[43] Dans les premiers mois de 1568, Philippe II avait relégué

Mann, ambassadeur d'Angleterre, dans un village nommé Bannias,

près de Madrid, sur le motif qu'il aurait parlé du pape avec peu

de respect.

Et cependant, sera le bon plaisir de Leurs Majestez mander au dict Sr.

de La Mothe comme il aura à se comporter envers ceste Royne, et les

sciens, sur cest évennement, et aussi envers l'ambassadeur d'Espaigne,

et s'il fera meilleure et plus expresse démonstration d'intelligence

que jamais avecques luy; de quoy ne fault doubter que ceux cy n'en

preigent grand jalouzie, ou bien s'il suyvra l'ordre, que le dict

ambassadeur a incontinent envoyé prendre avecques le dict Sr. de La

Mothe, que à quiconques luy viendra de sa part avec contre enseigne du

nom de _Jésus_, qu'il luy donne foy comme il feroit au dict

ambassadeur mesmes, et qu'au reste il luy veuille ayder à la conduicte

de ses lettres soubz la couverte des pacquetz qu'il envoyera en

France, affin qu'ilz puissent passer jusques à Callais et delà à

Bruges et à Bruxelles.

Il se dict que despuys deux moys l'on a toutjour tenu, icy, ung nombre

d'hommes toutz pretz, à qui l'on bailloit un gros le jour à chacun, et

que maintenant l'on leur a faict nouveau commandement de s'aprester

pour aller, du premier jour, aux navyres; dont semble qu'il se verra

bien tost comme quelque armement et appareil de mer par deçà, si le

faict des dictes saysies ne se modère. Mais le dict Sr. de La Mothe

aura, à toute heure, l'oeil sur ce que s'entreprendra affin d'en

advertir Leurs Majestez.

Et, pour ce qu'on dict que Me. Ouynter est arrivé à la Rochelle le

XIIIIe de décembre, et qu'il pourra avoir aydé le prince de Condé de

l'argent, artillerie, pouldres et monitions de guerre, qu'il pourtoit

dans les quatre grandz navyre de ceste Royne, Leurs Majestez

commanderont au dict Sr. de La Mothe quel office il aura à fère envers

la dicte Dame, et quel langaige il luy tiendra, pour en monstrer

quelque rescentiment, après toutesfoys qu'on aura mieulx sceu la

vérité du voyage du dict Me. Ouynter, et s'il rapportera de dellà

quelques ostages, comme on le dict icy.

Et aussi, ce qu'il aura à dire à la dicte Dame de plusieurs

particuliers de ce royaume, qui se mectent en mer avec des vaysseaulx

équippés en guerre, qui ne peult estre qu'elle ne le saiche; et de ce,

aussi, qu'elle souffre en ses portz Chatellier Pourtault, lequel l'on

intitulle visamyral du prince de Condé, et ses complices, qui ne font,

les ungs et les autres, que toutz exploitz de pirates.

Au surplus, ce que le dict Sr. de La Mothe a peu entendre de

particullier touchant l'entreprinse, qu'on luy a dict que ceulx cy

avoient sur Callais, est que l'ambassadeur d'Angleterre, résidant en

France, a escript qu'il avoit eu communicquation avec certain

personnaige de delà, qui offroit de fère prendre Callais dans quatorze

jours, toutes les foys que la Royne d'Angleterre le vouldroit

entreprendre, et qu'il se constitueroit prisonnier ez mains de la

dicte Dame jusques après l'exécution; ce que ayant esté mis en

délibération icy, l'on a arresté qu'on feroit venir l'homme, et

semble que le susdict ambassadeur luy ayt desjà advancé quelque

argent. Despuys, l'ung des principaulx personnaiges de ce conseil a

dict à certains gentilhommes, qui estoient en conversation un jour

avecques luy, qu'il y avoit une belle entreprinse toute preste pour ce

prochain printemps, et qu'on verroit qui auroit le cueur en bon lieu;

et au mesmes propos fut entendu qu'on disoit que Callais estoit mal

pourveu de gens, et qu'il n'y avoit ordinairement guères plus de trois

cens hommes de guerre dedans. D'ailleurs, l'on a adverty le dict Sr.

