de nuestro cargo y la obligaçion que Su Magestad tiene por el de
creer nos, como en virtud de una carta de creençia del
Illustrissimo Duque d'Alva, la qual entonçes le dimos en sus
manos, que aquel dinero era de Su Magestad Catholica y venia para
serviçio de su campo, traydo d'España para la sola paga de su
gente. En lo qual Su Magestad estuvo muy dura y muy differente de
lo que en las otras audiençias la haviamos hallado con gran
maravilla nuestra de que una Reyna tan exçellente, por
induzimiento de persona alguna, en tal tiempo en que ella auria de
socorrer, con su proprio dinero, las cosas del Rey nuestro Señor
en Flandes, le quisiesse detener o tomar sin tener respetto a la
amistad que deve a un tan grande prinçipe. Y assi quedamos sin
otra resoluçion alguna d'esta audiençia, sino que dentro de III o
IIII dias nos haria informar como aquellos dineros eran de
mercaderes; en lo qual hasta oy no ha hecho nada quedamos d'esta
respuesta muy mal satishechos y despachamos un secretario nuestro
a dar razon dello al Illustrissimo Duque d'Alva, mal contentos
tambien de los consejos que en estos dias se tenian continuos con
los agentes de los rebeldes del Rey, nuestro Señor, en perjuyzio,
segun pareçe, de la amistad antigua.
El Duque entretanto con el primero aviso nuestro de la detençion
de la moneda y relaçion de algunos soldados de la nave del dicho
Lope de la Sierra que alla fueron, viendo un aggravio tan
manifesto, y que a todos los d'esta isla, assi catholicos como de
la nueva relligion, pareçe mal y creiendo qu'esta detençion no
partia de la mente d'esta Serenissima Reyna, sino de algunas otras
personas que no tienen aquel zelo que conviene, passó a mandar a
detener los bienes y personas de los Inglezes, como a camino
qu'esta Serenissima Reyna avia antes hallado, sin provocar la
persona alguna a ello por el Rey nuestro Señor, atendido que por
parte de Su Magestad Catholica y de sus governantes y subditos se
le ha guardado siempre buena vezindad y amistad y esta Serenissima
y Nobilissimo Reyno han recibido de la mano de la Magestad
Catholica todo favor y amparo, por lo qual siendo tan claro y
notorio lo hazemos saber a todo el mundo para que conste
eternamente de la verdad y buenos progressos assi del
Illustrissimo Duque d'Alva como nuestros, observando enteramente
el respetto y fe devida a los amigos y ampararando con neçessarios
presidios y fuerças los subditos del Rey nuestro Señor defendiendo
su authoridad y grandeza por los medios que para ello el tiempo
muestrara ser convenientes.
XIIIe DÉPESCHE
--du XXe de janvier 1569.--
(_Envoyée par Jehan Vallet jusques à Calais._)
Première entrevue de l'ambassadeur et d'Élisabeth après la saisie
des Pays-Bas.--Protestation de la reine qu'elle veut maintenir
la paix.--Ses plaintes contre l'ambassadeur d'Espagne.--Elle
justifie son arrestation, contre laquelle réclame l'ambassadeur
de France.--Elle se plaint d'un acte d'hostilité exercé sur les
côtes de Bretagne contre la flotte anglaise.--L'ambassadeur
demande des explications sur un ordre qui aurait été donné par
la reine d'arrêter quelques navires français.--Exécution en
France de plusieurs Anglais, pris les armes à la main.--Marie
Stuart fait demander communication des pièces que l'on prétend
lui opposer.--_Relation_ envoyée par les protestants de leurs
opérations militaires.--_Lettre_ écrite de la Rochelle sur le
même sujet.
AU ROY.
