Il arriva hyer novelles, tant en nostre camp que à celluy des ennemys,

que Mr. d'Aumalle a perdu 4 mille hommes, ayant esté contrainct par le

dict prince d'Orange qui aprochoit au duc de Deux Pontz pour s'i

joindre, se retirer de vistesse, avec deux mille hommes qui luy

restent, dans la ville de Reins. L'on tient pour certain que Mr. de

Guyse s'en va en poste trouver le Roy. L'on dict aussi que la plus

part de leur camp s'en va devant Paris pour s'opposer aulx princes

estrangiers; je croys que nous les suyvrons bien tost.

XIVe DÉPESCHE

--du XXIVe de janvier 1569.--

(_Envoyée par homme exprès jusques à Calais._)

Arrivée du sieur d'Assoleville, envoyé par le duc d'Albe pour

négocier.--Saisie faite à Rouen de tous les biens et

marchandises appartenant aux Anglais.--Explication demandée à

ce sujet par la reine d'Angleterre.--Dispositions des seigneurs

anglais protestants à faire déclarer la guerre.--Départ du

comte de Murray pour l'Écosse.

AU ROY.

Sire, il est arrivé, tout à une heure, deux diverses novelles à ceste

Royne, l'une de paix du costé qu'elle actendoit la guerre, et l'aultre

la guerre du costé qu'elle espéroit la paix; car a sceu que le Sr.

d'Assoleville estoit desjà arrivé à Douvres, de la part du duc d'Alva,

pour venir tretter avecques elle de remectre en bons termes les choses

qui commançoient mal passer entre eulx; et, au contraire, l'on luy a

mandé de Roan qu'on y avoit faict un général arrest des biens et

marchandises de ses subjectz; de quoy ayant le Sr. Cecille conféré

avecques moy, et luy ayant dict que je ne pançoys point que ce fût de

vostre commandement, nous avons arresté que j'en escriprois

promptement à Vostre Majesté, affin qu'il vous pleût en fère entendre

vostre intention à l'ambassadeur de la dicte Dame par dellà; duquel,

attandant la responce, l'on ne mouveroit ny ne seroit rien attempté,

icy, contre les Françoys; dont vous playra, Sire, fère résouldre là

dessus le dict ambassadeur, et, si tant est que veuillés remectre les

choses à la première liberté pour continuer la bonne paix d'entre ces

deux royaulmes sera bon qu'il luy soit remonstré comme telle chose

n'est advenu à Roan que par ce que les officiers de la dicte ville

sont advertys de plusieurs saysies, arrestz, pilleryes, support de

pirates, deschargement de prinses, et larrecins, et autres

depportemens biens durs, que les Angloys usent maintenant contre les

Normans et Brethons, voz subjectz; ce qu'ilz ont estimé ne devoir

estre aucunement souffert, et qu'il est besoing que la Royne, sa

Maistresse, y pourvoye.

