Au regard de l'Escosse, pourveu qu'elle n'y voye poinct faire d'entrée

de François ny d'estrangers, elle n'y remuera rien, elle n'y altèrera

point vostre alliance, tout le païs est ès mains des Escossois, elle

n'y possède rien. Il y a un héritier nay et desjà recognu pour Roy.

L'on la sollicite bien de se saisir de la personne de ce jeune Prince

et de s'attribuer la protection de lui et de son royaume, durant sa

minorité, et de le déclarer son successeur après elle; mais ce sont

choses qu'elle craint luy estre de trop grand préjudice et trop

dangereuses, et ne les faira pas tant qu'elle pourra. Mais cela faira

elle, si elle peut, que le dict jeune Prince et les Escossois

protestans entreront en la ligue généralle des aultres princes et

peuples protestans de la Chrestienté pour la deffance de leur

religion. Et quant à s'aliéner elle de vostre amitié pour s'unir à

celle du Roy d'Espagne, elle n'y a pas d'inclination, et aulcuns de

ses principaus conseillers sont assés contraires aus Espagnols, mesmes

les partisans de Bourgogne, qui voyant bien que le Roy d'Espagne n'est

pour vous mouvoir maintenant la guerre, ny pour luy ayder à elle, si

elle la vous voulloit mouvoir, font semblant d'approuver plus que nuls

autres la confédération qu'elle a avec Vostre Majesté, et au moins

n'osent ils conseiller de la rompre, de façon, Sire, que je pense

avoir laissé cette Princesse et les Anglois en une telle disposition

que vous n'aurés la guerre de leur costé que quand vous voudrés, et

n'en recevrés desplaisir ny injure que quand vous commencerés de leur

en faire.

Le moyen de retenir cette nation en vostre intelligence seroit

d'attirer leur traffic en vostre royaume et l'y establir sellon le

traitté de la ligue, car qui aura leur traffic les possèdera

entièrement, parce que leur principal revenu et celluy de l'Estat et

de la Noblesse est fondé ou bien dépend du commerce, mais les

recherches, les impôts extraordinaires, l'incompatibilité des nations,

le peu de foy, et surtout le deffaut de justice qu'ils disent estre en

France, les destourne de voulloir assoyr leur estape par deçà avec ce,

que l'obstacle de la religion, et ce qu'ils ont veu advenir à cause

d'icelle, les retient en quelque peur, bien que, sur la parolle de

Vostre Majesté, s'ils la peuvent cognoistre certaine, et que veuillés

bien tenir la main à l'administration de la justice, ils s'y pourront

à la fin confier; et aussi que veuillés user d'aulcuns honestes

entretiens ordinairement vers cette Princesse, et luy envoyer de

petites gracieusetés et la gratifier quelquefois en des choses qu'elle

vous demandera pour aulcuns de ses subjects, sellon que du costé

d'Espagne l'on luy octroye très libéralement ce qu'elle veut demander;

et envoyés tous les ans quelques présans à aulcuns de ses espéciaus

conseillers, ainsy que le Roy d'Espagne n'y espargne rien de son

costé, et [comme] voz prédécesseurs, Sire, qui ont tousjours faict

courir de l'argent; et quand on pèsera bien les considérations que voz

prédécesseurs ont eu en cela, et celles que Vostre Majesté doit encore

avoir plus qu'eux, soit pour le faict du dedans de vostre royaume, ou

pour les affères qui vous peuvent venir du dehors, ou pour voz

prétentions et entreprinses ailleurs, il ne pourroit estre rien

employé mieus à propos que quelques deniers par delà aussi bien que

aus Suisses ou aus Allemans.

