La dicte Dame me respondit qu'elle prenoit pour ung grand tesmoignage

de votre amytié, et de l'estime que vous aviez de la sienne, de luy

avoir faict donner si bon compte de vos présentes et plus importantes

actions, de quoy elle vous mercyoit de tout son cueur, et qu'elle

estimoyt que c'estoit encores des restes de la négociation de Mr. de

Rênes, par lequel elle pensoyt toutesfois vous avoir mandé une si

bonne response sur ce qui n'avoit esté bien entendu du message qu'elle

vous avoit faict fère par son ambassadeur, qu'elle s'assuroit que vous

en seriez demeurés contans, et qu'elle me vouloit franchemant dire

que, dans son cueur, elle justifyoit Voz Majestez sur tout ce que,

pour maintenir votre authorité, et pour avoir l'obéyssance qui vous

est deue, vous avez entreprins en votre royaulme, estimant que vous

portiez à votre estat et à vos subjectz la mesmes affection qu'elle

avoit au sien et aux siens; et qu'elle ne vouloit tant présumer de la

façon, dont elle avoit uzé à gouverner son estat, que vous en eussiez

rien voulu imiter au vôtre; car encor que, du commancemant, estant

meue du seul zèle de l'honneur de Dieu, et de sa consciance, elle eust

estably, sans aulcung contradict, le règlemant de sa religion dedans

son royaulme, souz lequel ses subjectz avoient despuys vescu en grand

repoz, sans rien sentir de ces orages qui s'estoient eslevez tout à

l'entour d'eulx, si ne pouvoit, à son advis, quadrer son exemple à

celui dont Voz Majestez aviez présentemant uzé, car ne luy estoit

jamais advenu de changer ces édictz, ny en la relligion, ny en autre

chose, là où il sembloit que, pour contanter d'autres princes, vous

n'aviez maintenant faict de difficulté d'abatre l'authorité des

vôtres. Puys, bayssant la parolle, continua me dire qu'elle croyoit

certainemant que les feuz roys, voz prédécesseurs et siens, et les

autres princes et potentatz, qui avoient cy devant régy la chrétienté,

avoient cognu, aussy bien que ceulx qui régnoient maintenant, que

l'églize et la religion avoient heu, de leur temps, besoing de

réformacion, mais n'y avoient voulu toucher, prévoyans que, quant cela

viendroit, il admèneroit les troubles que nous voyons, et que, si son

advis eust esté digne d'être receu de Voz Majestez, elle vous eust, du

commancemant, conseillé que, puys que Dieu estoit invoqué en l'une et

en l'autre relligion, que vous n'en eussiez jamais permis que l'une,

mais puysque déjà vous aviez au proffit et instance d'ung grand nombre

de voz subjectz ottroyé les deux, elle avoit opynion que, sellon le

dire des anciens, encor que la loy en fust ung peu dure, que vous la

debviez néanmoings avoir supportée quelque temps, et ne la rompre

ainsi à l'appétit des ungs, sans avoir premièremant pourveu à

l'intéretz des autres, mesmes en temps que les armes estoient desjà

prinses, qui semblent, par là, estre maintenant dressées contre tous

ceulx qui font proffession de mesmes relligion, et qu'elle ne le

disoit toutesfois pour pourter davantage le faict de ceulx cy, car

elle n'avoit obligation à eulx, ny espérance en leurs forces,

s'appuyant seulemant sur la faveur de Dieu et de l'estat qu'èle tenoit

de luy, et sur la bienvueillance que, par bienfaictz et bons

trettemans, elle s'estoit acquise de ses subjectz, ny ne vouloit aussi

par là taxer en rien l'ordre et sage conduicte de voz affères, ayant

respondu à quelques ungs, qui disoient desirer que la France fust

aussi bien governée qu'estoit l'Angleterre, qu'elle tenoit votre

prudance pour trop plus esprouvée que la sienne, et que, si

quelqu'autre prince, quel qu'il soyt, en la chrétienté, non que une

simple femme, comme elle est, heust heu à démesler de telles