de La Mothe que ces princes d'Allemaigne, qui sont en armes, offrent à

ceste Royne, affin de la fère plus voluntiers entrer en leur ligue, et

luy fère fornir deniers, qu'ilz s'employèrent à la dicte entreprinse

de Callays jusques à expéciffier que, quant le duc de Deux Pontz et le

prince d'Orange seront joinctz, qu'ilz viendront le long de la

Picardye et du pays d'Artoys pour assiéger le dict Callais, et pour

exécuter, aussi, une semblable entreprinse qu'avoit commancé feu Mr.

de Termes au Pays Bas, avec la faveur que leur fera ceste Royne par

mer.

L'on actend icy, dans cinq ou six jours, le docteur Junyus, revenant

de trouver le comte Pallatin, son maistre, vers lequel il est

naguières allé partant d'icy, et s'estime qu'il aura esté devers le

duc de Deux Ponts et devers le prince d'Orange, dont sera bon

d'advertir Messieurs de Gordan et de Caillac que, si, d'avanture, il

vient prendre le passaige à Callais où à Bouloigne, ilz le facent

arrester jusques à ce que Leurs Majestez l'auront examiné sur

l'occasion de son dict voyage.

Aussi s'entend qu'un personnaige anglois, nommé Colnerel, doibt bien

tost passer en France avec lettres de ceste Royne adressantes au

prince de Condé, et qu'il yra à Bourdeaux soubz couleur du traffic

qu'il y mène ordinairement, estant marchant, et n'a pas plus grandes

capacitez que d'estre fort passionné pour la nouvelle religion, et

qu'il parle fort bien françoys, dont sera bon aussi de l'arrester.

Et, de tant que difficillement l'on peult avoir icy nouvelles du dict

prince de Condé, sinon par la voye de la mer, qui est incertaine,

semble q'un jeune homme françoys, qu'on dict avoir esté tailleur de

feu madame de Laval, ayt entreprins d'aller et venir par terre jusques

au camp du dict Sr. prince, dont fauldra prendre garde à Dieppe ou à

Callais s'il y passera.

L'on veoyt ceulx de la nouvelle religion, qui sont icy, sercher toutes

inventions pour estendre ceste guerre, et monstrent ne leur deffaillir

moyens de la pouvoir encores maintenir, mais ne se faisoit semblant,

avant ceste altération de saysies, qu'il y eust guières de desseing

sur les Pays Bas, ains que tout l'effect yroit sur la France, dont les

bons serviteurs du Roy, qui sont icy, estiment qu'il sera toutjour bon

de haster la fin de ceste guerre par tous les moyens qu'on pourra,

parce que la longueur n'y admènera que multiplication de difficultez

et diverses ouvertures de nouvelles entreprinses sur le royaume, avec

grand débauchement et ruyne d'icelluy.

