miens, bien instruict de ce qu'il vous plairra que je leur responde,
affin que je ne faille de suyvre en cella, comme en toutes aultres
choses, l'intention de Vostre Majesté, à laquelle je bayse très
humblement les mains, et prie Dieu qu'il vous doinct, etc.
De Londres ce XXXe de janvier 1569.
MÉMOIRE BAILLÉ A LA VERGNE.
De faire entendre à Leurs Majestez comme Me. Ouynter, voulant
justiffier la Royne, sa Mestresse, et soy mesmes, de ce voyage qu'il a
faict à la Rochelle, a envoyé saluer le dict Sr. de La Mothe par un
marchant de Londres, bon catholique, et luy dire comme, pour les
difficultez qu'on avoit faict à Bourdeaulx de recevoir et fornir leur
première flotte, il avoit esté contrainct de conduyre ceste seconde
vers la Rochelle, et en la Charante, affin de ne s'en retourner sans
vin, où il n'avoit assisté qu'à son regrect le prince de Condé, et non
sans qu'aulcuns luy eussent reproché par deçà qu'il estoit trop
papiste;
Tant y a, qu'estant là, et entendant que Chatellier Pourtault et ses
complices avoient commission de courir la mer, et piller ce qu'ilz
pourroient, en raportant le tiers du butin au prince de Condé, et le
cinquième à l'Amyral, il leur avoit remonstré que la Royne, sa
Mestresse, n'estoit pour endurer, et encores moins pour tenir la main,
à une telle violence, qui ne s'exerceoit que contre les pouvres
marchans, et qu'elle mectroit peyne d'en nettoyer la mer;
Comme me pryoit de croire que, tant qu'il avoit esté en ce voyage, il
avoit deffandu les Françoys catholiques, et tous aultres navigans, de
l'oppression des dicts pirates, et mesmes ayant surprins ung Anglois
sur ung pillage qu'il faisoit en une navyre brethon, qui venoit
d'Espaigne chargé de quelques provisions, il l'avoit faict pendre;
Et que, passant au Conquet, encor que ceulx du lieu l'eussent cannoné,
et luy eussent thué cinq des sciens, et blessé d'aultres, il ne leur
avoit toutesfoys jamais vollu tirer ung seul coup, affin de ne
contrevenir au commandement, que la dicte Dame luy avoit faict, de
maintenir, en tout ce qu'il pourroit, la paix qu'elle avoit avecques
la France.
Lesquelz propos susdicts le dict Sr. de La Mothe a gratiffiés au dict
Me. Ouynter, luy mandant qu'ilz estoient conformes à ce que la Royne,
sa Mestresse, luy en avoit dict, mais qu'il sçavoit bien que le Roy
imputeroit tousjours à la dicte Dame ce que ses navyres et ses
subjectz feroient contre luy.
Il semble que la saysie, faicte à Roan sur les Anglois, les fera aller
plus retenuz contre nous, se voyant mesmement estre entrez en mauvais
mesnaige avec les Pays Bas; mais ilz sont maintenant à se résouldre
d'ung party ou d'aultre, et monstrent qu'ilz seroient très ayses de
demeurer en paix avecques nous pour se rescentir contre les aultres,
aultrement est à craindre qu'ilz accorderont avecques les aultres pour
se déclairer contre nous.
Chiffre.--[Il s'entend toutes foys qu'aulcuns principaulx seigneurs de
ce royaulme résistent, tant qu'ilz peuvent, qu'on ne provocque ny
Leurs Majestez Très Chrétiennes, ny le Roy Catholique, et sont fort
indignés contre ceulx qui semblent s'authoriser trop arrogamment
contre l'observance et le respect qu'on doibt avoir à l'amytié de si
grandz princes; et se tiennent loing des conseilz et dellibérations
que ceux cy font; et les layssent tout exprès déborder davantaige à
leur playsir, affin qu'allant les choses de mal en pis, ilz ayent tant
meilleur argument de leur fère bien tost une bien vifve charge pour
les désarçonner;
Car s'estime que, si Leurs Majestez Très Chrétiennes et Catholique
vont de telle intelligence en cecy, qu'ilz serrent de tous costez
leurs pays à ceulx de ce royaulme, sans permectre qu'eulx ny leurs
marchans y ayent aucun accez, ilz se trouveront, en peu de temps, si
despourveuz de toutes choses, et leurs trafficz tant retardés, qui est
le seul soubstien du pays, qu'ilz s'eslèveront incontinent contre
ceulx qui auront esté cause de ce mal; et ne sera, sellon l'opinion
d'aucuns, que cella n'admène quelque révolution aulx choses de l'estat
et de la religion. Il est vray qu'il y a grande apparance que le Roy
d'Espaigne procurera d'avoir la paix avecques eulx et il vauldra
mieulx la conserver pour nous.]