Sire, ayant esté, ces jours passés, devers la Royne d'Angleterre à
Antoncourt, encor que je l'aye trouvée comme en deuilh pour la mort
de madame de Quaynelles, sa cousine, qu'elle aymoit sur toutes les
femmes du monde, elle n'a layssé pourtant de me recepvoir avec
beaucoup de faveur et de gracieuseté, et, après m'avoir dict quelque
peu de motz du regrect qu'elle avoit à la perte d'une si bonne
parente, et que son habit de dueil, qu'elle avoit prins, n'exprimoit
que bien peu de la grandeur du mal qu'elle en sentoit, elle m'a
demandé incontinent de voz novelles: à quoy je luy ay respondu que
j'estois venu expressément pour luy conter celles que Voz Majestez
m'avoient escriptes, du XXVIIe du passé, et du premier de cestuy cy,
n'en ayant point de plus fraisches, et que, par voz deux lettres, me
commandiés luy donner bon compte de voz évènemans et du succez de vos
affères, comme chose que vous estimés estre deuhe à l'entretennement
de la bonne paix et sincère amytié, que vous aviez avecques elle; qui
aussi aviez heu grand playsir d'entendre, par aucunes de mes lettres,
qu'elle se fût resjouye de les sçavoir bonnes, et eust monstré desirer
le bien et advantaige de voz affères; dont me commandiez l'asseurer de
votre bonne correspondance en cella, et que, de tout ce qu'entendrés à
jamais de sa prospérité et de ses bonnes fortunes, vous en auriez
pareil playsir que des vostres prospres. Puis suyviz à luy dire les
particularitez que me mandiés de l'exploict de votre armée, que
conduict Monsieur, frère de Votre Majesté, contre le prince de Condé,
et de celle que conduict monsieur d'Aumalle contre le prince d'Orange,
avec quelque discours du retardement, que l'aspreté de l'yver, et la
difficulté des passaiges, et l'avantaige des lieux avoit donné à mon
dict Sieur de ne pouvoir sitost exécuter son entreprinse, et aussi du
temporisement du dict prince de Condé pour espérance de se joindre à
l'armée du prince d'Orange, ce que n'avoit si peu de difficulté qu'il
ne semblât estre impossible, desduysant les bons advantaiges que Dieu
vous avoit donnés en ceste guerre.
A quoy elle m'a respondu qu'elle ne vouloit faillir de vous rendre ung
bien grand mercys pour le compte en quoy vous monstriez la tenir, et
encores ung autre grand mercys, dont il vous playsoit satisfère en
cest endroict bien fort à son affection, qui desiroit en ce temps
sçavoir souvent de voz nouvelles, priant toutesfoys Dieu qu'elle en
peust ouyr bien tost de meilleures que celles qu'on luy avoit dictes
despuys deux jours, lesquelles luy faisoient regrecter que Voz
Majestez eussent mesprisé son conseil, encor que ne fût que d'une
femme, sur ce qu'elle vous avoit prié pour la paix de votre royaume.
Et s'eslargit ung peu avec parolles aigres contre les autheurs et
semeurs de guerres, disant que les princes les debvoient poursuyvre de
mort, comme ennemys conjurés contre eulx et pernicieux à leurs estatz.
A quoy je ne luy voluz incister sinon en tant qu'il sembloit qu'elle
volust charger sur aucuns catholicques, et je miz peyne de rejecter
cella sur ceulx de l'autre party, qui vouloient tenir trop ferme, et
trop s'opposer au vouloir et intention des princes; dont luy diz
qu'elle sçavoit bien à quoy s'en tenir, et qu'elle pouvoit mieulx
juger que nul aultre si les catholicques de son royaulme n'estoient
pas bien patiens et bien obéyssantz.
Elle poursuyvit encores quelques parolles de cette matière, et puys
vint à dire qu'il ne tenoit à l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy,
qu'il n'y eust desjà guerre allumée entre les pays de son maistre et
les sciens, et qu'elle avoit esté trompée en ce personnaige, quelle
avoit estimé bien honneste et bien modéré, et n'eust jamais pencé
que, pendant qu'elle estoit à tretter doulcement avecques luy de la
conduicte de ces réalles d'Espaigne, et de les mectre à seureté, les
ayant desjà sauvées de la main des pirates, il eust, par ses lettres
dont elle avoit la coppie, faict arrester les biens et personnes des
Angloix en Envers, mandant de dellà le contraire des bonnes parolles
qui avoient esté tenues entre eulx; et avoit encore escript d'elle en
aultre sorte qu'il ne debvoit, l'ayant nommée _Oriane_ en aulcunes de
ses lettres, de quoy elle n'estoit moins offencée que du demeurant: et
que, s'il eust esté son subject, elle l'eust desjà faict poursuyvre
par la rigueur de justice, et que le duc d'Alve, aussi, avoit esté
trop soubdain à le croire, duquel ne se pouvoit dire qu'il n'eust
procédé, et arrogamment, et légièrement en ce faict; arrogamment, de
n'avoir daigné luy escripre q'une petite lettre que la dicte Dame
compara à ung _valentin_[45], où il n'y avoit que cinq ou six motz
portans créance sur le dict ambassadeur; et légièrement, de ce que,
sans occasion, il avoit exécuté ung acte trop universel, non seulement
de saysie, mais comme d'hostillité sur ses subjectz; et que le dict
duc n'estoit si grand, ny elle si petite, ny l'affère si peu
important, qu'il ne peust bien avoir prins la peyne de luy en escripre
au long, et d'avoir envoyé sçavoir commant les choses alloient de
deçà, avant attempter ainsi cest outrage contre elle, et les sciens de
dellà; mais qu'elle espéroit tant de la bonté et vertu du Roy
Catholique, et de la vraye amytié, qui est de si long temps confirmée
entre eulx et leurs estatz, qu'il n'advouhera ny ce que le duc d'Alve
a faict, ny ce que l'ambassadeur luy a escript.