difficultez que vous, il s'y fust possible, trouvé plus empesché, et,

possible, fust tombé en plus d'inconvénians qu'il n'en estoit advenu à

Voz Majestez, qui, pour toutes ces sublévations, guerres et doubteux

combatz, n'aviez encores perdu un seul pied de terre; mais qu'elle

m'avoit tout ouvertemant voulu dire son opynion sur ce que je luy

avois proposé, bien qu'estant Royne, comme elle est, elle ne pouvoit

en rien se sentir si conjointe ne si intéressée en la cause des

autres, comme elle faisoit en celle de Vos Majestez, en laquelle vous

pryoit croire qu'elle procèderoit, avec autant de bonne intantion et

de droicteure, comme si elle avoit l'honneur d'estre une segonde mère

du Roy.

Je ne vouluz entrer en reppliques, parce qu'ayant la dicte Dame faict

son parler assez long, j'eusse outrepassé la mesure d'une audiance;

seulemant la pryai de croyre que vous n'aviez prins les armes, ny

faict votre édict, à l'appétit d'autres princes, et moings à

l'instance d'aulcungs particuliers, mais que cela estoit procédé du

seul mouvemant de Voz Majestez, qui ne prétandés autre chose par là,

avec l'honneur de Dieu, que de restablir votre royaulme, et recouvrer

l'obéyssance de voz subjectz, l'assurant, au reste, qu'elle trouveroit

toute correspondance de bonne et ferme amytié en Voz Majestez. Et

affin d'y procéder plus clairemant, je la supplioys qu'elle vous

voulût fère entendre à quelle entreprinse elle dépeschoit ces quatre

ou cinq navyres de guerre qu'elle avoit naguères faict armer.

Elle me respondit qu'elle ne faisoit doubte qu'on ne vous eust faict

plusieurs rapportz là dessus, mais elle vous prioyt de croire que

c'estoit seulemant pour l'occasion des marchandises, que ses subjectz

avoient à porter et rapporter de Flandres, et pour la flotte qu'ilz

avoient envoyée pour les vins à Bourdeaux, qui estimoient le tout

estre en danger à cause des pirates, et Portugais, et de tant de gens

de guerre, qui passent et repassent maintenant en ceste mer, dont

n'avoit peu fère de moings que d'accorder à sesdictz subjectz quatre

de ses navyres pour rendre la navigation assurée, et que ce n'estoit

pour vous porter aulcung dommage.

De faict, Madame, la patante, qui a esté dépeschée à mestre Oynter

visadmiral, pour la charge desdictz navyres, ne porte autre chose que

cella. Bien ay je entendu qu'on luy a baillé une autre commission, à

part, qui est seulemant signée de la main de la dicte Dame, en faveur

de ceulx de la Rochelle.

Pour la fin, je dis à la dicte Dame, que je ne voulois conclurre mon

audiance sans une très expresse recommandacion, que Vos Majestez

m'aviez commandé luy fère, pour la Royne d'Escoce, et pour ses

affères; ny sans la remercyer, de votre part, du secours qu'elle luy

avoit prommis, si bon et si grand qu'elle n'auroit besoing d'en

demander à nul autre prince, pour estre remise en son estat, dont la

pryoys vouloir accomplir, par oeuvre, ce qu'elle luy avoit promis de

parole; affin que ceste princesse eust occasion de louer Dieu de la

confiance et refuge, qu'elle auroit trouvé en la dicte Dame.

A quoy elle me respondit qu'elle délibéroit certaynemant donner tout

le secours, qu'en bonne consciance et sans la maculer, elle pourroit à

la Royne d'Escoce, et qu'elle ne voudroit, pour chose du monde, que

ses paroles en cela vinssent à estre démentyes de ces effectz, et

qu'elle accompliroit les promesses qu'elle luy avoit faictes, dont

estoit après à fère voir le discours de son faict aux plus grandz et

plus notables personnaiges de son royaulme, affin que, s'ilz la

jugeoient estre en bonne cause, il ne luy fust rien espargné, de ce

qui seroit en son moyen et puissance, pour la remètre en son estat.