Or ceulx cy, voulans pourveoir à cella, préparent desjà de dresser
leur traffic et estape à Endem, et tretter, avec les villes maritimes
du Stertan, de la descharge et débittement de leurs marchandises,
ayans en cella favorable le Roy de Dannemarc.
Lequel Roy de Dannemarc, et le Roy de Suède, avec les dictes villes
maritimes, et les princes protestans, et villes impérialles
d'Allemaigne, les Suysses, les Françoys et Flamans huguenotz, et
autres de la confusion[51] d'Auguste et de Genève, sont, à ce qu'on
dict, ligués avec ceste Royne pour maintenir ces princes qui sont en
armes pour la deffance de leur religion.
[51] Confession d'Augsbourg et de Genève.--Le MS. porte
_confusion_, terme que les catholiques employaient pour tourner
en dérision les cultes dissidents.
Quillegrey, soubz colleur d'un voyage devers l'Empereur, est prest à
partir pour aller devers les dicts princes et villes, affin de
conclurre leur capitulation, et rapporter la résolution du tout à
ceste princesse, et cependant ilz font entre eulx grand dilligence de
practiquer deniers et monitions de guerre de tous costez.
Il est à espérer qu'on obtiendra maintenant prou choses de ceste Royne
pour tenir Leurs Majestez aucunement asseurées et sollagées de son
costé, au moins tant qu'elle sera broillée avec les Pays Bas, dont
Leurs Majestez manderont au dict Sr. de La Mothe comme il leur plaira
qu'il en use; car il entend que ceulx cy ont desjà envoyé lettres et
commissions bien favorables, par leurs portz et hâvres, pour tenir le
commerce libre et bien asseuré aulx Françoys.
Chiffre.--[Bien que le dict Sr. de La Mothe a esté, encores de rechef,
adverty par des Anglois mesmes, catholiques, que tout ce jeu et
armement d'icy s'estoit principallement commancé pour Callais, et que
ceulx cy se ventoient d'avoir quelque intelligence dedans]--et que la
place estoit fort peu garnye de gens de guerre: de quoy le dict La
Vergne advertira Leurs Majestez, et qu'il semble estre requis, voyant
ce pays en armes, qu'on la fornisse de quelque plus grand nombre de
gens de guerre qu'il n'y a, et prendre garde à la dicte intelligence;
ce qu'il dira aussi, en passant, au cappitaine Gordan.
S'entend q'un navyre a esté naguyères chargé en Anvers de corseletz,
morrions et d'arquebuses, lequel a abordé à la Rye, et s'en va à la
Rochelle; il se pourrait bien donner ordre que ceulx de la Rochelle ne
tirassent telle commodité du dict Anvers;
Et que le conseiller Cavaignes a faict par deçà une aultre provision
de pouldres, pour envoyer au dict lieu de la Rochelle, et qu'il est
après à les fère embarquer.
Les dicts de la Rochelle ont envoyé, comme on dict, un navyre chargé
de vin à ceste Royne, et la Royne de Navarre a donné à Me. Ouynter une
chaine de quatre cens escuz, et ceulx de la ville six cens escuz en
or.
Il y a deux soldatz gascons, qui se sont desrobés du dict lieu de la
Rochelle, et sont venuz sur les navyres du dict Me. Ouynter, qui
veulent aller trouver Leurs Majestez, se disans estre catholiques.
L'on pourra par eulx entendre aulcunes choses du faict du prince de
Condé et du dict lieu de la Rochelle.
L'on a faict imprimer icy, en langaige anglois, la lettre escripte au
susdict Cavaignes, dont la coppie fut envoyée par la dernière
dépesche, de quoy s'estant plainct le dict Sr. de La Mothe comme de
chose qui désavantageoit les affères du Roy l'on luy a promiz de
chastier l'imprimeur.
