pensoit plus convenable de réprouver les subjectz de la Royne pour
leurs téméraires et audacieuses accusations faictes allencontre de
leur Royne souverayne, chose qui ne conciste qu'en termes
généraulx, que de faire venir la dicte Royne par deçà pour
respondre en personne. Ce faict, la Majesté de la Royne commanda
aux commissaires appeler par devers eulx le comte de Mora et sa
compagnie, et les reprendre, bien et aigrement, de leurs
audacieuses procédures, comme estans déloyaus et contraires au
debvoir de bons et loyaux subjects, et que cella ne debvoit
demeurer inpugny. Sur quoy, le dict comte et ses compaignons
estans ainsi accusez a faict responce que, luy, ny aucung de sa
compagnie, n'ont jamais rien procuré contre l'honneur de leur
Royne, mais que bien eulx estans notoiremant chargés par leurs
adversaires de si grands et énormes crimes, ilz n'ont peu et ne
pouvoient moings fère, sans estre condempnés et trouvés coupables
injustement, suivant la protestation par eulx cy-devant faicte et
exibée pour la descharge de leurs personnes, et estre purgés des
crimes à eulx inposés, ayans esté contraints contre leur voulonté
pour leur juste deffense que de faire ce qu'ilz ont faict. Et pour
approbation du faict, ilz ont produict ausdicts commissaires de Sa
Majesté des choses grandes, et de grande apparance, et conformes
aulx présomptions et argumant du commung bruyt et rapport desdicts
crimes inposés à ladicte Royne. Desquelles choses la Majesté de la
Royne, en ayant esté advertie par ses commissaires, les a en
grande admiration à son très grand regrêt, ne pensant jamais ouyr
telles choses, et en si grand nombre allencontre d'elle. Et
partant doncques, considérant qu'ilz estoient venuz pour avoir
plus oultre responce, Sa Majesté a dict qu'ilz auroient une
response résolutive en ceste sorte, que Sa Majesté estoit contante
que le discours de la matière fust débatue pardevant elle, si elle
vouloit accorder y faire directe responce, parceque Sa Majesté
pensoit que ce fust le plus honeste et seur moyen, et desiroit
aussi que cela peût estre suffisant pour sa descharge. Et, pour ce
faire, dict-elle, je vous proposeray trois moyens: le premier, est
qu'elle envoyât pour elle quelque féal et suffisant personnage, ou
plus, estans de ce authorisez, avec sa response: l'autre, qu'elle
baillât sa dicte responce à quelques nobles personnaiges, tels
qu'il luy plaira, si ainsy luy plait, pour luy envoyer: et le
dernier, qu'elle ordonne et authorise soit les derniers
commissaires, ou autres, pour respondre devant les commissaires de
Sa Majesté. Mais que de venir en sa présance, considérant que,
quant elle arriva en ce royaume, Sa Majesté ne le peût avoir lors
pour agréable, pour son honneur, elle estant adonc diffamée
seulemant par le commung bruyt, tant icy que en la plus grande
partie de la chrétienté; beaucoup moings peult elle penser estre
honorable de venir maintenant en sa présance, considérant le grand
nombre de matières et présumptions de naguiéres produictes
allencontre d'elle, voir et telles qu'il fait mal à Sa Majesté y
penser. Et pour ce, Sa Majesté les requiert vouloir accepter sa
présente responce, et luy en faire le récit, en la luy envoyant,
estimant estre vrayment toujour nécessaire pour elle de faire
responce; car autrement quiconques luy donneroit autre conseil que
de faire responce, ayant tant de moyens pour ce faire, seulemant
parce qu'il ne luy est point permis venir en présence de Sa
Majesté, encores qu'ilz aparussent estre ses bons serviteurs,
seuremant il serait plutôt à juger, pour quelques respectz, de la
trahir. Et sur cela, Sa Majesté les a requis, comme ses
serviteurs, à ce qu'elle a dict, car cella ne pourroit estre
jamais prins en ce monde pour excuse raysonnable, si elle est
innocente, comme Sa Majesté la desire estre trouvée, de s'offrir
estre estimée coulpable de telz horribles crimes, seulemant par
faulte de ne pouvoir venir en sa présance, et ne se purger
autremant devant le monde, par autre manière de raison; et si, ne
pourroit penser commant la Royne pourroit plus promptement
procurer sa condempnation, que de refuser à faire responces. Et
ainsi, avec plusieurs et semblables paroles par elle prononcées à
loysir, et dont il ne leur peult du tout souvenir, il aparoissoit
que le grand desir de la Royne (d'Angleterre), estoit que la Royne
(d'Écosse) se peût descharger et acquitter par le moyen de quelque
responce raysonnable. Et est la fin.
