Mann, ambassadeur d'Angleterre, dans un village nommé Bannias,
près de Madrid, sur le motif qu'il aurait parlé du pape avec peu
de respect.
Et cependant, sera le bon plaisir de Leurs Majestez mander au dict Sr.
de La Mothe comme il aura à se comporter envers ceste Royne, et les
sciens, sur cest évennement, et aussi envers l'ambassadeur d'Espaigne,
et s'il fera meilleure et plus expresse démonstration d'intelligence
que jamais avecques luy; de quoy ne fault doubter que ceux cy n'en
preigent grand jalouzie, ou bien s'il suyvra l'ordre, que le dict
ambassadeur a incontinent envoyé prendre avecques le dict Sr. de La
Mothe, que à quiconques luy viendra de sa part avec contre enseigne du
nom de _Jésus_, qu'il luy donne foy comme il feroit au dict
ambassadeur mesmes, et qu'au reste il luy veuille ayder à la conduicte
de ses lettres soubz la couverte des pacquetz qu'il envoyera en
France, affin qu'ilz puissent passer jusques à Callais et delà à
Bruges et à Bruxelles.
Il se dict que despuys deux moys l'on a toutjour tenu, icy, ung nombre
d'hommes toutz pretz, à qui l'on bailloit un gros le jour à chacun, et
que maintenant l'on leur a faict nouveau commandement de s'aprester
pour aller, du premier jour, aux navyres; dont semble qu'il se verra
bien tost comme quelque armement et appareil de mer par deçà, si le
faict des dictes saysies ne se modère. Mais le dict Sr. de La Mothe
aura, à toute heure, l'oeil sur ce que s'entreprendra affin d'en
advertir Leurs Majestez.
Et, pour ce qu'on dict que Me. Ouynter est arrivé à la Rochelle le
XIIIIe de décembre, et qu'il pourra avoir aydé le prince de Condé de
l'argent, artillerie, pouldres et monitions de guerre, qu'il pourtoit
dans les quatre grandz navyre de ceste Royne, Leurs Majestez
commanderont au dict Sr. de La Mothe quel office il aura à fère envers
la dicte Dame, et quel langaige il luy tiendra, pour en monstrer
quelque rescentiment, après toutesfoys qu'on aura mieulx sceu la
vérité du voyage du dict Me. Ouynter, et s'il rapportera de dellà
quelques ostages, comme on le dict icy.
Et aussi, ce qu'il aura à dire à la dicte Dame de plusieurs
particuliers de ce royaume, qui se mectent en mer avec des vaysseaulx
équippés en guerre, qui ne peult estre qu'elle ne le saiche; et de ce,
aussi, qu'elle souffre en ses portz Chatellier Pourtault, lequel l'on
intitulle visamyral du prince de Condé, et ses complices, qui ne font,
les ungs et les autres, que toutz exploitz de pirates.
Au surplus, ce que le dict Sr. de La Mothe a peu entendre de
particullier touchant l'entreprinse, qu'on luy a dict que ceulx cy
avoient sur Callais, est que l'ambassadeur d'Angleterre, résidant en
France, a escript qu'il avoit eu communicquation avec certain
personnaige de delà, qui offroit de fère prendre Callais dans quatorze
jours, toutes les foys que la Royne d'Angleterre le vouldroit
entreprendre, et qu'il se constitueroit prisonnier ez mains de la
dicte Dame jusques après l'exécution; ce que ayant esté mis en
délibération icy, l'on a arresté qu'on feroit venir l'homme, et
semble que le susdict ambassadeur luy ayt desjà advancé quelque
argent. Despuys, l'ung des principaulx personnaiges de ce conseil a
dict à certains gentilhommes, qui estoient en conversation un jour
avecques luy, qu'il y avoit une belle entreprinse toute preste pour ce
prochain printemps, et qu'on verroit qui auroit le cueur en bon lieu;
et au mesmes propos fut entendu qu'on disoit que Callais estoit mal
pourveu de gens, et qu'il n'y avoit ordinairement guères plus de trois
cens hommes de guerre dedans. D'ailleurs, l'on a adverty le dict Sr.