L'on a faict veoir, par interposées personnes, au dict Sr. de La Mothe
l'aultre discours venu de la Rochelle, dont la coppie a esté aussi
envoyée en la dernière dépesche; mais y ont adjousté ce qui est
contenu en ung mémoire miz dans ce pacquet.
L'on monstre, despuis peu de jours, plus de rigueur qu'on ne souloit,
à la Royne d'Escosse, et c'est pour la presser de renoncer à sa
couronne, et l'a on menassée, si elle faict difficulté, d'aller là où
l'on a ordonné de la remuer, comme à la vérité il luy griefve bien
fort, qu'on l'enlèvera, elle et une aultre seule femme avecques elle,
dans leur lict, pour les y pourter par force dans une lityère bien
fermée à clef; de quoy elle a mandé au dict Sr. de La Mothe d'en fère
instance, comme il fera la première foys qu'il verra ceste Royne. Et
disent les depputés de la dicte Royne d'Escosse, qu'encor qu'on ne
doibve espérer nul bien de ce costé pour elle, si sera elle pirement
trettée, si l'on sent qu'il y doibve avoir ropture entre ces deux
royaulmes. Ceulx cy ont quelque doubte qu'ilz ne la puissent remuer
sans qu'il y ayt quelque ellévation au quartier où elle est
maintenant.
AULTRE MÉMOIRE A PART AU DICT LA VERGNE.
Représentera à Leurs Majestez la disposition en quoy ceulx cy se
mectent pour soubstenir la guerre, qu'ilz disent que le duc d'Alve
leur a commancée, et la rigueur qu'ilz ont tenu à son ambassadeur Mr.
d'Assoleville, et comme despuys cella ilz font plus de démonstration
de vouloir garder la paix avecques nous qu'ilz ne souloient, et qu'ilz
sont promptz à nous bailler toutes provisions de justice qu'on leur
demande pour les Françoys;
Que la saysie de Roan les a aussi renduz plus modérés en nostre
endroict, et semblent qu'ilz favoriseront dorsenavant moins
ouvertement le prince de Condé, s'il plait à Leurs Majestez les
asseurer de la continuation de la paix et lever la dicte saysye.
Aultrement il semble qu'ilz accorderont avec les Pays Bas, en dangier
de se déclairer contre nous et d'employer leur présant armement en la
faveur du prince de Condé.
Le cappitaine Franchot monstre porter grande affection au service du
Roy, et, encor qu'il soit de la novelle religion, semble qu'il ne
vouldroit que ceulx cy fissent aucune entreprinse sur le royaulme de
France; et parce qu'il trafique avec le comte de Belfort, Milme,
Trocmarton et autres de ce conseil, il pense avoir moyen de servir à
Leurs Majestez à quelque bonne occasion, et dict avoir comprins, par
le dire de ces seigneurs, que ceste Royne a toute auctorité envers ces
princes d'Allemaigne qui sont en armes, et envers tous ceulx de la
ligue de la religion novelle, et qu'elle divertiroit volontiers la
guerre de France sur les Pays Bas, et garderoit que les dicts princes
d'Allemaigne ne fissent plus aucun effort contre Leurs Majestez,
pourveu qu'elle se peult bien assurer du costé du Roy;
Bien dict qu'ayant esté rapporté à ceste princesse comme le prince de
Condé procuroit que, se faisant quelque paciffication en France, l'on
joignist toutes les forces qui y sont maintenant pour aller chasser
les Espaignolz de Flandres et remectre le pays à l'obéyssance de la
couronne de France, qu'elle n'estoit bien contante de cella, car
seroit contraincte de s'opposer à une telle entreprinse qui luy serait
trop domageable, et qu'il ne failloit penser qu'elle embrassât les
affaires du dict prince, ayant une telle dellibération, bien qu'elle
désire veoir les Hespaignols hors du pays;
Et que le dict Franchot a très instamment requis le dict Sr. de La
Mothe de le recorder à Leurs Majestez pour estre secouru de sa
pencion, et qu'il semble qu'elle sera à présent bien employée.
Procurera que Leurs Majestez envoyent, du premier jour, leur
déclaration, et qu'ilz mandent leur intention sur la requeste que les
marchans de Londres ont présenté aulx seigneurs de ce conseil,
laquelle ilz ont envoyée communicquer au dict Sr. de La Mothe.