[45] Ce terme, que les Anglais emploient dans le style familier,
se rapporte exactement à notre mot _poulet_, billet de
galanterie.
A quoy j'ay respondu que je la supplioys de considérer qu'il importoit
grandement au duc d'Alve que ses deniers ne luy fussent ny empeschés,
ni retardés, estant en ung pays où plusieurs choses luy estoient
suspectes, et où il avoit une armée en estat, composée de diverses
nations assés accoustumées de faire mutination ou de deffaillir, quant
argent deffailloit. Mais je m'asseurois que se ressouvenantz, devant
six sepmaines, le Roy d'Espaigne et elle, de l'ancienne alliance qui a
esté toutjour entre ce royaume et la maison de Bourgoigne, qu'ilz
demeureront de bon accord, et que, quant mesmes il y auroit quelque
occasion d'aigreur entre eulx, que leurs pays et subjectz ne
permectroient qu'ilz passassent à nulz exploictz de guerre l'un contre
l'aultre. Et j'adjouxtay, qu'estant, à ceste heure, le Roy Catholique
veufve et pour sercher party, qu'il ne vouldroit, pour chose du monde,
offencer une telle princesse à marier comme elle estoit, ny elle
pareillement luy, tant qu'il seroit en ce pourchaz.
Elle respondit, en ryant, qu'elle s'asseuroit bien fort de l'amytié du
Roy d'Espaigne, et que comme, de sa part, elle seroit bien marrye de
luy commancer la guerre, qu'aussi pensoit elle qu'il ne la luy
mouveroit jamais sur ung si mauvais fondement comme cestuy cy, que le
duc d'Alve et son ambassadeur luy vouloient fère prendre; et qu'elle
avoit envoyé le vray discours de tout au Sr. Norrys, son ambassadeur,
pour le bailler au Sr. don Francès d'Alava, affin de le fère tenir au
Roy d'Espaigne, son Maistre; et qu'elle ne délibéroit point, pour la
longueur du chemin, envoyer autrement devers luy, me priant escripre à
Voz Majestez Très Chrestiennes vouloir croire le compte très
véritable de ces choses, tel que son dict ambassadeur Norrys vous
l'aura dict, et qu'elle vous prye ne vouloir, par aulcune de voz
actions, ny démonstrations, justiffier ceste entreprinse du duc
d'Alve, comme contraire au respect qu'on doibt avoir à n'altérer ny
enfraindre les bonnes et sincères amytiés des princes.
A quoy luy ayant dict que son ambassadeur n'auroit pas failly de fère
si bien cest office que ce que j'en dirois maintenant n'y pourroit
rien adjouxter, elle me fit une bien expresse recharge que je ne le
volusse oblyer par mes premières. Puis, je suiviz à luy dire que, si
le duc d'Alve estoit son prisonnier, j'attendrois que quelque autre
duc commançât de parler pour luy, mais que je la supplioys ne trouver
mauvais si, pour l'ambassadeur d'Espaigne, par ce que telles
personnes, pour rayson de la charge, m'estoient recommandés, je luy
disois que, despuys que Dieu avoit estably les puyssances au monde,
les ambassadeurs avoient esté toutjour respectez, et leurs personnes
demeurez intactes, mesmes l'on avoit, au millieu des plus aspres
guerres, toutjour heu esgard de ne toucher à eulx, ny tretter leurs
personnes que bien fort honnorablement, et qu'elle avoit accepté
cestuy cy pour ambassadeur d'ung grand Roy sur les lettres de sa
légation; par ainsy, qu'elle vollust avoir esgard à luy, non qu'il
m'eust pryé, ny faict prier d'en parler, mais qu'ainsy le requéroit le
pareil office que nous avions tous deux, en ung mesme temps, devers
elle, et qu'il luy pleust me permectre de le visiter au moins une fois
la sepmaine, en présence des gentilshommes qui l'avoient en garde.
