Monsieur de La Mothe, vous et voz nepveux, accompaignez de v

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Quelques caractères, en exposant dans l'original, et dont

l'abrévation n'est pas évidente ou non courante, ont été mis en

accolade dans cette version électronique. Ainsi, l'abréviation

{lt} signifie livre tournois. L'abbréviation {c} ou {m} après un

chiffre romain signifie que le chiffre doit être multiplié

respectivement par cent et par mille.

CORRESPONDANCE DIPLOMATIQUE DE

BERTRAND DE SALIGNAC DE LA MOTHE FÉNÉLON,

AMBASSADEUR DE FRANCE EN ANGLETERRE

DE 1568 A 1575,

PUBLIÉE POUR LA PREMIÈRE FOIS

sur les manuscrits conservés aux Archives du Royaume.

TOME PREMIER

ANNÉES 1568 ET 1569.

PARIS ET LONDRES.

1838.

RECUEIL DES

DÉPÊCHES, RAPPORTS, INSTRUCTIONS ET MÉMOIRES

Des Ambassadeurs de France

EN ANGLETERRE ET EN ÉCOSSE PENDANT LE XVIe SIÈCLE

Conservés aux Archives du Royaume,

A la Bibliothèque du Roi, etc., etc.

ET PUBLIÉS POUR LA PREMIÈRE FOIS

_Sous la Direction_

DE M. CHARLES PURTON COOPER.

PARIS ET LONDRES.

1838.

DÉPÊCHES, RAPPORTS, INSTRUCTIONS ET MÉMOIRES

DES AMBASSADEURS DE FRANCE EN ANGLETERRE ET EN ÉCOSSE

PENDANT LE XVIe SIÈCLE.

LA MOTHE FÉNÉLON.

Paris.--Imprimerie PANCKOUCKE, rue des Poitevins, 14.

AU TRÈS-NOBLE HENRI RICHARD FOX-VASSAL LORD HOLLAND

CHANCELIER DE SA MAJESTÉ BRITANNIQUE

POUR LE DUCHÉ DE LANCASTRE.

CE VOLUME LUI EST DÉDIÉ

PAR

SON TRÈS-DÉVOUÉ ET TRÈS-RECONNAISSANT SERVITEUR

CHARLES PURTON COOPER.

[Illustration: blason]

BERTRAND DE SALIGNAC

DE LA MOTHE FÉNÉLON,

Chevalier des deux Ordres du Roi, Conseiller d'État de Sa Majesté,

Vicomte de Saint Julien de Lanpont et Baron de Lobert, Gentilhomme

ordinaire de la Chambre, et Capitaine de cinquante hommes d'armes des

Ordonnances, né en 1523, fut le septième des enfants de Hélie de

Salignac, et de Catherine de Ségur Théobon. Il était «de ceux de

Salignac en Périgort, qui est une grande famille bien ancienne et bien

noble de Barons, au pays de Guyenne, lesquels ont toujours porté d'or

à trois bandes de sinople pour escusson de leurs armes[1].» Cette

illustre famille, qui a donné à la France dans le siècle suivant

l'Archevêque de Cambrai, reconnaissait pour chef Athon de Salignac

(Salagnac ou Salaignac) qui vivait vers la fin du Xe siècle; son

origine se perd dans la nuit des temps, mais depuis cette époque on en

suit assez facilement la filiation; Bertrand de Salignac et ses frères

étaient les descendants directs au quatorzième degré d'Athon de

Salignac. Les surnoms de La Mothe (ou La Motte) et de Fénélon

(Félénon, Fénellon ou Fénelon) furent pris par l'une des branches de

la famille dans le cours du XVe siècle[2].

