Départ d'une expédition maritime.--Conseil dans lequel a été

agitée la question de la guerre contre la

France.--_Consultation_ sur six articles prétendus tirés des

remontrances de la reine d'Écosse.

AU ROY.

Sire, pour vériffier ce que, par postille, j'ay adjouxté à mes

dernières, du Xe du présent, touchant Me. Oynter visadmiral

d'Angleterre, j'ay, despuis, envoyé sçavoir, au vray, s'il estoit

encores party de la coste de deçà: et m'a esté rapporté, Sire, que,

pour certain, il a faict voile avec les iiij grandz navires de ceste

Royne, et disent aulcungs que c'est vers la Guyenne droict à la

Rochelle, pour consigner au prince de Condé les canons, poudres et

munitions, dont cy devant je vous ay amplemant escript. Autres disent

qu'il est allé relascher derechef vers le cap de Cornaille à Falamue,

d'où n'y a qu'ung traject jusques à la Rochelle. Autres veulent

présumer qu'il est allé à Blaye. Quoy que soit, Chatelier Portault

estoit, de bien peu de temps, party devant luy de Plemmue, avec six

petitz vaisseaulx équippez en guerre, où il y a de quatre à cinq cens,

que François, que Flammens, et peuvent estre, en tout, tant de

mariniers qu'autres, en ceste flotte, environ mille ou XIe hommes;

mais n'y a assez d'Anglois pour mectre en terre, ny mesmes suffizant

nombre pour la garde et conduicte desdictz grandz navires. Je n'ay

encores descouvert davantage de leur entreprinse que ce que je vous en

ai mandé, le XXIXe du passé, tant y a que plusieurs argumans me

confirment de croire que ceste Royne n'entreprandra, pour encores, de

vous fère ouvertemant la guerre; premièremant, pour ce qu'elle a ung

meilleur object où adresser ses entreprises dedans ceste mesmes isle,

trop plus aysé et moings dangereux pour elle que ne seroit cestuy cy,

qui est l'Escoce, où elle et les siens monstrent avoir grand affection

d'y fère, sur la présente occasion de leurs troubles, leurs besoignes.

Puis il semble que le principal chef Onniel[38], lequel a esté

déclairé nasguières successeur de l'autre grand chef Onniel dernier

décédé, apreste à la dicte Dame en quoy entendre en Irlande, ayant

desjà faict amas de gens pour rebeller le païs, de sorte que d'icy

l'on envoye gens à mylor Sidene, gouverneur d'Irlande, pour y

remédier, et le comte d'Ormont s'apreste pour y passer du premier

jour. Il est vrai que ceulx cy ne font grand cas de ceste révolte,

mais le principal argumant où je me fonde est que j'ay entendu,

d'assez bon lieu, qu'après que le conseiller Cavagnies et les

messagers du conte Palatin, du duc de Deux Pontz et du prince

d'Orange, ont esté ensemblemant et séparéemant ouys, et qu'ilz ont heu

pressé ceste Royne, et ceulx de son conseil, de se déclairer en la

cause desditz princes, remonstrans qu'elle et eulx avoient double

intérest de s'y joindre; premièremant pour leur religion qu'ilz

avoient commune, et dont la conscience les obligoit toutz ensemble de

la deffendre, et puis pour chasser les Espaignolz des Païs Bas,

lesquelz, s'ilz y prènent une fois pied, et y establissent leur

domination, ne seront moings molestes à l'Angleterre que au reste de

la basse Germanye, et n'y laisseront les privilèges des Anglois si

entiers comme s'ilz en estoient déhors.

[38] Les seigneurs de Shane O'Neale, famille très-puissante dans

le nord.

Il a esté proposé en ce conseil si l'on debvoit ouvertemant commancer

la guerre à la France, ou bien demeurer en la paix qu'on a avec elle;