Aussy s'ils trouvoient qu'il ne fust ainsy, qu'on l'excusât si elle ne

luy donnoit la consolation que son honneur et sa consciance ne luy

pourroient permètre, et qu'elle supplyoit Voz Majestez de n'adjouxter

foy à aulcung rapport qu'on vous fist de cest affère jusques à ce que,

par son ambassadeur ou par quelque autre gentilhomme qu'elle

envoyeroit exprès devers vous, elle le vous feroit entendre, estant la

qualité de la personne et de la cause, dont il estoit question, si

grandes qu'elles ne debvoient passer sans l'advis et approbation des

plus grandz princes de la chrétienté.

Sur ce, en prenant congé de la dicte Dame, je luy dis que les yeux de

toutz les gens de bien du monde estoient tournez sur les déportemans

dont elle useroit au soulagemant des afflictions et adversités de

ceste princesse, que Dieu avoit humiliée souz le reffuge de la bonté

et humanité qu'elle avoit espéré trouver en elle. Et comme, en sortant

de la chambre, je saluois le duc de Norfoc, elle le fit appeller, et

les sieurs commissaires de cest affère, qui estoient venuz ce mattin

de Londres, pour leur remonstrer quelque chose là dessus, lesquelz

elle dépescha, le soyr mesmes, dont despuis ilz ont vacqué deux jours

à leur commission.

J'ai bien voulu, Madame, vous rendre cest ample compte des propoz de

ceste princesse, quasi au mesmes paroles et mesmes ordre qu'elle me

les a dictz, affin que vous cognoissiez que je n'ay failli à voz

commandemantz, et que puyssiez juger par iceulx ce qu'elle peult avoir

en son intantion. Cepandant je prendray garde, tant quil me sera

possible, à ses effectz; et prieray Dieu, etc.

De Londres ce Ve de décembre 1568.

Ve DÉPESCHE

--du Xe de décembre 1568.--

(_Envoyée par Jean Pigon, dict le Tourne._)

Victoires remportées en France par Monsieur, frère du roi, et par

le duc d'Aumale.--Remontrances présentées à Élisabeth au nom de

la reine d'Écosse.

AU ROY.