Le comte de Mora, et ceulx de son party, ont, à ce qu'on dict, vollu

former une ligue avec ceste Royne pour la garde et deffance du petit

prince d'Escosse durant son bas eage, et pour la conservation du pays

à son obéyssance contre tous les princes et autres quelconques qui

s'en vouldroient mesler au contraire. Ce qu'ayant été mis en

délibération par plusieurs assemblées de ce conseil, il semble avoir

esté arresté qu'on n'entrera en aucune nouveaulté, par escript,

touchant l'Escosse, de peur de préjudicier aux trettez d'entre les

deux royaumes, et aussi que, si l'on faisoit sonner ce mot de _ligue_,

seroit à craindre que les autres princes chrétiens vouldroient sçavoir

à quoy elle tendroit; néantmoins qu'en tout ce que le dict comte de

Mora aura besoing pour la garde du dict prince, et du dict pays à son

obéyssance, la dicte Dame sera preste de l'en ayder et secourir, et ne

permectra que nul aultre s'en entremecte que eulx deux; et luy, de son

costé, promect de demeurer, et en paix, et en guerre, bien uny contre

tous aultres, pour cest effect, avec la dicte Dame, laquelle semble

monstrer au monde, sans le dire, qu'elle tient pour son successeur

présomptif le dict petit prince, affin d'en comtanter les Angloys et

Escossoys, et le tirer, si elle peult, en Angleterre, mais n'a garde

de le déclairer tel.

Ayant les depputez de la Royne d'Escosse, en deschargeant leur

Maitresse, dit ouvertement, en plusieurs lieux, que ses accusateurs se

trouveroient à la fin chargés du mesme murtre du feu Roy d'Escosse,

qu'ilz luy imposoient, le comte de Mora et les sciens semblent en

avoir esté estonnez, et Millord Lendsay, qui est des principaulx de sa

suite, envoya, il y a cinq ou six jours, ung cartel de démantye à

millord Herriz, au cas qu'il le volust charger du dict murtre: à quoy

le dict Herriz a respondu qu'il n'en chargeoit particullièrement le

dict Lendsay, mais qu'il y avoit aucuns, du party qu'il suyvoit, qui

en estoient coulpables, et, quant il seroit temps, l'on les cotheroit

et nommeroit, et s'il vouloit lors entreprendre la deffence de ceulx

là, le dict Herriz seroit prest de le combattre.

Despuys, estant l'évesque de Ros publicquement interrogé s'il vouloit

accuser les adversaires de la Royne d'Escosse du mesme crime qu'ilz

luy imposent, il a respondu en la façon que j'ay mandé par mes

précédentes; du VIe du présent, dont maintenant l'on est après à

mectre accord entre les parties, et desjà certains moyens en ont esté

mis en avant par interposées personnes, dont le dict Sieur évesque

commance espérer bien de l'yssue de cest affaire.

Il est vray que luy et les aultres depputez de la dicte Dame ne

veulent entendre à nul party que premièrement la procédure, et toute

la production, et allégation des adversaires, n'ayt esté monstrée à

leur Maistresse. A quoy s'accorde l'intention de la dicte Dame, ainsi

que porte une lettre qu'elle a escripte au dict Sr. de La Mothe, du

IIe de ce moys, la coppie de laquelle le dict Sr. de La Croix

monstrera à Leurs Majestez, et à monsieur le Cardinal de Lorraine, et

leur fera entendre tout l'estat des affères de la dicte Dame, affin

qu'il leur playse mander quelque bon adviz et conseil là dessus au

dict Sr. de La Mothe; car il crainct que ceste ouverture d'accord soit

seulement ung entretennement pour prolonger la matière, bien qu'il

semble que le temps commance se faire icy meilleur pour la dicte Dame.

La garde de la dicte Royne d'Escosse a esté commise au comte de

Cherosbery, à qui l'on en a baillé la commission par escript, portant

de ne luy laisser trop de liberté, ce qu'il n'a vollu du commancement

accepter; mais enfin il s'est condescendu de la prandre par l'adviz

d'aucuns grandz de ce royaume, qui luy ont, par mesme moyen, conseillé

de tretter la dicte Dame avec l'honneur, respect et gracieuseté, qu'il

convient à une telle princesse, nonobstant sa contraire commission: et

ainsi semble que bien tost elle sera conduicte au chateau de Tytbery,

où l'on a faict ses provisions, et avoit le dict Sr. de La Mothe

entendu que le dict comte de Cherosbery estoit catholique, mais c'est

son feu père qui y a persévéré jusques à sa fin, là où despuis sa mort

cestuy cy s'est miz de la nouvelle religion, et, au demeurant, il est

fort modeste seigneur.

