transcrit sur le registre de l'ambassadeur, qui renferme
seulement la copie de l'ordonnance.
J'ay desjà envoyé la coppie de la dicte ordonnance à Mr. le maréchal
de Cossé à Roan, avec adviz des choses de deçà, sellon lesquelles il
pourra procéder en ce que luy avez ordonné pour le faict des Anglois.
Ceulx de la nouvelle religion, qui sont icy, ont esté fort esmeuz
d'entendre l'exécution qui a esté faicte au dict Roan, et ont sur
cella tenu plusieurs conseils et dellibérations en leurs consistoires.
J'espère vous escripre plus amplement toutes novelles dans quatre ou
cinq jours: dont, après avoir, en cest endroit, très humblement baysé
les mains de Votre Magesté, je supplieray le Créateur qu'il vous
doinct, etc.
De Londres ce XVIe de mars 1569.
Je viens, tout à ceste heure, d'estre adverty qu'on faict secrètement
une description d'homes pour envoyer sur mer; je mettray peine de
descouvrir plus avant et l'occasion, et l'entreprinse.
A LA ROYNE.
Madame, il y a seulement trois jours que j'ay faict une dépesche à Voz
Magestez des occurrences survenues après le partement du Sr. de
Sabran, et m'ayant despuys la Royne d'Angleterre envoyé la coppie
d'une ordonnance qu'elle a faicte touchans les pirates, avec ung
récit, à part, de certaines déprédations que les Françoys ont
exécutées sur ses subjectz, je vous ay bien vollu incontinent envoyer
le tout, affin que Votre Magesté commande de mettre ung semblable
ordre sur la mer, et faire de mesmes administrer justice aulx subjectz
de la dicte Dame, comme elle monstrera vouloir rendre aulx vôtres.
Elle et ceulx de son conseil m'ont fort protesté qu'ilz veulent aller
de bon pied en notre endroict, et, que tout ainsy qu'ilz ont commancé
de le faire, que nous monstrions de nostre costé que nous voulons
aussi marcher de mesmes envers eulx; dont vous plairra, Madame,
commander à Mr. de Morvillier et à Mr de Limoges de conférer avec
l'ambassadeur de la dicte Dame sur le faict des dictes pleinctes et de
la dicte ordonnance, comme elle faict icy démonstration de satisfaire
à Vos Magestez. Et, espérant vous mander bien tost toutes autres
novelles, je n'adjouxteray icy qu'une prière à Dieu, etc.
De Londres ce XVIe de mars 1569.
Ceste Royne escript à son ambassadeur, et croy que c'est affin qu'il
viègne se justiffier envers Voz Magestez touchant la lettre, qu'on luy
envoyoit de Paris, qui a esté surprinse.
ORDRE A ESTRE MONSTRÉ ET DÉCLARÉ à tous visamyraulx et à toutz
les principaulx officiers, ez portz et passaiges de la Royne
d'Angleterre, pour les causes ensuyvantes:
Comme il soit que Sa Majesté ayt entendu que plusieurs de ses
subjectz auroient, despuys naguières, sans congé armé quelques
vaisseaulx comme en guerre, et se seroient avec iceulx miz sur la
mer, accompaignez de bon nombre de mariniers et autres ses
subjectz, dont Sa Majesté s'en pourra servir, quant l'occasion se
présentera pour le service publique d'elle et de son royaume, et
que aussi eulx estantz en mer prétendans servir l'une partie ou
l'autre en ces guerres civilles en France, dont Sa Majesté a
tousjours desiré la paciffication, sont par plusieurs plainctes
chargez d'avoir perpétrez plusieurs désordres sur la mer, tendans
à la nature de piracies, ce que Sa Magesté ne peult soffrir sans y
pourvoir par réformation ou punition.
A ceste cause, Sa Magesté veult et commande, comme nous vous
enjoingnons, au nom de Sa Magesté, si comme vouldrez en respondre
que, comme par cy devant il vous ayt esté commandé que nulle
personne, soubz colleur d'aulcune prinse faicte sur la mer, seroit
permise d'entrer en aulcuns de ses portz avec icelle pour y en
faire vente, ains seroit arrestée, et les biens ainsy prins miz à
sauvetté. Ainsy meintennant vous pourvoyerez et donrez ordre
estroict que doresenavant il ne soit permiz à aulcune personne
d'aller en mer avec aulcun navyre ou vaysseau, autre que pour la
transportation des merchandises, en manière deuhe et accoustumée,
et quiconque vouldra en autre sorte équipper aulcun navyre ou
vaysseau, vous lui en ferés deffance, et, avant qu'il sorte hors
d'aulcun des portz de Sa Magesté, luy restraindrez et reffuserez
la sortye jusques à ce qu'il vous apparoistra qu'il soit ainsi
advoué et permiz par Sa Magesté, ou en son nom, par nous de son
conseil privé, ou bien par moy l'Admiral d'Angleterre.