Sire, par voz lettres à monsieur de La Forest mon prédécesseur, du

XXIIIe du passé, lesquèles il a receues en chemin, et me les a

envoyées icy, j'ay heu confirmation de la bonne nouvelle de ces deux

victoires qu'il a pleu à Dieu vous donner, l'une en Guyenne par les

mains de Monsieur, frère de Votre Majesté, et l'autre en Lorrayne, par

les mains de Mr. d'Aumalle, toutes deux bien à propoz pour rellever

voz affères en votre royaume, et pour leur donner repputation envers

les estrangers. Je les ay représentées à ceste Royne en la mesme

vérité de voz lettres, non du tout semblable à plusieurs autres récitz

que je sçay qu'on luy en avoit faict, et luy ay dict qu'estimant Votre

Majesté ceste journée n'apartenir à vous seul ains estre au commung

proffit des autres légitimes princes de la terre, vous en aviez

incontinant voulu fère part à elle, comme à votre principale alliée et

confédérée bonne seur, ayant opynion qu'elle en recepvroit plaisir,

tant pour la bonne affection qu'elle pourtoit à la prospérité de vos

affères, que pour voir qu'il plaisoit à Dieu monstrer, à ceste heure,

ung juste jugemant sur l'équité de votre cause contre aulcungs de voz

subjectz, dont espériez que l'exemple en serviroit aussy à contenir

les siens. A quoy la dicte Dame m'a respondu qu'elle louera toujour

Dieu des bons et heureux succez de voz affères, mesmes en ce qui

reviendra à la conservation de votre grandeur et authorité sur voz

subjetz, qui ne pouvoit estre que cecy ne servyst aulcunemant à

establir et confirmer l'obéyssance des autres princes sur les leurs,

bien que pour son regard elle n'estoit en aulcune peyne ny deffiance

des siens, et qu'elle vous mercyoit grandemant du soing que Votre

Majesté avoit heu de lui en fère entendre le discours, qui ne

l'eussiez peu mander à personne de ce monde qui en receût plus de

plaisir qu'elle faysoit, bien qu'elle ne vouloit laisser de me dire,

qu'encore qu'elle n'eust aucune pratique ny cognoissance en France, si

avoit elle tant ouy parler de la beauté de ce royaulme, et des

illustres races et grand noblesse d'icelluy, qu'elle avoit ung très

grand regrêt d'en entendre ainsi la désolation et les grandz meurtres

que s'i commettoient; et qu'elle heust voulu de bon cueur que Vos

Majestez heussent bien prins la bonne intantion dont elle avoit uzé à

procurer la paix: mais ce seroit quant il plairoit à Dieu, qui en la

fin y feroit venir, comme elle espéroit, beaucoup de bien de tant de

maulx que les hommes y commettoient. Je luy ay reppliqué que Voz

Majestez avoient essayé toutz autres moyens pour cuyder esviter ceulx

cy, mais qu'enfin vous aviez esté contraintz de recourir à ces

extrêmes remèdes, lesquelz espériez que seroient salutaires à vous et

à votre royaulme.

Or, Sire, le seul bruyt qui estoit desjà venu, bien qu'incertain, de

ces victoires, le XXe du passé, avoit engendré je ne sçay quel

changemant aux volontés et délibérations de ceulx cy, qui

commençoient, en aulcunes choses, procéder plus considéréemant ez

affères de la Royne d'Escoce, et aller, en d'autres, plus retenuz

envers le conseiller Cavagnies, qu'ilz n'avoient encores faict. Ce que

sentans, de leur costé, les parties adverses de la dicte Royne

d'Escoce, ils ont uzé d'une extrême sollicitation et dilligence, ces

jours passez, envers leurs commissères, pour fère déterminer aucungs

pointz qui seroient de grand préjudice à la dicte Dame, s'ilz se

résolvoient par l'opynion de ceulx qui ne veulent son bien. Et le dict

Cavaignes ayant mis grand peyne d'amoindrir, tant qu'il a peu, voz

victoires, pour soustenir la réputation des affères de monsieur le

prince de Condé, a vifvemant procuré que certain eschange de séel,

qu'il a offert pour des pouldres et salpêtres se conclûd; mais ny

l'ung ny l'autre n'a encores obtenu sa demande, bien que je ne fays

doubte que bien tost ilz n'y parviènent, parce que ceulx qui ont icy

plus d'authorité portent grandemant leur faict. Et Mr. le cardinal de

Chastillon a esté le IIIe de ce mois à Antoncourt pour tretter de ces

choses de France, et aussy de Flandres, avec ceste Royne, laquelle

estant sortye, ce jour, à la volerye, il l'alla trouver aux champs, et

le principal propos, qu'à ce que j'entends, il luy tinst, fust de la

persuader qu'elle ne voulût se descourager, ny mal espérer de la fin

de ceste guerre, et qu'elle print confiance de l'équité de la cause,

de la valleur et prudance de ceulx qui la conduysent, et des bons

moyens qu'ilz ont de la soustenir. Je croy que tout cella n'esmeuvera

davantage ceste princesse, et qu'elle attandra aulx évènemans et

effectz, que le temps et les armes conduyront.

