Sur quoy, vû combien cella estoit doubteux, et avec cella

chargeable de foys à aultre, de le préserver estant dehors ou

dedans les hâvres, il fut pencé meilleur, pour l'honneur de ce

royaulme, que le trésor fût mis à terre, et là seurement préservé

à la veue et présence de ceulx qui estoient chargés d'icelluy,

sans toucher ou tirer aucune portion d'icelluy; et estant

certainement cogneu appartenir aulx marchans, il fut aussi advizé,

après la deue préservation d'icelluy des dangiers de la mer, non

point par une motion irraysonnable ny au contraire de l'honnorable

usaige des princes en leurs dominations, de tretter avec les

propriétaires, à leur bon contantement et non autrement, de

l'emprunter, ou portion d'icelluy, sur pareille bonne asseurance

et conditions, comme Sa Majesté a souventeffoys emprumptè à autres

marchans, subgectz du dict Roy, en ces propres Pays Bas, et comme

aultres princes ont faict de naguières, en semblable

cas.--Semblable chose a esté faicte envers un navyre, estant près

Southampton, chargé de laines, et dedans laquelle y avoit un

trézor, et en dangier apparant des Françoys rouant sur ces costes,

lesquelz avoient faict de grandes offres aulx officiers des lieux

seulement pour retirer leurs deffances; et pour cest effect Sa

Majesté envoya au cappitaine de l'isle d'Ouyc pour leur secours,

et à ce que cella fût aussi préservé des Françoys, et apporté à

terre; que, si cella n'eust esté faict, les Françoys l'eussent

prins dedans XXIIII heures après; lequel aussi estoit cogneu

appartenir aux marchans, et ainsi a esté notoirement prouvé.

Et, avant que le dict cappitaine eust pris la charge de le veoir

préserver, il est cogneu quelles sommes d'argent luy furent

offertes de laisser seulement le navyre dedans lequel estoit la

laine, après que le trésor en fut dehors, demeurant indeffansable:

ce que le dict cappitaine ne vollust souffrir, ains feyt armer, à

grandz costages, certains soldatz par mer, lesquelz, encores

présentement, continuent la garde du dict navyre.--Et, durant ce

temps, pendant que l'on donnoit ordre à cella, l'ambassadeur

d'Espaigne vint à Sa Majesté, envyron le XXIXe de décembre,

apportant avec luy une briefve lettre du duc d'Alve seulement de

créance, et sur cella requist que les vaysseaulx et argent

arrestez aulx portz fussent miz en liberté comme appartenant au

Roy son Maistre; auquel Sa Majesté feyt responce que si l'argent

appartenoit au Roy, elle luy avoit monstré en son faict ung bon

playsir de l'avoir sauvé des Françoys, luy monstrant en cella

quelque particularité de la dilligence de ses officiers: mais elle

estoit informée qu'il appartenoit aulx marchans, et en cella,

dedans quatre ou cinq jours, elle en entendroit davantaige, et

l'asseura, sur son honneur, que rien ne seroit faict en cella au

mescontentement du Roy, son bon frère, comme aussi il le

cognoistroit, dedans quatre ou cinq jours, à son prochain retour,

et ainsi il se partit ne faisant aparoir estre mal contant de sa

responce, et s'en contantoit.--Et Sa Majesté, cependant, ayant,

sellon son expectation, responce du pays du Ouest, dont elle

prétendoit satisfère le dict ambassadeur à sa venue, ce que elle

actendoit suyvant son appoinctement, non seulement pour la

délivrance des dicts navyres et trésor, pour telle portion qu'il

apparoistroit appartenir au dict Roy, ains aussi d'accomplir sa

première offre de donner conduicte pour icelluy par terre ou par

mer.