AULTRE MÉMOIRE AU DICT Sr. DE LA CROIX POUR DIRE A PART A LA ROYNE;

Qu'il semble que la Royne d'Angleterre et ceulx de son conseil soient

bien fort aygriz contre le duc d'Alve, et qu'ilz veuillent fère grand

rescentiment contre luy, et contre l'ambassadeur d'Espaigne qui est

icy, estimans qu'il a représanté les responces de la dicte Dame

autrement qu'elle ne les a faictes, et qu'il a précippité ceste saysie

faicte en Flandres.

Dont dellibèrent envoyer exprès quelque personnaige de qualité en

Espaigne, pour tretter cest affère avecques le Roy Catholique, et ne

faict le Sr. de La Mothe aucun doubte qu'ilz ne demeurent d'accord,

tant pour leur ancienne confédération, que pour contanter les

subjectz, d'ung costé et d'aultre, et qu'il y a aussi plusieurs

notables personnaiges et principaulx d'Angleterre qui n'ont jamais

aprouvé ceste dettention des deniers d'Espaigne, mais le jeu pourra

durer encores quelques moys.

Et vouldroient les dictz Angloys, par le moyen des dictz deniers,

avant s'en dessaysir, s'asseurer d'aucuns doubtes qu'ilz ont que, à la

sollicitation du pape, il y ayt entreprinse, accordée entre le Roy et

le Roy d'Espaigne, contre ce royaume d'Angleterre, affin de le réduyre

à l'obéyssance de l'esglise romaine, en quoy, oultre quelques adviz

qu'ilz disent en avoir, ilz fondent ung grand argument sur cest octroy

que le pape a nouvellement fait au Roy de cent mille escuz contantz,

et de la permission d'en pouvoir alliéner cinquante mille de rante du

temporel de l'esglize de France, et pareillement de ce qu'il a octroyé

la croysade au roy d'Espaigne, laquelle il luy avoit long temps

reffuzée.

Or, pendant qu'ilz sont en mauvais mesnage avec le Roy Catholique,

semble qu'ilz entendront fort voluntiers à tous partiz pour bien

asseurer le Roy de leur costé, s'il playt à Sa Majesté les asseurer du

scien, soit par ouverte déclaration de persévérer aulx trettez de paix

qu'il a avecques l'Angleterre, ou bien par secrecte promesse de ne

prendre aucunnement les armes contre eulx en ceste guerre, ou bien de

maintenir la neutralité entre les deux, ou bien encores, à cause de

l'alliance qu'il a avec le Roy Catholique, de dissimuler aucunes

choses, sans aucunement se déclarer.

Est à espérer qu'on obtiendra à ceste heure bien ayséement d'eulx

qu'ilz ne convertiront de ceste année, directement ny indirectement,

contre la France rien de tout cest appareil de guerre qu'ilz vont

fère, et de ce pourront bailler quelque personnaige de qualité pour

hotaige, qui se tiendra, soubz aultre occasion, avec monsieur Norryz

en France jusques à la fin de la dicte guerre.

Et, si les choses devenoient à tel point qu'il fallût recourir à

quelque terme de paciffication, s'estime que la Royne d'Angleterre

pourroit procurer, et le feroit voluntiers, qu'elle se feist à

l'advantaige du Roy et de la Royne, car vouldroit en toutes choses que

l'auctorité demeurât à Leurs Majestez, affin que ses subjectz

catholicques ne prinssent exemple de contradire à la scienne; et, si

espéroit avoir tant de crédit envers le prince de Condé, et les

princes d'Allemaigne, et l'Admiral, qu'ilz condescendroient à la plus

part de ce qu'elle vouldroit, sur quoy se pourroit, à toutes

avantures, tretter avec les dictz princes d'Allemaigne, par le moyen

de la dicte Dame, que l'armée du dict prince d'Orange et les autres

forces qu'ilz préparent encores s'abstinsent d'entrer en France, puis

qu'ilz s'aydent de ses deniers et du crédict qu'elle leur faict.