[1] Mémoire contenant les preuves de noblesse faites par Bertrand

de Salignac pour être reçu Chevalier de l'Ordre du Saint Esprit

en 1579. (_Archives du Royaume_, Cartons des Rois, K. 96.)--Les

auteurs de _Gallia Christiana_ citent un grand nombre d'Évêques

et d'Archevêques de cette Maison; ils disent en parlant de Boson,

Archevêque de Bordeaux en 1296. «Ex vetustâ et nobili gente

Baronum _de Salignaco_ in Petrocoriis oriundus,» et d'Hélie,

aussi Archevêque de Bordeaux en 1361: «Hic Archiepiscopus

cognominabatur _de Salignac_, quæ gens in pago Petracoricensi est

antiquissima et nobilissima.» (_Gal. christ_., t. II, p. 828 et

837. Parisiis, 1720, in-folio.)

[2] _14e Ascendant_, =ATHON DE SALAGNAC= (vivait en 997).--13e,

GEOFROY (1031).--12e, AYMERY I.--11e, _Boson_.--10e, MALVIN

(1151).--9e; AYMERY II (1163).--8e, AYMERY III (1186).--7e,

AYMERY IV (1244).--6e, HÉLIE I (1260).--5e, MAINFROY (1314).--4e,

JEAN I (1324).--3e, RAYMOND (1444).--«Il fut du nombre des

seigneurs qui, sur la fin du règne de Charles VI, soutinrent le

parti du Dauphin au delà de la Loire, et il le servit sans solde,

pendant plusieurs années, avec dix neuf escuyers sous sa

bannière.»--_2e ascendant_, JEAN II DE SALAGNAC, _qui a fait la

branche de_ FÉNÉLON,--marié, en 1473, à CATHERINE DE LAUZIÈRE DE

THÉMINES.--_1er ascendant_, HÉLIE II DE SALAGNAC, leur troisième

fils,--marié, en 1510, à CATHERINE DE SÉGUR THÉOBON.

De ce mariage sont issus douze enfants:

1º Armand;--2º François;--3º Pons;--4º Jean III;--5º Agnet ou

Odet;--6º Louis;--7º =BERTRAND=;--8º Jean IV;--9º Poncet;--10º

Catherine;--11º Jeanne;--12º Magdelène.

L'Archevêque de Cambrai fut l'arrière-petit-neveu de Bertrand de

Salignac au sixième degré. Il remontait en ligne directe à son

frère aîné Armand, qui eut pour descendants:--_1er degré_,

Jean;--2e, François Ier;--3e, Pons;--4e, François II;--5e,

François III;--6e, _François IV de Salignac de La Mothe Fénélon_,

Archevêque duc de Cambrai. (_Archives du Royaume_, M. 675.)

«Nourry[3] à la vertu prez feu, de louable mémoire, Monsieur de

Biron[4], de qui il était prochain parant, Bertrand de Salignac de La

Mothe Fénélon a cheminé jeune par luy à servir le Roy Henry second ez

légations de Flandres et de Portugal; et depuis employé souvent ez

guerres qui furent entreprinses pour recouvrer Boulogne et saulver

l'Escosse, et remettre l'Allemaigne et les princes de l'Empire en

liberté, et au siège de Metz, et à la bataille de Ranty, et aux armées

de Champagne et Picardie; et dépêché, après la mort du Roy Henry, pour

la confirmation des traittez en Angleterre, et après depputé par la

Noblesse de son pays de Périgord aux États Généraux d'Orléans, du

règne du Roy François second; et encore depuis, député par toute la

Noblesse de Guyenne aux États qui furent réunis à Saint Germain en

l'an IIe du règne du Roy Charles, et par la Reine sa mère pour grandes

affaires en Guyenne; et plusieurs fois dépêché avec beaucoup de

danger, après les batailles et combats advenus ez troubles de la

religion, devers le Roy Catholique et devers la princesse de Parme et

le duc d'Albe en Flandre; fait Gentilhomme de la Chambre du Roy, avec

charge de recevoir les ambassadeurs et les grands personnages

étrangers qui venoient devers Sa Majesté, et depuis Chevalier de son

Ordre après la bataille de Saint Denis, et envoyé arbitre pour le Roy

pour composer la guerre que les seigneurs et gentilshommes catholiques

de la Basse Navarre[5] avoient émue pour la deffense de leur religion;