IXe DÉPESCHE
--du IIe de janvier 1569.--
(_Envoyée par Olyvier Champernon jusques à Calais._)
Nouveaux succès remportés sur les protestants.--Nouvelles
d'Allemagne.--Menaces de représailles pour les prises faites
par les Bretons.--Cartels proposés relativement au meurtre du
roi d'Écosse.
AU ROY.
Sire, incontinant après que le gentilhomme, que je vous dépeschay,
avec les miennes du XXVIIIe du passé, fust party, je receus celles
qu'il avoit pleu à Votre Majesté m'escripre du XVe au paravant, et
encores despuys, celles du XVIe, toutes deux bien à propos pour
rabatre le bruyt, qu'on semoit icy, que, despuis le premier rencontre
du XVIIe de novembre, le prince de Condé avoit regaigné plusieurs bons
avantages sur les nostres; mesmes que, le lendemain, son infanterie
avoit heu du meilleur contre les bandes de Mr. de Brissac, et despuys,
il avoit pillé le bagaige de Monsieur, frère de Votre Majesté, près de
Lusignan, et emporté une ville quasi à sa veue, et que le prince
d'Orange s'en alloit à Paris, dont aulcungs des siens avoient desjà
couru jusques à Chateau-Thierry, sans avoir voulu accepter l'offre,
que Votre Majesté luy avoit envoyé faire, de luy donner trois centz
mille livres pour renvoyer ses gens, et cent mille escuz pour luy, et
de le remettre en la bonne grâce du Roy Catholique votre frère, et en
ses biens, et mayson, pourveu qu'il y voulût vivre comme son bon et
fidelle subject. Dont je n'ay failly, Sire, de faire incontinant
entendre à ceste Royne la vérité du bon succez de vos affaires du
costé de votre armée, que mène mon dict Seigneur, et comme le dict
prince de Condé ne faisoit plus que s'en aller devant luy pour se
retirer à la Rochelle, despuis que les forces de Languedoc estoient
arrivées; et l'arrivée aussy de vos six mille reystres devers Mr.
d'Aumalle, et des quatre mille Souisses nouvellement levez, et autres
gaillardes forces, qu'aviez toutes prestes pour haster la contenance
que faisoit le dict prince d'Orange de sortir de votre royaume; avec
les autres avantaiges que Dieu vous avoit donné en ceste guerre, ainsi
qu'il vous plaisoit me les mander.
A quoy la dicte Dame a respondu qu'elle oyoit, de fort bon cueur, ces
bonnes nouvelles, qui monstroient le bon acheminemant de vos affaires,
et qu'elle desiroit que vos bonnes fortunes allassent toujours en
augmantant, à la gloire de Dieu. Ayant faict part des mesmes nouvelles
à aulcungs seigneurs que je sçay n'estre marris de votre prospérité,
ilz ont monstré estre bien ayses que j'eusse de quoy convaincre
beaucoup de mansonges, qu'on publioit icy ordinairement des choses de
France. Tant y a que l'ung d'eux m'a mandé que l'on tenoit pour
certain que le prince d'Orange avoit faict monstre et payé ses gens
pour trois mois, et qu'il délibéroit temporiser là où il estoit,
jusques au printemps, pour attandre la venue des autres Allemans qui
se préparoient de descendre en France, et qu'il n'y avoit plus que
deux mois d'yver jusque là, qui seroient tantost coulés. L'on m'a dict
aussi qu'il y avoit lettres d'Allemaigne et de Flandres à ceste Royne,
par lesquelles l'on luy mandoit que le duc de Vuelgan faisoit grand
dilligence de lever les reystres et lansquenetz, qu'il vouloit mener
au secours du prince de Condé, et que la monstre s'en debvoit bientost
fère en Alsatie; mais ne se mandoit le jour, ny le lieu, sinon que
d'Alsatie il prendroit le chemin de la Franche-Comté pour entrer en
France.