La première intelligence qui auroit esté apportée à Sa Majesté

(sans le retour du dict ambassadeur), fut que tous ses subjectz,

biens, marchandises et navyres, estoient arrestez, prins et gardés

en Envers, comme prisonniers, ce mesme propre XXIXe jour, que

l'ambassadeur estoit avec Sa Majesté; ainsi comme cella chet hors

de tout entendement des hommes, que Sa Majesté, quelque chose

qu'elle eust satisfaict l'ambassadeur, ce XXIXe jour, tous ses

subjectz et leurs biens furent toutesfoys arrestez ainsi qu'ilz

estoient à Envers ce jour là.--Sur cella Sa Majesté laysse, à

ceste heure, au jugement de tout le monde à considérer non

seulement si telle prétence estoit suffizante de fère si

soubdainement ung si violent et si général arrest avec force, en

telle manière, et, à ceste foys, comme il a esté faict, mais aussi

en celluy auquel seroit trouvé faulte, quoy qu'il puisse advenir

de cecy, Sa Majesté n'ayant jamais eu volunté de mescontanter le

Roy d'Espaigne, ny de posséder aucune chose appartenant à ses

subjectz, aultrement que de leur bonne volunté, sur juste,

raysonnable et usitées conditions. Et, de tout ce que dessus Sa

Majesté a pencé estre conveinent le notiffier à toutes personnes

pour tesmoignage de sa cincérité, et pour la maintenance de ses

actions, quelques qu'ilz seront, ausquelles elle est par ces

moyens provocquée.

At Hamptoncourt, le VIe de janvier, le XIe an du règne de Sa

Majesté, et, en l'an mil cinq cens soixante neuf.

_Dieu saulve la Royne._

Imprimé à Londres, au Simitière St Pol, par Richard Jougge et

Jehan Cannont, imprimeur de la Majesté de la Royne, avec le

privilège de Sa Royalle Magesté.

XIIe DÉPESCHE

--du XVIIe de janvier 1569.--

(_Envoyée par Jehan Pigon dict Letourne._)

Arrestation de l'ambassadeur d'Espagne et des capitaines des

navires espagnols.--Commun desir de négocier.--Avantage qu'il y

aurait pour le roi de proposer sa médiation.--Retour du

vice-amiral Winter.--Refus fait à l'ambassadeur de France de

lui accorder des passe-ports.--Funeste influence de tous ces

évènements sur les affaires de la reine d'Écosse.--_Réponse_ de

l'ambassadeur d'Espagne à la proclamation de la reine

d'Angleterre.

AU ROY.

Sire, j'estime qu'après que le Sr. de La Croix, lequel je vous ay

naguières dépesché, vous aura faict entendre la disposition en quoy

m'a semblé que la Royne d'Angleterre se mect pour monstrer quelque

rescentiment de la saysie, que le duc d'Alve a faicte des biens et

personnes de ses subjectz au Pays Bas, que Votre Majesté desirera

encores sçavoir à quoy, de jour en jour, s'achemineront ses

entreprinses; dont je me rendray diligent de vous escripre par le

menu, et suivant les adviz que j'en pourray avoir, qui ne seront,

possible, toutjour bien conformes les ungs aulx aultres, pour

l'irrésolution et incertitude de ceux qui font icy les délibérations,

lesquelz sont assez coustumiers de les rétracter, et advient souvent

que ce qu'on en pense avoir bien aprins le matin, se trouve, le soir,

tout changé. Mesmement en ce faict qu'une partie des seigneurs, et du

peuple de ce royaulme, réclament à voix haulte l'ancienne aliance de

la mayson de Bourgogne, et que ceulx qui plus révocquent à injure

cest acte du duc d'Alve, et qui plus animent ceste princesse contre

luy, craignent qu'il leur soit quelque foys reproché d'avoir trop

légièrement précipité leur Maistresse en ceste périlleuse entreprinse,

et que les maulx, qui proviendront de l'ouverture de la guerre contre

ung si puissant prince, et de la ropture de son alliance, ne leur soit

redemandé avec le péril de leurs testes. Tant y a que, despuys avoir

saysi les biens et personnes des subjectz du Roy d'Espaigne, et

arresté prisonnier son ambassadeur en son logis soubz la garde de

trois gentilz hommes, et faicte la proclamation que je vous ay

envoyée, la dicte Dame a faict ouvrir les coffres et quaysses des

réales d'Espaigne qu'elle a faict arrester en ses portz, où s'est

trouvé, à ce que j'entendz, ung peu plus d'ung million d'argent; et

faict on compte que les aultres biens arrestez par deçà sur les

subjectz du Roy Catholique excèdent au double, et au triple, ceulx des

Angloys qui sont arrestez en Flandres.