Et fera veoir à Leurs dictes Majestez la provision que ceste Royne a
envoyé, par tous ses portz et hâvres, pour l'indempnité des Françoys,
et qu'il leur playse en envoyer une semblable à leurs portz de dellà
pour l'indempnité des Angloys;
Que, despuys les lettres escriptes, le dit Sr. de La Mothe a entendu
qu'on a remué la Royne d'Escosse en ung chasteau du comte de
Cherosbery, quarante mille plus avant dans le pays, assez
rigoureusement, dont, par la prochaine dépesche, le dict Sr. de La
Mothe en mandera les particularitez qu'il en aura entendu, ensemble de
ce qui se passe en Escosse, où l'on est bien avant aulx armes.
Advertira que, en cas de ropture, l'on veuille prendre garde à Mr.
Norris, ambassadeur pour ceste Royne par dellà, qu'il ne s'en aille;
car luy seroit aysé de se conduyre, en deux ou trois jours, par deçà
la mer.
Dira a Leurs Majestez que le discours venu de la Rochelle fut, la
première foys, secrètement baillé au dict Sr. de La Mothe par ung
catholique, qui ne contenoit que comme il a esté desjà envoyé par les
précédantes; mais despuys, on le luy a faict expressément
communicquer, avec l'addition qu'il envoye maintenant, à l'occasion de
quoy le tient pour suspect.
ADDITION AU DISCOURS ENVOYÉ DE LA ROCHELLE CY DESSUS ESCRIPT.
S'entend que le camp de Monseigneur, frère du Roy, despuys s'estre
retiré, se diminue et deffaict peu à peu, de sorte qu'on a adviz, de
plusieurs endroictz, qu'ilz sont en termes de repasser la rivière de
Loyre, pour mectre partie de leur armée dedans toutes les villes
assizes sur la dicte rivière, et la border de gens de guerre à
l'endroict de toutz les pontz, portz, passaiges et villaiges, et
l'autre partie de fère marcher au camp que le Roy veult dresser pour
fère teste à Mr. le prince d'Orange et au duc de Deux Pontz. Ce que a
faict maintenant résouldre les dicts sieurs Princes, et aussi tost
qu'ilz auront recuilly les dix mille hommes de pied et douze cents
chevaulx, que les quatre viscontes de Borniquel, de Paulin, de
Montclar et de Caumont leur admennent de renfort, et qui sont sur le
poinct d'arriver en leur camp, de marcher incontinent pour aller
assiéger et forcer une des dictes villes, qui sont sur la dicte
rivière, pour, le plus tost que fère se pourra, joindre tant le dict
Sr. prince d'Orange que le duc de Deux Pontz, desquelles ilz ont eu
novelles par gentishommes dépeschés de leur part, qu'ilz ne seront pas
moins de vingt cinq à trente mille chevaulx et soixante mille hommes
de pied, lors qu'ilz seront joinct ensemble.
Cependant les dicts sieurs Princes ont trente cinq enseignes de gens
de pied et douze guydons, qu'ilz ont gaigné sur les ennemys, oultre
les sept enseignes des compaignyes qui furent deffaictes au partir de
devant Lodun, que furent bruslées dedans les logis pour avoir les
soldatz qui estoient dedans; d'autre part les dicts quatre viscontes
n'ont perdu le temps où ilz estoient, ayant priz et miz à feu et à
sang la ville de Gaillac, en laquelle plusieurs cruaultés avoient esté
commises avec grande animosité contre ceulx de la religion. Comme
aussi la basse ville de Carcassonne a esté prinse par eulx, et douze
et quinze aultres villes. Monsieur de Gramont, au pays de Basque, a
aussi deffaict le Sr. de Luxe qui avoit levé quatre mille hommes
contre ceulx de la religion, et a gaigné sur luy quelques pièces
d'artillerye qu'il avoit.
