Sur quoy il vous plaira, Madame, me renvoyer promptement ung des

miens, bien instruict de ce qu'il vous plairra que je leur responde,

affin que je ne faille de suyvre en cella, comme en toutes aultres

choses, l'intention de Vostre Majesté, à laquelle je bayse très

humblement les mains, et prie Dieu qu'il vous doinct, etc.

De Londres ce XXXe de janvier 1569.

MÉMOIRE BAILLÉ A LA VERGNE.

De faire entendre à Leurs Majestez comme Me. Ouynter, voulant

justiffier la Royne, sa Mestresse, et soy mesmes, de ce voyage qu'il a

faict à la Rochelle, a envoyé saluer le dict Sr. de La Mothe par un

marchant de Londres, bon catholique, et luy dire comme, pour les

difficultez qu'on avoit faict à Bourdeaulx de recevoir et fornir leur

première flotte, il avoit esté contrainct de conduyre ceste seconde

vers la Rochelle, et en la Charante, affin de ne s'en retourner sans

vin, où il n'avoit assisté qu'à son regrect le prince de Condé, et non

sans qu'aulcuns luy eussent reproché par deçà qu'il estoit trop

papiste;

Tant y a, qu'estant là, et entendant que Chatellier Pourtault et ses

complices avoient commission de courir la mer, et piller ce qu'ilz

pourroient, en raportant le tiers du butin au prince de Condé, et le

cinquième à l'Amyral, il leur avoit remonstré que la Royne, sa

Mestresse, n'estoit pour endurer, et encores moins pour tenir la main,

à une telle violence, qui ne s'exerceoit que contre les pouvres

marchans, et qu'elle mectroit peyne d'en nettoyer la mer;

Comme me pryoit de croire que, tant qu'il avoit esté en ce voyage, il

avoit deffandu les Françoys catholiques, et tous aultres navigans, de

l'oppression des dicts pirates, et mesmes ayant surprins ung Anglois

sur ung pillage qu'il faisoit en une navyre brethon, qui venoit

d'Espaigne chargé de quelques provisions, il l'avoit faict pendre;

Et que, passant au Conquet, encor que ceulx du lieu l'eussent cannoné,

et luy eussent thué cinq des sciens, et blessé d'aultres, il ne leur

avoit toutesfoys jamais vollu tirer ung seul coup, affin de ne

contrevenir au commandement, que la dicte Dame luy avoit faict, de

maintenir, en tout ce qu'il pourroit, la paix qu'elle avoit avecques

la France.

Lesquelz propos susdicts le dict Sr. de La Mothe a gratiffiés au dict

Me. Ouynter, luy mandant qu'ilz estoient conformes à ce que la Royne,

sa Mestresse, luy en avoit dict, mais qu'il sçavoit bien que le Roy

imputeroit tousjours à la dicte Dame ce que ses navyres et ses

subjectz feroient contre luy.

Il semble que la saysie, faicte à Roan sur les Anglois, les fera aller

plus retenuz contre nous, se voyant mesmement estre entrez en mauvais

mesnaige avec les Pays Bas; mais ilz sont maintenant à se résouldre

d'ung party ou d'aultre, et monstrent qu'ilz seroient très ayses de

demeurer en paix avecques nous pour se rescentir contre les aultres,

aultrement est à craindre qu'ilz accorderont avecques les aultres pour

se déclairer contre nous.

Chiffre.--[Il s'entend toutes foys qu'aulcuns principaulx seigneurs de

ce royaulme résistent, tant qu'ilz peuvent, qu'on ne provocque ny

Leurs Majestez Très Chrétiennes, ny le Roy Catholique, et sont fort

indignés contre ceulx qui semblent s'authoriser trop arrogamment

contre l'observance et le respect qu'on doibt avoir à l'amytié de si

grandz princes; et se tiennent loing des conseilz et dellibérations

que ceux cy font; et les layssent tout exprès déborder davantaige à

leur playsir, affin qu'allant les choses de mal en pis, ilz ayent tant

meilleur argument de leur fère bien tost une bien vifve charge pour

les désarçonner;

Car s'estime que, si Leurs Majestez Très Chrétiennes et Catholique

vont de telle intelligence en cecy, qu'ilz serrent de tous costez

leurs pays à ceulx de ce royaulme, sans permectre qu'eulx ny leurs

marchans y ayent aucun accez, ilz se trouveront, en peu de temps, si

despourveuz de toutes choses, et leurs trafficz tant retardés, qui est

le seul soubstien du pays, qu'ilz s'eslèveront incontinent contre

ceulx qui auront esté cause de ce mal; et ne sera, sellon l'opinion

d'aucuns, que cella n'admène quelque révolution aulx choses de l'estat

et de la religion. Il est vray qu'il y a grande apparance que le Roy

d'Espaigne procurera d'avoir la paix avecques eulx et il vauldra

mieulx la conserver pour nous.]