* * * * *

Pour mon regard, Sire, je vous supplie très humblement de n'estre

point marri si je vous ay faict instance de me retirer d'Angleterre,

car ce n'a esté pour refouyr, là ny en quelqu'autre part qui soit au

monde, vostre service, estant plus prest que je ne fus onques

d'employer de fort bon coeur ce qui me reste de vie pour très

humblement vous en faire. Mais Vostre Majesté considèrera, s'il lui

plait, qu'après beaucoup de temps et de travail, que j'avois déjà

employé au service des feus Roys, je fus commandé, au mois d'octobre

de l'an 1568, d'aller encore pour deus ans en ceste charge

d'Angleterre, et qu'au retour je serois avancé et récompencé.

J'y allai volontiers, et entrepris d'un grand courage d'y faire

service au feu Roy, vostre frère, et à Vostre Majesté, non sans y

rencontrer beaucoup de contrariettés et d'empeschemens qui ont esté,

grâces à Dieu, combattus et surmontés, et n'a tenu qu'à Voz Majestés

Très Chrestiennes que n'ayés pour la pluspart tousjours emporté ce que

monstriés desirer de delà; et toutes les pratiques et entreprinses qui

s'y sont dressées contre la France et contre l'Escosse, et qui

s'estendoient encore plus avant contre voz affaires, ont esté

tousjours ou interrompues, ou diverties, ou si bien diminuées, que

Voz Majestés n'en ont senti guières de mal, et ne me doit estre mal

séant d'oser dire qu'il a pleu à Dieu de conduire aussi bien, et par

adventure plus heureusement pour le temps, ceste mienne Négociation,

que nulle autre qui se soit faicte en la Chrestienté; et a faict qu'il

en est réusci un soulagement assés opportun en voz affaires, et tel,

possible, que deus millions d'escus ny beaucoup de voz forces n'y

eussent peu fournir; et m'a faict encore la grâce que je m'y suis

tousjours entretenu avec la dignité et bonne estime, et avec aultant

de despance pour honorer vostre service, que si j'eusse esté un des

plus avancés et des plus riches gentilshommes de vostre cour.

Dont je ay espéré, je le confesse, et me semble que non iniquement ny

sans raison, d'en debvoir tirer quelque avancement et récompanse de

Vostre Majesté, au moins si, par nul honeste et honorable travail, et

par diligence, et par une singulière loyauté, et par un bon succès des

choses, il est possible à un gentilhomme de pouvoir bien mériter du

service de son Prince; mais ne voyant rien venir de cela, ains qu'au

contraire je demeurois tousjours oublié et confiné, de temps en temps,

jusques au nombre de sept années en ceste charge, loing de la présance

de Vostre Majesté, et que ce pendant trois de mes frères m'estoient

morts[22], et que tous mes affaires estoient demeurés en arrière; que

des partis les plus honnestes et commodes que j'eusse peu desirer

auprès des miens, lesquels m'avoient attendu deus ans entiers,

estoient perdus; qu'après que l'un de mes frères avoit esté tué en

vous faisant service[23], lequel me tenoit une abbaye qu'un de mes

parans m'avoit laissée, l'on me l'avoit ostée, et m'avoit on osté avec

l'abbaye le moyen de me pouvoir plus entretenir honestement à vostre

service, car je suis au demeurant fort pauvre, puyné de ma maison; et

que cependant je suis devenu vieus, ruyné et maladif, avec ce, que ma

Négociation estoit si achevée qu'il n'y restoit rien plus que faire à

présant, et que si, d'avanture, il y survient quelque chose

d'importance, où il fût besoing de travailler, je me sentois si

consommé de mal et d'ennuy que je n'eusse pu satisfaire à mon debvoir

ny à vostre service, et demeurant au reste de fonds en comble du tout

perdu, il n'est de merveille si j'ay esté pressant de mon congé vers

Vostre Majesté.

[22] _Armand_, fils aîné d'Hélie de Salignac; _Pons_, le

troisième des enfants, et _Agnet_ ou _Odet_, le cinquième.