Le nepveu de Trokmorton est revenu, ces jours passez, avec ung pacquet
de Mr. Norreys, et semble qu'il ait esté devers le prince d'Orange;
car l'homme du dict prince, qui estoit icy auparavant, lequel s'estoit
acheminé, ou aulmoings n'avoit esté veu, douze jours y a, en ceste
cour, y est revenu avecques luy, et j'entends qu'il pourchasse d'avoir
de nouveau crédit de XL mille livres esterlin, qui sont 150,000 escuz,
en payant l'intérest. Je ne sçay qu'il obtiendra, car il a esté
besoing à ceste Royne de tirer extraordinairement, despuis huict
jours, dix mille livres esterlin, qui sont XXXIII{m} V{c} escuz, de son
espargne pour envoyer en Irlande, afin de pourvoir à ce commancement
d'esmotion du chef Onniel, où l'on dict que le frère du comte d'Ormont
est meslé, affin que cella ne passe plus avant. Et quant à ce que je
vous avoys cy devant escript, qu'on cerchoit un moyen de faire fournir
certaine quantité de joccondalles en Allemaigne, par lettres de banque
des marchans italiens qui sont en ceste ville, l'on m'a adverty que
c'est le dernier payement de l'ottroy des églizes d'Angleterre, dont
je vous ay naguières faict mention, duquel restoit à lever le tiers,
de cent dix mille escuz, et l'on veult faire fournir le dict restant
ez mains du docteur du Mont, agent pour ceste Royne en Allemaigne, qui
se tient ordinairement à Francfort, ou à Ausbourg.
Je vous ay mandé, touchant les lettres de marque que les Michelz de
Plemmue avoient pourchassées, qu'elles ont esté révoquées et
arrestées, et, à la vérité, il ne se trouve, au registre de
l'audmirauté de ceste ville, qu'elles ayent passé outre. Mais en lieu
de ce, j'ay advertissement qu'on a donné une secrète commission
d'arrester toutz les navires françois, qui aborderont ez portz et
hâvres de deçà, jusques à la valleur et concurrance de certaines
prinses, qu'aucungs Anglois et Irlandois se plaignent que ceulx de
Croisy et autres Bretons leur ont faictes, dont ilz n'ont peu avoir
justice en France; de quoy je remets au premier jour d'en fère quelque
bonne instance à ceste Royne, ainsy que Vos Majestez me le
commanderont.
L'Evesque de Ros avoit eu congé d'aller vers la Royne d'Escosse, sa
Maitresse, pour luy notiffier tout ce que jusques icy s'estoit passé
en ses affaires; mais, ainsy qu'il prenoit la poste en ceste ville, il
a esté contremandé s'en retourner à Antoncourt, où, à ce que
j'entends, l'on est entré en nouvelles propositions et en nouveaulx
trettés, qui semblent incliner au bien de la dicte Dame. Et j'espère
que ce que j'ai dict et remonstré icy, de la part de Vos Majestez,
pour elle, lui servira grandemant; dont je remets vous donner plus
ample notice de cella, et de toutes autres choses de deçà, par mes
premières; pryant Dieu, etc.
De Londres ce IIe de janvier 1569.
A LA ROYNE.
Madame, ce qui s'offre, icy, digne de vous estre escript, depuis le
partemant du Sr. de Vassal, que je vous ay dépesché, du XXVIIIe du
passé, Votre Majesté, s'il luy plait, le verra en la lettre du Roy,
vous suppliant très humblement, Madame, m'excuser si je ne vous
expéciffie davantaige beaucoup de ces choses que je vous mande; car,
encor que je sente et voye qu'il en est pourchassé icy la plus grande
part, et des bien importantes, avec beaucoup de menées, et avec grand
instance, autant, possible, à ceste heure, qu'en nul autre lieu de
l'Europe, par ceulx de la nouvelle relligion, naturelz et estrangers,
qui y sont, il n'est pas possible, touteffois, que j'en puisse avoir
si claire notice qu'il ne me faille, le plus souvant, y advenir par
conjectures et présomptions, comme je supplye très humblement Votre
Majesté conjecturer aussi, et fère jugemant, par ce que je vous ay
déjà escript du présent depportement de ceulx-ci, quel il sera à
l'advenir. Et je fay diligence de vous mander, d'heure à autre, toutes
occurrances, et ne laisseray cepandant rien passer, puis qu'ainsy vous
plait, à cette Princesse, qui ayt apparance d'estre contre votre
service, bien que je luy auray toutjours le respect, et useray, en son
endroict, de la douceur que m'avez commandé, affin de ne la provoquer
à quelque plus ouverte déclaration, ou bien à vous fère une plus dure
responce que, possible, vos présentes affaires ne permettroient de
vous en ressentir si tost, comme la grandeur et réputation de Voz
Majestez le requerroient.