Mestre Oynter, avec les IIIJ grandz navires de la dicte Dame, estoit

encores, le VIe du présent, à Plemmue. L'on m'a dict que Chatellier

Portault en estoit party le VII, avec VI vaisseaulx équippez en

guerre, et qu'il manda à ceulx qui luy ont presté de l'argent pour les

armer, qu'il les payeroit bien tost des prinses qu'il feroit en ce

voyage. J'entendz qu'il a esté rapporté à ceste Royne qu'aucungs de

ces gentilshommes anglois, qui estoient allez pour leur plaisir

trouver monsieur le prince de Condé, avoient esté prins en quelque

rencontre, et qu'on les avoit faict pendre, de quoy elle estoit si

marrye qu'elle avoit dict qu'elle s'en vengeroit. Je mettray peyne de

sçavoir mieulx la vérité de ce propoz. L'on a faict en ceste court,

parmy les seigneurs, une cueilhète de cent livres esterlin, qui sont

environ trois centz trente trois escus, pour l'entretènemant des

ministres estrangers, qui sont passez de France, et de Flandres, en ce

pays, et les deniers ont esté mis ez meins de trois, nommez Cousin,

Roches et Meynier, pour les distribuer aux autres.

Les depputez de la Royne d'Escoce, ayant veu la presse et instance que

les parties adverses, comme j'ay dict cy dessus, ont faict, toutz ces

jours, pour fère recepvoir les faictz par eulx proposés contre elle,

affin d'estre admis à les vériffier, ont craint qu'ilz fussent en

cella pourtez par aulcungs des commissères plus principaulx, et, à

ceste cause, ont présenté une remonstrance par escript à la Royne

d'Angleterre, pourtant deux chefs, l'ung qu'elle, estant Royne sur

beaucoup de subjectz, ne souffrît que des subjectz levassent ainsi des

calompnies contre leur Royne, mesmes qu'elle avoit prommis à la Royne

d'Escoce de n'escouter jamais ses rebelles que, premièremant elles

deux n'eussent parlé ensemble. En quoy sembloit que la dicte Royne

d'Escoce avoit occasion de se plaindre de ce que si favorablemant elle

les avoit desjà ouys, mesmes que leur dicte maitresse ne leur avoit

baillé aulcung pouvoir de respondre à leurs dictes calompnies, ny

d'entrer en rien de connivant avecques eulx. Et que la dicte Royne

d'Angleterre, pour le debvoir de sa royale grandeur envers celle de la

Royne d'Escoce, qui estoit de semblable qualité et sa proche parante,

voulût fère arrester prisonniers lesdictz adversaires, comme

crimineulx de lèze majesté, pour avoir trop dict, et trop escript, et

trop prononcé de mal contre leur souverayne. L'autre chef de leur

dicte remonstrance portoit, qu'estant question du faict apartenant à

la repputation, et à l'estat de leur Royne et Maitresse, ilz

requerroient que la Royne d'Angleterre luy donnât lieu et moyen de

venir en ceste ville de Londres pour tretter, et comuniquer, en

personne, avecques elle de ses affères, comme avec sa bonne seur, sans

approuver toutesfois que la cognoissance d'elle, ny de ses dictes

affères, apartînt en rien à la dicte Royne d'Angleterre, bien que,

pour plus grand esclarcissemant de son innocence, elle n'auroit que

bien agréable que toute la noblesse d'Angleterre, et les ambassadeurs

de France et d'Espaigne, y fussent présens. A laquelle remonstrance

ayant la dicte Dame, d'elle mesmes, voulu fère quelques responses de

reffuz, et luy ayant l'évesque de Ros vivemant incisté par raison de

droict et de justice, elle enfin luy a dict, qu'ayant esté toutjour

son intantion de procéder en l'endroict de la Royne d'Escoce, sa bonne

seur, comme elle pryoit Dieu de procéder envers elle, elle remettoit à

ceulx de son conseil la dicte remonstrance comme ung affère très

important, avec commandemant que la raison et équité y fussent

entièremant suyvies. Et ainsi, les commissères se sont rassamblés