de La Mothe que ces princes d'Allemaigne, qui sont en armes, offrent à
ceste Royne, affin de la fère plus voluntiers entrer en leur ligue, et
luy fère fornir deniers, qu'ilz s'employèrent à la dicte entreprinse
de Callays jusques à expéciffier que, quant le duc de Deux Pontz et le
prince d'Orange seront joinctz, qu'ilz viendront le long de la
Picardye et du pays d'Artoys pour assiéger le dict Callais, et pour
exécuter, aussi, une semblable entreprinse qu'avoit commancé feu Mr.
de Termes au Pays Bas, avec la faveur que leur fera ceste Royne par
mer.
L'on actend icy, dans cinq ou six jours, le docteur Junyus, revenant
de trouver le comte Pallatin, son maistre, vers lequel il est
naguières allé partant d'icy, et s'estime qu'il aura esté devers le
duc de Deux Ponts et devers le prince d'Orange, dont sera bon
d'advertir Messieurs de Gordan et de Caillac que, si, d'avanture, il
vient prendre le passaige à Callais où à Bouloigne, ilz le facent
arrester jusques à ce que Leurs Majestez l'auront examiné sur
l'occasion de son dict voyage.
Aussi s'entend qu'un personnaige anglois, nommé Colnerel, doibt bien
tost passer en France avec lettres de ceste Royne adressantes au
prince de Condé, et qu'il yra à Bourdeaux soubz couleur du traffic
qu'il y mène ordinairement, estant marchant, et n'a pas plus grandes
capacitez que d'estre fort passionné pour la nouvelle religion, et
qu'il parle fort bien françoys, dont sera bon aussi de l'arrester.
Et, de tant que difficillement l'on peult avoir icy nouvelles du dict
prince de Condé, sinon par la voye de la mer, qui est incertaine,
semble q'un jeune homme françoys, qu'on dict avoir esté tailleur de
feu madame de Laval, ayt entreprins d'aller et venir par terre jusques
au camp du dict Sr. prince, dont fauldra prendre garde à Dieppe ou à
Callais s'il y passera.
L'on veoyt ceulx de la nouvelle religion, qui sont icy, sercher toutes
inventions pour estendre ceste guerre, et monstrent ne leur deffaillir
moyens de la pouvoir encores maintenir, mais ne se faisoit semblant,
avant ceste altération de saysies, qu'il y eust guières de desseing
sur les Pays Bas, ains que tout l'effect yroit sur la France, dont les
bons serviteurs du Roy, qui sont icy, estiment qu'il sera toutjour bon
de haster la fin de ceste guerre par tous les moyens qu'on pourra,
parce que la longueur n'y admènera que multiplication de difficultez
et diverses ouvertures de nouvelles entreprinses sur le royaume, avec
grand débauchement et ruyne d'icelluy.
Le comte de Mora, et ceulx de son party, ont, à ce qu'on dict, vollu
former une ligue avec ceste Royne pour la garde et deffance du petit
prince d'Escosse durant son bas eage, et pour la conservation du pays
à son obéyssance contre tous les princes et autres quelconques qui
s'en vouldroient mesler au contraire. Ce qu'ayant été mis en
délibération par plusieurs assemblées de ce conseil, il semble avoir
esté arresté qu'on n'entrera en aucune nouveaulté, par escript,
touchant l'Escosse, de peur de préjudicier aux trettez d'entre les
deux royaumes, et aussi que, si l'on faisoit sonner ce mot de _ligue_,
seroit à craindre que les autres princes chrétiens vouldroient sçavoir
à quoy elle tendroit; néantmoins qu'en tout ce que le dict comte de
Mora aura besoing pour la garde du dict prince, et du dict pays à son
obéyssance, la dicte Dame sera preste de l'en ayder et secourir, et ne
permectra que nul aultre s'en entremecte que eulx deux; et luy, de son
costé, promect de demeurer, et en paix, et en guerre, bien uny contre
tous aultres, pour cest effect, avec la dicte Dame, laquelle semble
monstrer au monde, sans le dire, qu'elle tient pour son successeur
présomptif le dict petit prince, affin d'en comtanter les Angloys et
Escossoys, et le tirer, si elle peult, en Angleterre, mais n'a garde
de le déclairer tel.