Ceulx cy continuent tousjours les préparatifs de guerre, mais semble

que non si grandz, comme ilz monstroient du commancement. J'espère

que, par mes premières, je vous pourray à peu près mander l'estat au

vray de leur dict appareil. Et par ce que la responce de la Royne

d'Angleterre, qu'avez veu en mes précédantes, touchant le voyage de

ces navyres à la Rochelle, ne m'avoit satisfaict, saichant

certainement que Me. Ouynter y avoit deschargé des pouldres, de

l'artillerye, des munitions de guerre, et baillé de l'argent, j'ay

bien vollu dire à aucuns principaulx de ce conseil, que je voyois bien

que les bonnes parolles de paix de leur Maistresse ne produysoient que

de bien mauvais effectz de guerre contre Vostre Majesté, et qu'on ne

sçauroit prendre ce que Me. Ouynter avoit faict que pour une manifeste

infraction des trettés; dont seriés contrainct, à la fin, de fère

venir au clair ceste guerre qu'elle vous menoit à couvert. A quoy ilz

m'ont respondu, par grande expression et sèrement, que la Royne, leur

Maistresse, n'avoit secouru ny assisté d'aucune chose, qui fût au

monde, le prince de Condé en ceste guerre; mais ne vouloient nyer q'un

grand nombre de seigneurs, gentishommes, et gens de bonne qualité de

ce royaulme, n'eussent faict, et ne fussent encore prestz de fère tout

ce qu'ilz pouvoient pour maintenir la cause de leur religion ez mains

de ceulx qui la deffendoient avecques les armes en France; estant

mesmement notoire que ceste guerre n'estoit commancée que pour

l'oprimer, comme de ce faysoit foy la bulle expédiée en juillet, où le

Pape narre qu'il l'a concédée, à la réquisition de Vostre Majesté,

pour exterminer les huguenotz; et que vostre éedict de septembre

dernier monstroit aussi que vostre intention, et celle de la Royne,

n'avoit jamais esté d'observer l'éedict de paciffication. Par où

disoient que le dict prince de Condé et l'Admiral demeuroient

entièrement justiffiez envers Dieu et les hommes de ceste reprinse

d'armes, comme juste et légitime, et du tout exempte de rébellion; et

qu'ilz méritoient d'estre secouruz, mesmes de ceulx de ce royaulme qui

sont de leur mesmes religion, lesquelz voyent bien qu'il ne leur fault

aller négligemment en la sollicitation et maintien de ceste cause,

pendant qu'elle est sur le bureau des armes par dellà; car, si elle y

estoit une foys vaincue, tout l'orage retumberoit après sur eulx.

Je n'ay vollu entrer avec eulx en contestation de ces choses, si n'est

de les asseurer que vous ne cherchiez que de ravoyr l'obéyssance de

voz subjectz, et conserver vostre auctorité, et que Voz Majestez

n'avoient, en façon du monde, donné commancement à ceste guerre. Il

est vray que eulx mesmes, et toutes personnes de bon jugement,

cognoissoient assés que, par nécessité et à regrect, vous aviez permiz

deux religions dans vostre royaulme; ce que voyant despuys n'y aporter

le repos que vous espériez, ains estre une vraye semence de guerre et

de division parmi voz subjectz, qui faisoient par là des monopolles,

assemblées d'hommes, d'armes, de chevaulx, cuillette de deniers, et

infinyes résistances à vostre justice et commandement, vous vous

estiez résolu de ne souffrir plus q'une religion, les priant de ne

poulser pour cella leur Maistresse à nulz exploitz de guerre,

ouvertement, ny soubz main, contre vous, qui ne luy en aviez donné

aucune occasion, et qui estiez de trop bonne race pour estre picqué

sans le sentir: car ilz ne la pourroient, puis après, si bien excuser

qu'on ne luy inputât tousjours tous les exploictz de guerre, que ses

navyres et ses subjectz feroient.

Ilz m'ont recconfirmé, de rechef, avec beaucoup d'asseurance, que leur

dicte Maistresse n'avoit donné, ny n'estoit en volonté de donner aucun

secours au prince de Condé; ains favorisoit de grande affection le

party de Vostre Majesté, et s'esbaïssoient commant vous aviez rejecté

sa bonne affection, quant elle s'estoit offerte de s'employer pour la

paix de vostre royaulme: car avoit tel crédit envers ceulx de sa

religion que, quant ne vous heussiez vollu abaisser de tretter rien

avecques voz subjectz, il vous eust néantmoins esté bien aysé de les

conduyre, par le moyen d'elle, à ce que vous eussiez voullu; et que,

pour leur regard, ilz ne pouvoient tant géhenner leurs consciences

qu'ilz peussent laysser de desirer et procurer l'avantaige du prince

de Condé en la cause de la religion; mais, qu'au demeurant, ilz

estoient pretz d'ayder et tenir la main en tout ce qu'ilz pourroient,

de eulx mesmes et envers leur Maistresse, que vous demeurissiez

Maistre, Roy et Seigneur sur le dict prince de Condé, et sur tous

ceulx que Dieu avoit soubzmiz à vostre puyssance et authorité.