et après, ambassadeur résidant l'espace de sept ans près la Royne

d'Angleterre, avec charge, entre les choses de la paix et de

l'entrecours des deux royaumes, de tretter le mariage d'elle avec les

deux frères du Roy l'un après l'aultre, de soutenir la cause de la

Royne d'Escosse et de signer, durant sa légation, _Conseiller du

Conseil Privé du Roy_; et, icelle dignement achevée, après le trépas

du dict Roy Charles, rappellé près du Roy, à présent régnant, n'estant

encores les guerres de la religion assouppies, ès quelles il a été

employé plusieurs fois, et plusieurs fois a été député avec la Royne,

mère du Roy, et avec monsieur le duc de Montpensier et autres princes,

et principaux seigneurs du royaume, pour tretter la pacification; élu

par le Roy un des quinze Gentilshommes de robe courte en la réduction

de son Conseil d'État et un de ses Chevalliers en l'institution de son

présent Ordre du Benoist Saint Esprit, toujours très constant et loyal

gentilhomme à mettre sa personne, sa vie et ses biens pour le service

du Roy et pour la religion catholique, de laquelle il est, et de

n'admettre aucun autre party; parvenu au cinquante septième an de son

âge et au trente troisième de son loyal service vers Sa Majesté et sa

Couronne, sans aucun reproche.»

[3] Extrait du Mémoire déjà cité contenant les preuves de

noblesse de Bertrand de Salignac.

[4] Jean de Gontaut, Baron de Biron, seigneur de Montaut, de

Montferrand et de Puybeton, Gentilhomme de la Chambre du

Roi.--«Il fut employé en ambassades et négociations vers l'empereur

Charles Quint et le roi de Portugal; se trouva aux batailles de

la Bicoque en 1522 et de Pavie en 1525, où il fut blessé et resta

prisonnier, servit au siège de Metz et mourut à Bruxelles,

prisonnier du seigneur de Mansfeld, des blessures qu'il avoit

reçues à la journée de Saint Quentin, le 10 août 1557.» (MORÉRI,

_Dictionnaire historique_, t. II, p. 481. Paris, 1759,

in-folio.)--Gaston de Gontaut, son aïeul, avait épousé, en 1456,

Catherine de Salignac, fille de Raymond; et, en 1545, Armand de

Gontaut, son frère, épousa Jeanne de Salignac, petite-fille de

Raymond, et dernière héritière de la branche aînée de la famille;

de ce mariage sont sortis les _Gontaut-Salignac_. Par suite de

l'extinction des enfants mâles, le droit d'aînesse avait passé,

vers 1542, à la branche de Fénélon.

[5] En septembre 1568, _V._ MÉZERAY, t. X, p. 499. Paris, 1830,

in-8º.