[23] _Pons_, abbé de Nesle, qui périt en 1574 à Sarlat, étant

grand archidiacre de son frère François de Salignac, Évêque de

cette ville.--Le registre généalogique déjà cité contient à ce

sujet la mention suivante, p. 30.--Armand de Salagnac compta

parmi ses frères «François de Salagnac, Évesque de Sarlat, depuis

1567 jusqu'en 1578, qui se démit de cet évesché en faveur de

Louis de Salagnac son nepveu, après avoir souffert pour la

religion tous les mauvais traitemens que la fureur des Huguenots

leur inspiroit, et avoir perdu son frère Pons de Salagnac, son

grand archidiacre, et abbé de Nesle, lequel fut tué par les

religionnaires dans la ville de Sarlat en 1574.»--_Jean_, le

huitième des enfants, avait également péri dans les guerres: il

fut tué jeune au siége de Perpignan, l'an 1542.

Mais, Sire, voicy ce que devant toutes aultres choses je demande

maintenant à Dieu, c'est qu'il luy plaise faire en sorte que Vostre

Majesté reste contante et bien satisfaicte de mon service, et que pour

marque de vostre contantement il vous plaise me faire quelque bien et

récompance, afin qu'entre les anciens loyaus et fidelles serviteurs de

Vostre Majesté je ne demeure seul oublié et mesprisé, et que, si mon

service vous a esté agréable par le passé, me veuilliés commander de

vous en faire encore tout le reste de ma vie, car, possible, me

trouverai je plus sain ailleurs que je ne faisois à présant en

Angleterre, et je serai prest, après que j'aurai un peu mis ordre à

mes affaires, de dédier tout le restant de mes jours à très humblement

vous en faire.

Il y a traise ans que j'ay esté faict Gentilhomme de la Chambre du feu

Roy, et douse que j'ay esté mis en la pension de douse cens livres par

an, ce qui ne m'a esté despuis augmenté ny diminué, et deux ans qu'il

m'a faict de son Conseil Privé et m'en a envoyé le brevet. A ceste

heure, Sire, je supplie très humblement Vostre Majesté de commander à

monsieur le Chancellier qu'il reçoive mon serment pour estre admis en

vostre Conseil Privé, non par ambition d'en estre, mais pour vous

faire, en y estant, le plus de service qu'il me sera possible, et pour

éviter la honte de n'en estre point, puisque les aultres mes

semblables en sont, ou d'en avoir esté exclu y ayant esté desjà mis;

et qu'il vous plaise, Sire, me faire tant de bien et d'honneur que de

mettre mon nepveu, fils unique de mon frère ayné, en ma place de la

Chambre, et mon autre nepveu, qui est aussi fils d'un aultre mon

frère, escuyer de la grand escuyerie, qui sont tous deus seigneurs de

leurs maisons[24], et desquels je veus vous respondre de ma vie que

vous en serés fort loyalement et fort fidèlement et très agréablement

servi, sellon que je les cognois gentilshommes de bon sçavoir, nourris

à la vertu et à la craincte de Dieu, et que s'ils n'abondent de

beaucoup de grandes perfections, ils sont au moins aussi peu entachés

de vices que gentilshommes que j'aye guières jamais veus.

[24] _Jean_ de Salignac, seigneur de La Mothe Fénélon, et

_Armand_ de Salignac, seigneur de Gaulejac.--Ils furent nommés

tous deux gentilshommes ordinaires de la Chambre; et, par lettres

du 2 janvier 1582, une partie de la pension que Bertrand de

Salignac avait sur la caisse de l'Épargne leur fut attribuée.--La

nomination de Jean de Salignac remonte à l'année du retour de

l'ambassadeur.--On trouve en effet dans le même registre

généalogique les mentions suivantes:

1º. «_Lettres de retenue_ en la charge de gentilhomme ordinaire de

la chambre du Roy, accordées par Sa Majesté au sieur Jean de

Salagnac, tant en considération des services rendus par son amé et

féal le sieur de La Mothe Fénélon, chevalier de son Ordre,

conseiller en son conseil privé, aux feus Rois et à Sa Majesté en

plusieurs belles, honorables et importantes charges, et en dernier

lieu, dans son ambassade d'Angleterre, que de ceux de son dict

nepveu pendant la même ambassade. Ces lettres données à Paris le

15 décembre 1575, signées HENRY, et plus bas, _par le Roy_, signé

_Pinart_ et scellées; avec l'acte de serment fait le même jour par

le dict sieur de Salagnac entre les mains du duc de Mayenne, Grand

Chambellan.» (P. 28.)