car, quant aux Païs Bas, ceulx cy trouvent assez d'excuses de n'y

toucher aucunemant. Sur quoy aulcungs ont remonstré qu'à cause des

empeschemans que le prince de Condé, et ceulx qui luy viennent

d'Allemagne, pourront donner à Votre Majesté dans le pays, il ne

pourra estre que vos costes et frontières de mer de deçà ne demeurent

aucunemant despourveues, de sorte qu'il leur sera aysé d'empourter

quelque place, laquelle, possible, leur fera ravoir Callais; et qu'au

moings, on debvoit promptemant armer toutz les grandz navires de la

dicte Dame pour se fère maistres de ceste mer, par où l'on pourrait

pourter faveur à ceulx de la nouvelle relligion, qui menoient la

guerre quasi sur le bord d'icelle, et se revancher au moings des maulx

et prinses que les François leur ont faictes, et qu'il y avoit

plusieurs particuliers qui forniroient deniers, et armeroient à cest

effect des navires à leurs despans. Mais Me. Cecile, encor qu'il

favorise extrêmemant ceulx de la nouvelle relligion, a respondu qu'il

failloit bien pezer une telle entreprinse, et, avant fère à bon

escient l'ouverture de cette guerre, regarder si la cause en seroit

légitime, et si l'on auroit moyen de la maintenir, estant besoing,

avant toutes choses, de bien justifier l'ung, et avoir faict tout à

loysir de bons préparatifs pour l'autre; avec ce, qu'il estoit à

craindre que commanceant, à ceste heure, une guerre bien que utille et

bien fondée contre la France, il ne leur en vînt encores une autre sur

le bras du costé d'Espaigne, et qu'il ne sembloit qu'en France, ny en

Flandres, les choses allassent en façon que la Royne, leur maitresse,

deût estre guyères conviée de s'en mesler, ny d'entrer pour ce regard

plus avant en despence, bien estoit d'advis qu'elle usast par

parolles, et autres moyens, d'aucunes bonnes démonstrations, pour

favoriser ceulx de sa religion, et tenir les autres, qui portent les

armes contraires, en quelque suspens. Laquelle opinion a été suyvie

des contes de Leyster et de Pemtrot; conforme, à mon advis, à

l'intantion de la dite Dame; et ainsi, le dict Cavaignes et les

messagers des princes sont demeurez sans résolution, avec seulement

quelqu'espérance que leurs maitres ne seront abandonnez de ce qui se

pourra faire pour eulx par deçà, que j'estime sera de quelque crédit

de ceste Royne, et de ce que, secrètement, et sans se déclairer, elle

pourra aider leurs entreprinses.

Aussi estoit advenu peu auparavant qu'un sire Jehan Paulard, tenant

propos en une des principales tables de ceste court, du voyage qu'ung

Me. Henry Chambrenant, son parant, fils du visadmiral de Cornaille,

personnage assez estimé de deçà, avec d'autres gentilsomes anglois

avoient faict, pour leur plésir, en ceste guerre de France devers le

prince de Condé, dict qu'il n'avoit voulu laisser passer une si belle

entreprinse, et si digne de gens de leur relligion, comme celle du

prince de Condé, sans y aller acquérir de la repputation aux armes,

pour sçavoir quelque jour fère meilleur service à leur maitresse; et

ung des grands, qui estoit là, voulant couvrir le dit voyage, luy

respondit qu'il ne sçavoit bien la cause pourquoi ces gentilshommes

anglois avoient abordé en France, que ce n'avoit esté que par force de

temps, et ne s'y estoient arrestez que pour refère leurs vaisseaulx,

et pour fère, pendant qu'ils estoient sur le lieu, quelque provision

de bon vin pour eulx et pour leurs amys. Et comme, ce soir mesmes,

eust esté rapporté à ceste Royne qu'aucungs des dicts Anglois avoient

été prins en ung rencontre, et qu'on les avoit incontinent faict

pendre, dont elle avoit dict en colère que ce n'estoit acte de gens de

guerre, ains de borreaulx, et qu'elle s'en vengeroit; deux des

principaulx de son conseil luy respondirent qu'elle debvoit mettre

cela sous le pied, sans en fère semblant, parce que les trettés de

paix permettoient à Votre Majesté d'en user ainsi, et qu'on ne debvoit

penser que vous les feissiez moins rigoureusement tretter que les

subjects naturelz, qui portent les armes pour le prince de Condé,

desquels ne faillioit doubler qu'on n'en feît autant pendre qu'il s'en

pourroit attraper: à quoy elle acquiessa aysément. Qui sont toutz

argumans qui me font juger que ceulx ci n'ont aucung dessain de guerre

ouverte, pour le présent, contre Votre Majesté; et qu'ilz attandront

quelque bonne occasion pour eulx de la vous commancer, ne faisant

doubte, si voz affères alloient fort mal, que la mauvaise affection

que, possible, ils nous portent ne leur en fît bientost trouver

quelcune.