Bertrand de Salignac, «officier distingué dans la paix et dans la

guerre[6]», se fit principalement remarquer en 1552 au siège de Metz,

dont il a laissé une relation[7] qui est citée partout avec le plus

grand éloge. En 1554 il accompagnait le Roi Henri dans la guerre des

Pays-Bas, et déjà il avait mérité la haute protection de Catherine de

Médicis, dont il fut toute sa vie l'un des serviteurs les plus

dévoués. Le cardinal de Ferrare avait exigé que Salignac lui rendît

compte des opérations de la campagne. Quatre lettres[8] qui furent

publiées cette année même, avec une dédicace à la Reine, contiennent

l'histoire de cette guerre. Bertrand de Salignac donna de nouvelles

preuves de courage à la bataille de Saint Quentin en 1557, à celle de

Dreux en 1562, et, en 1567, à celle de Saint-Denis, après laquelle,

comme on vient de le voir, il fut nommé Chevalier de l'Ordre de Saint

Michel. Catherine de Médicis, qui avait reconnu en lui toutes les

qualités de l'homme d'état, le désigna au Roi, l'année suivante, pour

être son ambassadeur en Angleterre[9], emploi qu'il a conservé

jusqu'en 1575, c'est à dire au milieu des événements si graves qui ont

signalé la fin du règne de Charles IX et le commencement de celui de

Henri III. Il s'acquitta de cette charge importante avec un talent et

une habileté dont le témoignage se trouve écrit dans chacune des

Dépêches que nous publions aujourd'hui. Le compte que l'ambassadeur a

rendu lui-même du résultat de ses Négociations et des motifs

particuliers qui dûrent l'engager à demander son rappel, nous dispense

d'entrer ici dans de plus grands détails. Nous ne pouvions mieux faire

pour compléter cette Notice, que de publier le résumé préparé par

l'ambassadeur lui-même pour être remis au Roi à son retour

d'Angleterre[10].

[6] «Bertrandus Salignacus Mota Fenelonius, et bello et pace

clarus.» (DE THOU, t. IV, lib. LXXXVII, p. 459. Lond., 1733,

in-folio.)

[7] _Le Siege de Mets en l'an MDLII._ Paris, Charles Estienne,

1553, in-8º.--Metz, 1665, in-4º, et collection _Petitot_, 1re

série, t. XXXII.--Traduit en italien, sous le titre: _Mets difesa

da Francesco di Lorena, Duca di Ghiza, tradotta dalla lingua

francese, in Firenze, Franc. Onofri_, 1643, in-4º.

[8] _Le voyage du Roy au Pays Bas de l'Empereur en l'an MDLIIII,

brefvement récité par lettres missiues que B. de Salignac,

gentilhomme françois, escripuoit du camp du Roy à Monseigneur le

Cardinal de Ferrare._--Paris, Charles Estienne, 1554,

in-4º.--Rouen par Florent Valentin, 1555, in-8º.--C'est le titre

exact que nous avons vérifié sur les exemplaires qui se trouvent

à la Bibliothèque royale et à celle de l'Arsenal.--Le Père

Lelong, et après lui tous les bibliographes, parlent de cet

ouvrage sous deux titres différents: _Lettres au Cardinal de

Ferrare_, etc. Paris, Estienne, 1554, in-4º, et _le Voyage du Roy

aux Pays Bas_, etc. Paris et Lyon, 1554.--_V._ la _Biblioth.

historique_, t. II, p. 228. Paris, 1769, in-folio, et le _Dict.

historique_ de Prosper Marchand, art. SALIGNAC, t. II, p. 182.

Lahaye, 1758, in-folio.--Ce dernier mentionne les éditions

publiées à Lyon par Thibault Payen en 1554, in-4º; à Paris par

Charles Estienne en 1554, in-4º; et à Rouen, par Florent Valentin

en 1555, in-8º.

[9] Bertrand de Salignac succédait, en 1568, dans l'ambassade

d'Angleterre, à Bochetel de La Forêt, et il eut lui-même pour

successeur, au mois de septembre 1575, Castelnau de La

Mauvissière.

[10] _Voir_ à la suite de cette Notice, p. XXV.

Non moins dévoué aux intérêts du Roi et de la Reine Mère qu'à la

religion catholique, Bertrand de Salignac, dans les circonstances

difficiles où il s'est trouvé, ne pouvait démentir le caractère de

toute sa vie; mais il ne devait pas non plus méconnaître les devoirs

de sa charge. La relation connue jusqu'à présent par la correspondance

de Walshingham[11], de l'audience qui a suivi les massacres de la

Saint-Barthélemy, avait besoin des rectifications qui se trouvent dans

les Dépêches que nous mettons au jour. Après une exécution aussi

terrible, l'ambassadeur de France ne pouvait pas se présenter en

suppliant devant la Reine d'Angleterre; il ne pouvait pas lui demander

grâce pour le Roi son Maître, il a su tenir une conduite plus digne.