Elle m'a respondu que, veu les termes en quoy il s'estoit efforcé de
la mettre avec le Roy son Maistre, il n'estoit pas rayson qu'il veît
les appareilz qu'elle feroit pour se deffendre, si l'on la vouloit
assaillir; par ainsi, qu'on l'avoit seulement resserré en son logis
soubz la garde de trois gentilshommes, à qui elle avoit commandé de se
depporter honnestement envers luy, et que d'autres foys l'on avoit, à
moindre occasion, plus mal tretté son ambassadeur Trocmarthon[46] en
France: au reste, qu'elle me pryoit de ne le visiter encores de
quelques jours, non qu'elle se deffiât de moy, mais affin qu'elle ne
fût veue approuver ny justiffier rien de ce qu'il avoit si mal faict,
en luy permectant la visite d'ung qui tenoit, icy, pour Votre Majesté,
ce lieu que je tiens.
[46] Pendant le siége du Havre (juillet 1563), Thomas Smith fut
envoyé comme ambassadeur résident, et Nicolas Trokmorton le
suivit bientôt avec le titre d'ambassadeur extraordinaire; mais
étant arrivés en France après la prise de la ville, ils furent
arrêtés tous deux par Michel de Castelnau, sur un ordre du roi.
Trokmorton fut conduit prisonnier au château de
Saint-Germain-en-Laie. On se borna à donner des gardes à Smith,
qui fit bientôt des ouvertures de paix. Le traité de Troie, signé
par les deux ambassadeurs (11 et 12 avril 1564), déclara par un
article exprès que Trokmorton serait, à partir de ce jour,
délivré des gardes qui lui avaient été laissés; mais il
s'engageait, sur sa parole, à ne pas sortir de France sans la
permission du roi, tant que les deux actes, des 11 et 12 avril,
n'auraient pas été expressément ratifiés par la reine
d'Angleterre.
Après ce propos, voyant que je luy voulois parler de son visadmiral
Me. Ouynter, elle s'advança de me dire qu'elle s'esbaïssoit fort
comme, passans naguières ses navyres, soubz la conduicte du dict Me.
Ouynter, prèz du Conquest en Bretaigne, on luy avoit, en temps de
bonne paix, faict une si aspre démonstration de guerre de luy avoir
tiré cent soixante coups de canon; mais que, grâce à Dieu, nul n'avoit
esté thué ny blessé; seulement, l'on l'avoit contrainct de se mectre
en deffance, et il avoit repoussé ceulx qui l'assailloient.
Je luy respondiz que ce m'estoit ung propoz tout nouveau duquel je
n'avois ci devant rien entendu; par ainsi, que je ne pouvois sçavoir
qui avoit esté l'assaillant ny l'assailly, mais que je la voulois bien
supplier me dire quelle satisfaction je pourrois donner à Voz Majestez
du voyage que le dict Me. Ouynter avoit faict à la Rochelle, et de ce
qu'on disoit, tout publicquement, qu'il avoit secouru le prince de
Condé de pouldres, d'artillerye, de munitions de guerre, et encores
mesmes d'argent, là où, sur la parolle de la dicte Dame, j'avois
naguières escript à Voz Majestez qu'elle n'avoit envoyé le dict Me.