Je n'ay pu tirer aultre chose de plus particulier d'eulx, mais j'ay

sceu d'ailleurs que, véritablement, le dict Me. Ouynter a délivré à

ceulx de la Rochelle six canons, avec leur rouage et équipaige, vingt

cinq lestz de pouldre, qui sont trois cent barrilz, et quatre mille

bouletz, et sept mille livres esterlin, qui sont vingt trois mille

escuz, et a prins, pour les deniers et pour la valleur des autres

choses, quelque obligation d'en avoir cy après le rembourcement par

deçà. Il semble que le dict Me. Ouynter, voyant du commencement

n'avoir autre lettre de commission que pour asseurer la navigation des

subjectz de ce royaulme, feyt grand difficulté d'aller accomplir ceste

aultre commission, s'il n'en avoit mandat par escript de la dicte

Dame, ce qu'elle refuzoit assés de bailler; mais en fin elle fut tant

persuadée qu'elle luy en bailla ung mot, à part, signé de sa main et

escript de celle du susdict Cecille. La Royne de Navarre fut veoir ses

navyres, et luy dict que, si elle eust peu souffrir la mer, qu'elle

fût venue veoir la Royne d'Angleterre. J'entends que ceulx du dict

party avoient une foys dépesché le vydame de Chartres pour venir

renouveller et conclurre aulcunes leurs cappitulations par deçà; mais

son voyage s'est différé, et ont envoyé cependant un secrétaire de

l'Amyral, qui se nomme Le Queulx, lequel le cardinal de Chatillon a

admené devers ceste Royne pour luy donner compte des choses de dellà.

Chiffre.--[J'ay adviz que, pour le faict de ces guerres, il y a

beaucoup de contradiction dans ce conseil, ne voulant aucuns des

principaulx seigneurs qui en sont, et mesmement les catholiques, que

ceste Royne provocque en rien Vostre Majesté, ny le Roy Catholique: à

quoy semble qu'elle, de sa volunté, incline grandement, là où ceulx de

la nouvelle religion, estimans que c'est à ceste heure le poinct de la

fère déclairer, lui donnent beaucoup d'impressions, tantost de peur,

tantost de grandes espérances; et est à craindre que pour révocquer le

prince d'Orange à la guerre de Flandres, ilz l'induysent en fin de

fère quelque trop expresse démonstration en faveur du dict prince de

Condé, affin de vous fère condescendre à quelque paix, ou bien pour

vous contraindre de divertyr aucunes de voz forces vers ce costé, pour

donner tant plus de moyen aulx autres de mieulx entreprendre un

hazardeux et dernier combat par dellà; car semble que les princes

d'Allemaigne ne veulent permectre que le dict prince d'Orange laysse

l'entreprinse de France, tant que le prince de Condé sera en dangier.

J'entends qu'on est après, icy, à despescher Quillegrey devers les

dicts princes d'Allemaigne, et devers le Roy de Dennemarcq et villes

imperialles, qui sont de ceste intelligence, pour avoir leur

résolution du faict de ces guerres de France et de Flandres; et

cependant, ilz font grand dilligence de praticquer deniers de tous

costés. Mesmes j'entendz que de la blanque, qu'on a tirée ces jours

passés en ceste ville, ceste Royne retirera pour elle plus de cent

mille livres esterlin, qui sont 33,000 escuz; de quoy le monde murmure

assés pour la diminution qu'ilz trouvent aulx bénéfices qu'ilz

espéroient de leurs billetz.]

Mais il a esté faict certaine publication là dessus qui leur en rend

quelque rayson. Je mectray peyne de ne laysser passer rien

d'inportance, dont n'en ayés promptement adviz, et prendray garde à ce

qui réuscira de la légation du dict Sr. d'Assoleville.