La CCLXXIVe Dépêche, en date du 14 septembre 1572, dans laquelle il

est rendu compte de cette audience, prouve que Bertrand de Salignac,

ambassadeur de France, ne s'est jamais oublié jusqu'à dire: _Je rougis

d'être Français!_ Il n'a pas non plus adressé à Charles IX la

_vertueuse_ réponse que lui prêtent tous les biographes. Mais nous

croyons que sa gloire ne perdra rien à la manifestation de la vérité;

car il y avait plus de vrai courage dans l'attitude qu'il sut prendre

vis-à-vis du Roi de France et de la Reine d'Angleterre, que dans les

paroles au moins indiscrètes qui lui sont attribuées. A Charles IX il

ne déguisa rien de l'horreur qu'avait dû inspirer en Angleterre une

telle exécution, et il sut forcer Élisabeth à convenir qu'elle avait

pu être nécessaire.

[11] Voir _The compleat Ambassador_, p. 246. London, 1655, fº;

l'art. consacré dans la _Biographie universelle_ (Michaud) à

Bertrand de Salignac au mot _Fénélon_, t. XIV, p. 285. Paris,

1815, in-8º, et la Notice insérée dans la Collection _Petitot_ en

tête du _Siège de Metz_, 1re, t. XXXII, p. 241. Paris, 1823,

in-8º.

Les plaintes de Bertrand de Salignac, qui restait entièrement oublié

de la Cour malgré ses services, furent enfin entendues: il fit partie,

en 1578, de la première promotion des Chevaliers de l'Ordre du

Saint-Esprit. Depuis lors on le retrouve à toutes les époques, soit

dans les négociations, soit dans les armées, faisant toujours preuve

de courage et de fidélité. Déjà en 1580, au milieu des troubles

civils, il avait préservé la ville de Sarlat, dans laquelle il devait

acquérir huit ans plus tard une gloire nouvelle[12]. En 1581, il

accompagnait en Angleterre les trois Princes du sang qui se rendirent

auprès d'Élisabeth pour conclure son mariage avec le duc d'Anjou, et

il apposait sa signature au contrat arrêté le 11 juin[13]. En 1582 il

fut choisi avec Menneville pour se rendre en Écosse afin d'obtenir la

délivrance du Roi Jacques, alors détenu par les conjurés de Ruthven.

Il devait s'efforcer surtout de ménager un traité entre ce Prince et

Marie Stuart, qui consentait à associer son fils à la couronne[14];

mais les prédications violentes des ministres écossais et l'influence

toute-puissante d'Élisabeth lui apprirent bientôt que toute

négociation était inutile, et il ne tarda pas à rentrer en France.

[12] Ce fait d'armes, qui se rapporte à l'année où le maréchal de

Biron tenait la campagne en Guyenne (_V._ DAVILA, t. I, lib. VI,

p. 331. Paris, 1644, in-folio; et son traducteur, t. II, p. 91.

Amsterdam, 1757, in-4º), a été l'occasion de la lettre suivante

dans laquelle le Roi adresse à M. de La Mothe Fénélon ses

félicitations et ses remercîments.

LETTRE DU ROI.

--du 1er d'octobre 1580.--

(_Archives du Royaume_, Cartons des Rois, K. 101.)

Monsieur de La Mothe, j'ay été bien ayse de sçavoir de voz

nouvelles et ce qui se passe en voz quartiers par la lettre que

vous m'avez escripte du VIIIe de ce moys[12-A]. Je suis très certain

que, en quelque endroict et estat que vous vous trouviez, je y ay

un très fidelle et soingneux ministre et serviteur, qui veille et

pourvoit à ce qui est nécessaire pour le bien et advantage de mon

service; ce dont me rand tesmoignage le bon ordre que vous avez

donné à la tuition des villes de Sarlat, Gourdon, Domme et vostre

propre maison, comme il est porté par vostre dicte lettre; et suis

bien ayse que les habitans de la première ayent demandé vostre

nepveu de Gaulejac, et que mon cousin, le maréchal de Biron, [le]

leur ayt accordé pour ayder à vostre autre nepveu à conserver la

dicte ville soubz mon obéissance; où il avoit jà si bien oppéré

que noz adversaires n'y avoient peu rien gagner avecques leurs

machines et engins extraordinaires. Je vous diray, monsieur de La

Mothe, que s'ilz me servent bien de ce costé là, que le Sr. de La

Mothe, qui est icy, ne s'en acquicte pas avecques moins de

fidellité et vertu, dont je vous assure que je suis très contant,

et semblablement de l'heureux acheminement, que mon dict cousin a

donné à mes affaires de pardelà avecques les gens de bien qui

l'assistent.