Et toutjour sera il meilleur que cest appareil et effort d'Allemaigne

aille plus tost sur notre voysin, qui n'a, à ce qu'on dict, faulte de

rien, que sur nous, qui sommes en nécessité de beaucoup de choses,

sans toutesfois l'abandonner, et considérer qu'ayant le Roy l'armée du

prince de Condé au milieu de son royaulme, celle du prince d'Orange

sur ung des bordz, et celle du duc de Deux Pontz preste à y entrer,

qu'il sera au moins fort bon de n'attirer encores sur luy une aultre

nouvelle guerre de ce costé d'Angleterre;

Et que Leurs Majestez se souviennent que, aulx premiers troubles,

lorsque ceste Royne occupa le Hâvre de Grâce, le Roy d'Espaigne ne

voulut autrement prendre notre party contre elle, que de fère aulcuns

gracieulx offices de réconcilliation, ce que le Roy pourra aussi fère

maintenant.

Que la Royne commande, à part, au Sr. de La Mothe ce qu'elle veult

qu'il trette et négocie là dessus avec ceste Royne, car il le fera

tout entièremant sellon son intention, et en telle sorte qu'il n'en

aparoistra rien au monde qu'aultant qu'elle voudra.

Semble que, pour le desir que la Royne d'Angleterre a de conserver, à

ceste heure, l'amytié du Roy et de la Royne Très Chrestiens, qu'elle

fera beaucoup, pour leur recommendation, en l'endroict des affères de

la Royne d'Escosse.

Elle a faict grand démonstration, en ceste saysie généralle des biens

et personnes des subjectz du Roy d'Espaigne, qu'elle ne vouloit

aucunemant toucher aulx Françoys, et a baillé lettres à aucuns

officiers de ses portz et hâvres d'en délivrer certains qui estoient

arrestez.

Dire à la dicte Dame, que le cappitaine Franchot monstre se porter,

icy, comme serviteur du Roy, et mect peyne d'estre utille en tout ce

qu'il peult au service de Leurs Majestez, ayant, à ce qu'il dict,

aucuns moyens d'entendre assés les entreprinses que ceulx cy

vouldroient fère contre la France, et qu'encor qu'il soit de la

novelle religion, il procurera néantmoins toutjour le bien et la

grandeur du Roy, et la conservation de son estat et authorité, dont

supplie Leurs Majestez luy continuer sa pencion par les mains du dict

Sr. de La Mothe, affin qu'ilz ne monstrent avoir oublyé son long et

fidelle service, estant mesmement par deçà avec congé et licence de

Leurs Majestez.

PROCLAMATION FAICTE EN ANGLETERRE pour admonester toutes

personnes de s'abstenir de traffiquer ez contrées et pays du

Roy d'Espaigne, avec autres advertissemens pour respondre à un

arrest général faict, ez Pays Bas, par le duc d'Alve, comme

s'ensuyt:

PAR LA ROYNE.

La Majesté de la Royne ayant de naguières entendu que, par un

soubdain commandement du duc d'Alve, comme gouverneur des Pays

Bas, appartenant à la Majesté du Roy d'Espaigne, son bon frère,

tous et ungs chacuns ses marchans et aultres, ses subgectz,

demourans dedans la ville d'Envers, ont esté arrestez et mis en la

garde de certaines compaignies de soldatz, et leurs biens et

marchandises saysies, envyron le XXIXe du moys dernier, de

décembre, et despuys lequel temps semblable arrest a esté faict

général par tous lesdictz Pays Bas; chose qui est bien estrange,

et qui n'avoit jamais cy devant esté accoustumé entre la couronne

d'Angleterre et la maison de Bourgoigne, que auparavant il y eust

quelque manière de conférance, et intelligence eue, des intentions

et voluntés des princes, mesmes d'une part et d'autre.