Le comte de Mora a heu congé de s'en retourner en Escosse, et est

desjà party, et le duc de Chatellerault est, à ceste heure, à

pourchasser le sien. Je vous manderay, par mes premières, en quoy

sont demeurés les affères de la Royne d'Escosse, priant Dieu, etc.

De Londres ce XXIIIIe de janvier 1569.

A LA ROYNE.

Madame, ayant la Royne d'Angleterre heu adviz de quelque détention et

saysye faicte à Roan sur les biens et navyres de ses subjectz, elle

m'a faict demander par le Sr. Cecille si Voz Majestez avoient commandé

de le fère, et qu'elle n'avoit espéré que toute continuation d'amytié

avec vous et persévérance de bonne paix entre voz payz et subjectz. A

quoy j'ay respondu que je n'avois heu charge, quant je vins icy, que

d'y avouer paix et amytié, et qu'encores par voz lettres, du premier

de ce moys, vous m'en refraichissiez le commandement; mais ne sçavois

si elle, ou les sciens, avoient provocqué Voz Majestez, et voz

subjectz, de fère aultre démonstration, et que je n'avois rien entendu

de la dicte saysye, ny ne pençoys que vous l'eussiez commandé; mais

qu'il estoit à croyre que ceulx de Roan, entendans les passaiges de ce

royaulme estre fermés, et en ignorans l'occasion, avoient advisé de

pourveoir, par ce moyen, à l'indempnité des leurs qui s'y trouvoient

enfermés, desquelz ilz ne pouvoient avoir novelles, et que, à ceste

heure, saichans l'ouverture des dicts passaiges, j'espérois qu'ilz

lèveroient aussi la dicte saysye et arrest. Si, avons arresté, Madame,

que j'en escriprois incontinent à Voz Majestez, et cella est cause que

j'ay hasté ceste dépesche, en laquelle je n'ay à vous dire, oultre le

contenu en la lettre du Roy, sinon que j'ay entendu qu'encor que ceulx

cy soyent très ayses de la venue du Sr. d'Assoleville, qu'ilz veulent

néantmoins mettre en délibération si ceste Royne le doibt recepvoir

comme ambassadeur, n'estant envoyé de la part d'ung prince souverain,

ou si elle le renvoyera sans l'ouyr, pour ne tretter rien avecques le

duc d'Alve, et actandre qu'il vienne lettre, ou homme, dépesché du Roy

Catholique, qui ayt expresse charge et mandement de parler de ces

affères. Quoy que soit, je croy qu'on luy usera de quelques

cérémonies, et qu'on l'observera comme envoyé par celluy à qui l'on

veult bien monstrer qu'on se prépare de luy fère la guerre. Je ne

laysseray pourtant de l'envoyer visiter et saluer, et mesmes de le

convyer à mon logis, à cause de l'aliance de Voz Majestez avecques le

Roy, son Maistre; bien que je crains qu'on ne me permectra d'acomplir

les dicts offices. Je mectray toutesfoys toute la peyne que je pourray

d'entendre quelque chose de sa légation, et de toutes aultres

occurrences, pour vous en donner les plus certains et les plus promptz

adviz qu'il me sera possible: priant Dieu, etc.

De Londres ce XXIIIIe de janvier 1569.

Je vous supplie très humblement commander que mes gens, que j'ay par

dellà, me soyent renvoyés, et que nous faciez consoler d'aulcunes de

voz bonnes novelles, car il en court icy qui ne sont à l'advantaige

des affères de Voz Majestez.