Ayant les depputez de la Royne d'Escosse, en deschargeant leur
Maitresse, dit ouvertement, en plusieurs lieux, que ses accusateurs se
trouveroient à la fin chargés du mesme murtre du feu Roy d'Escosse,
qu'ilz luy imposoient, le comte de Mora et les sciens semblent en
avoir esté estonnez, et Millord Lendsay, qui est des principaulx de sa
suite, envoya, il y a cinq ou six jours, ung cartel de démantye à
millord Herriz, au cas qu'il le volust charger du dict murtre: à quoy
le dict Herriz a respondu qu'il n'en chargeoit particullièrement le
dict Lendsay, mais qu'il y avoit aucuns, du party qu'il suyvoit, qui
en estoient coulpables, et, quant il seroit temps, l'on les cotheroit
et nommeroit, et s'il vouloit lors entreprendre la deffence de ceulx
là, le dict Herriz seroit prest de le combattre.
Despuys, estant l'évesque de Ros publicquement interrogé s'il vouloit
accuser les adversaires de la Royne d'Escosse du mesme crime qu'ilz
luy imposent, il a respondu en la façon que j'ay mandé par mes
précédentes; du VIe du présent, dont maintenant l'on est après à
mectre accord entre les parties, et desjà certains moyens en ont esté
mis en avant par interposées personnes, dont le dict Sieur évesque
commance espérer bien de l'yssue de cest affaire.
Il est vray que luy et les aultres depputez de la dicte Dame ne
veulent entendre à nul party que premièrement la procédure, et toute
la production, et allégation des adversaires, n'ayt esté monstrée à
leur Maistresse. A quoy s'accorde l'intention de la dicte Dame, ainsi
que porte une lettre qu'elle a escripte au dict Sr. de La Mothe, du
IIe de ce moys, la coppie de laquelle le dict Sr. de La Croix
monstrera à Leurs Majestez, et à monsieur le Cardinal de Lorraine, et
leur fera entendre tout l'estat des affères de la dicte Dame, affin
qu'il leur playse mander quelque bon adviz et conseil là dessus au
dict Sr. de La Mothe; car il crainct que ceste ouverture d'accord soit
seulement ung entretennement pour prolonger la matière, bien qu'il
semble que le temps commance se faire icy meilleur pour la dicte Dame.
La garde de la dicte Royne d'Escosse a esté commise au comte de
Cherosbery, à qui l'on en a baillé la commission par escript, portant
de ne luy laisser trop de liberté, ce qu'il n'a vollu du commancement
accepter; mais enfin il s'est condescendu de la prandre par l'adviz
d'aucuns grandz de ce royaume, qui luy ont, par mesme moyen, conseillé
de tretter la dicte Dame avec l'honneur, respect et gracieuseté, qu'il
convient à une telle princesse, nonobstant sa contraire commission: et
ainsi semble que bien tost elle sera conduicte au chateau de Tytbery,
où l'on a faict ses provisions, et avoit le dict Sr. de La Mothe
entendu que le dict comte de Cherosbery estoit catholique, mais c'est
son feu père qui y a persévéré jusques à sa fin, là où despuis sa mort
cestuy cy s'est miz de la nouvelle religion, et, au demeurant, il est
fort modeste seigneur.