Le faict de la Royne d'Escoce semble prendre autre acheminement que
ses adversaires ne cuydoient, lesquelz commancent, à ceste heure,
d'envoyer cartels de combats parce qu'on les charge de trahison, de
rebellion, et encores du mesmes meurtre du feu roy d'Escoce, dont ilz
accusoient leur Royne. L'évesque de Ros a esté contremandé à
Antoncourt pour cest effect, lequel m'a mandé qu'il m'advertira de
tout ce que luy sera proposé, affin d'en avoir mon advis; dont je
remetz, Madame, vous mander, par mes premières, ce qu'en cella, et en
autres choses, sera succédé; et je prieray Dieu, etc.
De Londres ce IIe de janvier 1569.
Xe DÉPESCHE
--du VIe de janvier 1569.--
(_Envoyée par Jehan Vallet._)
Négociation relative à la saisie faite sur les Espagnols.--Grand
nombre de pirates qui se mettent en mer.--Crainte d'une
entreprise sur Calais.--Accusation portée par Marie Stuart
contre ceux qui se sont déclarés ses dénonciateurs.--Retour à
Londres d'une partie de la flotte de Bordeaux.
AU ROY.
Sire, vous ayant faict une bien ample dépesche par le Sr. de Vassal,
que je vous ay envoyé sur la fin de l'autre mois, et encores une autre
despuys, du IIe du présent, j'ai seulement à vous dire maintenant,
Sire, que la Royne d'Angleterre a donné de bonnes paroles à
l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, touchant les cinq navires
byscayns et l'argent d'Espaigne qu'elle a arresté par deçà, de quoy
les principaulx marchans de ceste ville en ont avecques luy très
instamment sollicité la délivrance, de peur qu'on ne se preigne à
leurs biens et marchandises, qu'ilz ont en Envers et à Séville. Mais
l'on présume que la dicte Dame ira, entretenant ce faict tant qu'elle
pourra, affin de retarder d'autant les affaires du duc d'Alve et des
catholiques aux Pays Bas, ou bien à la fin, s'il se vériffie que ces
deniers viennent par voye de marchands, qu'elle les prendra à
l'intérest, et allèguera qu'elle a droict, comme ung chacung autre
prince, en son pays, de s'en pouvoir justemant ayder à son besoing,
aulmoings se vouldra elle asseurer, et asseurer ses affaires, du costé
du Roy Catholique, premier que de s'en dessaysir; dont, par sa
prochaine responce, qu'elle a promis fère, dans trois ou quatre jours,
au dict Sr. ambassadeur, l'on pourra plus clèrement juger de ses
aultres desseings et intentions. Cependant je vous veulx bien
advertir, Sire, comme la mer de deçà se va, de jour en jour,
remplissant de pyrates, m'ayant esté dict qu'il y en a sept ou huict
de nouveau, toutz prestz à partir avec chacun un petit navyre de
guerre, et que mesmes il y a ung des dicts pirates, nommé Forbouche,
duquel j'ay faict mention en aulcunes de mes précédantes, qui est
party despuys trois jours avec le congé de la dicte Dame, laquelle a
parlé longuement à luy, et semble qu'elle luy ayt donné commission
d'aller trouver le visamyral Me. Ouynter, lequel on m'a dict estre
arrivé le XIIIe du passé, avec les quatre grands navyres de la dicte
Dame, à la Rochelle, mais n'en ay certitude. Et encore, Sire, que,
pour le petit appareil que lesdicts pirates portent dans leurs
vaysseaulx, l'on ne doibve craindre qu'ilz soyent pour assaillir une
place, ny pour mectre gens en terre, ou entreprendre quelque grand
effect, toutesfois estant desjà beaucoup ensemble, tous de la nouvelle
religion, tant Françoys, Flamans que Angloys, à la dévotion de ceste
Royne, et à la dévotion aussi, comme l'on pense, du prince de Condé,
il ne leur seroit mal aysé d'emporter, par intelligence ou par
surprinse, quelque place avec la faveur desdicts quatre grandz navyres
de la dicte Dame, lesquelz portent artillerye, pouldres et monitions
de guerre, pour la fornir incontinent; dont sera bon, Sire, advertir
vos frontières, et villes maritimes, se tenir sur leurs gardes, et les
pourveoir de bons et bien asseurez gouverneurs, avec quelque renfort
de gens de guerre. Quoy que soit, les dictz pirates délibèrent, le
printemps et l'esté prochain, se randre maistres de ceste mer, et fère
la guerre aux catholiques françoys et hespaignolz qui y navigueront.