[12-A] _Lisez_ du mois dernier.

Je vous advise que Dieu ne me favorise pas moins partout ailleurs

où la guerre ce faict. Mon cousin le Duc du Mayne a nestoyé en

Dauphiné la rivière de l'Ysère, y ayant repris cinq ou six fortz

de grande importance. Il est a présent devant la Mure, dont

j'espère qu'il viendra bientost à bout. Les sieurs de Tournon et

de Sainct Vidal ont repris, en Vivaretz, la ville de Sainct

Agrone. Le marquis de Canillac a nestoyé le hault pays d'Auvergne;

et j'ay repris de deçà la ville de la Fère, envoyant maintenant à

mon dict cousin le maréchal les forces et munitions qui en sont

demeurées de reste pour lui donner plus de moyen de poursuivre ses

coups; lesquelz je suis tout résolu de n'intermètre que par effect

l'on ne m'ayt randu l'obéissance qui m'a esté promise, faisant mon

dict édict de paciffication.

J'ay adverty mon dict cousin et le sieur de Bordeille de pourveoir

à Domme et ay donné moyen à cestuy cy de ce faire, lui ayant

envoyé commission pour lever dedans sa Séneschaussée la solde de

sept ou huict cens hommes de pied. Advertissez moy de l'ordre

qu'il y aura mis, car cette place m'est de telle importance que je

n'en puis estre trop jaloux, ainsy que je vous prie continuer à

estre, tant que vous serez pardelà. Je vous envoye aussy trois

lettres en blanc pour adresser à ceulx que vous jugerez estre plus

à propoz. Je ne vous répèteray rien par la présente de la

substance d'icelles, mais je vous assureray bien que je suis tout

résolu d'aller toute ma vye audevant de ceulx qui se voudront

recongnoistre, et porter respect et obéissance à mes édictz. Je

prie Dieu, monsieur de La Mothe, vous maintenir en sa saincte

garde.--Escript à Fontainebleau, le premier jour d'octobre

1580.--Henry.--_De Neufville_.

[_Au dos est écrit_]:

A Monsieur de La Mothe Fénellon, Chevallier de mon

Ordre et Conseiller en mon Conseil Privé.

[13] _Voir_ les pièces relatives à cette négociation, qui ont été

publiées par Le Laboureur dans ses _Additions aux Mémoires de

Michel Castelnau_, t. I, p. 674 et 678. Bruxelles, 1731,

in-folio.

[14] Ces instructions, traduites en anglais, ont été publiées par

Robertson, qui les a jointes aux pièces justificatives de son

_Histoire d'Écosse_ (append. no VIII du vol. II, p. 419. London,

1781, 8º). Elles sont tirées de _Calderw MS. history_, vol. XXXI,

p. 208. Campenon les a retraduites d'anglais en français, t. III,

p. 419. Paris, 1821, in-8º.--Ce fut Bertrand de Salignac qui

porta la parole devant les États d'Écosse, le 22 janvier 1583.

Son discours, qui trouvera sa place dans le Recueil des Dépêches

concernant les ambassades en Écosse, est conservé MS. (_Archives

du Royaume_, Cartons des Rois, K. 101).--_Voir_, au sujet de

cette mission, ROBERTSON, t. II, p. 96; SPOTSWOOD, p. 324.

London, 1677, folio; WILLIAM MAITLAND, t. II, p. 1169. London,

1757, folio; GILBERT STUART, t. II, p. 178. London, 1784, 8º.