Ouynter, ny ses navyres, sur mer que pour asseurer la navigation de
ses subjectz; et qu'est ce aussi que je vous respondrois sur ce que
les prinses, qui se faisoient en mer sur voz subjectz, et les preneurs
d'icelles, se retiroient ez portz d'Angleterre et sortoient des mesmes
portz, quant ilz alloient exécuter leurs entreprinses; et que j'avoys
aussi entendu qu'elle avoit faict dépescher une commission, vers son
pays d'Ouest, pour arrester tous navyres françoys qui y aborderoient
jusques à la valleur et concurrence de certaines prinses qu'aulcuns
Anglois et Yrlandois se plaignoient leur avoir esté faictes par des
Bretons, des quelles ilz disoient n'avoir peu avoir justice en France;
ce que n'estoit sellon l'ordre prescript par les trettez, et dont la
rayson vouloit qu'on révocquât la dicte commission, si elle avoit esté
dépeschée, pour recourir aulx termes accoustumez de justice.
A ces choses la dicte Dame m'a respondu que, touchant Me Ouynter, elle
l'estimoit trop saige et advisé pour avoir faict rien de semblable à
ce que je luy disois, et que, à la vérité, elle estoit non seulement
par le debvoir, mais aussi par pacte exprès obligée à ses subjectz, à
cause de quelque subcide, d'asseurer, avec ses navyres de guerre,
leurs voyages et navigations, dont n'avoit peu fère de moins que de
leur bailler en ce temps ce cappitaine, avec quatre de ses navyres,
pour asseurer leur flotte, qui estoit d'environ deux cens vaysseaulx,
dépeschés pour le vin; laquelle flotte, voyant ne pouvoir charger à
Bourdeaux à cause des difficultez qu'on avoit faict auparavant à
aulcuns d'icelle, ilz avoient esté contrainctz, pour ne demeurer sans
vin, d'aller charger à la Rochelle et en la rivière de Charante, où
ceulx de ce quartier là s'estoient donnés quelque allarme de les veoir
venir; mais en fin, il leur avoit esté permiz de marchander des vins,
et le dict Me. Ouynter avoit prins des vivres au dict lieu de la
Rochelle les plus chers qu'il eust onques achapté; mais qu'au reste,
elle, de sa part, n'avoit donné ny envoyé aucun secours, petit ny
grand, au dict prince de Condé, et vous pryoit que ceulx, qui vous le
diroient autrement, fussent chastiez, s'ilz ne le pouvoient vériffier,
et s'ilz le vériffioient, qu'il luy en fût à elle faict un grand
reproche, et que mesmes elle avoit reffuzé de donner congé à plus de
trois cens gentilzhommes angloix, qui vouloient aller voluntairement
trouver le dict prince: et, touchant les prinses de mer, que, estant
ses portz libres, ung chacun y estoit bien receu à tiltre de bonne
foy, et les pirates ne pourtoient merque pour estre recognuz, mais,
quant il se feroit quelque prinse sur voz subjectz, et qu'ilz la
suyvroient, et en demanderoient justice par deçà, qu'elle la leur
feroit administrer sans difficulté: au regard de la commission
d'arrester les navyres françoys, qu'elle ne se souvenoit bien de
l'avoir donnée, touteffoys, qu'à faulte d'administrer justice en
France à ses subjectz, elle leur vouloit bien remédier par deçà le
mieulx qu'elle pourroit.
Il y eut plusieurs autres choses dictes, d'ung costé et d'autre, et
mesmes sur ce congé qu'elle disoit avoir reffuzé aulx gentilshommes
anglois, où je luy fiz entendre les bonnes parolles que Votre Majesté
me mandoit touchant le rapport qu'on luy avoit faict qu'ilz avoient
esté prins et exécutez. Mais, en tout, elle a monstré vous vouloir
satisfère, et demeurer en bonne paix et amytié avec Voz Majestez.