Je ne veoy, à la vérité, que ceulx cy facent encores nulz aprestz pour
aucune entreprinse que l'on puisse juger estre d'importance, tant y a
que je ne veulx différer vous mander, comme l'on m'a fort expressément
adverty qu'ilz en ont une sur Callais; de quoy je mectray peyne d'en
descouvrir plus avant les particularitez, affin de les vous mander par
mes premières: et cependant Votre Majesté pourra renforcer la garnyson
du dict Callais et y fère prendre garde, comme aussi j'en ay faict
advertir, en passant, monsieur de Gourdan. Car encores, Sire, que
ceste princesse se soit mal trouvée de l'entreprinse de l'Hâvre de
Grâce[41], si peult elle, par les solliciteurs qu'elle a icy, tant
sciens que estrangiers, de la nouvelle religion, estre de rechef bien
aysément persuadée de faire une seconde entreprinse pour ravoir le
dict Callais, veu l'affection qu'elle y a, et le desir de ses
subjectz, qui vouldroient bien se prévaloir en cella de la présente
occasion de nos troubles, estimans que le Roi d'Espaigne ne leur
pourroit estre contraire en la dicte entreprinse, ayant ceste place
esté perdue à son occasion; et aussi que la dicte Dame cuyderoit
attaicher si bien les promesses et trettez qu'elle feroit maintenant
avec ceulx de la religion, pour y avoir des princes d'Allemaigne
meslés, qu'il ne luy en pourrait mal succéder, comme feit l'autre
foys, et qu'au moins elle recouvrerait tousjours les frays de la
guerre, si elle pouvoit occuper quelque place.
[41] Par le traité de Hamptoncourt, du 20 septembre 1562, les
protestants avaient livré le Havre de Grâce aux Anglais; mais,
après la pacification d'Amboise (19 mars 1563), ils se réunirent
aux catholiques pour faire le siége de cette place, qui capitula
le 28 juillet. Le comte de Warwick rendit la ville, le 31, au
maréchal de Brissac.
L'évesque de Ros m'a escript d'Anthoncourt, que ceste Royne l'a faict
interroger devant elle, et devant ceulx de son conseil, s'il vouloit
accuser les adversaires du mesmes crime, qu'ilz imposoient à la Royne
d'Escosse, sa Maitresse. A quoy il a respondu qu'il avoit lettres et
commandement de la dicte Dame, qu'en deffendant son innocence, il
déclairast ardiment devant la dicte Royne d'Angleterre, et devant la
noblesse de son pays, qu'elle estoit faulcement accusée par ceulx qui
estoient les principaulx autheurs, inventeurs, et aulcuns d'eulx les
propres exécuteurs du mesme crime qu'ilz luy imposoient, et qu'il ne
lui seroit mal aysé de le prouver, par bons et évidants arguments,
dans un terme et délay compectant, s'il luy estoit permis de pouvoir
venir en personne devers la dicte Royne d'Angleterre: et qu'il avoit
prononcé cella hault et ferme devant l'assamblée, dont despuys l'on
avoit travaillé de mectre quelque accord entre les parties, et en
avoient esté proposés aucuns moyens, par interposées personnes, dont
le dict évesque commançoit espérer mieulx de l'yssue des affaires de
sa Maistresse, qu'il n'avoit faict jusques icy. Et sur ce, après
avoir, etc.
De Londres ce VIe de janvier 1569.
A LA ROYNE.