L'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, avec lequel j'ay bonne

intelligence, m'a mandé, ce matin, qu'il s'en alloit trouver ceste

Royne, pour, entre autres choses, luy fère une bien vifve remonstrance

de la part du Roy Catholique, son maitre, qu'elle n'ait à vous

travailler, ny molester, en façon du monde, durant ceste guerre, que

vous avez avec vos subjets; et que desjà, de lui mesmes, avant que son

maitre luy en eust rien mandé, il avoit faict cest office, et, à son

retour, il me fera entendre la response de la dicte Dame; laquelle,

avec tout ce qui sera survenu de nouveau, je vous feray entendre par

mes premières, ensemble ce qui surviendra d'Escoce, ayant quelque

advis, bien que non encores assez certain, que les contes d'Arguil,

d'Haran le jeune, d'Hontele, d'Atel, et mylor de Seton se sont jointz

contre le conte de Mora, lequel est ici, et qu'ils l'ont desjà faict

publier traitre et rebelle, et ont prins ses maysons. Sur ce, etc.

De Londres ce XVe de décembre 1568.

A LA ROYNE.

Madame, je ne vous ennuyeray de redite sur les particularitez que

j'escrips présentement en la lettre du Roy, et feray ceste cy de tant

plus briesve qu'il ne s'offre, pour ceste heure, autre chose que cela,

qui soyt digne d'en rendre compte à Vos Majestés, seulement

adjouxteray que les propos, que m'avez faict tenir à ceste Royne,

semblent l'avoir rendue aucunement bien disposée en l'endroit de vos

présente affères, et j'en ay fait part du tout au conte de Leyster,

qui m'a monstré ne porter en son cueur le faict de ceulx qui ne vous

rendent toute obéyssance. Vous pouvez penser, Madame, que ces

messagers des princes, dont je fais mencion en la lettre du Roi, ne

cessent de presser et solliciter vivemant ceste Royne en faveur de

ceulx qui les ont envoyés, et que la présence de Mr. le cardinal de

Chastillon leur est une grand assistance pour impétrer d'elle ce

qu'ils demandent, dont semble estre assez requis qu'il vous plaise me

fère administrer de quoy pouvoir plus souvant demander audiance à la

dite Dame, que je n'ay argumant de moy mesmes de l'ozer fère, ou soyt

pour luy rendre compte de ce qui succède chascung jour en France, ou

de ce qui survient d'ailleurs, ou bien d'autres occasions, affin

qu'avec ces entretènemens, qui certes sont deuz à la paix et amytié

qui est entre Vos Majestez, je la puisse toutjours contenir de ne se

déclairer plus avant qu'elle ne doibt pour l'entreprinse des autres;

car despuys que suys icy je n'ay heu ung seul mot de lettre de Voz

Majestez, ny mesmes aucung adviz si avez receu cinq dépesches, que je

vous ay faictes du XVIe de novembre en çà, en quoy, oultre que les

choses sur lesquelles je vous ay requis de me faire entendre votre

commandement restent imparfaictes, je demeure encore sans adviz, et

comme assez confuz des autres affaires que je debvrois, d'heure en

heure, négocier pour votre service, bien que je ne me rende pour cela

ny moings diligent ni plus paresseux en icelles.

Au surplus, Madame, entendant que ceulx de ce conseil avoient envoyé

devers les advocatz et gens de lettre de ceste ville pour avoir leur

adviz sur le faict de la Royne d'Escoce, j'ay mis peyne de sçavoir en

quoy ils prétendent terminer ses affaires, et ay trouvé, par les

raisons du droict, que les dicts advocatz ont données, qu'ilz se

veulent attribuer beaucoup plus de jurisdiction sur ceste princesse

qu'ilz ne doibvent, comme verrez par les dictes raisons, les quelles

je vous envoye, bien que je pence que ceste procédure demeurera

interrompue à cause de certayne remonstration que les depputez de la

dicte Dame ont faict de nouveau; et aussi, parce que les armes, à ce

que j'entendz, sont desjà si aspremant reprinses en Escoce, que le

comte de Mora n'aura loysir de parachever icy la poursuite.

