Mais estant, le jour mesme, adverty que aulcuns voulans aigrir la

matière estoient après pour luy imprimer qu'elle ne se debvoit

aulcunement soubzmettre à ceste déclaration de paix ou de guerre, à

quoy vous la sommiez, et que c'estoient ses ennemys qui vous

incitoient de luy fère, sans occasion, ceste bravade, je me hastay de

luy envoyer, bien peu d'heures après, mon mémoire, avec ung sommaire

récit, au premier article d'icelluy, de toutes les occasions qui vous

avoient meu de ce fère. Lequel mémoire, après l'avoir leu, elle le fit

translater en anglois pour l'envoyer à ceulx de son conseil; et au

boult de sept jours, après avoir respondu au Sr. d'Assoleville ce que

Vostre Majesté verra en mon mémoire, elle m'a envoyé par le Sr.

Sommer, clerc de son conseil, ceste sienne responce en anglois, que je

vous envoye traduicte en françois; en laquelle, encor que, parmy

beaulcoup de paroles obscures, j'y aye trouvé aulcunes choses qui vous

pourroient contanter, j'ay néantmoins vollu avoir d'elle mesmes sa

responce.

Et ainsy estant, hyer au soir, retourné devers la dicte Dame, après

plusieurs propoz j'ay eu ceste déclaration d'elle que pour le desir de

conserver l'amytié qu'elle a contractée, dez son avènement à sa

couronne, avecques le feu Roy vostre père, et continuée avecques Vous

et avec la Royne, vostre mère, elle est résolue de demeurer

entièrement aux trettez et capitulations de la bonne paix, qui est

entre Voz Majestez et voz pays et subjectz, tout ainsy que vous dictes

y vouloir persévérer de vostre costé, et que de ce elle vous en a, en

trois occasions, rendu trois si bons tesmoignages que jamais Roy

d'Angleterre n'en a rendu de semblables à nul de voz prédécesseurs. Et

puys m'a pryé de fère ses recommendations à Voz Majestez, et qu'elle

desiroit vous pouvoir fère aultant de bien comme elle vous en

vouloit, qui ne pouvoit tant oblyer sa qualité qu'elle ne se sentît

bien affectionnée à la cause de ses semblables, et qu'elle vous feroit

encores entendre sa responce par son ambassadeur; laquelle sera bon,

Sire, que Vostre Majesté montre avoir bien agréable et que la

gratiffiez par toutes bonnes parolles envers la dicte Dame, vous

suppliant au surplus donner foy à ce que ce gentilhomme, présent

pourteur, nommé le Sr. de Sabran, vous dira, lequel j'ay dépesché

exprès pour aller rendre bon et fidelle compte de toutes choses d'icy

à Vostre Majesté, à laquelle, etc.

De Londres ce VIIIe de mars 1569.

A LA ROYNE.

Madame, par la présente dépesche Vostre Majesté verra l'ordre que j'ay

tenu pour remonstrer à ceste Royne les mauvais déportemens dont elle

et ses subjectz avoient uzé contre Voz Majestez, et les vostres, ainsi

que par voz dernières me commandiez de le fère, en quoy y a eu assés à

craindre qu'elle ne me donnast d'aussi mauvaises responces que ses

effectz avoient esté mauvais; car a esté extrêmement pressée de se

déclairer ouvertement pour la deffense de sa religion, estimans ceulx

qui la possèdent que cella fortiffieroit et donroit grand faveur à

leur cause, et considéroient aussi, qu'estant la guerre déclairée tant

contre la France que l'Espaigne, ilz demeureroient plus asseurez

qu'ilz ne sont du dedans de ce royaulme contre l'entreprinse des

catholiques naturelz du pays, qui, par ce moyen, ne pourroient, sans

lèze majesté, pratiquer ny estre pratiqués des aultres catholiques

estrangiers.

