et Catholique vous accordés de remonstrer vivemant à ceste Royne une
conjoincte résolution d'interdire à ses subjectz tout traficque et
commerce en France, Flandres et Espaigne, s'ilz ne reviennent à la
religion catholique et à l'obéyssance de l'église romayne, la dicte
Dame sera contrainte d'y réduire elle et son royaume, d'autant que
toutz les deniers de son estat sont prins sur les entrées, et yssues
des marchandises de ce royaume, et le principal revenu des seigneurs
et gentilshommes est en choses qui se transportent dehors, et celle du
peuple en manifactures et trafficqs, quoy cessant, sera impossible à
ses subjectz de se maintenir, dont estant les catholiques encores en
plus grand nombre dans le pays que les autres, ilz contraindront, par
la force de cette nécessité, tout le royaume de retourner à la
religion catholique, et que déjà il en avoit escript bien chaudement
au Roy Catholique, son Maitre, du quel il espéroit avoir responce du
premier jour, et ne seroit, à son advis, sans qu'il vous fît quelque
instance de me commander d'intervenir, et me joindre avecques luy, son
ambassadeur, pour en faire conjoinctement la déclaration requise à
ceste Royne, m'adjouxtant que, mesmes, il faudra que je parle le
premier, d'environ huict jours, devant luy, affin qu'il soyt veu
traitter ung peu moins rudement que moy ceste princesse, à cause de la
plus estroicte alliance que son Maistre a avecques elle; mais qu'il
viendra après confirmer de telle sorte la besoigne qu'elle sera
contrainte d'obéyr. Je luy ay répondu que je l'escriprois à Voz
Magestez affin d'avoir sur ce votre commandement, et que d'autres
personnes de bon entendement m'en avoient déjà parlé, comme à la
vérité, Madame, aucungs Italiens m'ont faict une si expresse
démonstration là dessus qu'il semble n'estre sans apparant fondement.
Votre Magesté considèrera ces quatre choses, dont les deux premières
qui concernent les mariages, du Roy et de Madame, vous atouchent de si
prez que je desire que la conclusion vous en demeure toujours en la
main, sans permettre que nul autre prince s'en empare tant qu'il le
puysse manyer à sa discrétion; car pouvez penser que nul, si non vous,
la mesnagera, sans y considérer son proffit, et sans y observer ses
heures, et ses momentz, pour s'en authoriser, luy et ses affères, au
monde, sans se soucyer beaucoup comant les vôtres, et ceulx du Roy, et
de Messeigneurs voz enfans, aillent; et, possible, en vous attendant
d'effectuer ung party, vous perdrés les deux, dont sera bon d'en avoir
si certaynes et pressantes ares qu'on ne vous y puisse plus uzer de
desfaictes et remises.
Touchant à Me. Cecile, l'on dict, à la vérité, qu'il est fort passioné
pour la nouvelle religion, et qu'il seroit bon qu'ung plus modéré tînt
ce lieu prez de sa Maitresse; mais je ne voy pas qu'il soyt aisé de
l'en oster, avec ce, qu'on m'a dict, qu'il dissuade la guerre de
France à sa Maitresse, et est bien fort uny avec le comte de Leyster,
qui faict profession de vous estre tout serviteur.
Quant à deffendre aux Anglois le traficque en France, il semble qu'il
sera bon que le Roy Catholique face ceste ouverture de le leur
interdire, premièrement, en Flandres et en Espaigne, parce qu'ilz ont
là leur plus grand commerce, et, si l'on void que cella serve à
remettre la religion catholique en ce royaulme, Voz Magestez en
feroient, incontinent après, faire leur déclaration; car, de commancer
en votre nom, cela pourroit divertir tout le traficque, que ceulx cy
ont en votre royaulme, pour le transporter ailleurs, qui est, à ce que
j'entendz, de plus de deux millions d'or de proffit, touz les ans, et
si, n'auriez, possible, rien advancé pour la relligion catholique.