2º. «_Brevet du 2 janvier 1582_, le Roy étant à Paris, portant que

Sa Majesté, à la supplication du sieur de La Mothe Fénélon,

conseiller en son conseil privé et d'Estat, chevalier de ses

Ordres, consent que de sa pension de 1333 écus 1/3 sur l'Espargne,

les sieurs de La Mothe Fénélon le jeune et de Gaulejac, ses

nepveux, gentilshommes ordinaires de la Chambre de Sa Majesté,

jouissent chacun de 400 écus par an. Signé HENRY, et plus bas, _De

Neufville._» (P. 26.)

_Jean_ de Salignac fut tué à l'attaque de Domme l'an 1588 (_voyez_

note 1, ci-dessus p. XVII).--Un autre des neveux de Bertrand, qui

est nommé dans son testament, _Pons_ de Salignac, second fils de

Louis, seigneur de Fonpiton, fut tué au siége de Montauban en

1621; il était lieutenant de la compagnie des gendarmes du

maréchal de Thémines.

OBSERVATIONS

SUR LE MANUSCRIT.

Le manuscrit des Dépêches de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon,

conservé aux Archives du Royaume (_Section historique_, série K.

Cartons des Rois, nos 95 et 96), forme cinq volumes petit in-folio

d'une écriture cursive, assez régulière, et dont la lecture, malgré de

nombreuses abréviations, présente peu de difficulté. Ce sont les

registres originaux de l'ambassadeur écrits en entier par La Vergne,

l'un de ses secrétaires chargé spécialement de ce travail[25]. Ils

contiennent quatre cent soixante-neuf dépêches; la première datée du

26 novembre 1568, la dernière du 20 septembre 1575.

[25] C'est ce qui résulte de la XXIe Dépêche, t. I, p. 215.

Ces registres, dont l'authenticité ne saurait être contestée, existent

aux Archives du Royaume depuis l'origine de cet établissement; ils y

ont été remis très-probablement par le bureau du triage des titres

avec d'autres papiers appartenant à la famille Fénélon. Ces papiers se

divisent en deux parties bien distinctes; les uns, exclusivement

relatifs à Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, se rapportent

principalement à son ambassade en Angleterre; les autres se composent

de titres purement généalogiques, et surtout des preuves faites par

Gabriel Jacques de Salignac de La Mothe Fénélon, marquis de Fénélon,

lorsqu'il fut reçu chevalier et commandeur des ordres du roi en

février 1739[26]. C'est dans ces titres classés aux Archives du

Royaume, (série M, nos 674 et 675) que nous avons puisé les principaux

éléments de la Notice biographique, imprimée en tête de ce volume.

[26] Il était lieutenant général, et fut tué à la bataille de

Raucoux, le 11 octobre 1746. Les registres que nous publions

portent sur leur couverture une mention indiquant qu'il en était

propriétaire. Il se trouvait en effet par représentation

l'héritier direct de Bertrand de Salignac, dont il était

l'arrière-petit-neveu.

Les papiers relatifs à Bertrand de Salignac, ambassadeur en

Angleterre, se composent, outre ses registres d'ambassade, d'un assez

grand nombre de pièces diplomatiques, de plusieurs lettres originales

de Catherine de Médicis, de Charles IX, de Henri III et de Henri IV;

enfin d'une série de copies, sur lesquelles nous allons donner

quelques détails, parce qu'elles nous fourniront une addition

importante aux Dépêches de l'ambassadeur.