Et, d'ailleurs, ma remonstrance estoit venue en temps qu'on trettoit

des affères des Pays Bas, et que la plus part de ceulx de ce conseil

opinoient toutes aultres choses leur estre plus expédientes que de

rompre, en façon du monde, l'ancienne alliance de Bourgoigne, laquelle

leur avoit esté toutjour très proffitable; là où ilz n'avoient jamais

eu que perte et dommaige de la France: et aulcuns s'esforçoient

d'imprimer à ceste Royne qu'il n'y avoit lieu qu'elle se soubzmît à

vous fère ceste déclaration de paix ou de guerre, à quoy vous la

vouliez contraindre, et que c'estoient ses ennemys qui vous

induysoient de la braver de ceste façon. Dont estant ceste affère

tretté en ce conseil en mesme temps que celluy de Flandres, non sans

beaulcoup de contention, ny sans qu'il ayt fallu veiller et bien

travailler de nostre costé, en fin, estant demeuré celluy de Flandres

au mesmes suspens qu'il estoit, le vostre a eu, grâces à Dieu, telle

yssue que, gardant l'avantaige du Roy et vostre, et faisant cesser,

aultant que j'ay peu, toutes mauvaises entreprinses et mauvais

exploitz des deux costez, la paix vous est conservée, pour ceste foys,

avec ceste Royne et son royaulme, ainsy que Vostre Majesté le verra en

la lettre du Roy et en la responce que la dicte Dame et ceulx de son

conseil m'ont faict bailler par escript. En quoy, Madame, j'ay miz

peyne de fère réuscyr le tout à ce que j'ai cogneu estre du service de

Voz Majestez et de vostre intention, que, j'espère, trouverés estre

bien accomplys.

Il est vray que de tant que toutes choses, pour la malice du temps,

ont à estre maintenant suspectes, je ne vous veulx prier de vous

asseurer tant, du costé de ceulx cy, que vous ne pourvoyés, Madame,

qu'ilz ayent toutjours moins de moyen que de volonté de vous nuyre; et

je les observeray de bien prez, pour vous pouvoir mander, heure pour

heure, leurs mouvemens et entreprinses, vous priant, au reste, donner

foy à ce que ce gentilhomme, présent pourteur, nommé le Sr. de Sabran,

vous dira, lequel j'ay dépesché exprès pour vous aller rendre bon et

fidelle compte de toutes choses d'icy, auquel me remectant, je prieray

le Créateur, etc.

De Londres ce VIIIe de mars 1569.

La Royne d'Angleterre m'a prié vous escripre particullièrement que la

seule bonne affection qu'elle porte à Voz Majestez et à la

conservation de vostre grandeur, l'ont meue de vous fère ceste

déclaration de paix et d'amytié, et non qu'elle vous pense estre tant

hors d'affères que vous luy puissiez maintenant commencer la guerre;

car ou elle n'a aulcune cognoissance des entreprinses du monde, ou

elle vous peult asseurer qu'il s'apreste encores de bien fort grandes

forces pour ceulx de sa religion, et qu'elle est bien marrye qu'il en

doibve rien tumber sur Voz Majestez ny sur vostre royaulme.

MÉMOIRE BAILLÉ AU SIEUR DE SABRAN,

_Pour dire à Leurs Majestez, oultre le contenu des lettres_,

Que l'on n'augmente en rien l'armement et appareil de guerre, que le

Sr. de La Mothe leur a mandé qui s'aprestoit par deçà, si n'est de

continuer, encores pour ung mois, l'avytaillement des grandz navyres

de ceste Royne, et que les monstres, généralles et ordinaires, qui ont

commancé d'estre faictes en aulcuns endroictz de ce royaulme, se

continueront partout avec, possible, plus de rigueur, en l'observance

des ordonnances de la guerre, qu'on n'avoit accoustumé d'y tenir,

mesmement pour avoir des haquebuttes et entretenir des grandz

chevaulx;

Que l'insolence des pirates a commancé d'estre aulcunement restrainte

despuys qu'il a représanté à la dicte Dame les propos que Leurs

Majestez Très Chrestiennes avoient tenu là dessus à son ambassadeur.

Et, mesmes, à certains particulliers, qui estoient icy, attandans

d'avoir commission pour aller armer leurs vaysseaulx, on la leur a

maintenant reffuzée, ny n'est plus permiz aus dictz pirates de débiter

ny vendre par deçà les prinses qu'ilz font sur les Françoys, et semble

qu'on révoquera ceulx qui ont malversé sur mer ou qui ne sont

cautionnés.