AULTRE MÉMOIRE AU DICT Sr. DE LA CROIX POUR DIRE A PART A LA ROYNE;
Qu'il semble que la Royne d'Angleterre et ceulx de son conseil soient
bien fort aygriz contre le duc d'Alve, et qu'ilz veuillent fère grand
rescentiment contre luy, et contre l'ambassadeur d'Espaigne qui est
icy, estimans qu'il a représanté les responces de la dicte Dame
autrement qu'elle ne les a faictes, et qu'il a précippité ceste saysie
faicte en Flandres.
Dont dellibèrent envoyer exprès quelque personnaige de qualité en
Espaigne, pour tretter cest affère avecques le Roy Catholique, et ne
faict le Sr. de La Mothe aucun doubte qu'ilz ne demeurent d'accord,
tant pour leur ancienne confédération, que pour contanter les
subjectz, d'ung costé et d'aultre, et qu'il y a aussi plusieurs
notables personnaiges et principaulx d'Angleterre qui n'ont jamais
aprouvé ceste dettention des deniers d'Espaigne, mais le jeu pourra
durer encores quelques moys.
Et vouldroient les dictz Angloys, par le moyen des dictz deniers,
avant s'en dessaysir, s'asseurer d'aucuns doubtes qu'ilz ont que, à la
sollicitation du pape, il y ayt entreprinse, accordée entre le Roy et
le Roy d'Espaigne, contre ce royaume d'Angleterre, affin de le réduyre
à l'obéyssance de l'esglise romaine, en quoy, oultre quelques adviz
qu'ilz disent en avoir, ilz fondent ung grand argument sur cest octroy
que le pape a nouvellement fait au Roy de cent mille escuz contantz,
et de la permission d'en pouvoir alliéner cinquante mille de rante du
temporel de l'esglize de France, et pareillement de ce qu'il a octroyé
la croysade au roy d'Espaigne, laquelle il luy avoit long temps
reffuzée.
Or, pendant qu'ilz sont en mauvais mesnage avec le Roy Catholique,
semble qu'ilz entendront fort voluntiers à tous partiz pour bien
asseurer le Roy de leur costé, s'il playt à Sa Majesté les asseurer du
scien, soit par ouverte déclaration de persévérer aulx trettez de paix
qu'il a avecques l'Angleterre, ou bien par secrecte promesse de ne
prendre aucunnement les armes contre eulx en ceste guerre, ou bien de
maintenir la neutralité entre les deux, ou bien encores, à cause de
l'alliance qu'il a avec le Roy Catholique, de dissimuler aucunes
choses, sans aucunement se déclarer.
Est à espérer qu'on obtiendra à ceste heure bien ayséement d'eulx
qu'ilz ne convertiront de ceste année, directement ny indirectement,
contre la France rien de tout cest appareil de guerre qu'ilz vont
fère, et de ce pourront bailler quelque personnaige de qualité pour
hotaige, qui se tiendra, soubz aultre occasion, avec monsieur Norryz
en France jusques à la fin de la dicte guerre.
Et, si les choses devenoient à tel point qu'il fallût recourir à
quelque terme de paciffication, s'estime que la Royne d'Angleterre
pourroit procurer, et le feroit voluntiers, qu'elle se feist à
l'advantaige du Roy et de la Royne, car vouldroit en toutes choses que
l'auctorité demeurât à Leurs Majestez, affin que ses subjectz
catholicques ne prinssent exemple de contradire à la scienne; et, si
espéroit avoir tant de crédit envers le prince de Condé, et les
princes d'Allemaigne, et l'Admiral, qu'ilz condescendroient à la plus
part de ce qu'elle vouldroit, sur quoy se pourroit, à toutes
avantures, tretter avec les dictz princes d'Allemaigne, par le moyen
de la dicte Dame, que l'armée du dict prince d'Orange et les autres
forces qu'ilz préparent encores s'abstinsent d'entrer en France, puis
qu'ilz s'aydent de ses deniers et du crédict qu'elle leur faict.