Encores sera il bon de regarder si conjointement vous en debvez faire
la dicte déclaration avec le Roy Catholique; car il y a si estroicte
alliance de ceste princesse avecques lui, et entre leurs pays, qu'ilz
s'accorderont toujours ayséemant, et le Roy demeureroit, possible,
seul intéressé. Mais Votre Magesté me commandera son intention sur le
tout, et je métray peyne de la suyvre si exactement qu'elle cognoistra
que je n'ay rien en la mienne qu'ung parfaict desir de trez humblement
vous obéyr.
Ce gentilhomme, présent pourteur, est certain et fidelle et si secrêt
que luy pouvez commettre tout ce qu'il vous plaira, mesmes ce que
j'auray à dire à l'ambassadeur de Portugal, qui me presse de
respondre. Sur ce je prye Dieu, etc.
De Londres ce XXVIIIe de décembre 1568.
Despuis la présente escripte, le susdict ambassadeur de Portugal m'est
venu retrouver, avec une lettre qu'il a fraichement receue de
Lisbonne, du XIIIIe du passé, en la quelle il m'a faict voir ung
article qui contient que le Roy, son Maitre, s'en alloit à Almerin,
affin d'y attandre et recepvoir le comte de Feria, que le Roy
Catholique y envoyoit pour remètre en bon mesnage le dict Roy de
Portugal et la Royne sa grand mère, qui se pourtoient comme mal
contans, l'ung envers l'autre, à cause du mariage du Roy, qu'elle a
tousjour procuré le faire en la maison d'Hongrie, là où il le veut,
avec l'approbation du cardinal son oncle, et de tout son peuple, de la
mayson de France; et que les estatz de Portugal seroient bien tôt
convoquées pour le marier à la voix et contantement des subjectz: dont
l'ambassadeur m'a, de rechef, bien expressément enchargé d'envoyer
incontinent vers Votre Magesté pour avoir, dans le XVe de janvyer,
qu'il faict estat de partir, ung mot de votre intantion sur le dict
mariage.
MÉMOIRE BAILLÉ AU DICT Sr. DE VASSAL.
Pléra à Leurs Magestez entendre du costé d'Angleterre;
Que le Sr. de La Mothe a mis toute la peyne et dilligence qu'il a peu
de sçavoir si ceste Royne se déclareroit pour le prince de Condé, ou
qu'est ce qu'elle feroit en sa faveur, mais il n'a peu, encores,
descouvrir qu'elle, ny ceulx de son conseil, ayent intantion de se
déclarer, pour ceste heure, ouvertement contre le Roy; car elle fait
semblant, en toutes ses parolles et démonstrations, de vouloir
fermemant persévérer en la paix qu'elle a avecques Sa Magesté;
Que le comte de Lestre, s'estant tenu pour fort honoré de ce que le
Roy et la Royne luy ont envoyé de leurs lettres, a assuré au dit Sr.
de La Mothe que sa Maitresse estoit fort bien disposée à
l'entretènement de la dicte paix, et qu'il mettroit toute la peyne
qu'il pourrait de l'y continuer, comme, à la vérité, luy, et ceulx qui
gouvernent, ne la veulent mettre en guerre, et, d'elle mesmes, elle
est bien fort timide, et refuyt toute occasion d'ennuy et de despence;
Mestre Cecile a dict au Sr. de La Mothe, que le Roy ne debvoit trouver
mauvais si la Royne, sa Maitresse, recepvoit ceulx qui fuyoient
d'ailleurs persecutés pour la mesme relligion, dont elle, et tout son
royaume, faisoit profession, et, qu'au reste, elle ne feroit rien de
quoy le Roy peult estre offencé;
Aulcungs des plus grands de ce royaume ont dict qu'ilz avoient pensé
qu'en ceste générale convocation de la noblesse du pays, l'on leur
proposeroit quelque chose de la guerre de France; mais il ne leur en a
esté faict aucune mencion, et semble que le desir qu'ilz ont du repos,
et le peu de moyens d'entreprendre la guerre, les fera persévérer en
la paix, dont ne s'y faict autre préparatif, que ce qui a esté mandé à
Leurs Majestés;
Tant y a qu'estans, les trois principaulx qui manyent les affaires de
ce royaume, de la nouvelle relligion, il se void clairemant qu'ilz
persuadent la dicte Dame de porter toute la faveur et support que,
sans se déclairer, elle peult à l'entreprise du dict prince;
Ensemble qu'ilz ayent tant faict, avec l'ayde du cardinal de
Chatillon, que le conseiller Cavagnies, et le docteur Junyus, et les
députés du duc de Deux Ponts, et du prince d'Orange, ayent enfin
obtenu une secrète déclaration de la dicte Dame, qu'elle sera en ligue
avec Leurs Majestés pour la commune deffence de la dicte relligion,
tant en France, Flandres, que ailleurs, et n'est sans apparence
qu'elle y soit aussi pour la deffence de la Basse Germanie de
l'oppression qu'ilz disent que les Espaignolz y font.