Les cappitaines des navyres, qui portoient le dict argent, ont esté

aussi faictz prisonniers et menez en ceste ville, dont de tout ce

dessus le dict ambassadeur d'Espaigne a faict une despesche au duc

d'Alve, en laquelle semble qu'il rejecte tout le mal sur la passion et

animosité du Sr. Cecille, s'attendant bien qu'elle sera intercepté,

comme elle a desjà esté; mais n'aura que playsir qu'elle soit ouverte

et leue en la présence de la Royne d'Angleterre et de ceulx de son

conseil, espérant que ceulx qu'il sçayt n'estre mal affectionnez au

Roy, son Maitre, et estre bien fort contraires au dict Cecile, y

trouveront assés de quoy grandement le taxer, et leur a, d'abondant,

administré matière pour le pouvoir encores mieulx fère par ung

escript, qu'il leur a secrètement envoyé, qui contient la descharge du

duc d'Alve et de luy, tout au contraire de ce qui est porté contre

eulx par la susdicte proclamation, du VIe de ce mois, ainsi que Votre

Majesté le verra par la dicte responce, que j'ai mise dans ce pacquet.

Et m'a esté dict qu'aulcuns des principaux seigneurs de ce conseil se

sont, jeudy dernier, assemblés à Nonchis, chez le conte d'Arondel, sur

ceste matière, où le dict Cecille n'a point esté appelé.

Je n'ay encores peu sçavoir, à la vérité, quel personnaige ceste Royne

envoyera devers le Roy d'Espaigne; car semble qu'on luy ayt proposé

des difficultez, touchant ceux qu'elle avoit advizé d'eslire pour ce

voyage, luy remonstrant que si elle envoye quelcun de ceulx qui ne

peuvent rien comporter de la religion catholique, qu'il luy sera faict

pareil escorne qu'on a faict à son dernier ambassadeur, et, si c'est

un personnaige qui tienne encores du catholique, qu'elle le doibt

avoir en cecy pour fort suspect. D'ailleurs, l'on m'a dict qu'elle y

avoit desjà dépesché secrètement ung gentilhomme, par la voye de la

mer, l'ayant envoyé embarquer au cap de Cornoailhe, ce que n'a grand

aparence. Mais Votre Majesté pourra faire prendre garde, par Mr. de

Forquevaulx, de dellà, s'il y en arrivera quelcun, et quelle responce

le Roy Catholique fera en cecy, selon laquelle l'on pourra mieux juger

du progrez de ceste guerre; car ceulx cy ont desjà faict entendre au

sus dict ambassadeur que, s'il vouloit mander sa détention, et les

autres choses de deçà, au duc d'Alve, et bailler son passeport pour

celluy qui luy apportera la lettre, qu'ilz la luy envoyeront

incontinant, avec semblable passeport pour tel gentilhomme que le dict

duc vouldra renvoyer devers luy. Et au Sr. Roberto Ridolphi,

gentilhomme florentin, personnaige de bonne qualité, qui s'est offert

d'aller, comme de luy mesmes, tretter de réconciliation et de quelque

modération en cest affère avec le dict duc, ilz le luy ont bien fort

gratiffié, et sont encores à dellibérer s'ilz luy concèderont d'y

aller, ou non, ne tennant toutesfois qu'à ce qu'ilz ne veulent estre

veuz rien defférer au dict duc; mais si le dict duc envoyoit devers

eulx, je ne fays doubte que son messaige ne fût bien voluntiers

accepté. Par ainsi, ilz demeurent seulement sur la réputation à qui

envoyera le premier, en quoy semble, Sire, que quelque honneste et

gracieux office, de la part de Voz Majestez Très Chrestiennes,

interviendroit, à ceste heure, bien à propos entre ces princes, voz

alliés, pour les réconcilier; car, oultre que ce seroit oeuvre digne

de votre grandeur, et par où vous obligeries l'ung et l'autre, je

considère que, si les Anglois ont une foys faict leur appareil de

guerre, comme ilz sont après à armer quinze grands navyres et grand

nombre d'autres vaysseaulx, et lever gens de guerre, et que, puys

après, ils demeurent d'accord avec les Payz Bas, qu'il sera aysé de

les pousser et persuader de convertir leur dict appareil au secours de

ces princes, qui mènent la guerre en France, là où, s'ilz sont

destournez de commancer la despence pour une telle guerre, il est à

espérer qu'ilz ne s'y mectront guières avant pour une aultre.