Après un laps de quelques années, lorsque les guerres civiles, à la

fin de 1587, se renouvelèrent avec une fureur toujours plus violente,

Bertrand de Salignac se jeta dans la ville de Sarlat, devant laquelle

le vicomte de Turenne vint mettre le siége. Il soutint bravement

l'assaut et conserva la ville sous l'obéissance du Roi. Catherine de

Médicis et Henri III témoignèrent, dans plusieurs lettres que nous

joignons à cette Notice, toute leur gratitude pour un service aussi

important, qui fut consacré à Sarlat par des cérémonies publiques

dont la tradition s'est conservée jusqu'à nos jours[15]. L'année

suivante, lorsque la ville de Domme fut surprise, Bertrand de

Salignac se renferma dans le château qu'il espérait conserver; mais,

après une attaque de vive force dans laquelle périt un de ses

neveux[16], il dut abandonner la place aux assiégeants[17].

[15] Le président de Thou, à l'endroit déjà cité, t. IV, lib.

LXXXVII, p. 459, fait le récit du siége et de l'assaut que

Bertrand de Salignac eut à soutenir. La délivrance de la ville

fut célébrée par une fête religieuse qui a laissé des traces

profondes dans l'histoire du pays. M. de Bausset, dans son

_Histoire de Fénélon_ (Paris, 1808, in-8º), rappelle qu'à cette

occasion des actions de grâce furent instituées pour consacrer

l'anniversaire de la levée du siége.--«La ville de Sarlat,

dit-il, était dans l'usage, jusqu'à ces derniers temps, de

célébrer l'anniversaire d'un événement qui l'avait préservée de

tous les désastres trop communs dans les guerres civiles. On

faisait toujours entrer dans le sermon qui se prononçait le jour

de cette fête, l'éloge de la Maison de Fénélon, pour attester

éternellement la reconnaissance des habitants de la ville de

Sarlat» (t. Ier, p. 504).--Ces souvenirs ne sont pas entièrement

effacés, car on était aussi dans l'usage de faire ce jour-là une

procession publique, qui a lieu encore maintenant.--Du reste, M.

de Bausset s'est trompé en attribuant cet acte à Jean de

Salignac, qui fut tué, la même année, à l'attaque de Domme

(_voyez_ ci-après p. XVII, _note_ 1); il en a seulement partagé

la gloire avec son oncle Bertrand de Salignac, à qui ce fait

appartient. Il ne peut y avoir le moindre doute sur ce point,

car, à l'autorité du président de Thou, nous pouvons ajouter les

propres lettres qui furent écrites par le Roi et la Reine Mère à

Bertrand de Salignac pour lui témoigner toute leur reconnaissance

d'un service aussi important. Elles sont conservées en original

aux _Archives du Royaume_, Cartons des Rois, K. 101.

I. LETTRE DE LA REINE MÈRE.

--du Ve de janvier 1588.--

Monsieur de La Mothe Fénélon, vous avez faict, avecques voz

nepveux, ung très notable et agréable service au Roy, monsieur mon

Fils, et à Vostre party par la deffense de la ville de Sarlat, qui

a esté préservée par vostre prudence, et par la vertu et valleur

de voz dicts nepveux, contre les forces de ceulx du party

contraire, qui auront receu ce coup de baston avecques celluy de

la deffaicte entière de leur armée estrangère advenue par la

singullière grâce de Dieu et par la bonne conduite et le bon heur

du Roy, mon dict sieur et Fils. Je me resjouys grandement du bon

debvoir que vous avez faict en ceste occasion, tant pour

l'advantage que en recepvra le service du Roy, mon dict sieur et

Fils, que pour l'affection particullière que je vous porte et à

tous les vostres, pour lesquelz je seray tousjours preste à

m'employer, quand l'occasion de ce faire s'en présentera. Atant je

prye Dieu, monsieur de La Mothe Fénellon, qu'il vous ayt en sa

saincte garde.--Escript de Paris, le Ve jour de janvier

1588.--CATERINE.--_De Neufville_.

[_Au dos est écrit_]:

A Monsieur de La Mothe Fénélon, Chevalier des Ordres du Roy,

monsieur mon Fils, et Conseiller en son Conseil d'Estat.