Or ceulx cy, voulans pourveoir à cella, préparent desjà de dresser

leur traffic et estape à Endem, et tretter, avec les villes maritimes

du Stertan, de la descharge et débittement de leurs marchandises,

ayans en cella favorable le Roy de Dannemarc.

Lequel Roy de Dannemarc, et le Roy de Suède, avec les dictes villes

maritimes, et les princes protestans, et villes impérialles

d'Allemaigne, les Suysses, les Françoys et Flamans huguenotz, et

autres de la confusion[51] d'Auguste et de Genève, sont, à ce qu'on

dict, ligués avec ceste Royne pour maintenir ces princes qui sont en

armes pour la deffance de leur religion.

[51] Confession d'Augsbourg et de Genève.--Le MS. porte

_confusion_, terme que les catholiques employaient pour tourner

en dérision les cultes dissidents.

Quillegrey, soubz colleur d'un voyage devers l'Empereur, est prest à

partir pour aller devers les dicts princes et villes, affin de

conclurre leur capitulation, et rapporter la résolution du tout à

ceste princesse, et cependant ilz font entre eulx grand dilligence de

practiquer deniers et monitions de guerre de tous costez.

Il est à espérer qu'on obtiendra maintenant prou choses de ceste Royne

pour tenir Leurs Majestez aucunement asseurées et sollagées de son

costé, au moins tant qu'elle sera broillée avec les Pays Bas, dont

Leurs Majestez manderont au dict Sr. de La Mothe comme il leur plaira

qu'il en use; car il entend que ceulx cy ont desjà envoyé lettres et

commissions bien favorables, par leurs portz et hâvres, pour tenir le

commerce libre et bien asseuré aulx Françoys.

Chiffre.--[Bien que le dict Sr. de La Mothe a esté, encores de rechef,

adverty par des Anglois mesmes, catholiques, que tout ce jeu et

armement d'icy s'estoit principallement commancé pour Callais, et que

ceulx cy se ventoient d'avoir quelque intelligence dedans]--et que la

place estoit fort peu garnye de gens de guerre: de quoy le dict La

Vergne advertira Leurs Majestez, et qu'il semble estre requis, voyant

ce pays en armes, qu'on la fornisse de quelque plus grand nombre de

gens de guerre qu'il n'y a, et prendre garde à la dicte intelligence;

ce qu'il dira aussi, en passant, au cappitaine Gordan.

S'entend q'un navyre a esté naguyères chargé en Anvers de corseletz,

morrions et d'arquebuses, lequel a abordé à la Rye, et s'en va à la

Rochelle; il se pourrait bien donner ordre que ceulx de la Rochelle ne

tirassent telle commodité du dict Anvers;

Et que le conseiller Cavaignes a faict par deçà une aultre provision

de pouldres, pour envoyer au dict lieu de la Rochelle, et qu'il est

après à les fère embarquer.

Les dicts de la Rochelle ont envoyé, comme on dict, un navyre chargé

de vin à ceste Royne, et la Royne de Navarre a donné à Me. Ouynter une

chaine de quatre cens escuz, et ceulx de la ville six cens escuz en

or.

Il y a deux soldatz gascons, qui se sont desrobés du dict lieu de la

Rochelle, et sont venuz sur les navyres du dict Me. Ouynter, qui

veulent aller trouver Leurs Majestez, se disans estre catholiques.

L'on pourra par eulx entendre aulcunes choses du faict du prince de

Condé et du dict lieu de la Rochelle.

L'on a faict imprimer icy, en langaige anglois, la lettre escripte au

susdict Cavaignes, dont la coppie fut envoyée par la dernière

dépesche, de quoy s'estant plainct le dict Sr. de La Mothe comme de

chose qui désavantageoit les affères du Roy l'on luy a promiz de

chastier l'imprimeur.