Et quant aulcune personne, qui sont ainsy desjà allé en mer, sans
expresse licence de Sa Magesté, ou bien advoué par nous de son
conseil, n'estant en ouvert et accoustumé train de marchandise,
arrivera en aulcuns des portz ou lieux de Sa Magesté, où arrest
s'en puisse faire, pour y estre évittailhez, ou pour faire vant
des biens prins: Nous voulons que fassiez arrester les parties,
vaysseaulx, et biens, et iceulx mettre en saulvetté à estre
responsables sur l'information à nous sur ce faicte comme le cas
requerra, voulans et commendans, au nom de Sa Magesté, que ce que
dessus soit estroictement gardé et observé, sur la peyne que le
mespriz en méritera.
Et encores que rien ne soit, par cecy, commandé que ce que toutz
officiers et ministres sont desjà tenuz d'observer, et faire
garder, et obéyr, si est ce, que pour en faire plus manifeste
déclaration, que Sa Magesté entent d'user de toutz bons moyens
d'obvier et prévenir à ceste facon de désordre, et pour évitter
toutes excuses des officiers, qui pourroient prétendre faulte
d'advertissement, avons bien vollu despescher ce pourteur, l'ung
des messagiers de Sa Magesté, avec noz présentes lettres ouvertes
à estre monstrées à tous visamyraulx et officiers des portz, leur
commandant d'en considérer le contenu, et, sellon qu'ilz verront
nécessaire, d'en prendre double et extraict, et sur ce permettre
au dict messagier de se transporter au long des costes de la mer
avec la présente, comme il luy est ordonné et enjoinct, sans
aulcun retardement non nécessaire, affin que des présentes il soit
faicte plus prompte exécution.
Faict à Wesmestre, le XIe jour de mars 1568 (suyvant le
nombre d'Angleterre).
Signé T. NORFOLC, PEMBROK, R. LEYCESTER, C. CLINTON,
F. KNOLLIS, W. CECILLE, R. SADELLER, WA. MILDMAY.
XXVe DÉPESCHE
--du XXIe de mars 1569.--
(_Envoyée par Jehan Pigon jusques à Calais._)
Instances des protestants de France, auprès d'Élisabeth, pour
obtenir un secours d'argent, à titre d'emprunt.--Revues
générales faites en Angleterre.--Départ de la flotte destinée
pour la Rochelle.
AU ROY.
Sire, j'ay à faire entendre à Votre Majesté, despuys mes précédantes,
lesquelles sont du XVIe de ce mois, que le cardinal de Chatillon, le
conseiller Cavaignes et le Sr. Du Doict mènent de bien fort
dilligentes et estroictes praticques avec aulcuns de leur religion,
d'auprez de ceste Royne, pour faire promptement fornir des deniers en
Allemaigne, et proposent des moyens facilles et secretz pour en faire
faire l'avance par d'autres que par elle, ou bien de la faire
promptement rembourcer, de sorte qu'il est très difficille de les
empescher; et croy que, en France mesmes, ou en Flandres, ou en
Hespaigne, ils seroient pour trouver des deniers en ceste façon,
joinct que, pour estre ce royaume en telz termes qu'il est avecques le
duc d'Alve et avec les Pays Bas, l'on a de quoy colorer toute
forniture de deniers et autres pratiques qui se mènent d'icy en
Allemaigne, estant sans doubte qu'ilz vouldroient attirer la guerre
sur le dict duc d'Alve et sur les Espaignolz, pour les getter hors du
dict pays, s'il leur estoit possible, et s'ilz ne craignoient plus que
Votre Majesté s'y oppose qu'ilz ne pensent que le Roy Catholique ne
soit meintennant pour les en pouvoir engarder. Tant y a que je leur
mettray aus dicts deniers toutz les obstacles que je pourray, et, si
la matière en est ouvertement proposée à la dicte Dame ou en son
conseil, j'espère qu'ilz n'obtiendront tout ce qu'ilz demandent.
J'avoys grande craincte, la sepmaine passée, ayant le dict Sr.