trois fois despuys huyct jours, et ont envoyé aulx advocatz, et gens

de loi de ceste ville, entre autres au conseiller Cavagnies, des

articles qu'ilz ont tiré de la dicte remonstrance, affin d'en avoir

leur advis; et, par lesdictz articles ilz prétandent inférer que la

dicte Royne d'Escoce demande estre ouye, en personne, devant la Royne

d'Angleterre, n'aprouvant toutesfois sa juridiction, et que ce soyt en

la présence de la noblesse d'Angleterre, et des ambassadeurs de France

et d'Espaigne, en ceste ville de Londres. Sur lesquelz articles

j'entendz que lesdictz advocatz ont escript aucunes raisons de droict

pour attribuer la juridiction de la personne, et de la matière, à la

dicte Royne d'Angleterre, et estiment ceste volontaire offre de la

dicte Royne d'Escoce d'estre ouye si importante qu'ilz sont d'advis

qu'on luy concède tout ce qu'elle requiert, pourveu que ne soyt au

préjudice de la grandeur et authorité de la dicte Royne d'Angleterre,

affin qu'on n'ait que dire de la façon qu'on aura procédé en ceste

affère, tant y a qu'on obtiendra mal aysémant que la dicte Dame

vieigne tretter, icy, en personne, de ses affères. Ses depputez

s'employent à deffendre vertueusemant sa cause, mesmemant l'évesque de

Ros, Milhor Herys et le sieur de Bethon, et heust esté bon, comme j'ay

escript par mes précédantes, que quelque suffizant advocat heust esté

icy pour leur ayder à desduyre encores mieulx ses droictz, affin de

garder que les commissères n'entreprinssent plus avant sur iceulx

qu'il n'est loysible de le fère; mais semble qu'il ne seroit plus à

temps d'en envoyer à ceste heure, ung de Paris, car les parties, des

deux costez, pressent d'avoir l'expédition de ceste conférance dans

VIII jours, mesmes qu'il s'entand que, pendant leur absance par deçà,

la guerre s'est renouvellée en Escoce, ayant le secong filz du duc de

Chatèlerault surprins quelques chateaus et se préparans les contes

d'Arguil et de Hontèle, et le sieur de Seton, qui est despuys

naguyères sorty du chateau de Lislebourg, à quelques nouvelles

entreprinses, à quoy le comte de Mora se haste d'aller remédier, s'il

peust. Il semble qu'on n'ait trouvé, icy, le comte de Mora si facile

qu'il ait voulu condescendre à chose qui peult torner à la diminution

de la couronne d'Escoce, ny au préjudice du petit prince du pays, ny

contre l'alliance qu'ilz ont avecques la couronne de France. Je

prendray garde à ce qui surviendra à ceste affère, et autres, qui

toucheront icy votre service, affin d'en donner ordinairement advis à

Votre Majesté, à laquèle je bayse très humblemant les mains et prye

Dieu, etc.

De Londres ce Xe de décembre 1568.

Ainsi que je fermois la présente, l'on m'est venu advertir que Me.

Oynter estoit party dès hier mattin de la coste de deçà, et avoit

prins la route de la Guyenne. Je mectray peyne d'en sçavoir le

certain.

A LA ROYNE.

Madame, par mes précédantes, du Ve du présent, Voz Majestez auront veu

les responses que ceste Royne m'a faictes sur ce que m'avez commandé

luy dire, et comme elle a monstré, en toutz ses propoz, de n'avoir

rien moings en volonté que de vous commancer ouvertemant la guerre,

dont je ne fays doubte que les deux victoires, qu'il a pleu à Dieu

vous donner, l'une par le bonheur et conduicte de Monsieur, filz et

frère de Voz Majestez, et l'autre par celles de monsieur d'Aumalle, ne

la facent encores mieux résouldre de persévérer en la paix, que Dieu

luy a donnée avec Voz Majestez. Elle receut la nouvelle desdictes

victoires par ung des gens de son ambassadeur, qui est en France,

lorsque j'estois encore dans sa chambre; mais elle, ny pas ung de ces

seigneurs, ne m'en firent ung seul mot, tant que je fus à Antoncourt:

bien sembla que le dict ambassadeur luy en heust escript assez à

l'incertain, car aucungs des siens envoyèrent despuys devers moy pour

sçavoir si j'en avois lettre, dont ay esté très ayse d'avoir en main

tenant de quoy pouvoir fère le vray discours du tout à la dicte Dame,

sellon le contenu de voz dernières, laquelle a monstré, et en paroles,

et en contenance, qu'elle en estoit bien fort ayse, et qu'elle ne

pouvoit par ce bon commancemant que bien espérer de l'yssue de vos

affères, donnant beaucoup de louanges à Monsieur, et projettant

beaucoup de grandeur et plusieurs hautes entreprinses de luy à

l'advenir; et j'ay adjouxté à sa valeur aux armes, la perfection des

autres dons et grâces, dont Dieu avoit voulu orner et embellir

l'esprit et la personne de mon dit Sieur, ce qu'elle a escouté fort

volontiers. Et a respondu toutes choses à sa louange, comme je

l'escrips à mon dit Sieur, vous suppliant très humblemant, Madame,

commander que la lettre luy soyt envoyée, en laquelle je luy fays

aussy mention que ceste nouvelle a assez esmeu ceste court, et tout ce

païs, n'ayans peu les bons, qui désirent la prospérité de Voz

Majestez, se garder qu'ilz ne luy en ayent avecques joye donné mille

bénédictions, et au contraire, ceux qui veulent notre ruyne en sont

demeurez bien estonnez, qui célébroient auparavant l'armée de monsieur

le prince de Condé estre si forte, et les cappitaines qui y commandent

si vaillans et expérimantez, que rien ne pourroit durer à eulx, et que

ce ne seroit peu, à leur dire, que d'oser attandre mesmes en lieu bien

avantageux sa venue, non que d'affronter son armée comme Monseigneur a

faict, rompre ses gens de pied et luy oster son lougis. Et à ce que

aulcungs, pour luy amoindrir sa victoire, avoient faict courre ung

bruyt que ce n'estoit qu'ung rencontre, où il estoit mort environ V

cens hommes de pied des leurs et bien IIIe des nôtres, j'ay pryé la

dicte Dame de croyre que non seulemant ce que je luy en avoys dict

estoit très véritable, mais que bien tost elle verroit, soubz votre

bonne conduicte et souz la bonne fortune du Roy et bon heur de mon dit

Sieur, advenir tant d'autres bons succez que ceulx qui les déguysoient

seroient en fin contraintz de les croyre, et nous d'en louer Dieu.

Aucungs personnages de discours, voz serviteurs, qui sont icy,

craignent que certaine entreprinse, qu'ilz ont entendu avoir esté

exécutée par les soldats de Metz sur une ville et chateau du duc de

Deux Pontz, ne soyt prinse à mal de tout l'estat de l'Empire, n'ayant

le duc d'Alva voulu entreprendre de poursuyvre sa première victoire,

qu'il a heue contre le conte Louys de Naussau, un seul pas dans les

terres impériales, et estiment qu'il sera bon de n'attempter rien,

pour encores, de ce costé, et qu'on remette à ung autre temps la

vangeance des tortz que les Allemans nous font, affin de n'attirer

plus de guerre de ne mètre les princes de l'Empire contre Vous, qui

sont toutzjours ligués à la deffence les ungs des autres. Une partye

de l'argent qu'on envoyoit d'Espaigne au duc d'Alva est arrivée, à

saulvemant, en Anvers, et le reste est encores en quelques navires qui

sont à Plemmue, pour la seure conduicte desquelz ceste Royne a mandé à

aulcungs de ses cappitaines de mer qu'ilz ayent à leur fère escorte,

quant ilz seront prêts à partir. Je bayse très humblemant les mains de

Votre Majesté, et prye Dieu, etc.

De Londres ce Xe de décembre 1568.

VIe DÉPESCHE

--du XVe de décembre 1568.--

(_Envoyée par Robert Vauquelin jusques à Dièpe._)

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, tome premier Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 5 / 34 段