Madame, il me reste à présent bien fort peu que vous escripre oultre
le contenu en la lettre du Roy, parce que la Royne d'Angleterre et
ceulx de son conseil n'ont guières entendu, durant ces festes, en
matières d'affaires, s'estans la plus part des seigneurs retirez ou en
leurs maisons, ou bien en ceste ville, pour les passer. Seulement,
j'adjouxteray, Madame, qu'il semble qu'on soit icy en grand suspens
pour ceste saysie des deniers d'Espaigne, ne saichantz commant le duc
d'Alve le prendra, tant y a qu'on a layssé de despescher, depuys deux
jours, quatre grandes navyres de ceste ville, chargez de draps, en
Envers, ayans les marchans premièrement vollu sçavoir de ceulx de ce
conseil s'ilz les pouvoient seurement envoyer. Au surplus, Madame, il
est revenu quatorze navyres de la flotte, que ceulx-cy avoient envoyé
pour le vin à Bourdeaulx, et les maistres d'iceulx rapportent qu'on
leur a faict tout bon trettement par dellà, si n'est qu'on leur a
demandé double coustume, l'une au dict Bourdeaulx pour le Roy,
laquelle ilz ont payée, et l'autre à Blaye pour le prince de Condé, où
ils ont laissé gaige pour icelle, et que au dict Blaye l'on avoit rasé
toutes les maisons hors du fort, et qu'on y fortiffioit la place,
n'ayant au reste trouvé aucun empeschement à leur retour, ny n'ont
sceu novelles de tous ces navyres, qui sont partys sur la fin du moys
passé, sinon qu'ilz ont entendu que Me Ouynter avoit traversé vers la
Rochelle, et que Chatellier Pourtault se tenoit toutjour sur la coste
de deçà, près de Plemmue, et sur ce, je prieray Dieu, etc.
De Londres ce VIe de janvier 1569.
XIe DÉPESCHE
--du Xe de Janvier 1569.--
(_Envoyée par Mr. de La Croix._)
Irritation causée à Londres par l'ordre que le duc d'Albe a donné
de saisir et arrêter dans les Pays-Bas les biens, marchandises
et personnes des Anglais.--_Mémoire_ contenant le détail de
tout ce qui est relatif à cet événement important.--Armements
faits en Angleterre.--Ligue formée par le comte de Murray,
régent d'Écosse, avec Élisabeth.--Cartel envoyé par lord
Lindsay à lord Herries, au sujet du meurtre du roi
d'Écosse.--Marie Stuart mise sous la garde du comte de
Shrewsbury.--_Mémoire secret_ pour la
reine-mère.--_Proclamation_ d'Élisabeth portant interdiction de
commerce avec l'Espagne.--Justification de sa conduite à
l'égard de Philippe II.--Énumération de ses griefs contre
l'ambassadeur d'Espagne et le duc d'Albe.--Ordre de saisir et
arrêter en Angleterre les biens, marchandises et personnes des
Espagnols.
AU ROY.
Sire, encor qu'il n'y ayt guières que je vous ay amplement escript ce
qui se offroit de deçà, je ne veulx pourtant différer de vous fère
encores maintenant, sur l'occasion de ce qui s'est naguières passé, en
Envers, touchant les Anglois, qui se rescent grandement jusques icy,
un bien peu de mots par le Sr. de La Croix, présent pourteur, qui
vous va représenter l'esmotion et altération, où, despuys trois jours,
s'en retrouve tout ce royaume; auquel me remectant et de cella, et de
toutes les aultres choses de ce lieu, sans vous en faire, pour le
présent, et à cause aussi de sa suffizance, plus long discours, et
vous suppliant seulement le croyre et luy donner lieu qu'il puysse de
ma part très humblement bayser les mains de Votre Majesté, je
supplieray, au reste, le Créateur qu'il vous doinct, etc.
De Londres ce Xe de janvier 1569.
Despuys ce peu de mots escriptz, qui m'ont demeuré trois jours entre
mains pour la difficulté du passeport, j'ay receu en une mesmes heure
deux dépesches de Votre Majesté, du XXVIIe du passé et du premier
d'estuycy, ausquelles je feray responce par mes premières.
A LA ROYNE.
Madame, entendans ceulx de ce royaulme les déportements dont le duc
d'Alve a uzé, puis peu de jours, en l'endroict de leurs merchants et
marchandises en Envers, ilz ont commancé de faire aussi quelque
démonstration de ressentiment sur les marchantz et marchandises des
Pays Bas, qui sont par deçà, non sans qu'on y voye une assez notable
altération et changement digne de vous estre représenté par
personnaige exprès, avec d'aultres particularitez qui ne seroient si
bonnes escriptes que dictes; lesquelles je vous supplie entendre par
le Sr. de La Croix, présent pourteur: auquel me remectant, et vous
suppliant luy donner entièrement foy et bonne audience, je supplierai
le Créateur, après avoir, etc.