Cardinal et les siens esté conduictz par aulcuns seigneurs de ce
conseil à la Tour, où ilz les festoyarent, que ce fût pour leur
consigner quelque somme. Mais après leur avoir monstré l'artillerye,
les pouldres et les armes, l'on ne leur a pas faict seulement voir les
quaysses de l'argent d'Espaigne, non que de le leur avoir délivré, et
semble que ceulx mesmes, qui leur sont mieulx affectionnés, trouvent
assez de difficulté à la seureté du rembourcement.
Les monstres des pencionnaires et gens de cheval de ceste Royne sont
mandez au premier jour d'apvril, et les autres généralles et
ordinaires de tout le royaume au XVe du dict moys, et [est] commandé
aulx ungs et aulx autres d'estre toutz préparez au mandement que la
dicte Dame leur fera faire le dict XVe, et ont ceulx de la nouvelle
religion essayé de luy persuader qu'elle deust faire de nouveaulx
capitaines et de nouvelles levées extraordinaires; mais les
principaulx de ce conseil ont rompu ce coup. Vray est que le jeune
comte d'Oxfort s'est monstré plusieurs jours tout prest, avec ung
nombre de jeunes gentishommes anglois, pour aller trouver le prince de
Condé ou quelque prince d'Allemaigne, affin de veoir de la guerre,
mais il n'en a peu obtenir la permission de la dicte Dame. Bien a
semblé qu'aulcuns luy conseilloient d'y aller voluntaire, et qu'ilz
luy respondoient que pour cella il n'incourroit l'indignation de la
dicte Dame; mais en fin elle le luy a deffandu expressément et luy a
baillé lettres pour passer en Irlande. Je ne sçay si quelque contraire
vent le poulsera, de son gré, à la Rochelle.
Les flottes dont vous ay, cy devant, faict mencion, que ceulx cy
préparoient pour aller en Hembourg et au dict lieu de la Rochelle,
encor qu'on lès ayt mandé retarder toutes deux pour quelques jours,
celle néantmoins de la Rochelle commence meintennant à sortir de ceste
rivière et en plus grand nombre de vaysseaulx que ne portoit mon
premier adviz, et toutz à demy équipez en guerre, comme est la
coustume des Anglois; et est on à délibérer si ce sera Me. Oynter
visamyral, ou Me. Olstoc contrerolleur de la marine, qui conduyra la
dicte flotté de la Rochelle, et si ce sera avec plus grand nombre de
grandz vaysseaulx de ceste Royne qu'il n'avoit esté proposé du
commancement, que l'on n'en avoit ordonné que deux. En quoy, encore
que je ne descouvre qu'il y ayt aulcune déterminée entreprinse cachée
là dessoubz, si n'est d'apporter des commoditez et rafréchissemens de
grains, de chers sallées, et grand nombre de bottes, de soliers, de
suyf, et, possible, de quelques salpètres, à ceulx de la Rochelle, et
de se payer en sel et vin tant du premier rafreschissement qu'on leur
porta en décembre que de cestuy cy, si crains je qu'il y ait quelque
aultre entreprinse; de tant qu'on m'a dict qu'en toutz les vaysseaulx
qui s'aprestent d'aller en mer, l'on y redouble les hommes, oultre le
nombre et équipage accoustumé, et que j'ay adviz que ceulx de la
nouvelle religion, Françoys, qui sont icy, ayans long temps retenu
deux navyres, en faulx affret, toutz prestz dans ceste rivière,
pressent meintennant de les faire partir, et que la description
d'hommes dont, en mes précédantes, je vous ay, par postille, faict
mention, se poursuyt au nom du prince d'Orange et du prince de Condé,
la plus part de Flamans, sans leur dire aultre chose sinon qu'on leur
baillera de bons capitaines pour les conduyre, lesquelz ilz auront
bien agréables et les mèneront en lieu où ilz seront bien receuz, et
qu'ilz auront six deniers de ceste monnoye, qui est ung réal, par
jour, leur baillant pour ceste heure à chacun douze deniers d'avance
seulement, s'acheminans en dilligence vers la Rie et Plemmue et autres
portz du costé de France, et qu'on a faict faire ung nombre de mandilz
vertz, comme de livrée pour soldatz.