Et toutjour sera il meilleur que cest appareil et effort d'Allemaigne
aille plus tost sur notre voysin, qui n'a, à ce qu'on dict, faulte de
rien, que sur nous, qui sommes en nécessité de beaucoup de choses,
sans toutesfois l'abandonner, et considérer qu'ayant le Roy l'armée du
prince de Condé au milieu de son royaulme, celle du prince d'Orange
sur ung des bordz, et celle du duc de Deux Pontz preste à y entrer,
qu'il sera au moins fort bon de n'attirer encores sur luy une aultre
nouvelle guerre de ce costé d'Angleterre;
Et que Leurs Majestez se souviennent que, aulx premiers troubles,
lorsque ceste Royne occupa le Hâvre de Grâce, le Roy d'Espaigne ne
voulut autrement prendre notre party contre elle, que de fère aulcuns
gracieulx offices de réconcilliation, ce que le Roy pourra aussi fère
maintenant.
Que la Royne commande, à part, au Sr. de La Mothe ce qu'elle veult
qu'il trette et négocie là dessus avec ceste Royne, car il le fera
tout entièremant sellon son intention, et en telle sorte qu'il n'en
aparoistra rien au monde qu'aultant qu'elle voudra.
Semble que, pour le desir que la Royne d'Angleterre a de conserver, à
ceste heure, l'amytié du Roy et de la Royne Très Chrestiens, qu'elle
fera beaucoup, pour leur recommendation, en l'endroict des affères de
la Royne d'Escosse.
Elle a faict grand démonstration, en ceste saysie généralle des biens
et personnes des subjectz du Roy d'Espaigne, qu'elle ne vouloit
aucunemant toucher aulx Françoys, et a baillé lettres à aucuns
officiers de ses portz et hâvres d'en délivrer certains qui estoient
arrestez.
Dire à la dicte Dame, que le cappitaine Franchot monstre se porter,
icy, comme serviteur du Roy, et mect peyne d'estre utille en tout ce
qu'il peult au service de Leurs Majestez, ayant, à ce qu'il dict,
aucuns moyens d'entendre assés les entreprinses que ceulx cy
vouldroient fère contre la France, et qu'encor qu'il soit de la
novelle religion, il procurera néantmoins toutjour le bien et la
grandeur du Roy, et la conservation de son estat et authorité, dont
supplie Leurs Majestez luy continuer sa pencion par les mains du dict
Sr. de La Mothe, affin qu'ilz ne monstrent avoir oublyé son long et
fidelle service, estant mesmement par deçà avec congé et licence de
Leurs Majestez.
PROCLAMATION FAICTE EN ANGLETERRE pour admonester toutes
personnes de s'abstenir de traffiquer ez contrées et pays du
Roy d'Espaigne, avec autres advertissemens pour respondre à un
arrest général faict, ez Pays Bas, par le duc d'Alve, comme
s'ensuyt:
PAR LA ROYNE.
La Majesté de la Royne ayant de naguières entendu que, par un
soubdain commandement du duc d'Alve, comme gouverneur des Pays
Bas, appartenant à la Majesté du Roy d'Espaigne, son bon frère,
tous et ungs chacuns ses marchans et aultres, ses subgectz,
demourans dedans la ville d'Envers, ont esté arrestez et mis en la
garde de certaines compaignies de soldatz, et leurs biens et
marchandises saysies, envyron le XXIXe du moys dernier, de
décembre, et despuys lequel temps semblable arrest a esté faict
général par tous lesdictz Pays Bas; chose qui est bien estrange,
et qui n'avoit jamais cy devant esté accoustumé entre la couronne
d'Angleterre et la maison de Bourgoigne, que auparavant il y eust
quelque manière de conférance, et intelligence eue, des intentions
et voluntés des princes, mesmes d'une part et d'autre.