Sur quoy Sa Majesté a pensé qu'il étoit bon de donner

advertissement à tous ses subjectz, qui ont accoustumé de

traffiquer en aucuns des pays du dict Roy, à ce qu'ilz ayent à

leurs en abstenir jusques à ce qu'on cognoisse plus oultre de la

volunté du dict Roy, et comme il advouhera cecy, à ce que Sa

Majesté en estant advertye le puisse notiffier à tous ses dictz

subjectz. Et cependant Sa Majesté veult et commande à toute

manière de ses officiers de villes, bourgs, citez, portz et toutes

autres places à prendre terre dedans aucunes de ses dominations,

qu'ilz facent que toutes et chacunes les personnes, natifz de

quelque lieu soubz l'obéyssance du dict Roy d'Espaigne, ou vivans

en ses pays, faisans profession d'obéyssance au dict Roy, ensemble

leurs biens, marchandises, navyres et vaysseaulx, soient arrestez

et estouppez, à ce qu'ilz puissent estre en seureté et

responsables, tant pour l'indempnité de ses subjectz maintenant

debtenuz sans aucune juste cause, que pour autres conséquences

nécessaires; et que, aussi, en toutes les villes, hâvres et lieux

habitables, où aucuns marchans, natifz ou faisans profession de

l'obéyssance du dict Roy, qui seroient suspectés de latiter ou

destourner leurs biens, par quelque manière de couleur, fraude ou

marché, pour n'estre saysis et arrestez; là, les principaulx

officiers desdictes villes et places, avec l'assistance d'autres

justiciers de la paix, procèderont à faire inquisitions de ce, par

tous bons moyens, et commectront en garde tant les parties, de

quelque nation qu'ilz soient, qui auront esté prinz ou auront aydé

à faire telles couleurs frauldeuleuzes, si ce n'est qu'ilz ayent

confessé au précédant, que aussi tous autres qui auront coulouré

iceulx, et les biens seront aussi miz en seure garde.--Et encores,

parce que Sa Majesté n'a autre intention, en cecy, sinon que de

mectre les subjectz du dict Roy, et leurs biens, en seureté, par

cest arrest, pour la préservation de ses bons et propres subjectz,

et leurs biens, et, pour estre respondans à telles autres

désordonnées actions, qui pourroient ensuyvre, au moyen de si

hastifs et estranges attentatz, elle veult et encharge à ung

chacun de ses officiers, ministres et subjectz, qu'ilz n'ayent à

uzer de violence pour blesser les personnes et subgectz du dict

Roy au moyen de cest arrest, si ce n'estoit qu'ilz feissent

quelque manifeste et voluntaire résistance, qui les provocast à ce

fère; ny aussi que nulle despouille, dégast ou dommaige soit faict

à leurs biens et marchandises, sinon les fère mectre en bonne et

seure garde.