XVe DÉPESCHE

--du XXXe de janvier 1569.--

(_Envoyée par La Vergne jusques à la Court._)

Arrestation du sieur d'Assoleville.--Grands préparatifs de

guerre.--Secours d'hommes et d'argent donnés par Élisabeth au

comte de Murray, en Écosse.--Déclaration de la reine que si,

dans les quinze jours, elle n'est pas satisfaite au sujet de la

saisie de Rouen, elle usera elle-même de représailles à l'égard

des Français.--_Mémoire_ renfermant les explications données

par le vice-amiral Winter sur son voyage à la

Rochelle.--_Mémoire secret_ pour la reine-mère.--_Fin de la

relation_ envoyée de la Rochelle.--_Réclamation_ des marchands

anglais contre la saisie de Rouen.--_Proclamation de la reine_,

portant défense de vendre dans les ports d'Angleterre les

prises faites sur les Français.

AU ROY.

Sire, il ne fault doubter que la Royne d'Angleterre n'ayt ung grand

playsir de veoir que le duc d'Alve a maintenant envoyé devers elle, et

qu'elle ayt gaigné l'avantaige de le fère parler le premier sur le

faict de ces saysies, ce qui est bien fort advenu sellon son desir et

expectation. Néantmoins, pour monstrer qu'elle se préparoit à la

guerre, comme la luy ayant déjà le dict duc commancé par cest exploict

exécuté en Anvers sur les Anglois, elle a envoyé arrester le sieur

d'Assoleville, son ambassadeur, à Rochestre, et le détenir là deux

jours; où, par ce que c'est le principal arsenal de ce royaulme, il a

peu veoir et entendre quel grand nombre d'ouvriers elle a ordonné pour

besoigner en dilligence à ses grandz navyres de guerre. Despuis, il a

esté, soubz la garde de quelques ungs, conduict en ceste ville et

resserré incontinent en ung logis, et ses gens separés de luy, sans

qu'il parle à personne, ny mesmes n'a esté permiz à ung des miens de

le veoir ny de le saluer de ma part; tant y a que luy, prévoyant ceste

rigueur, avoit pourveu, de bonne heure, d'escripre deux lettres, l'une

à l'ambassadeur d'Espaigne résidant icy, dont l'adresse estoit à moy,

qui a esté rendue, et l'autre à la dicte Royne pour sçavoir le temps,

le lieu et l'ordre de l'audience, qu'elle luy vouldroit donner;

laquelle lettre le Sr. Cecille a prinse des mains d'ung de ses gens,

qui actandoit en la salle de présence, à Antoncourt, l'occasion de la

présenter, et luy a assés rudement deffandu de ne se trouver plus en

tel lieu, et qu'on manderoit à son Maistre ce qu'il auroit à fère,

sans qu'il envoyast le sçavoir; et de tant que le dict d'Assoleville a

tenu ferme de ne vouloir rien dire de sa commission, qu'il n'ayt

premièrement conféré avec le dict ambassadeur, et mesmes sans qu'il

soit présent lors qu'il parlera à la dicte Dame, comme il en a faict

la déclaration au Sr. Drury maréchal de Baruich, qui avec deux

aldremans l'estoient allé quérir, de la part des seigneurs de ce

conseil, pour le mener en ung lieu où ils estoient assemblez pour

l'ouyr, lesquelz cependant y avoient faict venir l'ambassadeur

résidant icy, qui semblablement n'a rien volu dire sans l'autre. Ilz

sont maintenant à dellibérer comme ilz en useront.

Par ainsi cest affère prend quelque longueur, et cependant aucuns de

ces Anglois, qui estoient dettenuz en Anvers, ayans baillé pleiges par

dellà, sont arrivez icy, ensemble le corrier ordinaire d'Angleterre et

celluy des marchans, qui ont apporté deux pleynes malles de paquetz,

qui ont demeuré deux jours ez mains du dict Sr. Cecille; mais ce

jourduy il les a faictz distribuer, et a l'on entendu, par ceulx qui

sont venuz, que le duc manyoit les choses plus doulcement qu'ilz ne

cuydoient, dont j'espère que, la sepmaine prochaine, les dicts deux

ambassadeurs seront ouys conjoinctement par la dicte Dame. Cependant

elle faict continuer l'armement qu'elle a commancé, lequel, sellon que

j'ay adviz, est de quatre de ses plus grandz navyres, oultre les

quatre qui sont desjà sur mer, et de deux grandes naves venitiennes,

qui se sont trouvées dans ceste rivière de Londres prestes à partir;