Sur quoy Sa Majesté a pensé qu'il étoit bon de donner
advertissement à tous ses subjectz, qui ont accoustumé de
traffiquer en aucuns des pays du dict Roy, à ce qu'ilz ayent à
leurs en abstenir jusques à ce qu'on cognoisse plus oultre de la
volunté du dict Roy, et comme il advouhera cecy, à ce que Sa
Majesté en estant advertye le puisse notiffier à tous ses dictz
subjectz. Et cependant Sa Majesté veult et commande à toute
manière de ses officiers de villes, bourgs, citez, portz et toutes
autres places à prendre terre dedans aucunes de ses dominations,
qu'ilz facent que toutes et chacunes les personnes, natifz de
quelque lieu soubz l'obéyssance du dict Roy d'Espaigne, ou vivans
en ses pays, faisans profession d'obéyssance au dict Roy, ensemble
leurs biens, marchandises, navyres et vaysseaulx, soient arrestez
et estouppez, à ce qu'ilz puissent estre en seureté et
responsables, tant pour l'indempnité de ses subjectz maintenant
debtenuz sans aucune juste cause, que pour autres conséquences
nécessaires; et que, aussi, en toutes les villes, hâvres et lieux
habitables, où aucuns marchans, natifz ou faisans profession de
l'obéyssance du dict Roy, qui seroient suspectés de latiter ou
destourner leurs biens, par quelque manière de couleur, fraude ou
marché, pour n'estre saysis et arrestez; là, les principaulx
officiers desdictes villes et places, avec l'assistance d'autres
justiciers de la paix, procèderont à faire inquisitions de ce, par
tous bons moyens, et commectront en garde tant les parties, de
quelque nation qu'ilz soient, qui auront esté prinz ou auront aydé
à faire telles couleurs frauldeuleuzes, si ce n'est qu'ilz ayent
confessé au précédant, que aussi tous autres qui auront coulouré
iceulx, et les biens seront aussi miz en seure garde.--Et encores,
parce que Sa Majesté n'a autre intention, en cecy, sinon que de
mectre les subjectz du dict Roy, et leurs biens, en seureté, par
cest arrest, pour la préservation de ses bons et propres subjectz,
et leurs biens, et, pour estre respondans à telles autres
désordonnées actions, qui pourroient ensuyvre, au moyen de si
hastifs et estranges attentatz, elle veult et encharge à ung
chacun de ses officiers, ministres et subjectz, qu'ilz n'ayent à
uzer de violence pour blesser les personnes et subgectz du dict
Roy au moyen de cest arrest, si ce n'estoit qu'ilz feissent
quelque manifeste et voluntaire résistance, qui les provocast à ce
fère; ny aussi que nulle despouille, dégast ou dommaige soit faict
à leurs biens et marchandises, sinon les fère mectre en bonne et
seure garde.
Et, si aucuns desdicts subjectz du dict Roy se vouloient dire
exemptz de cest arrest pour estre naturalizés, Sa Majesté, à la
vérité, n'ayant aultre intention que de les préserver de ce,
toutesfois pour le temps qu'elle ne cognoist comme, en semblable,
ses subjectz, estans naturalizés ez pays du dict Roy, sont ou
seront ordonnés, il luy playt que les dictes personnes, estans
vrayement naturalizés, ne seront tenuz que de bailler cautions
suffizantes de se représanter, toutes foys et quantes, avec leurs
biens; et s'ilz ne le veulent fère, adonc ilz seront baillés en
garde à quelques aultres marchans angloys, prenant bonne et vraye
inventaire de leurs biens, jusques à ce qu'elle aye cognoissance
comme ses subgects sont ou seront traittez de l'autre part.--Et
considérant aussi Sa Majesté deuhement advertye que grand nombre
de gens de mestier, et autre peuple, sont, despuis le commancement
des derniers troubles des Pays Bas, venuz en ce royaume pour
évicter les dicts troubles, tant pour le respect de leurs
consciences, que pour les dangiers, qui communément adviennent
desdicts civilz troubles, sa volunté et playsir est que, en toutes
places où telz seront trouvés estans de honneste et paysible
conversation, excepté s'ilz estoient participans de ayder à
coulourer les biens des autres marchans, ilz ne seront molestés ny
en leurs personnes, ny biens, aultrement si ce n'estoit que les
officiers des lieux veissent qu'il fût nécessaire de ce fère, et
là, ilz bailleront obligations, l'un pour l'autre, de se
représanter, et souffriront inventaire estre faicte de leurs
biens.