Il sera bon, Syre, d'advertir tout le long de vostre coste de mer
qu'on preigne garde non seulement à ce que les dictz deux navyres de
faulx affret pourroient entreprendre, mais aussi au passaige de la
dicte flotte des Anglois, ainsy que je l'ay desjà mandé à monsieur le
mareschal de Cossé, sans toutes foys qu'on face aulcune démonstration
d'hostillité aus dicts Anglois, s'ilz n'en donnent occasion, et si
Vostre Majesté ne se veult attirer encores une novelle guerre toute
déclairée de leur costé, à quoy ilz ne sont que trop promptz. Mais ilz
sont plus irritez meintennant et prestz de la commencer au duc d'Alve
que à nous, si nous ne les provoquons, et se pourra faire qu'ilz
layssent dorsenavant la route de la Rochelle et de Broage si de ces
choses nécessaires, qu'ilz y vont quérir, il vous playt les en faire
fornir en aultres endroictz de votre royaume, ainsy que ceste Royne
m'a aulcunement déclaré par sa responce, que je vous ay envoyée le
VIIIe de ce moys, qu'elle en estoit contante; et se trouvera, icy, des
marchantz qui en dresseront le commerce, pourveu qu'après que vous me
l'aurez commandé je le puysse bien résouldre avecques elle, et qu'il
vous playse, puys après, leur y tenir la main de dellà.
Ce qui se descouvre le plus de l'intention de ceulx cy, touchant leur
présent appareil de mer, est qu'ilz prétandent à trois entreprinses:
l'une d'aller, comme je vous ay desjà dict, à la Rochelle, et que ce
soit avec tant de seureté qu'il ne leur puysse venir aulcun
inconveniant, ny à l'aller, ny au retour, et je crains qu'ilz y
mettent en terre les dicts Flamans. L'aultre est de conduyre la flotte
de leurs draps en Hembourg, laquelle sera riche de quatre à cinq cens
mille escuz vaillant, et la passer à la veue de Olande et Zélande,
avec le meilleur équipage et avec la plus grande bravade qu'il leur
sera possible de faire au duc d'Alve, lequel ilz entendent qu'il arme
bon nombre de ourques et roberges pour essayer de les empescher. Et la
troisiesme est, qu'ayant Haquens entreprins se revancher du mal que
les Espaignolz luy ont faict à Mexico, délibère d'aller attendre, en
l'isle de los Assores, la venue de la flotte des Indes d'Espaigne, à
ce prochain juillet, avec un bon équipage de mer, et cependant
surprendre, s'il peult, celle des Indes de Portugal qui a accoustumé
d'arriver en may; qui seroient deux grand eschecz et où se trouveroit
de quoy faire, puis après, de plus grandes entreprinses.
Hier au soir, le comte de Lestre m'envoya ung sien gentilhomme pour me
faire, avec beaucoup d'affection, entendre certains tortz et oltrages
qu'on a faict à Paris à ung des gens de l'ambassadeur de ceste Royne,
luy ostant, avec grand violence, les pacquetz d'elle et le menassant
de le faire pendre, et que, encor qu'il soit très asseuré que cella
n'est procédé ny de votre volonté, ny de votre commandement, ains de
la menée de ceulx qui vouldroient voir desjà la guerre entre ces deux
royaumes, à quoy la dicte Royne, sa Mestresse, vouldroit bien obvier,
si elle pouvoit, et luy en destorner et le commancement et le mal par
toutz les moyens qu'il luy seroit possible, si me vouloit il prédire
que la dicte Dame n'en pourroit dissimuler l'offance, qu'elle en
sentoit trop plus griefve dans le cueur que de nul autre oltrage qu'on
luy eust sceu faire, si Votre Majesté ne commandoit expressément de
faire cesser telles violences en l'endroict des gens de son dict
ambassadeur et de ceulx de madame de Norrys, sa femme, et se ne feziez
faire justice de celles qu'on avoit desjà commises à cestuy cy et à
quelques autres qu'il m'a allégué, et à voller ainsy ses pacquetz,
lesquelz elle desiroit sur tout qui fussent randuz; et que cella en
fin pourroit tant toucher à moy, qu'il m'en avoit bien vollu advertir,
comme m'estant le meilleur amy de ceste court. A quoy, après le
mercyement de l'adviz et de sa bonne démonstration envers moy, j'ay
respondu que je n'avois rien entendu de ce faict, et que Voz Majestez
avoient accoustumé de bien honnorer et porter toute faveur aulx
ambassadeurs de la dicte Dame et à toutz ceulx qui venoient de sa
part, dont estoit à croyre, ou que celluy qui avoit esté oltragé
n'avoit esté cogneu pour homme du dict sieur ambassadeur, ou qu'il
avoit, en ce temps si suspect, donné occasion de ce faire. Mais que je
vous l'escriprois et m'asseurois que Votre Majesté y remédieroit; que,
pour mon regard, j'espérois qu'ilz ne pourroient prendre aulcune
raisonnable occasion d'exécuter le semblable sur moy, ny sur les
miens, car je craignois plus votre indignation que la leur, si
j'excédois en rien le debvoir de ma charge, et si je ne la rendois,
jouxte votre commandement, et pour votre service, la plus agréable que
je pourrois à la dicte Dame.