L'on a faict veoir, par interposées personnes, au dict Sr. de La Mothe

l'aultre discours venu de la Rochelle, dont la coppie a esté aussi

envoyée en la dernière dépesche; mais y ont adjousté ce qui est

contenu en ung mémoire miz dans ce pacquet.

L'on monstre, despuis peu de jours, plus de rigueur qu'on ne souloit,

à la Royne d'Escosse, et c'est pour la presser de renoncer à sa

couronne, et l'a on menassée, si elle faict difficulté, d'aller là où

l'on a ordonné de la remuer, comme à la vérité il luy griefve bien

fort, qu'on l'enlèvera, elle et une aultre seule femme avecques elle,

dans leur lict, pour les y pourter par force dans une lityère bien

fermée à clef; de quoy elle a mandé au dict Sr. de La Mothe d'en fère

instance, comme il fera la première foys qu'il verra ceste Royne. Et

disent les depputés de la dicte Royne d'Escosse, qu'encor qu'on ne

doibve espérer nul bien de ce costé pour elle, si sera elle pirement

trettée, si l'on sent qu'il y doibve avoir ropture entre ces deux

royaulmes. Ceulx cy ont quelque doubte qu'ilz ne la puissent remuer

sans qu'il y ayt quelque ellévation au quartier où elle est

maintenant.

AULTRE MÉMOIRE A PART AU DICT LA VERGNE.

Représentera à Leurs Majestez la disposition en quoy ceulx cy se

mectent pour soubstenir la guerre, qu'ilz disent que le duc d'Alve

leur a commancée, et la rigueur qu'ilz ont tenu à son ambassadeur Mr.

d'Assoleville, et comme despuys cella ilz font plus de démonstration

de vouloir garder la paix avecques nous qu'ilz ne souloient, et qu'ilz

sont promptz à nous bailler toutes provisions de justice qu'on leur

demande pour les Françoys;

Que la saysie de Roan les a aussi renduz plus modérés en nostre

endroict, et semblent qu'ilz favoriseront dorsenavant moins

ouvertement le prince de Condé, s'il plait à Leurs Majestez les

asseurer de la continuation de la paix et lever la dicte saysye.

Aultrement il semble qu'ilz accorderont avec les Pays Bas, en dangier

de se déclairer contre nous et d'employer leur présant armement en la

faveur du prince de Condé.

Le cappitaine Franchot monstre porter grande affection au service du

Roy, et, encor qu'il soit de la novelle religion, semble qu'il ne

vouldroit que ceulx cy fissent aucune entreprinse sur le royaulme de

France; et parce qu'il trafique avec le comte de Belfort, Milme,

Trocmarton et autres de ce conseil, il pense avoir moyen de servir à

Leurs Majestez à quelque bonne occasion, et dict avoir comprins, par

le dire de ces seigneurs, que ceste Royne a toute auctorité envers ces

princes d'Allemaigne qui sont en armes, et envers tous ceulx de la

ligue de la religion novelle, et qu'elle divertiroit volontiers la

guerre de France sur les Pays Bas, et garderoit que les dicts princes

d'Allemaigne ne fissent plus aucun effort contre Leurs Majestez,

pourveu qu'elle se peult bien assurer du costé du Roy;

Bien dict qu'ayant esté rapporté à ceste princesse comme le prince de

Condé procuroit que, se faisant quelque paciffication en France, l'on

joignist toutes les forces qui y sont maintenant pour aller chasser

les Espaignolz de Flandres et remectre le pays à l'obéyssance de la

couronne de France, qu'elle n'estoit bien contante de cella, car

seroit contraincte de s'opposer à une telle entreprinse qui luy serait

trop domageable, et qu'il ne failloit penser qu'elle embrassât les

affaires du dict prince, ayant une telle dellibération, bien qu'elle

désire veoir les Hespaignols hors du pays;

Et que le dict Franchot a très instamment requis le dict Sr. de La

Mothe de le recorder à Leurs Majestez pour estre secouru de sa

pencion, et qu'il semble qu'elle sera à présent bien employée.

Procurera que Leurs Majestez envoyent, du premier jour, leur

déclaration, et qu'ilz mandent leur intention sur la requeste que les

marchans de Londres ont présenté aulx seigneurs de ce conseil,

laquelle ilz ont envoyée communicquer au dict Sr. de La Mothe.