J'avois délibéré de veoir demain ceste princesse sur le contenu de vos

dernières dépesches, et sur le faict de la Royne d'Escosse, lequel

semble n'aller si bien maintenant, comme despuis quelques jours nous

l'avions espéré, mais l'audience m'a esté différée jusques à mercredy

prochain, en laquelle je toucheray à la dicte Dame ung mot des choses

dessus dictes, affin de descouvrir ce que je pourray de son intention

pour le vous mander par mes prochaines, aydant le Créateur, auquel je

supplie, après avoir en cet endroict baisé très humblement les mains

de Votre Majesté, qu'il vous doinct, Sire, en parfaite santé, très

heureuse et très longue vie et toute la grandeur et prospérité que

vous desire.

De Londres ce XVIIe de janvier 1569.

Despuis la présente escripte, on m'a adverty que Me Ouynter est revenu

avec les navyres de ceste Royne, dont je mectray peine d'entendre

l'exploict qu'il aura faict en son voyage, et cependant, parce qu'on

pourroit icy simuler une chose pour en exécuter une autre, et qu'on ne

peult bien préveoir où s'adressent les entreprinses de mer, qui toutes

foys sont fort soubdaines, je supplie très humblement Votre Majesté

fère advertir, de bonne heure, toutes voz viles et places, de sur la

mer, de cest aprest de deçà, affin qu'elles se tiennent sur leurs

gardes.

A LA ROYNE.

Madame, affin que le Roy et Vous ne demeuriés sans avoir ordinairement

adviz commant les choses passeront de deçà, mesmement à ceste heure,

que ceulx cy se préparent d'avoir la guerre contre le duc d'Alve, je

mectray peyne de vous escripre souvant, et d'envoyer toutjour quelcun

des miens bien instruict devers Vos Majestez. Il est vray que l'on

faict icy assés de difficulté de me bailler des passeports, me tennant

pour fort suspect, à cause de l'alliance et estroicte confédération

que le Roy d'Espaigne a avecques Vos dictes Majestez, de quoy ceste

Royne est plus jalouse que de nulle autre chose de ce monde. Mais

affin qu'ilz ne m'osent doresenavant desnyer les dictz passeportz,

quant je leur en demanderay, non plus que Voz Majestez n'en font

jamais reffuz à leur ambassadeur de dellà, il vous plairra, Madame, en

fère dire ung mot au dict ambassadeur. Et semble aussi qu'il seroit

bon que ceulx qui vouldroient aller d'icy en France, et de France icy,

prinsent passeport de votre ambassadeur, ou aultrement, qu'il fût

mandé aulx passaiges de les arrester et visiter; et par ce moyen

j'aurois la commodité de vous escripre souvant, et vous advertir de

beaucoup d'allées et venues, qui, aultrement, me demeureront

incogneues.

Le faict de la Royne d'Escosse est toujour sur le bureau, et millord

Jemmes en presse extrêmement la détermination, sentant que les

Amiltons ont deja miz quelques forces ensemble, et que le chateau de

Donbertran a esté avitaillé. Je crains certes d'avoir faict trop

véritable jugement de l'yssue, que ceulx cy donront aulx affères de la

dicte Dame, car j'entendz qu'ilz y procèdent avec beaucoup de défaveur

d'elle et de sa cause. Je ne cesse de la secourir, de la part de Voz

Majestez, envers ceste Royne et envers les seigneurs de son conseil,

par tous les bons et dilligens offices que je puys, et encores, à

ceste prochaine audience, j'en feray une bien vifve recharge, dont par

mes premières je vous manderay ce que, en cella et autres choses, elle

m'aura respondu, et prieray, en cest endroict, le Créateur, après

avoir très humblement baisé les mains de Votre Majesté qu'il vous

doinct, Madame, en parfaite santé, très longue vie et toute la

prospérité que vous desire.

De Londres ce XVIIe de janvier 1569.

RESPONSE DE L'AMBASSADEUR D'ESPAIGNE à la proclamacion faicte en

Angleterre, le VIe de janvier 1569[44].