L'on a envoyé arrester ung grand nombre de vaysseaulx par toutz les

portz de deçà, comme pour aller à quelque grand entreprinse, de quoy

le dict Sr. de La Mothe a eu grand souspeçon et a esté en peyne de

descouvrir ce qu'on prétandoit de fère, qui a trouvé qu'on vouloit

dresser une flotte d'envyron cent navyres marchantz pour envoyer en

Broage quérir du sel, sollicitant cella le conseiller Cavaignes; mais

il n'y en yra, pour ceste foys, que trente, conduictz par deux de

ceulx de la Royne, ayant, à ce qu'on dict, esté faict par ceulx cy

quelque contract là dessus, avec le maire et habitans de la Rochelle,

de se payer et rembourcer, en sel et aussi en vin, des deniers et de

l'artillerye, pouldres et aultres rafreschissemens, qui leur ont esté

apportez d'icy; ainsy que, par une de ses précédantes, le dict Sr. de

La Mothe a desjà donné adviz du dict contract, bien qu'ilz le

coulorent aultrement. Et semble que ceulx cy entreprendront de

conduyre quelque traffic du dict sel vers les régions et endroictz qui

avoient accoustumé s'en fornir au dict Broage, qui meintenant, à cause

des troubles, n'y ozent aller; ce qui pourra revenir à quelque somme

d'argent, mais non guières grande, car pour peu d'escuz l'on charge

grand nombre de sel; sur quoy le dict Sr. de La Mothe a remonstré à la

dicte Dame ce qui est contenu au IIIIe des articles qu'il luy a

présentez.

Ceulx ci entendans que le duc d'Alve a faict certaine ordonnance pour

empescher le commerce qu'ilz vont dresser en Hembourc, en ont publié

un aultre par où ilz deffandent à toutz naturelz et estrangiers de ne

charger aulcune marchandise en son royaulme, sinon pour la transporter

là où yra la flotte des marchantz anglois prévilliégés qu'ilz apellent

_avanturers_.

Dont craignant que la générallité de la dicte ordonnance préjudiciât à

la liberté du traffic d'entre la France et l'Angleterre, le dict Sr.

de La Mothe a remonstré ce qui est contenu au Ve de ses dicts

articles.

Tout ce royaulme est en suspens de la guerre, craignant l'avoir tout à

la foys avec la France et l'Espaigne, ou séparément avec l'une ou

l'aultre, et craignent beaulcoup plus de l'avoir à la France, car ne

font doubte qu'ilz ne s'accommodent toutjours ayséement avec le Roy

Catholique; et si estiment que, à présent, le dict Roy Catholique

n'est pour leur pouvoir tant nuyre comme feroit le Roy. Vray est que

pour l'opinion que le peuple a qu'on ayt provoqué l'ung et l'aultre

sans occasion, il se manifeste beaucoup de division et de

contradiction parmy eulx, et mesmes ceulx de ce conseil reffuzent de

se trouver aulx dellibérations qui se font là dessus.

Tant y a, qu'en ce qui concerne la France, encor qu'il y en ayt assez,

icy, qui confessent qu'on a uzé de mauvais déportements et non

excusable contre le Roy, en faveur de ceulx de la Rochelle, toutz,

néantmoins, d'ung accord, protestent, avecques grand sèrement, de

n'avoir jamais rien entendu de la pratique que ceulx de la novèle

religion menoient pour prendre Dièpe et le Hâvre, mesmes les plus

grandz et plus auctorisés ont dict au dict Sr. de La Mothe, qu'ilz

veulent estre estimez meschantz et infâmes, au cas qu'il se trouve que

les Anglois y ayent esté aulcunement meslez.

Toutesfoys, il sera bon, durant le temps que ceulx cy seront en armes,

d'avoir l'oeil au guet de leur costé, et, parce qu'il s'entend qu'en

ung de leurs portz, du quartier d'Ouest, se font, par mandement de

ceulx de la novelle religion, deux barques longues, couppées en

travers, comme pour les porter dans des navyres, qui se peuvent

rejoindre incontinent, suffizantes à mettre deux centz soldatz en

terre, lesquelles monstrent estre pour aulcune entreprinse, en quelque

lieu, sur la mer, et qu'on a entendu qu'en certain lieu s'est parlé de

Cherbourc, comme d'une place non gardée, et toutesfoys aysée à

fortiffier, sera bon d'advertir là, et ailheurs, le long de la mer,

d'y prendre garde.