L'écriture de ces copies est de la fin du XVIIe siècle; elles

comprennent non-seulement les Dépêches de l'ambassadeur, mais aussi

les lettres qui lui étaient adressées par la Cour. L'ordre dans lequel

ces pièces sont disposées, les chiffres qui les distinguent et de

nombreuses annotations marginales prouvent que cette copie avait été

préparée pour l'impression. Le premier travail du copiste, comme nous

l'avons vérifié sur ceux des originaux que nous avions entre les

mains, était exécuté avec la plus grande exactitude et soigneusement

collationné; mais il était ensuite soumis à la révision d'une autre

personne qui, pour se conformer à l'usage du temps, retravaillait le

texte primitif, et le défigurait en voulant l'abréger et le rajeunir.

Au reste, l'entreprise fut abandonnée. Il semble résulter d'une note

inscrite sur la copie, que l'auteur de cette révision était un abbé de

Fénélon, résidant à Carennac. Or, on sait que François de Fénélon,

archevêque duc de Cambrai, porta d'abord le titre d'abbé de Fénélon et

fut ensuite doyen de Carennac. Ces rapprochements et la ressemblance

qui existe entre l'écriture des notes et celle de l'archevêque de

Cambrai, permettraient de lui attribuer avec quelque vraisemblance ce

projet de publication qu'il aurait conçu dans sa jeunesse. Nous devons

ajouter cependant que l'archevêque avait un frère d'un premier lit qui

portait comme lui le titre d'abbé de Fénélon, et qui a pu résider

aussi à Carennac[27].

[27] L'un des cahiers de cette copie, qui fut envoyé sous la

forme d'un paquet cacheté, porte l'adresse suivante: _A Monsieur

Fallit à Peyrac, pour faire tenir promptement à Monsieur l'abé de

La Mothe Fénélon à Carennac._--L'abbé de Fénélon, en modifiant la

copie textuelle, se contentait de passer sur les mots un léger

trait d'encre qui permet de les lire comme s'il n'y avait aucune

rature. Il ne manque à ce second manuscrit que quelques cahiers

que nous espérons retrouver dans les archives de Poitiers. C'est

là un renseignement que nous devons à l'obligeance de M. de La

Fontenelle de Vaudoré, conseiller à la Cour royale de Poitiers.

Cette copie nous était tout à fait inutile pour le texte même des

Dépêches, puisque nous avions entre les mains leur transcription

originale et authentique, mais elle nous a fourni plusieurs pièces

importantes omises dans les registres, et surtout nous en avons

extrait les lettres adressées par la Cour à M. de Fénélon, pour réunir

en un volume supplémentaire toutes celles qui sont inédites,

c'est-à-dire, celles qui précèdent le mois de décembre 1572. En effet,

à partir de cette époque, elles ont été publiées par Le Laboureur dans

ses additions aux Mémoires de Castelnau (t. III, p. 265 et suiv.)[28]

d'après un manuscrit de Saint-Germain-des-Prés, conservé aujourd'hui à

la Bibliothèque royale (fonds de Saint-Germain, no 769). Quoique la

copie que nous avons entre les mains rectifie souvent et complète

toujours le texte publié par Le Laboureur, ces corrections ne sont pas

assez importantes pour nous déterminer à nous écarter de la règle que

nous nous sommes imposée, de publier seulement des textes inédits.

[28] _Nouvelles additions aux Mémoires de Michel de Castelnau,

contenant plusieurs pièces très-intéressantes, qui servent de

preuves auxdits Mémoires, tirées d'un MS. de la Bibliotèque de

l'Abbaye royale de Saint Germain des Prez à Paris, et qui n'ont

jamais esté imprimées jusques à présent._ Brux., 1731, in-fº.

Ainsi se trouvera complétée une série de documents diplomatiques qui

nous semble destinée à répandre un jour nouveau sur une des phases les

plus intéressantes de l'histoire moderne. Toutefois hâtons-nous de

dire que ces documents n'étaient pas restés jusqu'ici entièrement

inconnus. Au milieu du siècle dernier, le baron de Fénélon,

ambassadeur à la Haie, communiqua les cinq registres des Dépêches de

Bertrand de Salignac à Thomas Carte, qui travaillait alors à son

troisième volume de l'Histoire d'Angleterre[29]. Cet historien les

cite souvent, mais à nos yeux il est bien loin d'en avoir tiré tout le

parti possible; il nous serait même facile de prouver que s'il a

souvent consulté ces documents, il ne les a pas toujours compris[30].