Quelques jours au paravant, le cardinal de Lorraine voyant que, de son
costé, les affères n'avoient le succez qu'il avoit espéré et
desseigné, fut cause que la Royne dépescha le sieur Portal pour faire
quelque ouverture de paix avec les dicts sieurs Princes; auquel a esté
faict responce pareille de celle du maistre des requestes Malassize,
que avoit aussi esté envoyé à ceste mesme fin de la part de la dicte
Dame; qui est telle que, pendant que le cardinal de Lorraine et ses
adhérans tyranniseront sur la France, et mesmes sur le conseil du Roy,
duquel ilz ont chassé et esloigné monsieur le Chancellier et les
principaulx officiers de la coronne, on n'acceptera aulcunes lettres
ny mandemens faictz soubz le nom de Sa Majesté, sinon comme venans de
la forge et invention du dict cardinal; et qu'on avoit tramé tant de
perfidies ez trettez de paix précédans, que ceulx de la religion ont
esté réduictz à ceste extrémité de croire qu'il n'y a aucune sûreté
pour eulx, que par le moyen des armes.
Despuys, la compaignye de Mr. Divoy surprint, le pénultiesme de
décembre, aulx faulx bourgs de Chinon, 80 Suysses, et le prévost, et
les archiers de Monsieur, frère du Roy, lequel estoit dellà l'eaue,
prenant l'alarme, deslogea de vistesse.
COPIE DE REQUESTE présentée aulx Seigneurs du conseil
d'Angleterre, qu'ilz ont communiquée au Sr. de La Mothe.
Aux illustres et nobles Seigneurs, présidant et aultres, du
conseil privé de la Majesté de la Royne d'Angleterre.
Remonstrent très humblement à Vos Seigneuries illustres, Jehan
Olyve, viconte de la cité de Londres, Guillaume Hobson, Robert
Foyar, Jehan Hardings, Thomas Starkie, Richard Patrik, Richard
Sumthe, Jehan Millar, Jehan Tynbie, Robert Sadler, Hunyfroy
Brovne, Jehan Allot, Hugues Offley, Olivier Ficher, Jehan
Marsshal, Guilhaume Haufort, Robert Cambelle, Jehan Dent, Henry
Vuayt et Thomas Persons, marchans anglois, trafficans à Roan en
Normandie, tant en leurs noms que pour tous aultres marchans
angloys intéressés,
Que, nonobstant la bonne paix entre les princes d'Angleterre et de
France, laquelle Nostre Seigneur veuille maintenir et préserver à
sa gloire, au XIIIe jour du mois de décembre devant passé, les
magistrats du dict Roan ont deffendu aulx facteurs et serviteurs
des dicts supplians, et à aultres marchantz anglois, la libre
traficque au dict Roan; lesquels magistrats, ne leur contantant ce
que dessus, usant de plus grande rigueur, ont despuys, assavoir le
XIIIe de ce présent moys de janvier, sollicité et obtenu lettres
du Roy Très Chrétien, en vertu desquelles ilz ont arresté tous les
biens, marchandises et debtes des dicts supplians, et de tous
aultres Anglois, au dict Roan, à leur très grand dommaige et
totalle ruyne, si sur ce n'est pourveu.
Pour ce, est-il que les dicts supplient très humblement qu'il
playse à Voz Seigneuries illustres, comme leurs protecteurs, de
conférer, les dicts rudesses et désordres estant de mauvaise
conséquence, avec le Sieur ambassadeur du dict Roy Très Chrétien,
pour le présent en Angleterre, affin qu'il soit ordonné que les
dicts supplians, leurs facteurs et autres marchandz angloys,
puissent aussi librement trafficquer au dict Roan et royaulme de
France, comme il est permiz aux Françoys en ce royaulme
d'Angleterre, et que leurs marchandises et biens arrestez soyent
librement relaxés.
Ce faisant, ferés bien et obligerés les dicts supplians de prier
Nostre Seigneur pour la prospérité de ce royaulme et de Voz
Seigneuries.
ORDONNANCE DE LA ROYNE D'ANGLETERRE, envoyée aulx portz et hâvres
de son royaulme, que a envoyé communiquer au dict Sr. de La
Mothe.