Le Sr. Du Doict n'a encores rien exposé en ce conseil, ny n'a esté ouy

de ceste Royne, dont est malaysé de sçavoir à quoy tend sa

négociation, bien que, sellon la conjecture qui se peult prendre de

certain pouvoir qui a esté veu en quelque lieu despuys son arrivée,

lequel est en quatre fuilletz de parchemin, les trois et demy escriptz

et le reste blanc, attaichez d'ung ruban noir, où pend en queue le

sceau de la Royne de Navarre en cire rouge, et soubzsigné de trente ou

quarante noms des principaulx de leur party, commençant _Jehanne_,

etc., _Henry_, etc., et consécutivement au nom d'eulx, et de Loys de

Bourbon, duc d'Anguien, de l'amyral Andellot, La Rochefoucault et

aultres, faisant narrature des choses advenues despuys six ou sept

ans, desquelles infèrent y avoir ligue des potentatz catholiques

contre les potentatz protestans, conclue au concille de Trente, et

despuys confirmée aulx voyages de Bayonne et de Picardye, ainsy que

plus à plain le démonstre la cession que la Royne d'Escoce a faicte du

droict qu'elle a à la couronne d'Angleterre[55], et encores plus

expressément les faulces paix, la ropture de l'édict de paciffication,

l'impétration de la bulle de Juilhet, et aultres pratiques contre

ceulx de la religion, choses qui doibvent esmouvoir les princes,

potentatz et aultres, de leur party, de faire ligue contraire; et

dont, pour y pourveoir, ilz ont estimé bon d'envoyer devers les dicts

princes protestans et principallement devers la Majesté de la Royne

d'Angleterre, pour luy fère entendre ce que dessus par Mr. le cardinal

de Chatillon, avec puissance de tretter et capituler pour cest effect

avecques elle, et d'obliger, pour l'entretennement des promesses qu'il

luy fera ez noms que dessus, oultre leur foy et parolle, toutz leur

royaume, duchez, comtez et baronnyes, terres et seigneuries. Il semble

que la charge du dict Du Doict soit de fère entrer ceste Royne en la

dicte ligue. Et s'est aussi descouvert d'ailleurs qu'il prétend

d'avoir, par emprunt, les deniers que la dicte Dame a arrestez du Roy

Catholique, offrant conjoinctement, au nom des princes d'Allemaigne et

de ceulx qui l'ont envoyé, de rembourcer le dict Roy Catholique et le

contanter, tant du principal que des intérestz raysonnables, et de

relever indempne la dicte Dame de tout dommaige que, pour rayson de

ce, elle pourroit soffrir. Ausquelles deux prétentions du dict Du

Doict, le dict Sr. de La Mothe a miz et mettra encores tout l'obstacle

qu'il luy sera possible pour les luy rendre difficiles et différées,

et encores, s'il peult, reffuzées.

[55] Le concile de Trente, ouvert le 13 décembre 1545, contre

Luther et les autres hérétiques, s'était prolongé sous les trois

papes, Paul III, Jules III et Pie IV, pendant vingt-un ans; il

fut terminé, après vingt-cinq sessions, dans la séance du 4

décembre 1563. Tous les parlements du royaume se refusèrent à

l'admettre; cependant les protestants soutenaient qu'on voulait

leur en faire l'application en France, où leur extermination

était résolue. Le voyage, entrepris par le roi et la reine-mère

en 1564 et 1565, n'avait pas, disait-on, d'autre objet. Charles

IX et Catherine de Médicis avaient alors parcouru tout le royaume

en commençant par la Lorraine et la Bourgogne. Après avoir passé

l'hiver en Languedoc, ils s'étaient rendus à Bayonne, où ils se

trouvèrent réunis, le 10 juin, avec Élisabeth, reine d'Espagne,

et le duc d'Albe. On a dit que ce fut dans cette conférence, et

surtout par l'instigation du duc d'Albe, que fut arrêtée la

résolution du massacre des protestants, qui s'exécuta sept ans

après, le 24 août 1572, jour de la _Saint-Barthélemy_. Quoi qu'il

en soit, il n'est pas douteux que des mesures violentes n'aient

été alors proposées contre eux et les nouvelles conférences

tenues, peu de temps après, sur les frontières de Picardie, alors

que le duc d'Albe avait déjà commencé une guerre de religion,

vinrent encore ajouter à leurs inquiétudes.--A l'égard de la

cession prétendue faite par la reine d'Écosse au duc d'Anjou de

ses droits au trône d'Angleterre, ce point d'histoire n'a jamais

été bien éclairci: la suite de cette correspondance nous

permettra de faire connaître toute la vérité sur un fait aussi

important. _Voyez_ la XXXVIIIe Dépêche.