Et fera veoir à Leurs dictes Majestez la provision que ceste Royne a

envoyé, par tous ses portz et hâvres, pour l'indempnité des Françoys,

et qu'il leur playse en envoyer une semblable à leurs portz de dellà

pour l'indempnité des Angloys;

Que, despuys les lettres escriptes, le dit Sr. de La Mothe a entendu

qu'on a remué la Royne d'Escosse en ung chasteau du comte de

Cherosbery, quarante mille plus avant dans le pays, assez

rigoureusement, dont, par la prochaine dépesche, le dict Sr. de La

Mothe en mandera les particularitez qu'il en aura entendu, ensemble de

ce qui se passe en Escosse, où l'on est bien avant aulx armes.

Advertira que, en cas de ropture, l'on veuille prendre garde à Mr.

Norris, ambassadeur pour ceste Royne par dellà, qu'il ne s'en aille;

car luy seroit aysé de se conduyre, en deux ou trois jours, par deçà

la mer.

Dira a Leurs Majestez que le discours venu de la Rochelle fut, la

première foys, secrètement baillé au dict Sr. de La Mothe par ung

catholique, qui ne contenoit que comme il a esté desjà envoyé par les

précédantes; mais despuys, on le luy a faict expressément

communicquer, avec l'addition qu'il envoye maintenant, à l'occasion de

quoy le tient pour suspect.

ADDITION AU DISCOURS ENVOYÉ DE LA ROCHELLE CY DESSUS ESCRIPT.

S'entend que le camp de Monseigneur, frère du Roy, despuys s'estre

retiré, se diminue et deffaict peu à peu, de sorte qu'on a adviz, de

plusieurs endroictz, qu'ilz sont en termes de repasser la rivière de

Loyre, pour mectre partie de leur armée dedans toutes les villes

assizes sur la dicte rivière, et la border de gens de guerre à

l'endroict de toutz les pontz, portz, passaiges et villaiges, et

l'autre partie de fère marcher au camp que le Roy veult dresser pour

fère teste à Mr. le prince d'Orange et au duc de Deux Pontz. Ce que a

faict maintenant résouldre les dicts sieurs Princes, et aussi tost

qu'ilz auront recuilly les dix mille hommes de pied et douze cents

chevaulx, que les quatre viscontes de Borniquel, de Paulin, de

Montclar et de Caumont leur admennent de renfort, et qui sont sur le

poinct d'arriver en leur camp, de marcher incontinent pour aller

assiéger et forcer une des dictes villes, qui sont sur la dicte

rivière, pour, le plus tost que fère se pourra, joindre tant le dict

Sr. prince d'Orange que le duc de Deux Pontz, desquelles ilz ont eu

novelles par gentishommes dépeschés de leur part, qu'ilz ne seront pas

moins de vingt cinq à trente mille chevaulx et soixante mille hommes

de pied, lors qu'ilz seront joinct ensemble.

Cependant les dicts sieurs Princes ont trente cinq enseignes de gens

de pied et douze guydons, qu'ilz ont gaigné sur les ennemys, oultre

les sept enseignes des compaignyes qui furent deffaictes au partir de

devant Lodun, que furent bruslées dedans les logis pour avoir les

soldatz qui estoient dedans; d'autre part les dicts quatre viscontes

n'ont perdu le temps où ilz estoient, ayant priz et miz à feu et à

sang la ville de Gaillac, en laquelle plusieurs cruaultés avoient esté

commises avec grande animosité contre ceulx de la religion. Comme

aussi la basse ville de Carcassonne a esté prinse par eulx, et douze

et quinze aultres villes. Monsieur de Gramont, au pays de Basque, a

aussi deffaict le Sr. de Luxe qui avoit levé quatre mille hommes

contre ceulx de la religion, et a gaigné sur luy quelques pièces

d'artillerye qu'il avoit.