Gaillard, mademoiselle de Kéralio, Robertson et Gilbert Stuart sont

les seuls auteurs qui, d'après Carte, citent les Dépêches de La Mothe

Fénélon; mais aucun d'eux ne les connaissait textuellement, et Carte

lui-même n'a jamais eu entre les mains les lettres de la Cour, qui en

forment le complément nécessaire.

[29] Carte a averti ses lecteurs de cette communication dans la

préface jointe à ce volume, qui a paru en 1752. Il s'exprime

ainsi à cet égard:--«A great part of the transactions, in the

succeeding reign, relative to Mary queen of Scotland, during her

captivity, are taken from the dispatches of Mr de La Mothe

Fénélon, a minister of great virtue, abilities, and integrity,

who was embassador at this court from A. D. 1568 to A. D. 1576.

His dispatches in five volumes folio were communicated to me by

the late Mr de Fénélon, who was for several years embassador at

the Hague, and are now in the hands of his heir.»--Ce sont ces

mêmes volumes qui se trouvent aujourd'hui aux Archives du

Royaume.

[30] Carte, qui a consacré à peine quatre-vingts pages à

l'Histoire générale d'Angleterre pendant les sept années qu'a

duré l'ambassade de La Mothe Fénélon, a dû consulter rapidement

ces registres, dont l'écriture et la langue déjà vieillies

offraient pour un étranger de graves difficultés. Il n'est donc

pas surprenant qu'il ait commis des erreurs. Nous nous bornerons

à une seule citation qui s'applique à un fait important.

Carte a dit (t. III, p. 486), et l'on a répété d'après lui, que

lors du projet de mariage formé entre le duc de Norfolk et Marie

Stuart, _le contrat de mariage avait été dressé devant

l'ambassadeur de France et remis en dépôt entre ses mains_.

Il a tiré cette assertion de la 55e Dépêche, datée du 1er

septembre 1569, et renfermant une lettre confidentielle dont il a

voulu traduire une phrase, mais il n'en a pas saisi le véritable

sens.

Pour que l'on puisse en juger, voici les deux passages que nous

mettons en regard:

CARTE (t. III, p. 486).--«M. de Fénélon laboured so earnestly in

the matter, that the two parties, queen Mary, by the bishop of

Ross, and the duke, in person, _declared their mutual consent_ to

the marriage, on supposition of her restitution to her crown, and

of his restoring her; _and the contract was entrusted to the

keeping of the French embassador_.--_Dépêche_ 55, september 1.»

LA MOTHE FÉNÉLON (55e _Dépêche_, du 1er septembre 1569, t. II, p.

194).--«Madame, je n'ay plus tost entendu vostre desir sur les

propoz d'entre la Royne d'Escoce et le duc de Norfolc, que je

n'aye incontinent miz peine de l'advancer par tous les moyens que

j'ay peu, et ay si bien conduict l'affaire que luy, en personne,

et elle, par l'évesque de Roz, _m'ont déclairé y avoir_ (soubz

l'espérance de la restitution d'elle à sa coronne et promesse de

luy qu'il l'y restituera) _ung mutuel consentement de mariage

entre eulx_: DE QUOI LUY S'EST FRANCHEMENT COMMIZ A MOY, et m'a

dict avoir lettre d'elle pour s'y commettre.»

Carte a donc annoncé qu'il y avait eu _déclaration_ devant

l'ambassadeur d'un mariage conclu et _remise du contrat_ entre ses

mains.

C'est là une double erreur, car il n'y avait qu'un simple projet et la

seule chose qui ait été _confiée_ à l'ambassadeur, c'est l'aveu des

intentions réciproques de Marie Stuart et du duc de Norfolk, _de quoy

luy s'est franchement commiz à moy_.