L'ambassadeur d'Espaigne, résidant icy, et le Sr. d'Assoleville ne

pouvans inpétrer audience de ceste Royne, ont enfin proposé à aulcuns

de son conseil que, ayant la dicte Dame, avant toutes choses, faict

dellivrance des deniers arrestez, le duc d'Alve sera, puys après,

tout prest d'entendre à ce qui sera veu bon de tretter pour

l'entretennement de l'ancienne alliance et confédération d'entre ces

deux estatz, et de le fère entièrement accomplir par le Roy son

Maistre. A quoy semble qu'on leur ayt respondu de mesmes: c'est que,

après que le Roy, leur Maistre, aura renouvellé et confirmé, par

sèrement solemnel, les anciens trettez et confédérations d'entre ceste

couronne et la maison de Bourgoigne, lesquelles le dict duc s'est

esforcé d'enfraindre, que la dicte Dame entendra aulx moyens qui

seront cogneuz raisonnables pour la restitution des dicts deniers. Et

despuys, ayant le dict d'Assoleville mandé à la dicte Dame qu'il avoit

à luy dire des choses qui inportoient grandement à elle et à son

estat, lesquelles il ne pouvoit encores communiquer à ceulx de son

conseil, dont elle auroit playsir et proffict de les sçavoir, elle luy

a faict respondre que rien ne pouvoit concerner ni elle ny son dict

estat qui ne concernât ceulx de son conseil et ses subjectz, lesquelz

elle aymoit mieulx que soy mesmes; et par ainsy qu'il ne fît

difficulté de leur dire ce qu'il vouldroit dire à elle mesmes.

Lesquelles responces les dictz ambassadeurs n'ont encores faict

entendre au dict Sr. de La Mothe, bien qu'ilz se soient aydez de luy

pour les mander au dict duc, à qui icelluy d'Assoleville a escript de

le vouloir révoquer, cognoissant que sa demeure par deçà ne faisoit

que donner cueur et ampirer davantaige ceulx cy, qui vouloient garder

la réputation, et estre priez. Et ainsy le dict d'Assoleville prépare

son retour, lequel, ayant desjà son passeport, monstre se vouloir

acheminer dans deux jours. Ne sçay si le dict duc luy mandera de

demeurer pour entrer en une novelle négociation et mettre quelque

aultre party en avant. Tant y a qu'il est desjà licentié pour s'en

retourner, sans avoir parlé à ceste Royne, et sans avoir rien exécuté

de sa charge; dont la dicte Dame attandra que ce soit le Roy

Catholique mesmes qui envoye devers elle, et advouhe cognoistre que ce

qu'elle a faict en cest endroict n'a esté que pour luy conserver ses

deniers, et qu'il la prie de les lui rendre avec continuation de la

paix et bonne alliance qui est entre eulx, et elle y satisfera

entièrement; bien que ceulx de la novelle religion espèrent pouvoir

empescher que des dicts deniers, et aultres riches prinses qui ont

esté faictes sur les subjectz du Roy d'Espaigne, mesmes d'une, tout

freschement, de dix ourques chargez de cuyrs et de cochenille, qui

vallent plus de deux centz mille escuz, et où s'est trouvé plus de six

vingtz mille escuz en espèces et cinq ou six caysses de perles et

aultres richesses, rien n'en soit rendu qu'on ne voye ung accord et

paix généralle pour leur religion, dont ne tient à ceulx cy que le duc

d'Alve ne soit bien piqué de plusieurs prinses qu'ilz font, encores

toutz les jours, sur les Espaignolz et Flamans, s'il s'en vouloit

aulcunement rescentir.