Quelques jours au paravant, le cardinal de Lorraine voyant que, de son

costé, les affères n'avoient le succez qu'il avoit espéré et

desseigné, fut cause que la Royne dépescha le sieur Portal pour faire

quelque ouverture de paix avec les dicts sieurs Princes; auquel a esté

faict responce pareille de celle du maistre des requestes Malassize,

que avoit aussi esté envoyé à ceste mesme fin de la part de la dicte

Dame; qui est telle que, pendant que le cardinal de Lorraine et ses

adhérans tyranniseront sur la France, et mesmes sur le conseil du Roy,

duquel ilz ont chassé et esloigné monsieur le Chancellier et les

principaulx officiers de la coronne, on n'acceptera aulcunes lettres

ny mandemens faictz soubz le nom de Sa Majesté, sinon comme venans de

la forge et invention du dict cardinal; et qu'on avoit tramé tant de

perfidies ez trettez de paix précédans, que ceulx de la religion ont

esté réduictz à ceste extrémité de croire qu'il n'y a aucune sûreté

pour eulx, que par le moyen des armes.

Despuys, la compaignye de Mr. Divoy surprint, le pénultiesme de

décembre, aulx faulx bourgs de Chinon, 80 Suysses, et le prévost, et

les archiers de Monsieur, frère du Roy, lequel estoit dellà l'eaue,

prenant l'alarme, deslogea de vistesse.

COPIE DE REQUESTE présentée aulx Seigneurs du conseil

d'Angleterre, qu'ilz ont communiquée au Sr. de La Mothe.

Aux illustres et nobles Seigneurs, présidant et aultres, du

conseil privé de la Majesté de la Royne d'Angleterre.

Remonstrent très humblement à Vos Seigneuries illustres, Jehan

Olyve, viconte de la cité de Londres, Guillaume Hobson, Robert

Foyar, Jehan Hardings, Thomas Starkie, Richard Patrik, Richard

Sumthe, Jehan Millar, Jehan Tynbie, Robert Sadler, Hunyfroy

Brovne, Jehan Allot, Hugues Offley, Olivier Ficher, Jehan

Marsshal, Guilhaume Haufort, Robert Cambelle, Jehan Dent, Henry

Vuayt et Thomas Persons, marchans anglois, trafficans à Roan en

Normandie, tant en leurs noms que pour tous aultres marchans

angloys intéressés,

Que, nonobstant la bonne paix entre les princes d'Angleterre et de

France, laquelle Nostre Seigneur veuille maintenir et préserver à

sa gloire, au XIIIe jour du mois de décembre devant passé, les

magistrats du dict Roan ont deffendu aulx facteurs et serviteurs

des dicts supplians, et à aultres marchantz anglois, la libre

traficque au dict Roan; lesquels magistrats, ne leur contantant ce

que dessus, usant de plus grande rigueur, ont despuys, assavoir le

XIIIe de ce présent moys de janvier, sollicité et obtenu lettres

du Roy Très Chrétien, en vertu desquelles ilz ont arresté tous les

biens, marchandises et debtes des dicts supplians, et de tous

aultres Anglois, au dict Roan, à leur très grand dommaige et

totalle ruyne, si sur ce n'est pourveu.

Pour ce, est-il que les dicts supplient très humblement qu'il

playse à Voz Seigneuries illustres, comme leurs protecteurs, de

conférer, les dicts rudesses et désordres estant de mauvaise

conséquence, avec le Sieur ambassadeur du dict Roy Très Chrétien,

pour le présent en Angleterre, affin qu'il soit ordonné que les

dicts supplians, leurs facteurs et autres marchandz angloys,

puissent aussi librement trafficquer au dict Roan et royaulme de

France, comme il est permiz aux Françoys en ce royaulme

d'Angleterre, et que leurs marchandises et biens arrestez soyent

librement relaxés.

Ce faisant, ferés bien et obligerés les dicts supplians de prier

Nostre Seigneur pour la prospérité de ce royaulme et de Voz

Seigneuries.

ORDONNANCE DE LA ROYNE D'ANGLETERRE, envoyée aulx portz et hâvres

de son royaulme, que a envoyé communiquer au dict Sr. de La

Mothe.