Il s'entend, néanmoins, qu'elle n'interviendra point plus apertemant
qu'elle est à ceste heure, en la dicte ligue, sinon qu'il se
descouvrît ligue contraire, patante et déclairée, des princes
catholiques, contre leur dicte relligion, auquel cas, l'on employera
lors, ouvertement, son nom en ceste cy.
Et cepandant ont obtenu, pour ne laysser succomber lesdictz princes,
et affin qu'ilz puyssent maintenir ceste guerre, laquelle ilz disent
estre contre leur relligion, quoy qu'on luy veuille donner autre
tiltre, que la dicte Dame leur prestera la faveur et support de son
pays et de ses ports, sans violer toutesfois la paix de France et
d'Espaigne.
Ainsi, ont déjà procuré que, par son visadmiral Me. Oynter, elle ayt
envoyé au prince de Condé les six canons, dont le Roy est adverty, et
ung nombre de poudres, pics, pailes et autres munitions de guerre, en
baillant touteffois caution de rendre lesdictz canons et de payer le
demeurant;
Et qu'elle l'ait aussi, soubz mesmes caution de remboursemant,
accomodé de sept mille livres esterlin, montant envyron XXV mille
escuz, qu'elle avoit mandé mètre ez mains de Me. Grassan, son facteur,
pour aulcungs siens secrètes affères, laquelle some l'on estime avoir
esté là employée.
Ont aussi obtenu qu'on achèveroit de payer les XXXII ou XXXIII mille
livres esterlin, revenantes à cent dix mille escuz, que les églizes
d'Angleterre avoient cy devant ottroyé, par congé de la dicte Dame,
pour faire gens en Allemaigne en faveur de ceux de la nouvelle
relligion, dont il restoit à lever envyron ung tiers, et que les
prinses, et pilleries, que lesdictz de la nouvelle relligion feront
sur mer, abordant par deçà ne seront en effect empeschées, affin
d'employer ce qui en proviendra à l'entretènemant de ceste guerre,
bien qu'en apparance, l'on baillera provision de justice au contraire.
Ainsi, qu'ilz ont permis à Chatellier Portault d'uzer à son plaisir
des prinses qu'il avoit faictes. Et fraischemant, à ung pirate
anglois, nommé Aman, et à des François qui estoient avecques luy, a
esté permis le semblable d'ung grand navyre de Marseille, chargé de
beaucoup de riches marchandises, apartenant aux sujets du Roy
Catholique, qu'ilz ont prins, en venant d'Anvers, et mené à Anthonne:
la dicte Dame, à la requête du dict Sr. de La Mothe et de
l'ambassadeur d'Espaigne, avoit escript aux officiers de la justice,
qui l'avoient desjà arresté, de le faire rendre à ceulx à qui il
apartenoit, mais secrètement il a esté mandé de laisser aller le
pirate, avec le navyre et marchandises, pour l'aller débiter ailleurs.
Ils ont aussi procuré de faire faire la saysie de cinq navyres
biscayns, qui pourtoient d'Espaigne en Flandres environ cinq cent
cinquante mille ducats de réales, et ont regrêt qu'autres trois
navyres, qui estoient venuz de mesme compaignie, et avoient aussi
abordé pardeçà n'ont esté arrestés, qui pourtoient autre somme
d'envyron trois cent mille ducats de réales, et sont après à vériffier
que lesdicts deniers viennent par voye de marchands, affin que la
dicte Dame les puysse prendre pour ses affaires, en payant l'intérest.