[44] «Die sexto januarii _Programma_ Londini editum est, de bonis

Anglorum ab Albano detentis, in quo pleraque jam dicta

explicantur, et culpa in De-Spesium conjicitur. Ille _Antigramma_

opponit in quo innuit, Programma illud non à Reginâ emissum, sed

Reginæ nomine à nonnullis, qui Hispano iniquiores, et Belgis

rebellibus æquiores. Pristinam Reginæ ergà Hispanos benevolentiam

collaudat, eamdem immeritò abalienatam deplorat, non majorem

fidem sibi legato, et Albani litteris adhibitam stomachatur,

pecuniam illam detineri demiratur, cùm magis interesset Reginæ,

ut ipse dixit, pecuniam Hispano contrà rebelles suppeditare, quàm

detrahere. Denique eam, quasi prima injuriam intulerit, taxat,

Albanique factum et se excusat.» (Camden, Année 1569, in ppio.)

Don Gueran d'Espes cavallero de la orden de Calatrava, del consejo

de Su Magestad y su embaxador açerca de la Serenissima Reyna de

Ingalaterra, a todos los que la presente veiren salud y amor.

Por quanto por parte de la Serenissima Reyna de Ingalaterra y en

nombre suyo se ha publicado una proclamaçion imprimida a los VI de

enero en la ciudad de Londres, queriendo dar alguna culpa a la

Excelencia del Illustrissimo Duque d'Alva de haver hecho la

general detençion de los bienes y personas de los Inglezes que

fueron hallados en los Payses Baxos, porque parezca claro quan sin

culpa esta dicho Illustrissimo Duque y assi mismo la verdad de

todo el trato como passa, os hazemo saber que, a los XXIII de

noviembre del año passado, nos fue dado aviso como en la parte del

weste avian aportado algunas naves y zabras que venian d'España

con el dinero que Su Magestad Catholica embiava a Flandes para la

paga de su exerçito y que llegavan y estavan con algun peligro por

causa de los cossarios françeses y inglezes que juntos por alli

robavan todas las naves assi de Françeses como d'Españoles,

Flamencos y otros subditos y vassallos de Su Magestad.

Y assi nos determinamos de pedir audiençia d'esta Serenissima

Reyna, la qual nos fue dada a los 29 del dicho mes de noviembre,

en la qual le supplicamos que, conforme a la confederaçion y

amistad, qu'entre el Rey nuestro Señor y Su Magestad avia,

mandasse deffender en sus puertos dichos nuestros navios y dar

passaporte, si fuesse menester, para traer el dinero por tierra

hasta Dobla o algunas naves de las de Su Magestad armadas a

nuestra cuesta para conduzir este dinero a salviamento en Anvers.

Loqual todo conçedio Su Magestad muy benignamente y nos lo hizimos

saber al dicho Illustrissimo Duque, el qual se hallava en Cambrezy

acabando de hechar de aquellos estados los rebeldes de Su Magestad

Catholica, para que Su Excelencia escogiesse el partido que mejór

le pareçiesse. Y entretanto que tardava a venir su respuesta,

recreciendose que Kerkem y Cortene piratas inglezes, que pocos

dias antes avian armado en compañia de otros françeses, avian

tomado tres ulcas flamencas y una nave española muy ricas y

traidas al puerto de Plemua y otros de aquella costa, y dividida,

y vendida a su voluntad la preda y robo, y assi mismo que en los

puertos de aquellas partes los cossarios y otras personas de la

tierra probavan a invadir dichos navios y defensores dellos, sin

que se pusiesse en ello general y conveniente remedio.

Viendo que los cossarios paseavan publicamente por la isla, y

tenian favor en corte y sacavan libranças y mandamientos para la

seguridad de algunas depredaçiones que avian hecho, dimos razon

dello al muy illustre Roberto conde de Leçester y al magnifico ser

Guillelmo Cecil principal secretario d'esta Serenissima Reyna,

personas importantes en su consejo, la qual fue a los XII de

deciembre, monstrandoles los grandes inconvenientes que de sufrir

semejantes piratas se podrian seguir, y como era contra la paz

publica, amistad y confederaçion de la Casa d'Ingalaterra y de

Borgoña; y embiamos a pedir audiençia a esta Serenissima Reyna que

nos fue conçedida para los XIIII siguientes.