Ayant esté faict remonstrance à la Majesté de la Royne par

l'ambassadeur, icy résidant pour le Roy de France, son bon frère,

comme plusieurs Françoys, ses subjectz, ayant esté violentement

prins, avec leurs navyres et biens, par gens de guerre sur mer,

ont esté despuys naguières amenez en aucuns portz de ce royaulme,

où a esté souffert à ceulx qui les avoient prins de fère départ et

vante des dicts biens et marchandises à leur playsir et volonté;

et, pour aultant que Sa Majesté n'entend point qu'il soyt faict ny

usé de telz déportemens par ses subjectz, au préjudice et nuysance

de la bonne amytié, qui est entre le dict Roy de France, son dict

bon frère, et elle, le playsir et commandement de Sa Majesté est

que doresenavant ne soit permiz ni souffert à aucune personne,

quel qu'il soit, d'exposer en vante, ny mectre en terre, en aucun

port, dedans ce royaulme, aucuns biens ny marchandises, qui ayent

esté ainsi prinses sur mer, d'aucuns des subjectz du Roy de

France; et, s'il y en a aucuns ainsi admenés, ou miz en terre,

qu'ilz soyent miz en seureté et sauvegarde, de tout pillage et

dégast, jusques à ce que ceulx à qui ilz appartiendront ayent

commodité de les recouvrer par ordre de justice. Par quoy vous n'y

ferez faulte sur peyne d'en respondre à vos périlz de tout ce qui

sera faict au contraire.

A Londres, le XXIXe jour de janvier 1569.

Et plus bas est écript:

A tous majeurs, cherives, baillifs, connestables, coustumiers,

enregistreurs, contrerolleurs, chercheurs et aultres officiers et

ministres, et tous aultres subjectz de la Majesté de la Royne, à

qui il apartiendra, et à ung chacun d'iceulx.

Soubz signé, BACON, CUST, T. NORFOLC, R. LEYCESTER,

E. CLINTON, W. CECILLE, R. SADLER, VUAL. MILMAY.

XVIe DÉPESCHE

--du VIe de février 1569.--

(_Envoyée par Olivyer jusques à Calais._)

Refus du sieur d'Assoleville de déclarer sa mission devant le

conseil.--Explications que donne Élisabeth dans une lettre au

roi d'Espagne.--Secours fournis secrètement par elle aux

protestants de France.--_Désastre_ éprouvé par sir John Hawkins

dans le golfe du Mexique.

AU ROY.

Sire, par la dépesche, que mon secrétaire vous a apportée, du

pénultiesme du passé, Vostre Majesté aura veu en quel estat estoient

les choses de deçà; et despuys, ceste Royne et ceulx de son conseil

ont continué de fère au Sr. d'Assoleville la mesmes difficulté, que je

vous ay desjà mandée, de ne le laisser conférer avec l'ambassadeur

d'Espaigne, résidant icy, et lui, de son costé, encor que ceulx du

dict conseil l'ayent faict venir en leur assemblée, a persévéré de ne

vouloir rien dire de sa commission, sans avoir premièrement parlé au

dict ambassadeur. Par ainsi, ilz sont encores à se résouldre comme ilz

en useront.

Cependant la dicte Dame a faict conduyre, avec escorte, jusques en

ceste ville de Londres, l'argent dont est question, et semble que ce

n'est que pour plus seurement le garder, et qu'elle a intention de le

rendre, se contantant de l'avoir retardé quelque temps au dict duc.

Car j'entendz qu'elle a escript, du dernier du passé, une lettre en

latin, au Roy d'Espaigne, par laquelle, après luy avoir récité le bon

ordre qu'elle a miz de saulver ses deniers des mains des pirates et

de les mectre hors de dangier, elle luy mande qu'elle les faict

conduyre en ceste ville de Londres pour plus seuremant les luy garder,

espérant qu'il prendra de bonne part, et mesmes qu'il lui gratiffiera

ceste scienne dilligence et bonne affection, et adjouxte plusieurs

aultres bonnes parolles d'amytié, accommodées au désir qu'elle a de

demeurer en la bonne paix et ancienne alliance d'entre eulx et leurs

estatz, et de la confirmer, et estraindre davantaige par tous les

meilleurs offices de bonne soeur qu'elle pourra; et qu'elle impute ce

que le duc d'Alve et son ambassadeur ont faict au mauvais conseil que

ceulx qui vouldroient veoir la ropture de leur bonne paix et amytié

leur ont donné, le priant de persévérer de son costé en icelle, comme

du scien elle l'asseure de la rendre inviolable. Et a adressé la dicte

lettre à son ambassadeur en France, pour la bailler à don Francès

d'Alava, affin de la fère tenir le plus tost qu'il pourra au Roy, son

Maistre, n'ayant, à ce qu'elle dict, voye plus seure que celle là ny

par mer, ny par terre, pour la luy envoyer, à cause des troubles de

France.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, tome premier Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 15 / 34 段