lesquelles, par ce qu'elles sont bien artilliées et en tout aultre bon

équipage de guerre, elle les a mandées arrester pour s'en servir, et

ung aultre bien bon navyre de Me. Ouynter; de sorte qu'il y aura unze

grandz navyres, du premier jour, hors ceste rivière, soubz la

conduicte du Sr. Christophe Haulstoc, contrerolleur de la marine. Et

m'a l'on dict que, oultre ce qu'il y a desjà de particuliers avec

leurs navyres sur mer, il a esté escript à plus de soixante aultres

d'armer promptement leurs vaysseaulx pour s'y mectre. Il est vray que

je n'entendz point qu'on fasse aucune levée de soldatz, et seulement

l'on a mandé venir du nort mille marinyers pour la conduicte des dicts

grandz navyres, dont la commission de l'avitaillement ne porte que

pour ung mois, dedans lequel la dicte Dame mande qu'elle espère avoir

accomodé ce faict de Flandres, et que cependant ilz ayent à se tenir

sur l'emboucheure de ceste rivière et ez environs de ses portz. Mesmes

j'entends que, secrètement, elle a mandé retirer ung nombre de ses

ouvriers, qui travailloient au reste de ses navyres, tant elle espère

que ceste guerre sera plus tost paciffiée, qu'il ne s'y sera tiré ung

seul coup.

Il est vray qu'on m'a adverty, que vers Barruich et sur les confins

d'Escosse, a esté commandé fère une levée de huict cens lances à

cheval et de deux mille harquebuziers à pied, pour secourir le comte

de Mora, s'il en a besoing, ce que je croy qu'il aura; car se dict

qu'on s'est desjà battu en Escosse, mais le particullier encores ne se

sçait, et que le comte d'Arguil et les Ameltons sont fortz en

campaigne et résoluz d'empescher que le dict comte ne rentre dans le

pays; dont semble, à la vérité, qu'il trouvera de la résistance, et,

possible, quelque encontre, sellon l'opinion d'aucuns, qu'il n'a

poinct préveu. Il est party, à ce que j'entends, bien contant et

satisfaict de ceste court, ayant heu quasi une déclaration d'avoir

bien procédé en tout ce qu'il a faict pour la poursuyte de la mort du

feu Roy d'Escosse contre le conte Baudouel, et ce qu'il a entreprins

du gouvernement du pays sous l'auctorité du petit prince, dont semble

que ceste noveaulté de Flandres luy ayt beaucoup aydé en cella. Car

estimant la Royne d'Angleterre ne se pouvoyr jamais asseurer de la

Royne d'Escosse, elle a conclud avec cestuy cy, par lequel elle pense

avoir suffizamment pourveu à tout ce qui luy pourroit survenir de ce

costé d'Escosse; et j'entendz que, soubz le tretté de la tutelle et

garde du dict petit prince, ilz se sont mutuellement promiz tout

secours ez autres choses, et qu'il a eu quelques deniers contantz, et

promesse d'aultre somme jusques à XV mille livres esterlin en tout,

qui sont XLVII mille Ve escuz.