De Londres ce Xe de janvier 1569.
MÉMOIRE BAILLÉ AU DICT SIEUR DE LA CROIX.
Le seigneur de La Croix yra trouver Leurs Majestez, et leur
représentera l'altération et changement advenu, despuys quatre jours,
en ce royaume à cause de la saysie que le duc d'Alve a faicte de tous
les biens, navyres et marchandises des Angloys, en Flandres, et qu'il
a faict arrester les marchants et mectre deux cens Hespaignolz de
garde à l'entour de leur mayson, où ilz logent en Envers, sans
permectre que nul y entre ny sorte.
Et ce, pour aultant que la Royne d'Angleterre, peu auparavant, avoit
aussi faict arrester en ses portz cinq navyres biscayns chargés de
laynes, qui pourtoient environ 450,000 ducatz de réalles d'Espagne en
Envers, après toutesfoys qu'elle avoit desjà délivré passeport, pour
les dictz navyres et leur charge, à l'ambassadeur d'Espaigne, qui est
icy, collorant, du commancement, la dicte saysye sur la craincte des
pirates, affin que le Roy Catholique, son bon frère, ne receût
dommaige d'une telle somme en Angleterre; mais despuis elle a dict
avoir entendu que les dictes réalles estoient à des marchants, et
qu'elle avoit droict, comme ung chacun aultre prince en son pays, de
s'en pouvoir ayder à son besoing, en payant l'intérest: et a l'on
entendu aussi qu'elle se vouloit prévaloir de quelque lettre
d'obligation, qui s'est trouvée, d'une bonne somme d'angellotz que le
feu Roy Henry VIIIe son père, presta au feu empereur Charle Ve, père
du dict Roy Catholique, à la guerre de Landrecy[42].
[42] En 1543.
Et, parce que la dicte Dame a esté, comme l'on dict, principallement
sollicitée par ceulx de la novelle religion de saysir les dictes
réalles contre l'opinion des catholiques, et au grand regrect des plus
notables marchans de Londres, qui luy ont remonstré et prédict ce qui
en est depuis succédé, il se cognoit clèrement qu'il y a de
l'altération beaucoup et de la contradiction entre les ungs et les
aultres, disantz les aucuns que c'est le fruict de la venue du
cardinal de Chatillon par deçà, et aucuns aultres des principaulx se
tiennent à part, et font les mallades, pour ne se trouver aux conseilz
et dellibérations qui se font là dessus, parce qu'ilz n'en ont jamais
aprouvé les commencemens.
L'on a desjà arresté ung pacquet de l'ambassadeur d'Espaigne, où y
avoit une lettre du Sr. de La Mothe au Sr. de Malras, et ont envoyé de
tous costés serrer les passaiges et saysir les navyres, biens et
personnes des subjects du Roy d'Espaigne, et ont faict clorre et
sceller les boutiques et contouers de tous les Flamans et
Bourguinhons, qui sont en ceste ville de Londres; et l'on a
contremandé en grande dilligence quatre navyres qui estoient ces jours
passés partis de ceste ville pour Envers, chargés de grand quantité de
draps; et en toutes sortes ilz font semblant de se tenir fort offancés
de cest acte du duc d'Alve, remémorantz davantaige ung escorne qui fut
naguières fait en Espaigne à ung leur ambassadeur[43]. Tant y a que la
dicte Dame délibère envoyer personnaige exprès devers le Roy
Catholique, pour tretter cest affère avecques luy, et cependant
n'attempter aucun exploict de guerre contre ses pays et subjectz,
comme son intention en est mieulx déclarée par la proclamation sur ce
faicte; dont semble que Leurs Majestez Très Chrétiennes ne se doibvent
haster de fère aucune rigoreuse démonstration envers cette princesse:
car ne fault doubter qu'elle ne se remecte bientost en bons termes de
paix avecques le Roy d'Espaigne, et cependant se pourra faire quelque
bon office en cella de la part de Leurs Majestez Très Chrétiennes, par
leurs ambassadeurs, qui sont en Espaigne et en Angleterre, digne de
leur grandeur de s'entremettre de réconcilier tels princes leurs
allyés.