Mylord Housdon, gouverneur de Varvic, a escript que l'Escoce s'apreste

d'estre toute en armes dans le XXe de ce moys, et que le comte de Mora

espère d'estre le premier en campaigne pour contraindre les Ameltons

et Hontelletz, et ceulx du comte d'Arguil et aultres, de recognoistre

le petit prince pour leur Roy, et les aultres au contraire pour le

contraindre, luy et ses adhérans, de recognoistre la Royne, et que le

dict comte de Mora luy a envoyé demander deux cens harquebuziers

seulement, lesquelz il ne luy a encores accordez, attandant le

commandement de ceste Royne. Et semble que le dict comte trouvera une

grande et ferme résistance dans le pays, et qu'on fera icy meintennant

plus de difficulté de luy envoyer du secours qu'il n'y en eust de le

luy promettre quant il partit; bien qu'il y a assés icy qui

sollicitent vifvement pour luy, et qui procurent qu'un personnaige de

ceste court, nommé Milmor, soit bien tost dépesché pour aller, de la

part de ceste Royne, devers luy, en Escoce.

Sur le faict des prinses ceulx cy remonstrent que les Anglois et

Irlandoys n'ont jamais peu avoir justice en Bretaigne de celles que

les Bretons ont faictes sur eulx, parce que les officiers participent

au butin, et qu'il s'y commect de grandes violences, injures, et toute

espèce d'iniquité et d'injustice, en l'endroict de ceulx qui les vont

poursuyvre et solliciter au dict pays, tellement qu'ilz ne s'y veulent

plus adresser, et que, par la mesme rayson que la Royne d'Angleterre

est requise de pourvoir de deçà à l'indempnité des Françoys, la mesme

doibt mouvoir le Roy de pourvoir de dellà, et mesmement en Bretaigne,

à l'indempnité des Anglois.

Le dict Sr. de la Mothe vient d'estre adverty que Le Queux, secrétaire

de monsieur l'Amyral, lequel a demeuré quelque temps par deçà, a esté

dépesché ce matin pour s'en retourner devers son maistre à la

Rochelle.

AULTRE MÉMOIRE A PART AU Sr. DE SABRAN.

Que estans aulcuns des plus grandz et principaulx seigneurs

d'Angleterre marrys de la forme du gouvernement du royaulme, conduict

par le seul secrétaire Cécille, lequel s'est emparé de l'auctorité

d'ordonner toutes choses à son seul adviz, et voyantz qu'il

s'esforceoit meintennant de fère entrer la Royne sa Mestresse, sans

besoing, en la guerre de ces troubles, qui sont aujourd'huy dans la

chrestienté, et la mettre desjà en quelques fraiz, provoquant sans

occasion le Roy et le Roy Catholique pour favoriser ceulx qui leur

mènent la guerre en leurs pays; dont s'en sont ensuyvyes ces

démonstrations de saysies faictes à Roan et au Pays Bas, au grand

mescontantement de tout ce royaume, ilz ont estimé qu'il se présentoit

occasion de pouvoir, par vifves remonstrances des choses apartenant à

la dignité et grandeur de ceste Royne, et au bien et honneur de sa

coronne, désarçonner le dict Cecille, et recovrer pour eulx

l'auctorité et manyement de l'estat.

A quoy encor que plusieurs eussent prétandu de longtems, toutesfoys

pour ne s'entendre, et pour ne s'ozer descouvrir l'ung à l'aultre,

nul, jusques à ceste heure, ne l'avoit entreprins, et attandoient les

plus nobles et ceulx qui ont meilleure part au Royaulme que le peuple,

cognoissant leur intention, fût celluy qui, par la multiplication des

désordres et nécessitez qui adviendroient de ces choses, commançât de

crier, et ainsy est advenu meintennant que sur les dictes saysies, et,

pour redresser le traffic de ce royaulme en quelque aultre lieu qu'en

Envers, les merchans et bourgeois de ceste ville sont venuz fère

plusieurs remonstrances à ceste Royne; et aulcuns, aussi, bien

notables personnaiges, et de respect, ont esté prévenuz pour la

religion, aultres ont esté emprysonnés pour le faict de l'ambassadeur

d'Espaigne, aultres ont murmuré de la fraulde de la blanque, et le

maire et officiers de ceste ville ont esté naguières taxés par le dict

Cecille, en présence de la dicte Dame, de ne fère leur debvoir à

chastier ceulx qui parlent irrévéremment et détractent d'elle, et des

seigneurs de son conseil.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, tome premier Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 19 / 34 段