Il y a quelque secret advis qu'on a mandé aus ports et hâvres de deçà
d'arrester tous les navyres et marchandises des Bretons et Normands,
qui y aborderont, jusques à la valleur et concurrance de certaines
prinses, qu'aucungs Anglois et Irlandois se pleignent leur avoir esté
faictes par ceulx de Croisy et autres François, et dont ils n'ont peu
avoir justice en France.
Et avoient aussy esté arrestez de deçà plusieurs navires françois,
plus de six sempmaines a, qui n'avoient que le seul lestaige, et
alloient cercher affret, dont ceulx, qui estoient conduicts par gens
de la nouvelle relligion, ont esté touts relachés, mais ceulx des
catholiques sont encores en arrest.
Est à craindre que lesdicts Anglois procèderont encores plus
insolentemant sur mer, tant contre les subjects du Roy que contre
ceulx du Roy d'Espaigne, après que leurs deux flottes de Bourdeaux
seront de retour, qui sont de LX ou LXX navyres chascune, dont est à
considérer s'il sera bon d'arrester lesdictes flottes par delà jusques
à ce qu'on aura prins plus grande seurté d'iceulx Anglois, ou qu'on
aura faict parler plus clairement leur Royne, sans touttefois leur
porter aulcuns dommaiges, ny pillier rien du leur.
Il semble qu'on a esté, icy, assez en suspens de l'armée du duc
d'Alve, tant qu'il l'a tenue en estat, despuis le partement du prince
d'Orange, et se sont réjouys qu'il l'ayt départye, dont semble que, si
le dict duc tenoit quelque forme de camp, ou qu'il fît semblant de le
vouloir dresser, que cella contiendroit assez ceulx cy de ne se
déclairer si avant qu'ilz font.
Il est certain que la dicte Dame et ceulx de son conseil sentent
quelque mouvemant dans l'affection d'une partie des subjectz de ce
royaume pour le faict de la religion, et que les catholiques, dont y a
grand nombre, mesmes de la noblesse, aspirent au recouvrement de la
religion catholique, et semble que l'ambition poussera en avant
l'entreprinse de tant que les principaux seigneurs, qui sont
catholiques, supportent fort difficilement que tout le gouvernement
soyt ez mains d'aucungs, qui sont assez nouveaulx et de petite
qualité, et toutz de la nouvelle relligion.
Et cecy se descouvre bien fort en la cause de la Royne d'Escoce, que
les catholiques portent et favorisent tout ouvertement, autant qu'il
leur est possible, et les autres monstrent estre ses contraires, dont
en fin son faict va tumber en la division de la relligion.
Et de tant qu'on ouyoit les ungs et les autres en parler assez hault
et bien fort librement en ceste ville, il a esté escript au maire
d'advertir ceulx qui tiennent les principales tables, où se faict la
plus grande assamblée de gens de qualité en ceste ville, qu'ilz
n'ayent à y recepvoir aulcungs de qui ilz ne veuillent respondre,
qu'ilz les représenteront pour estre examinés sur les propos qu'ilz
tiendront de la Royne et de ceulx de son conseil, soit d'Escoce, ou de
la religion, ou autres matières d'importance.
Et, à ce Noël, l'on est allé par les maisons semondre les gens d'aller
au service et presches, qui se faisoient en leurs églizes, ce qui
n'estoit acoustumé de faire.
L'on verra l'estat où sont à present les affaires de la Royne d'Escoce
par la remonstrance que ses depputez ont présenté à ceste Royne, et
par la response qu'elle leur a faicte; dont l'un et l'autre sont
envoyés par la présente dépesche.
Le faict de la dicte Dame iroit plus mal sans le support du duc de
Norfoc et du comte d'Arondel, qui, oultre ce qu'ilz ont remonstré
vifvement les droicts de ceste princesse en ceste conférance, ilz ont
encores représenté à la Royne, leur Maitresse, qu'en laissant opprimer
ceste princesse à ses subjects, elle préparait contre elle ung mauvais
exemple aux siens.