Davantaige, Sa Majesté oyant par rapport que l'arrest de ses
subgectz, du costé de delà la mer, auroit esté faict soubz
prétexte qu'on auroit arresté ung navyre, et trois ou quatre
petites barques, de naguières arrivez dedans certains portz de son
royaulme, dedans lesquelz estoit certain argent monoyé, elle a
trouvé bon de notiffier briefvement les circonstances de ce
prétexte; par quoy on verra manifestement que cella a esté
recueilly sans juste cause, et que les promoteurs et deviseurs de
cella, quelz qu'ilz soient, y ont procédé sans ordre et bon
adviz.--Sa Majesté fut premièrement advertye, par ses officiers de
certains portz de son royaulme des pays du Ouest, que trois ou
quatre petites barques, appellées _zabras_, estoient venus
d'Espaigne en certains portz là, ayans dedans elles une quantité
d'argent apartenant à plusieurs marchans d'Italye et des Pays Bas,
et que plusieurs navyres de France, équippés en guerre, estoient
sur ses costes prétendans de surprendre les dictz navyres
d'Espaigne et leur trésor, s'ilz se remectoient en la mer, chose
qui estoit aussi à craindre qu'ilz vollussent entrer dedans les
portz et les prandre par force: sur quoy Sa Majesté envoya
estroict commandement, par lettres spéciales, à tous les portz de
ces parties là du Ouest, que les marchans et propriétaires des
vaysseaulx eussent cognoissance de ce, et que eulx, et tous autres
subgects du Roy d'Espaigne, fussent assistez et deffanduz à
l'encontre des attentatz des Françoys par tous moyens possibles.
Après cella faict, l'ambassadeur d'Espaigne feyt pareille requeste
d'avoir une nouvelle ordre pour la maintenance et assistance
desdictz vaysseaulx et trésor à l'encontre des dicts Françoys, ce
qui luy auroit aussi esté octroyé; et, pour cest effect, furent
délivrez à ces messagiers certaines lettres patentes. Et, peu
après cella, luy requérant à la Majesté de la Royne d'entendre son
playsir, sçavoir, si elle vouloit estre contante que les
propriétaires et conducteurs dudit trésor peussent estre convoyés,
ou par mer, ou par terre, à Douvres, prétendant l'argent
appartenir au Roy son Maître, Sa Majesté luy accorda que lequel il
vouldroit choisir des deux pour le plus seur moyen luy seroit
incontinent adressé; sur quoy, il remercya Sa Majesté, disant
qu'il targeroit jusques à ce qu'il eust envoyé ez Pays Bas pour
avoir parolle du duc d'Alve par lequel des deux chemins il le
vouloit avoir transporté.--Cependant Sa Majesté fut informée que
les Françoys estoient entrez, de nuict, secrectement, dedans l'ung
de ses hâvres au Ouest, où estoit le dict trézor, ayant attempté
de le surprendre. Mais ilz furent seulement repoulcés avec telles
forces que les officiers de Sa Majesté avoient apresté pour cella,
chose qui est notoire en tous les lieux, où lesdicts navyres ont
esté assailliz, et qui a esté aussi bien rapporté au dict
ambassadeur.