J'ay sceu, Sire, que ceulx de la nouvelle religion, qui sont icy, se
sont beaulcoup resjouys d'entendre qu'on eust mal tretté l'homme du
dict ambassadeur, et qu'on luy eust osté les pacquetz de la dicte
Dame; car ilz ne desirent rien tant que de la veoir provoquer à vous
déclarer la guerre; mais j'espère que Dieu y pourvoyra, auquel je
prie, etc.
De Londres ce XXIe de mars 1569.
A LA ROYNE.
Madame, il vous plairra voir en la lettre du Roy ce qui se offre
meintennant icy digne de vous estre mandé, à quoy je adjouxteray
davantaige que, oultre la pleincte, que le comte de Lestre m'a envoyé
faire de la rigueur qu'on a tenu à Paris à un des gens de leur
ambassadeur, et du peu de respect qu'on a porté aulx pacquetz de ceste
Royne, qui luy ont esté ostez, le secrétaire Cecille m'a mandé dire,
de la part de la dicte Dame, qu'on a freschement adjouxté à ceste
offance encores une autre très grande contre elle à Dièpe, y ayant
aresté prisonnier ung de ses subjectz, agent de Me. Grassan son
facteur, qui avoit trouvé moyen de se saulver de Flandres pour venir
devers elle, avec lettres d'aulcuns ses serviteurs et avec relation
des choses de dellà, qui concernoient grandement son service, et luy a
l'on reproché qu'il estoit traistre et qu'on le renvoyeroit, piedz et
poings liez, au duc d'Alve; de quoy me prioyt croire que la dicte Dame
en estoit trop plus marrye qu'il ne me le pouvoit bien exprimer, et
qu'elle disoit que ce n'estoit sellon les bonnes responces que Votre
Majesté avoit faictes à son ambassadeur, quant il vous avoit donné
compte des tortz et maulvais trettemens que le duc d'Alve avoit faict
à ses dicts subjectz en Envers, et qu'elle voyoit bien qu'on
entreprenoit en France de pourter le faict du dict duc contre elle, et
que mesmes l'on avoit constitué prisonniers en son nom aulcuns Anglois
à Bouloigne, qui estoient là eschappez de ses mains; dont elle avoit
grande occasion de regarder de prez à ses affaires, et que, sans
doubte, elle essayeroit toutz les moyens et remèdes qu'elle pourroit
pour les bien asseurer.
A quoy j'ay respondu que la dicte Dame ne se debvoit aulcunement
esmouvoir pour ces petitz accidens, qui estoient advenuz, sans votre
sceu et contre votre volonté, par le seul désordre des temps, et que
là, où il faudra faire preuve de votre intention en ses affaires,
qu'elle l'y trouvera bonne et droicte, jouxte la déclaration de paix
et d'amytié que Voz Majestez luy ont faicte: et ay miz toute la peyne
que j'ay peu de luy diminuer l'impression qu'elle pouvoit prendre du
contraire, vous suppliant, Madame, faire encores quelque bonne
démonstration à son ambassadeur pour m'ayder à la luy oster du tout;
car ayant icy plusieurs choses prez d'elle qui me sont toutes
contraires, soit de sa religion, ou de l'ancienne inclination de ce
royaume contre la France, ou de la récente mémoire de Calais, ou des
traverses qu'elle crainct advenir de votre costé ez choses d'Escoce ou
ez propres de son royaume, quant ceulx de la novelle religion seront
veincuz, ou bien encores l'occasion qui luy semble se présenter fort
bonne meintennant de la division et adversité de votre royaume pour y
pouvoir entreprendre quelque chose, et sur tout la vifve sollicitation
de ceulx qui ont auctorité et crédict prez d'elle, tant siens que
estrangiers, qui la vouldroient desjà voir aulx meins et toute
déclairée contre vous, à peyne la puys je retenir en l'observance de
la paix; et bien que jusques icy j'aye eu certains moyens qui m'ont
faict prendre quelque asseurance d'elle, et qui m'en asseurent encores
assez aujourduy, je voy néantmoins les choses tant prestes à recepvoir
changement, que je vous supplie très humblement, Madame, obvier à ce
qui le pourroit causer, comme j'espère que Votre Majesté, par sa
prudence et modération, le fera en donnant quelque satisfaction à la