La garde de la personne de la dicte Dame a esté reffusée au comte de
Hontinton, comme suspect à elle, et a esté commise au comte de
Cheirosbery, grand seigneur vers le nord et bon catholique, et à qui
aussy le chateau de Thitbery, où l'on a ordonné de la remuer,
apartient en propre.
Tous les Escouçois, qui sont ici, ont esté arrestez, mesmes le duc de
Chatelleraut et le comte de Mora, jusques à ce qu'on aura notiffié à
la dicte Royne d'Escoce toute la procédure qui a esté faicte jusques
icy, et qu'on aura heu sa responce, de quoy le comte de Mora monstre
n'estre contant.
L'évesque de Ross estime qu'il feroit grand bien à la dicte Dame que
Leurs Majestez escripvissent à ceste Royne quelques bonnes lettres de
recommandation et de mercyemant pour la peyne qu'elle a prins de
vacquer et faire vacquer son conseil à l'expédition des affaires de la
dicte Dame, la pryant d'y mettre bientôt une bonne fin, de peur qu'il
ne surviengne quelque inconvéniant à la personne et à l'estat de ceste
princesse, se voyant si long temps détenue où elle est, et si long
temps absante de son royaulme, et que, quant le secours que la dicte
Royne d'Angleterre luy a promis lui deffaudroit, que Leurs Majestez
s'esforceront, parmy leurs grandes affères, de luy bailler le leur.
PROPOSITION DE L'ÉVESQUE DE ROSS, et autres depputez de la Royne
d'Escoce, baillée, par escript, en langaige escouçois, à la
Royne d'Angleterre, et traduicte, comme l'on a peu, en
françois.
Plaise à Votre Majesté combien qu'en notre réplique, faicte à
Yorc, contre la fainte et controuvée responce du comte de Mora et
ses adhérans, ayans esgard à la charité et à la clémance de
laquelle la Royne, notre Maitresse, se délibéroit d'uzer envers
eulx, nonobstant leur déloyauté et forfaicts, pensant en cela
faire plaisir à Votre Majesté, les voulant à votre instance réunir
au corps et reppublique de laquelle notre Maitresse et souverayne
est chef, duquel s'estans par leurs trop diligentes, et subtiles,
et fauces inventions séparez, ilz ne méritoient estre ouys ni
receus; nous répliquasmes, froidemant et doulcement, mais
véritablement, sans railler ou les provoquer à injure quelconque,
comme maintenant ils alléguent injustement et sans occasion. Après
cela il a pleu à Votre Majesté, pour vous mieulx satisfaire à vous
mesmes, et à celle fin que les causes de notre souveraine fussent
mieulx entendues, de révoquer la dicte conférance, icy, devant
vous et tels de votre conseil privé qu'il a pleu à Votre Majesté
depputer pour ce faict; en présence de qui nous avons exibé une
protestation par laquelle avons protesté qu'on n'eust à toucher la
couronne, estat, personne ny honneur de la Royne, notre Maitresse,
et que n'entendions nullement procéder judicialement: laquelle
protestation a esté par eulx admise et trouvée raysonable. Mais
l'usurpation est si proffondément enracinée dedans le cueur du
dict conte de Mora et des siens, et leur malice est tant endurcye
et si grande, que, contre le debvoir naturellement deu à leur
souverayne, par la libéralité de qui ilz ont esté toutz advancez
et faictz grandz, et aussy contre leur protestation et la vraye
intention de ceulx qui ont procuré ceste conférance, ilz ont
faucement advancé contre l'honneur de la noble personne de la
dicte Royne, leur souveraine, pensant péner le droict et dignité
de son estat et couronne, tendant jusques à la ruyne de son corps,
par quoy eulx ayant perversement de leur part violé, rompu ceste
conférance, et que la Royne notre Maitresse ne pourroit jamais cy
après uzer de clémance envers eulx, comme aussy leurs indignitez
le requièrent, nous, pour notre part, en considération desdictes
causes, avons juste occasion de rompre et dissoudre la dicte
conférance. Et considéré leurs injures et façon de procéder, qui
est intollérable, semant cy devant secrètement leurs fauces
