinye
obligacion que j'ay à Votre Majesté, je n'ay peu, du commencement,
bien pleynement gouster la bonne novelle qui, peu d'heures après, m'a
esté apportée de l'heureuse victoire que Dieu a donnée au Roy, soubz
le bon heur et conduicte de Monsieur, filz et frère de Voz Majestez,
jusques auquel mesme jour, sur le tard, j'ay esté asseuré de votre
convalescence, dont j'ay remercyé Dieu, de tout mon cueur, de l'ung et
l'autre bien, et l'ay supplié qu'en confirmant votre bonne santé, il
veuille fère si pleynement joyr et bien uzer le Roy, et Vous, et mon
dict Sieur, de ceste victoire que vous en puissiez establir ung bien
asseuré repoz en votre royaulme, et fère vivre voz subjectz en toute
tranquillité, soubz la grandeur et authorité de Voz Majestez. Et,
parce qu'en la lettre du Roy je donne compte de ce qui occourt
meintenant icy, je ne ennuyeray votre novelle santé de plus longue
lettre. Ains, je supplieray, en cest endroict, le Créateur, etc.
De Londres ce XXIXe de mars 1569.
XXVIIIe DÉPESCHE
--du VIe d'apvril 1569.--
(_Envoyée par Jehan Pigon jusques à Calais._)
Doutes répandus sur la victoire de Jarnac.--Déclaration du comte
de Leicester que la reine serait plus portée à déclarer la
guerre contre l'Espagne que contre la France; qu'elle ne veut
pas secourir des sujets rebelles à leur roi, et qu'elle fera
ses efforts pour chasser les Espagnols des
Pays-Bas.--Changement de conduite d'Élisabeth à l'égard de
Marie Stuart.--Combat entre les navires de guerre d'Élisabeth
et une flotte marchande espagnole, sur laquelle ont été faites
des prises importantes.--Nouvelle que le roi d'Espagne a
approuvé la conduite du duc d'Albe, et qu'il a ordonné, dans
tous ses états, une saisie générale sur les
Anglais.--_Convention de Glascow_ entre le comte de Murray et
le duc de Chatellerault, qui consent à reconnaître le jeune
roi.
AU ROY.
Sire, il est arrivé, despuys trois jours, à Mr. le cardinal de
Chastillon, ung gentilhomme, party le Xe du passé de la Rochelle,
nommé le seigneur de Voysin, lequel s'esforce de persuader à ceulx cy
tout le contraire de ce que je leur ay desjà dict du bon succez de
voz affères en Guyenne, et qu'il n'est vraysemblable que, le XIIIe du
passé, il y ait eu bataille, ayant lors Monsieur, frère de Votre
Majesté, séparé, à ce qu'il dict, ses forces pour en envoyer une
partie avec Mr. de Montpensier au devant des Viscontes, qui
entreprenoient de se venir joindre à l'armée de Mr. le prince de
Condé, et que s'il y a eu combat, s'est sans doubte que Monseigneur
n'en aura eu du meilleur, veu les gaillardes forces qui estoient de
l'autre part; dont ceulx de ce conseil, ne pouvans, pour ceste
incertitude, se bien résouldre d'aulcunes leurs dellibéracions, m'ont
faict dilligemment, et par plusieurs foys, enquérir sur quelz argumens
je me fondois pour croire que la novelle de ceste victoire fût
véritable. A quoy je leur ay toutjour satisfaict par le contenu de la
lettre que Monseigneur le Duc, sur Duc, sur le récit de monsieur de
Losse en avoit escript à mle récit de monsieur de Losse en avoit
escript à monsieur le mareschal de Cossé, qui m'en avoit envoyé la
coppie.