Il y a icy ung françois, nommé le Sr. de Perlan, qui est des gardes du

Roy de la compaignie de Mr. de Cossé, lequel Mr. le maréchal de

Dampville a envoyé par deçà avec des montures pour le comte de

Leyster, qui vous supplye très humblement le faire excuser de son

service pendant sa demeure par deçà, le retenant le dict comte pour

renvoyer quelques bestes, qu'il attend d'Irlande, audit sieur

Maréchal, et par ce qu'il mect peyne d'estre cependant utile en tout

ce qu'il peult au service de Voz Majestez, je vous supplye le

gratiffier en sa requête, et je prieray, etc.

De Londres, ce XVe de décembre 1568.

CONSULTATION.

DE LA PROPOSITION que les depputez de la Royne d'Escoce ont

présenté, au nom de leur Maitresse, à la Royne d'Angleterre, et

la quelle elle a renvoyé aux Seigneurs de son conseil, iceulx

Seigneurs ont tiré six articles par les quels semble qu'ilz

prétendent attribuer la jurisdiction du faict à leur Maitresse,

et ont demandé sur ce l'advis des advocatz et gens de lettre de

ceste ville.

LES DICTZ SIX ARTICLES SONT:

1. Que la Royne d'Escoce demande estre ouye personnellement en sa

cause;

2. N'advouant toutesfois qu'autre que Dieu ayt jurisdiction sur

elle;

3. Et qu'elle puysse desduyre son faict devant la Royne

d'Angleterre, sa bonne soeur;

4. En présence de la noblesse du dict pays d'Angleterre;

5. A ce assistans les ambassadeurs de France et d'Espaigne;

6. En ceste ville de Londres.

L'ADVIS DES ADVOCATZ EST:

Quant au premier, qu'il est très raysonnable que chascung soit

ouy en sa cause, nonobstant la constitution du droict canon par

la quelle le juge, qui a entière et certaine vérification du

faict, et qui estime que le criminel n'a que dire au contraire,

le peult condempner absant; et nonobstant aussy l'authorité que

le pape s'est attribuée de pouvoir juger et dispenser les absans;

car cella est contre tout droict divin et humain, n'ayant Dieu

mesmes voulu condempner Adam ny Eve, ni ceulx de Gomorre, absens,

sans les ouyr, encor que leurs délitz luy fussent par trop cognus

et manifestes:

Mais que la protestation, quant au segond, est ridicule, car

cella n'a jamais lieu sinon quant ung criminel, par peur de

prison ou d'autre supplice, craint d'estre contrainct de

respondre devant un juge; mais en ce faict, où le criminel

demande volontairement estre ouy, il admet et approuve

taysiblement la jurisdiction de celuy par devant qui il demande

estre ouy et respondre. Autrement cela serait semblable à une

comédye sur ung théatre, que, la contestation de la cause ouye,

jugemant ne s'en peult ensuyvre, et vaudroit autant proposer la

question de Thiestes et Orestes.

Le troizième semble fort raysonnable, car ce n'est d'aujourd'huy

que les Roys se sont assis pour juger, ains anciennemant les Rois

et Empereurs estoyent les vrays juges ez matières mesmemant qui

concernoient d'autres Roys, comme est ceste cy, ainsi que

Dejotarius voulut estre jugé par Cæsar mesme, et non par autre;