La dicte dame a octroyé aussi au duc de Chastellerault son congé, sans

toutesfoys qu'il puisse passer devers la Royne sa Mestresse, mais elle

l'a refuzé à l'évesque de Ros et au millord Herriz, leur disant que la

dicte Royne d'Escosse avoit escript une lettre à aucuns seigneurs

escoussoys, laquelle luy est venue entre les mains, par où elle la

taxe d'estre partialle pour ses adversaires, et qu'ilz trettent

avecques elle de mectre les Anglois dedans l'Escoce, et de luy

délivrer le petit prince et aucunes places dans le pays, dont les

semond de prendre incontinent les armes pour s'y opposer; laquelle

invention elle n'estimoit procéder de la dicte Royne d'Escosse, sa

bonne sœur, ains de eulx, ses depputez, qui auroient à luy rendre

compte de ceste calompnie, premier qu'ilz s'en allassent; et quant à

la communiquation des choses qui avoient esté dictes et produictes

contre la dicte Royne d'Escosse, qu'elle la leur feroit avoir, ainsi

que en la dernière audience elle me l'avoit accordé, pourveu que la

dicte Royne, leur Mestresse, promît d'y respondre si pertinéemant, que

le monde ne peust plus dobter de son innocence et justiffication,

autrement qu'elle s'abstînt de luy demander jamais plus secours pour

estre remise en son estat, ne le luy pouvant, après cecy, bailler sans

grever sa conscience et son honneur.

Ce que surviendra en cest affère et autres, de jour en jour, je

mectray peyne, Sire, que vous en soyez dilligeament adverty, ayant eu

grand consolation d'entendre, par le retour d'ung des miens et par voz

lettres du XVe du présent, le bon portement et santé de Voz Majestez,

et le bon succez de vos affères, tout au contraire de plusieurs faulx

bruictz qu'on faisoit courir icy, et qui me sera ung bon argument d'en

entretenir ceste princesse, laquelle se délibère venir bien tost en

ceste ville. Cependant je supplie Vostre Majesté de donner

satisfaction à son ambassadeur de dellà sur ces saysies de Roan,

lesquelles, s'il vous plaict mander lever, et ordonner toute indemnité

pour les Anglois en France, l'on me promect, fort expressément, faire

le semblable icy pour les Françoys, comme desjà ilz ont donné

plusieurs provisions de justice à ceulx que je leur ay requis. Sur ce,

etc.

De Londres ce XXXe de janvier 1569.

A LA ROYNE.

Madame, oultre le contenu en la lettre du Roy, il vous playra entendre

de mon secrétaire, présent pourteur, comme les seigneurs de ce conseil

m'ont envoyé prier par le Sr. Anton, principal clerc de leur bureau,

et deux notables marchandz de ceste ville, de vouloir promptement

dépescher ung des miens devers Voz Majestez, pour vous advertir

qu'estant la Royne, leur Mestresse, fort pressée par ses marchantz de

pourveoir à la saysie qui a esté faicte de leurs biens et marchandises

à Roan, elle les a priez d'avoir pacience pour quinze jours, affin

qu'elle puisse sçavoir là dessus votre intention, tant par son

ambassadeur qui est de dellà, que par moy, de qui elle leur a dict

avoir heu toutjour si bonnes parolles de paix qu'elle ne faisoit

doubte que Voz Majestez ne remédyssiés dans les dicts quinze jours, à

la dicte saysye; ou, qu'à deffault de ce, elle leur promectoit, pour

leur indempnité, fère pareille saysye par deçà sur les biens que s'y

trouveront appartenir aulx Françoys. Dont, Madame, est a considérer

que, sellon la résolution que vous donrés à ceste affère, ilz

résouldront les leurs, qu'ilz ont avecques le duc d'Alve; car, si la

dicte saysie de Roan passe en avant, ne fault doubter que, pour ne se

trouver en deux guerres tout à la foys, ilz tretteront incontinent de

paix avec les Flamans, en dangier de se déclairer ouvertement contre

nous. Mais, si vous levez la dicte saysie, semble qu'ilz se tiendront

ferme contre l'aultre party, et qu'ilz convertiront là tout leur

présent armement, m'ayans offert iceulx seigneurs de ce conseil telles

provisions de justice que je vouldrois contre les pirates et une

généralle déclaration de ceste Royne, de n'en retirer ung seul dans

ses portz, ny permectre de débiter leurs prinses qu'ilz feront sur voz

subjectz par deçà, affin d'entretenir ung bien asseuré et libre

commerce, et toute bonne paix avecques la France.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, tome premier Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 14 / 34 段