Ayant esté faict remonstrance à la Majesté de la Royne par
l'ambassadeur, icy résidant pour le Roy de France, son bon frère,
comme plusieurs Françoys, ses subjectz, ayant esté violentement
prins, avec leurs navyres et biens, par gens de guerre sur mer,
ont esté despuys naguières amenez en aucuns portz de ce royaulme,
où a esté souffert à ceulx qui les avoient prins de fère départ et
vante des dicts biens et marchandises à leur playsir et volonté;
et, pour aultant que Sa Majesté n'entend point qu'il soyt faict ny
usé de telz déportemens par ses subjectz, au préjudice et nuysance
de la bonne amytié, qui est entre le dict Roy de France, son dict
bon frère, et elle, le playsir et commandement de Sa Majesté est
que doresenavant ne soit permiz ni souffert à aucune personne,
quel qu'il soit, d'exposer en vante, ny mectre en terre, en aucun
port, dedans ce royaulme, aucuns biens ny marchandises, qui ayent
esté ainsi prinses sur mer, d'aucuns des subjectz du Roy de
France; et, s'il y en a aucuns ainsi admenés, ou miz en terre,
qu'ilz soyent miz en seureté et sauvegarde, de tout pillage et
dégast, jusques à ce que ceulx à qui ilz appartiendront ayent
commodité de les recouvrer par ordre de justice. Par quoy vous n'y
ferez faulte sur peyne d'en respondre à vos périlz de tout ce qui
sera faict au contraire.
A Londres, le XXIXe jour de janvier 1569.
Et plus bas est écript:
A tous majeurs, cherives, baillifs, connestables, coustumiers,
enregistreurs, contrerolleurs, chercheurs et aultres officiers et
ministres, et tous aultres subjectz de la Majesté de la Royne, à
qui il apartiendra, et à ung chacun d'iceulx.
Soubz signé, BACON, CUST, T. NORFOLC, R. LEYCESTER,
E. CLINTON, W. CECILLE, R. SADLER, VUAL. MILMAY.
XVIe DÉPESCHE
--du VIe de février 1569.--
(_Envoyée par Olivyer jusques à Calais._)
Refus du sieur d'Assoleville de déclarer sa mission devant le
conseil.--Explications que donne Élisabeth dans une lettre au
roi d'Espagne.--Secours fournis secrètement par elle aux
protestants de France.--_Désastre_ éprouvé par sir John Hawkins
dans le golfe du Mexique.
AU ROY.
Sire, par la dépesche, que mon secrétaire vous a apportée, du
pénultiesme du passé, Vostre Majesté aura veu en quel estat estoient
les choses de deçà; et despuys, ceste Royne et ceulx de son conseil
ont continué de fère au Sr. d'Assoleville la mesmes difficulté, que je
vous ay desjà mandée, de ne le laisser conférer avec l'ambassadeur
d'Espaigne, résidant icy, et lui, de son costé, encor que ceulx du
dict conseil l'ayent faict venir en leur assemblée, a persévéré de ne
vouloir rien dire de sa commission, sans avoir premièrement parlé au
dict ambassadeur. Par ainsi, ilz sont encores à se résouldre comme ilz
en useront.
Cependant la dicte Dame a faict conduyre, avec escorte, jusques en
ceste ville de Londres, l'argent dont est question, et semble que ce
n'est que pour plus seurement le garder, et qu'elle a intention de le
rendre, se contantant de l'avoir retardé quelque temps au dict duc.
Car j'entendz qu'elle a escript, du dernier du passé, une lettre en
latin, au Roy d'Espaigne, par laquelle, après luy avoir récité le bon
ordre qu'elle a miz de saulver ses deniers des mains des pirates et
de les mectre hors de dangier, elle luy mande qu'elle les faict
conduyre en ceste ville de Londres pour plus seuremant les luy garder,
espérant qu'il prendra de bonne part, et mesmes qu'il lui gratiffiera
ceste scienne dilligence et bonne affection, et adjouxte plusieurs
aultres bonnes parolles d'amytié, accommodées au désir qu'elle a de
demeurer en la bonne paix et ancienne alliance d'entre eulx et leurs
estatz, et de la confirmer, et estraindre davantaige par tous les
meilleurs offices de bonne soeur qu'elle pourra; et qu'elle impute ce
que le duc d'Alve et son ambassadeur ont faict au mauvais conseil que
ceulx qui vouldroient veoir la ropture de leur bonne paix et amytié
leur ont donné, le priant de persévérer de son costé en icelle, comme
du scien elle l'asseure de la rendre inviolable. Et a adressé la dicte
lettre à son ambassadeur en France, pour la bailler à don Francès
d'Alava, affin de la fère tenir le plus tost qu'il pourra au Roy, son
Maistre, n'ayant, à ce qu'elle dict, voye plus seure que celle là ny
par mer, ny par terre, pour la luy envoyer, à cause des troubles de
France.