et n'inporte que le sexe semble excuser de tel office la Royne

d'Angleterre, car estant Royne héréditaire elle a authorité et

puyssance de Roy, mesmes en la justice, ainsy que Dethbora, Royne

des Israélites, l'exemple de la quelle suffize sans en admener

d'autres, mesmes que la Royne d'Angleterre est ornée de sçavoir,

de piété et de plusieurs autres grands dons de Dieu, par les

quelz elle régit et modère paysiblement son estat avec admiration

de tout le monde. Mais s'il est ainsi, diront aulcungs, qu'elle

ait à juger ceste cause, elle ne peult honestement dényer à la

Royne d'Escoce sa requeste, qu'elle puysse venir desduyre sont

faict devant elle; mais à ceulx là peult estre briefvement

respondu qu'estant la dicte Royne d'Angleterre dame souveraine en

son païs, ne dépendant de personne, elle peut dényer et accorder

ce que bon luy semblera, et encores de tant que pour son

honnesteté et vertu elle a coustume ne rien fère que par advis de

son conseil affin qu'il soyt approuvé d'un chascung, son dict

conseil sera d'advis, sellon droict et raison, qu'elle garde en

cella la coustume de son royaulme, par laquelle, de tout temps,

l'on a veu observer que le Roy na jamais esté juge ès causes

criminèles; ains a toutjour constitué juges ayant plaine liberté

de consciance pour juger sellon icelle: avec ce, que la Royne

d'Escoce ne demande que la Royne d'Angleterre soyt juge en ceste

cause, mais seulement spectateur d'icelle, sans authorité d'en

décider, ce que, encor qu'il soyt ridicule, néanmoings la Royne

d'Angleterre a juste occasion par là de s'excuser, si bon luy

semble, d'y assister en personne, et suyvre en ce jugement, comme

ez autres, l'ancienne façon de son royaulme et de ses

prédécesseurs, ou bien uzer comme le Roy de France, le quel,

quant il ordonne des juges en cas de grand importance, en

matière de crimes, il veult voir la sentence ou arrést avant

estre prononcé, affin de l'approuver, ou changer, ou dimynuer en

quelques pointz, sellon qu'il luy semblera, ou qu'il trouvera,

par l'advis de la cour où il le communiquera, se debvoir faire.

N'y a raison au quatrième article de requérir que la noblesse du

païs soit présente, car ny de coustume, ny de loy, les seigneurs

sont accoustumez d'assister à tel jugemans, et de tant que

l'affaire sera de longueur grande, il reviendroit à une peyne et

fascherie inestimable de retenir si long temps ce grand nombre de

seigneurs de tant de divers et loingtain païs. Bien pourra la

dicte noblesse, à la requête de la dicte Royne d'Escoce, eslire

certain nombre d'entre eulx pour assister à ceste cause ez lieux

deuz et comodes, car d'assister par tout, il seroit absurde de le

requérir par ce que, de droict, les juges peuvent et doibvent se

retirer, quelquefois et souvant, à part entre eux, pour aucunes

particulières occasions.

Aussi peu de raison a le cinquième article que les ambassadeurs

assistent à l'affaire, car cela est en vain et superflu, de tant

qu'en tout jugemant de cause il n'y a que le demandeur, le

deffendeur, le juge, le greffier et les tesmoings. Or, ne

sont-ilz ne l'ung ne l'autre, et n'y peuvent estre appellez, pour

occasion que soyt, que comme un infinité d'autres, c'est

assavoir, espectateurs de la fable, au quel cas on leur pourra

permètre s'y trouver en lieu, où publiquemant chacun sera

souffert.

Touchant ce que, par le VIe article, elle desire que ce soyt à

Londres, sa demande n'est inpertinante d'autant que c'est

l'ancien pallais des Roys et siège de la justice, et d'aller

ailleurs luy seroit suspect, aussy qu'en ce lieu elle aura

comodité de gens de sçavoir et de conseil, comme est requis en

cas de telle inportance, et n'est lieu récusable à nulle des

parties. Il est vray que le dict lieu est à estre observé en la

prononciation de la sentence diffinitive, mais n'inporte où

l'instruction du procès soyt faicte, car la Royne d'Escoce

pourra, pour ce regard, appeller les gens de sçavoir et de

conseil de Londres ailleurs, et le bruyt de peste pourra servir

d'occasion légitime de donner autre lieu pour la procédure, si

ainsi semble bon.

PUIS EST ADJOUXTÉ:

Nous estimons ceste volontaire offre d'estre ouye si importante

que sommes d'advis qu'on luy concède tout ce qu'elle demande; ne

contrevenant en rien à la Royne d'Angleterre, et ne préjudiciant

à Sa Majesté, affin que personne n'ait que dire de la façon de

procéder qu'on aura tenu en cette affaire.

VIIe DÉPESCHE

--du XXIe de décembre 1568.--

(_Envoyée par Jehan Vallet à Calais._)

Détails sur l'expédition maritime.--Déclaration d'Élisabeth à

l'ambassadeur d'Espagne à l'égard de la France.--Affaires

d'Écosse.

AU ROY.