Este mismo dia de los XII; Su Magestad firmo el passaporte para

hacer traer todo este dinero por mar o por tierra con toda

seguridad conviniente, y assi, tambien en la audiençia de los

XIIII refirmo su palabra y seguridad real, dió nuevas cartas y mas

encaresçidas que las primeras a todos sus ministros en aquellas

partes y otras para Guilielmo Wynter, capitan de muchas naves

suyas, que se pensava entonçes se hallaria en aquellas partes del

weste, y assi nos despachamos a Pedro de Madariaga y Pedro

Martinez habitantes d'esta çiudad de Londres, los quales, al XVIII

del mes passado, llegaron a Antona y en el otro dia, de mañana,

presentaron y registraron su passaporte y advertido Lope de la

Sierra, capitan de una nave qu'estava en aquel puerto con

cinquenta y nueve caxas de moneda, passaron adelante camino de

Plemmua para hazer lo mismo alli y en Fabique y hablar con el

capitan Winter.

El mismo dia qu'ellos partieron de Antona, llegó alli Horsy

capitan de la isla de Wicht y otros embiados por la Serenissima

Reyna de Ingalaterra y con muchos barcos y gente en ellos,

entraron en la nave del dicho Lope de la Sierra, y sin respeto del

passaporte y securidad sobredicha, contra voluntad del dicho Lope

de la Sierra, sacaron todas las caxas de la moneda en tierra y las

encomendaron a los que les parescieron, sin permittir al dicho

Lope de la Sierra ni ninguno de los suyos que assistiessen a la

guarda de las dichas caxas. De lo qual el dicho Lope de la Sierra

nos dio luego aviso, y assi, a los XXI del passado, nos

despachamos correo advertiendo de tan grande novedad al

Illustrissimo Duque d'Alva. Ya en este tiempo eramos bien

çertificados de muchas personas de gran authoridad en esta isla

como la Serenissima Reyna determinava de tomarse este dinero con

achaque de dezir que era de particulares personas, aunque fuessen

vassallos de Su Magestad Catholica.

Todavia, el mismo dia de XXI, escrivimos a la dicha Serenissima

Reyna, quexandonos d'este aggravio y supplicandola nos teniesse su

palabra y passaporte paraque este dinero fuesse a Anvers como

estava conçertado. En la misma carta tambien nos quexamos a Su

Magestad que siendo en el dicho puerto de Antona mandada detener

por justicia ordinaria una nave robada de los piratas, cargada de

mercadurias de vassallos de la Magestad Catholica por cartas y

mandamientos suyos fuesse librada y vuelta en poder de los

piratas. Su Magestad Serenissima no nos mando responder por

escritto y algunos de sus ministros dixeron de palabra que Su

Magestad guardava aquel dinero para el Rey nuestro Señor y que

despues de dado el passaporte avia sabido otras cosas y a mis

criados que pidieron audiençia no les quizieron aquel dia dar

respuesta resoluta ni certificar si en las zabras de Plemua y

Fabique avian innovado otro tanto loqual despues ha parescido ser

assi y que avian en aquel tiempo quitado tambien las velas y

xarçia de los dichos navios, poniendo en cada nao guarda de

Inglezes y quitando a los maestros todas las escrituras de cartas,

y conosçimientos, y el otro dia despues que fue a los XXIII envie

a insistir a pedir audiençia la qual nos fue prorogada hasta los

XXIX del dicho mes, en la qual, con todo acatamiento, nos quexamos

a la dicha Serenissima Reyna de la dicha novedad cometida en

Antona, suplicandola la mandasse remediar conforme a sus

ofreçimientos, a la razon y justiçia, confederaçion y amistad que

con el Rey nuestro Señor tenia.

A todo lo qual Su Magestad, con muy suaves palabras, respondio

que el sacar en tierra los dichos dineros avia sido para mejor

guardar los para serviçio del Rey su buen hermano, encareçiendo

mucho la determinaçion y atrevimiento de los cossarios.

Lo qual todo le açeptemos por parte del Rey nuestro Señor y se lo

agradeçimos infinitamente ofreçiendole que Su Magestad ternia

perpetua memoria dello y passamos adelante a suplicarla que diese

las naves prometidas para la guarda d'este dinero y conduzir le

hasta Anvers como antes, con tanto amor, avia conçedido.

A lo qual Su Magestad se muestró luego renitente, significando que

dos Ginoveses le havian hecho entender qu'este dinero no era de Su

Magestad Catholica, sino de algunos mercaderes y que assi ella le

queria retener para su uso, pagando alguna cosa por el interesse a

sus dueños.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, tome premier Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 11 / 34 段