Et, si aucuns desdicts subjectz du dict Roy se vouloient dire

exemptz de cest arrest pour estre naturalizés, Sa Majesté, à la

vérité, n'ayant aultre intention que de les préserver de ce,

toutesfois pour le temps qu'elle ne cognoist comme, en semblable,

ses subjectz, estans naturalizés ez pays du dict Roy, sont ou

seront ordonnés, il luy playt que les dictes personnes, estans

vrayement naturalizés, ne seront tenuz que de bailler cautions

suffizantes de se représanter, toutes foys et quantes, avec leurs

biens; et s'ilz ne le veulent fère, adonc ilz seront baillés en

garde à quelques aultres marchans angloys, prenant bonne et vraye

inventaire de leurs biens, jusques à ce qu'elle aye cognoissance

comme ses subgects sont ou seront traittez de l'autre part.--Et

considérant aussi Sa Majesté deuhement advertye que grand nombre

de gens de mestier, et autre peuple, sont, despuis le commancement

des derniers troubles des Pays Bas, venuz en ce royaume pour

évicter les dicts troubles, tant pour le respect de leurs

consciences, que pour les dangiers, qui communément adviennent

desdicts civilz troubles, sa volunté et playsir est que, en toutes

places où telz seront trouvés estans de honneste et paysible

conversation, excepté s'ilz estoient participans de ayder à

coulourer les biens des autres marchans, ilz ne seront molestés ny

en leurs personnes, ny biens, aultrement si ce n'estoit que les

officiers des lieux veissent qu'il fût nécessaire de ce fère, et

là, ilz bailleront obligations, l'un pour l'autre, de se

représanter, et souffriront inventaire estre faicte de leurs

biens.

Davantaige, Sa Majesté oyant par rapport que l'arrest de ses

subgectz, du costé de delà la mer, auroit esté faict soubz

prétexte qu'on auroit arresté ung navyre, et trois ou quatre

petites barques, de naguières arrivez dedans certains portz de son

royaulme, dedans lesquelz estoit certain argent monoyé, elle a

trouvé bon de notiffier briefvement les circonstances de ce

prétexte; par quoy on verra manifestement que cella a esté

recueilly sans juste cause, et que les promoteurs et deviseurs de

cella, quelz qu'ilz soient, y ont procédé sans ordre et bon

adviz.--Sa Majesté fut premièrement advertye, par ses officiers de

certains portz de son royaulme des pays du Ouest, que trois ou

quatre petites barques, appellées _zabras_, estoient venus

d'Espaigne en certains portz là, ayans dedans elles une quantité

d'argent apartenant à plusieurs marchans d'Italye et des Pays Bas,

et que plusieurs navyres de France, équippés en guerre, estoient

sur ses costes prétendans de surprendre les dictz navyres

d'Espaigne et leur trésor, s'ilz se remectoient en la mer, chose

qui estoit aussi à craindre qu'ilz vollussent entrer dedans les

portz et les prandre par force: sur quoy Sa Majesté envoya

estroict commandement, par lettres spéciales, à tous les portz de

ces parties là du Ouest, que les marchans et propriétaires des

vaysseaulx eussent cognoissance de ce, et que eulx, et tous autres

subgects du Roy d'Espaigne, fussent assistez et deffanduz à

l'encontre des attentatz des Françoys par tous moyens possibles.

Après cella faict, l'ambassadeur d'Espaigne feyt pareille requeste

d'avoir une nouvelle ordre pour la maintenance et assistance

desdictz vaysseaulx et trésor à l'encontre des dicts Françoys, ce

qui luy auroit aussi esté octroyé; et, pour cest effect, furent

délivrez à ces messagiers certaines lettres patentes. Et, peu

après cella, luy requérant à la Majesté de la Royne d'entendre son

playsir, sçavoir, si elle vouloit estre contante que les

propriétaires et conducteurs dudit trésor peussent estre convoyés,

ou par mer, ou par terre, à Douvres, prétendant l'argent

appartenir au Roy son Maître, Sa Majesté luy accorda que lequel il

vouldroit choisir des deux pour le plus seur moyen luy seroit

incontinent adressé; sur quoy, il remercya Sa Majesté, disant

qu'il targeroit jusques à ce qu'il eust envoyé ez Pays Bas pour

avoir parolle du duc d'Alve par lequel des deux chemins il le

vouloit avoir transporté.--Cependant Sa Majesté fut informée que

les Françoys estoient entrez, de nuict, secrectement, dedans l'ung

de ses hâvres au Ouest, où estoit le dict trézor, ayant attempté

de le surprendre. Mais ilz furent seulement repoulcés avec telles

forces que les officiers de Sa Majesté avoient apresté pour cella,

chose qui est notoire en tous les lieux, où lesdicts navyres ont

esté assailliz, et qui a esté aussi bien rapporté au dict

ambassadeur.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, tome premier Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 10 / 34 段