dicte Dame: m'estant, au reste, bien fort resjouy d'entendre, par
aulcunes de voz précédantes, qu'ayez miz bon ordre à la frontière de
ce costé, voyant ceux cy en armes, et qu'ayez pourveu qu'ilz n'ayent
moyen de descendre, ny rien entreprendre, qu'à leur dommaige et
confuzion, et sera bon, Madame, que rafreschissiez là dessus voz
commandemens aulx gouverneurs et capitaines qui en ont la charge, tant
en Normandie, Picardye que Guyenne, le long de la mer, et que ce soit
du premier jour, affin qu'ilz y soient encores plus vigilans à ceste
heure que l'armement et appareil de ceulx cy sort dehors, et que leurs
entreprinses se vont descouvrir. Car ne fault doubter que ceulx de la
nouvelle religion, qui sont icy, n'en ayent secrètement tramé quelques
unes tout cest yver, et qu'ilz ne s'esforcent de se prévaloir du
malcontantement et deffiance, où semble que ceste Royne soit entrée
pour les deux occasions que j'escriptz à Voz Majestez. A quoy je
remédieray de ma part, aultant qu'il me sera possible, avec l'ayde de
Dieu, lequel je prie, etc.
De Londres ce XXIe de mars 1569.
XXVIe DÉPESCHE
--du XXVe de mars 1569.--
(_Envoyée par homme exprès jusques à Calais._)
Remontrances de l'ambassadeur, tant au sujet du voyage de la
Rochelle, pour lequel se font de grands préparatifs, que des
levées de Flamands qui ont lieu à Londres pour la même
destination.--Protestation d'Élisabeth qu'elle veut conserver
la neutralité et maintenir la paix.--Mesures prises pour
arrêter les enrôlemens.--_Lettres_ de Marie Stuart à Élisabeth
et à l'ambassadeur.
AU ROY.
Sire, affin de vériffier les adviz que, par mes précédantes, du XXIe
du présent, j'ay donné à Voz Majestez touchant ceste flotte qui va à
la Rochelle, j'ay envoyé recognoistre l'embarquement d'icelle par
homme exprès, lequel m'a rapporté que les choses y sont toutes telles
que je les vous ay desjà mandées. Dont, pensant que une partie en
peust bien venir du malcontantement que ceste Royne a prins des deux
occasions dont en mes dictes précédantes je vous ay faicte mencion, je
la suis allé trouver pour luy en donner quelque satisfaction, et,
encore que du commancement elle ne m'ayt du tout receu avec le bon
visage accoustumé, ains ayt incontinent commancé de se plaindre et me
dire que, par la deffiance que vous monstriez avoir d'elle, il se
cognoissoit assez qu'il n'y avoit lieu qu'elle se deubt grandement
confier en votre amytié; à quoy j'ay opposé plusieurs démonstrations
et bons tesmoignages de votre trop plus certaine amytié envers elle
que ces deux petites occasions, les quelles n'estant aulcunement
procédées de vous ne luy debvoient rien faire extimer du contraire; et
ayant rejecté, le mieulx que j'ay peu, tout le mal sur le seul
désordre du temps, après l'avoir par aulcunes bonnes parolles assez
bien remise, je luy ay remonstré bien vifvement qu'estant ma charge de
regarder que prez d'elle n'advienne chose qui puisse gaster ceste
votre mutuelle et commune amytié, je luy voulois bien dire que Voz
Majestez Très Chrestiennes ne pourroient prendre que bien fort à mal
ce que j'entendois du voyage de ses subjectz à la Rochelle, qui y
alloient en grand nombre de vaysseaulx équipez en guerre, où ilz
redoubloient les hommes, oultre le nombre accoustumé, et y
transportoient beaulcoup de grains, de chers sallées, de bottes, de
souliers, de pouldres, et tant d'aultres rafreschissemens qu'il
sembloit qu'ilz y allassent plus pour remédier aulx nécessitez de
ceulx qui vous mènent la guerre en votre royaume, que pour pourvoir à
celles de ce pays; et surtout que je me plaignois de ce qu'on faisoit
une description et levée de Flamans pour les embarquer et les aller
mettre en terre de dellà, dont la supplioys de juger, en bonne
conscience, si je n'avois assez de quoy, en tout cella, luy protester
de l'infraction des trettez.