Et pour aultant que les affères de la Royne d'Escosse estoient lors
sur le bureau, je luy diz que j'avois charge de la supplier qu'elle
volût fère avoir à la dicte Royne d'Escosse, sa bonne soeur, la
communication de tout ce qu'aucuns ses subjectz, et ses contraires,
avoient dict et produict contre elle, affin que, pour son innocence et
justiffication, elle leur peust respondre au mesme lieu où ilz
l'avoient defférée, et qu'elle ne volust permectre que l'honneur, la
personne et l'estat de cette princesse, que Dieu avoit envoyée à
recours à elle, fussent opprimez entre ses mains, et que Voz Majestez
la pryoient, bien affectueusement, de vouloir si bien pourveoir à son
faict qu'elle n'eust besoing d'aucun aultre secours que du scien pour
estre bien tost remise en son dict estat et grandeur, comme la Royne
d'Escosse vous avoit faict entendre qu'elle le luy avoit promiz, et
comme vous espériez que, pour la compassion de sa présente nécessité,
et pour l'obligation du prochain parentaige qui estoit entre elles,
elle l'accompliroit; et que, quant vous verriez son dict secours luy
deffaillir, je luy voulois bien dire, encores ceste foys, que vous
vous efforceriez, nonobstant voz présents affères, de luy bailler le
vostre, et que Voz Majestez estimoient qu'il seroit bon, pendant
qu'elle avoit icy en ses pays les principalles personnes intéressées
au dict affère, qu'elle ne permît qu'ilz s'en retournassent, sans
qu'elle les eust accomodés; car autrement ce ne seroit qu'un
recommancement de troubles et de guerre dans l'Escosse, aussi tost
qu'ilz y arriveroient; et, au reste, qu'il luy pleust faire trouver le
garçon[47] qui avoit donné moyen à la dicte Dame de sortir hors de
prison, lequel on avoit enlevé, estant icy à la suyte de sa court,
n'ayant le bon acte de fidelle subject, qu'il avoit faict pour sa
Royne Souveraine, mérité qu'il receût que faveur et bon trettement de
tous les princes de la terre.
[47] William Douglas, qui avait fait évader Marie Stuart du
château de Lochleven, le 2 mai 1568.
Ce propos fut ententivement escouté de la dicte Dame, et sembla que de
quelque partie d'icelluy elle s'esmeut, et, parce que sa responce fut
en forme d'ung discours des choses qui s'estoient en cella passées
devant elle, lesquelles seroient trop longues à mectre icy, je vous
diray en substance, Sire, qu'elle me promit que le lendemain elle
accorderoit aulx depputez de la dicte Dame la dicte communicquation,
bien me vouloit advertir qu'elle craignoit que telle chose seroit
dommageable à la dicte Royne d'Escosse, si elle n'y pouvoit si bien
respondre que l'on cogneust que ce n'estoit par manière d'acquit, ains
une vraye et légitime descharge du crime qu'on luy imposoit, et
qu'elle avoit expressément évocqué la conférance de ce faict devant
elle, pour tirer les escriptz et le dire de ses parties, affin de fère
secrectement entendre le tout à la dicte Dame, et qu'elle s'y peust
préparer de quelque honneste satisfaction: mais maintenant que, à la
réquisition des depputez des parties, les choses avoient esté publiées
en présence de 33 personnaiges de son conseil, il sembloit estre
meilleur qu'elle dict ne se vouloir tant abaysser de respondre aux
parolles et invantions de ses mauvais subjectz, que de demander la
communicquation de leur dire: au reste, qu'elle vouldroit la pouvoir,
avec son propre sang, laver et justiffier de ce faict, et qu'elle
seroit toutjour preste de fère, sans offencer sa conscience, tout ce
qu'elle pourroit pour la dicte Dame, ny ne seroit besoing q'un aultre
s'en meslât; et que volontiers elle eust retenu encores ces seigneurs
d'Escosse, mais, voyant que les choses alloient en longueur, elle ne
leur avoit peu honnestement desnyer leur retour; et, quant au garçon,
qu'elle avoit faict telle démonstration d'estre marrye d'un tel acte,
qu'en fin il avoit esté trouvé et rendu.
Voylà, Sire, ce qui a esté principalement tretté en ceste audience, de
laquelle je vous ay bien vollu représanter les mesmes parolles de la
dicte Dame, affin que tiriez d'icelles ce qu'elles peuvent monstrer de
son intention. Elle ne me volut dire les novelles qu'elle avoit de
France, me priant l'excuser si, de tant qu'elle ne les tenoit pour
certaines et qu'elles n'estoient bonnes, elle ne les permectoit
publier, mais que bien tost, elle ou moy, en aurions la certitude, et
puis les pourrions faire sçavoir l'ung à l'aultre. Or, Sire, je sceuz,
avant partir d'Anthoncourt, que ce sont celles que verrez dans ces
discours qui sont venuz de la Rochelle que j'ay despuys miz peine de
recouvrer; priant Dieu, etc.
De Londres ce XXe de janvier 1569.
A LA ROYNE.