Sire, je n'ay receu, jusques au XVIIIe du présent, celles qu'il vous a

pleu me faire du Ve, à cause que le passage a esté empesché, six ou

sept jours durant, par les neiges et broillardz, que nul ne s'est ozé

mettre en mer, et croy que cella aussi aura esté cause que Votre

Majesté n'aura si tost receu les miènes dernières, du XVe de ce mesme

mois, par les quelles je vous donnois certain advis du partemant de

quatre grands navires de ceste Royne soubz Me. Oynter, et de six

autres petitz vaysseaulx équippez en guerre souz Chatellier Portault

et souz le cappitaine Sores; aux quelz j'ay entendu, Sire, s'estre

despuis joint ung pirate anglois, nommé Bos, avec quatre autres petitz

navires de guerre; et que certain pirate, aussi Anglois, nommé

Forbouche, s'apreste pour le suyvre, mais le nombre tant de François,

Flammans que Anglois, qui sont en toute ceste flotte ne monte à plus,

comprins les mariniers, que à mille ou XII{c} hommes, et de ceulx là n'y

a point d'Anglois pour mettre en terre. Les officiers de Plemmue se

sont mis en debvoir, ainsi qu'on m'a dict, de faire bailler pleige au

dict Bos, et en demandent aussi au dict Forbouche, à la requête des

marchands de ce païs, qui monstrent estre fort desplaisans de ces

pilleries, qui se font sur voz subjectz, ayant entendu que leur

flotte, qu'ilz avoient envoyée à Bourdeaulx pour le vin, a esté bien

receue, et qu'elle s'en revient sans empeschement avec la provision

des dicts vins. Dont une autre flotte, d'envyron LXX navires,

entendant cella, est partie en équipage seulement de marchans, souz la

conserve des dicts grandz navyres de ceste Royne, pour aller aussi

charger du vin au dict Bourdeaux; faisant par là démonstration, le

dict Me. Oynter, qu'il est seulemant en mer pour asseurer la

navigation aux subjectz de sa Maitresse. Aussi m'a l'on rapporté,

despuys hier, que le dict Chatellier et les autres pirates vont

séparez de luy, et se tiennent à l'escart, sans esloigner guyères la

coste d'Angleterre, et que les lettres de marque que les Michelz de

Plemmue avoient pourchassées contre aulcungs Bretons, comme j'ay cy

devant escript, ont esté révoquées et arrestées, leur ayant esté

respondu qu'ilz se pourveussent d'eulx mesmes, le mieulx qu'ilz

pourroient, par autres moyens.

L'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, m'a dict qu'ayant faict

vivemant l'office que son Maistre luy avoit commandé d'admonester

ceste Royne de ne vous travailler ny molester aucunement pendant ceste

guerre, que vous avez contre le prince de Condé et aulcungs de voz

subjectz, qu'elle luy avoit respondu estre tout entièremant votre

bonne et grande amye, desirant la prospérité et establissemant de voz

affaires, et qu'elle n'avoit garde de nuyre ny se déclairer contre

vous; mais qu'elle ne pouvoit abbandonner ceulx de Chatillon, qui, dès

long temps, estoient ses amys; et luy vouloit bien dire aussi qu'elle

tenoit ceulx de la maison de Guise pour si déclérés ennemys d'elle et

de son estat, qu'elle ne se pouvoit assurer, voyant qu'ilz avoient

grand authorité tant aux armes que au conseil en France, mesmes qu'il

estoit eschappé à quelcung de votre conseil de dire, qu'après que vous

auriez appaysé et remis les choses de la relligion en votre royaulme,

vous entendriez incontinent faire le mesmes en Angleterre, et qu'elle

aymoit mieulx prévenir qu'estre prévenue. De quoy, Sire, je luy

toucheray ung mot en ma première audiance, qu'elle m'a accordée à

mercredy prochain, et luy remonstreray doulxemant que le debvoir de

votre mutuelle amytié l'oblige de s'adjoindre à voz présentes

intantions, sans mectre en aulcung compte ny l'amytié ny la ayne

qu'elle pourroit avoir à aulcungs de voz subjectz, mesmes que vous

n'avez prétendu ny prétandiez rien de particulier en ceste guerre pour

eulx, ny autre chose quelconque, que de recouvrer l'obéyssance de voz

subjectz, et de mètre votre estat en repos: dont ce qu'elle me

respondra et autres occurrances, je vous donray advis par mes

premières, aydant le Créateur, au quel je supplie, après avoir, etc.

De Londres ce XXIe de décembre 1568.

Le dict ambassadeur d'Espaigne escript à don Francès cest office,

qu'il a faict pour Votre Magesté envers ceste Royne, et la response de

la dicte Dame, de quoy, Sire, le porriez gratiffier de quelque bonne

parolle de mercyement quant le dict don Francès vous en parlera.

A LA ROYNE.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, tome premier Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 6 / 34 段