inventions et faulx scandalle contre l'honneur de notre
Souverayne, et à présent publiquement et désespérémant, ne pouvant
autrement trouver moyen de couvrir leurs exécrables trahisons et
malheureux actes, nous ne pouvons tant oblyer le debvoir que
devons, premièrement, à Dieu, et, après, à notre dicte Souveraine,
que de laysser si légèrement passer leurs pernicieulx, détestables
faictz avecques silance. Mais d'autant que ceste cause touche de
si près à l'honneur et estat de la Royne, notre Maitresse, joint
que nous avons exprès commandemant de Sa Majesté que, en cas qu'il
soit proposé, icy, autre chose que ce qui a esté exposé à Yorc,
qui touche à sa couronne, estat, personne et honneur, de demander
que ce soyt votre plaisir que, d'autant que le dict comte de Mora
et les autres rebelles ont déjà obtenu présence de Votre Majesté
et ont esté admis devant voz commissaires pour calompnier son
honneur, que le mesme soyt accordé à Sa Majesté. Par quoy
humblemant, et affectionnéement, desirons qu'il soyt permis à
notre dicte Souveraine de venir, icy, en propre personne, pour, en
votre présence, devant toute votre noblesse, et aussy en présence
de toutz les ambassadeurs, résidans icy en votre royaulme,
déclairer son innocence, et aussi pour faire entendre à Votre
Majesté les faulxes inventions et calompnies de ses rebelles, pour
la deffence de son honneur; à celle fin que Votre Majesté, et tous
autres princes, et bons subjects, ausquelz la cognoissance de
ceste conférance pourroit parvenir, soient mieulx satisfaitz. Et
nous ne dobtons que, par l'advis de votre plus honorable et plus
sage conseil, Votre Majesté ne nous accorde notre demande, veu que
toute équité et raison requiert qu'il soit plus tôt permis à Sa
Majesté (estant, comme en effect elle est, princesse libre, et
qu'elle est venue en cestuy votre royaume sur la confiance que Sa
Majesté a heu qu'elle, qui est votre bonne seur et plus proche
cousine du monde), de venir en présence de Votre Majesté pour
déclarer son innocence, que d'avoir permis à sesdicts rebelles de
faucemant calompnier son honneur en son absance. Nous desirons
aussi, au surplus, que, puisque des rebelles ont entreprins de
faucement et témérayremant accuser Sa Majesté contre le droict de
Dieu et nature, elle estant leur Souveraine et Maitresse, que, par
authorité de Votre Majesté, ilz soient arrestez icy pour respondre
aux crimes qui leur seront mis sus, et qu'il plaise à Votre
Majesté nous donner response, affin que, selon que notre devoir le
commande, et que l'exprès commandement de Sa Majesté le requiert,
nous luy donnons advertissement de ce que nous sera respondu.
CE QUE L'ÉVESQUE DE ROS A COMPRINS, de la response de la Royne
d'Angleterre, sur sa protestation baillée en langaige escouçois,
et traduict en françois, comme l'on a peu.
A Hantoncourt, le XVIe de décembre 1568.
Le sommaire de la response faicte par la Majesté de la Royne
d'Angleterre à l'évesque de Ros, lord Boyd, lord Heris et l'abbé
de Kylindin, en la présence de Mr. le garde du grand scel, le duc
de Norfoc, le marquis de Norhampton, le comte de Suesex, Bethford
et Lestre, le Sr. Clinton admiral, et le lord Havard chamberlan,
Sr. Guillaume Cecile chevalier, premier secrétaire, Sr. Raff
Sadelle chevalier, chancelier de la duché de Lenclastre, et Sr.
Vualter Videlmar chevalier, chancelier de l'eschiquier, a esté que
la requeste, par nous présentée à Sa Majesté, tendoit à deux
points:
Le premier, qu'il fust permis à la Royne, notre Maitresse, venir,
en personne, en présence de la Majesté de la Royne pour, là,
pouvoir respondre à toutes et telles choses qui pourroient être
objectées à l'encontre d'elle;
Le segond, que, s'il ne luy estoit permis ce faire, qu'il ne fust
point permis d'entrer en plus grande conférance sur ce faict.