Cette faute de traduction a trompé Robertson et Gilbert Stuart, qui

n'ont pas hésité à reproduire l'assertion de Carte.

ROBERTSON (t. I, p. 504).--«A _contract_ to this purpose was

signed, and entrusted _to the keeping_ of the embassador.

_Carte_, vol. III, p. 486.»

GILBERT STUART (t. I, p. 455).--«The _marriage contract_ was

actually entrusted _to the keeping_ of M. Fénélon the French

embassador. _Fénélon_, _dépêche_ 55; _ap. Carte_, vol. III, p.

486.»

Sans insister davantage sur l'importance des documents historiques que

nous publions aujourd'hui, et que nos lecteurs sauront bien apprécier,

nous nous contenterons d'exposer en peu de mots le système

d'impression que nous avons adopté, et que nous suivrons toujours

fidèlement.

Nous nous sommes appliqué à transcrire de la manière la plus exacte le

texte authentique que nous avions sous les yeux, nous faisant une loi

d'observer scrupuleusement jusqu'à l'orthographe des noms propres, et

d'en reproduire toutes les variations. L'avantage de cette méthode est

aujourd'hui reconnu par les critiques les plus compétents, et nous

n'avons pas besoin de la justifier. Lorsqu'un oubli du copiste, un

accident survenu au manuscrit ou une erreur évidente nous ont forcé

d'indiquer quelques rares corrections, nous avons toujours eu soin de

les placer entre crochets. Toutefois nous ne dissimulerons pas qu'une

grave difficulté se présentait dans notre manuscrit. L'ambassadeur,

qui cite continuellement des noms anglais, les écrit non pas

conformément à l'orthographe anglaise, mais conformément à la

prononciation, qui souvent s'en éloigne beaucoup. Nous ne pouvions pas

reconstruire l'orthographe de ces noms, puisque c'était manquer au

principe que nous avons adopté et substituer à l'autorité du texte une

interprétation quelquefois arbitraire, surtout pour les noms peu

connus. Nous ne pouvions pas non plus surcharger notre texte de notes

qu'il aurait fallu répéter toutes les fois que le même nom se serait

représenté. Nous avons donc pensé qu'il valait mieux réunir tous les

éclaircissements dans les tables alphabétiques et raisonnées qui

termineront notre publication.

Cependant, tout en nous astreignant à reproduire avec la plus grande

exactitude le texte du manuscrit, nous n'avons rien négligé pour en

rendre la lecture plus facile; nous avons donc marqué les accents et

les apostrophes, complété ou rectifié la ponctuation: ces

modifications, qui n'altèrent pas le texte, sont les seules que nous

nous soyons permises.

SOUVERAINS

QUI ONT RÉGNÉ EN EUROPE DE 1568 A 1575,

PENDANT L'AMBASSADE

DE LA MOTHE FÉNÉLON.

ALLEMAGNE Maximilien II.

ANGLETERRE Élisabeth.

DANEMARK Frédéric II.

ÉCOSSE Jacques VI.--_Marie Stuart._

ESPAGNE Philippe II.

ÉTATS DE L'ÉGLISE Pie V.--Depuis le 13 mai 1572,

Grégoire XIII.

FRANCE Charles IX.--Depuis le 30 mai 1574,

Henri III.

PORTUGAL Sébastien.

RUSSIE Iwan Wasilejevitch.

SUÈDE Jean III.

TURQUIE Sélim II.--Depuis le 13 déc. 1574,

Amurath III.

DÉPÊCHES DE LA MOTHE FÉNÉLON

Ire DÉPESCHE

--du XVIe novembre 1568.--

(_Mise dans le paquet de M. de La Forest._)

Arrivée de l'ambassadeur en Angleterre.--Son audience de

réception. Notification de la mort de la reine d'Espagne, fille

de France.

AU ROY.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, tome premier Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 2 / 34 段