II. LETTRE DU ROI.

--du XIIe de febvrier 1588.--

Monsieur de La Mothe, vous et voz nepveux, accompaignez de voz bons

parens et amys et de la fidélité des habitans de ma ville de Sarlat,

m'avez faict ung très signalé et utile service de m'avoir si bien et

heureusement deffendu et conservé la dicte ville contre l'effort et la

puissance des perturbateurs du repoz publicq de mon royaulme; en quoy

vous avez acquis une très grande gloire et de moy ung gré éternel et

perdurable, et suis très marry de ce que l'estat présent de mes

affaires ne me permect de le recognoistre à ceste heure envers voz

dictz nepveux et les dictz habitans selon leur mérite et mon desir;

mais j'espère les récompenser à l'advenir de façon qu'ilz serviront

d'exemple aux aultres et auront toute occasion de s'en louer. Quoy

attendant, je vous prié, et eulx aussi, vous contanter de ma bonne

volonté, et continuer à vous emploier pour la conservation de la dicte

ville, et à maintenir en debvoir et obéissance mes subjectz, tant de

la noblesse que aultres, qui vous sont voisins, leur faisant sçavoir

que j'ay dellibéré de m'approcher d'eulx pour les dellivrer des maulx

qu'ilz souffrent, et, en chastiant les meschans, recognoistre et

gratiffier les bons tant qu'il me sera possible, et y commencer, dès

la présente année, pour ne discontinuer ny cesser jamais que je n'aye

mis à bout ung si bon oeuvre; vous priant, et eux pareillement, de

vous tenir prestz pour m'y accompagner et servir, et au reste croire

que j'ay eu à grand plaisir de veoir le sieur de Gaulejac, vostre

nepveu, lequel m'a rendu très bon compte de tout ce qui s'est passé au

siège du dict Sarlat, et s'est en toute chose comporté très sagement.

Je prie Dieu, monsieur de La Mothe, vous avoir en sa saincte et digne

garde.

Escript à Paris le XIIe jour de febvrier 1588.--HENRY.--_De

Neufville_.

[_Au dos est écrit_]:

A Monsieur de La Mothe Fénélon, Chevalier de mes Ordres et

Conseiller en mon Conseil d'Estat.

III. LETTRE DE LA REINE MÈRE.

--du XIIIe de febvrier 1588.--

Monsieur de La Mothe Fénélon, le Roy, monsieur mon Fils, est non

seullement très bien informé du bon debvoir que l'évesque de Sarlat et

voz autres nepveux ont faict en la conservation de la dicte ville,

mais il recognoist aussy que le bon succez qui en est arrivé est

deub à vostre soing et prévoyance, qui aviez si bien donné ordre

à toutes choses, auparavant que l'on y eust mis le siège, que cela

a grandement aydé à repousser les ennemys. Or, il vous en sçait

le bon gré que mérite ung si notable et utile service, et vous

asseure que, se présentant occasion de le recognoistre en vostre

endroict et de voz dictz nepveux, vous sentirez par effect le

contentement qu'il en a; en quoy je le conforteray tousjours,

aultant qu'il me sera possible, vous voulant bien dire que le Sr.

de Gaulejac, présent porteur, s'est très bien acquitté de la charge

que vous luy aviez donnée; priant Dieu, monsieur de La Mothe Fénélon,

qu'il vous ayt en sa saincte et digne garde.--Escript à Paris le

XIIIe jour de febvrier 1588.--CATERINE.--_De Neufville_.

[_Au dos est écrit_]:

A Monsieur de La Mothe Fénélon, Chevalier des Ordres du Roy,

monsieur mon Fils, et Conseiller en son Conseil d'Estat.

[16] _Jean_ de Salignac, fils d'Armand. Il s'était distingué au

siége de La Fère, en Picardie, à la bataille de Coutras et au

siége de Sarlat. Il fut tué à l'âge de trente ans, le 6 novembre

1588, à l'attaque de la ville de Domme, après avoir déjà forcé

deux barricades. Il était venu au secours du château de Domme, où

son oncle se trouvait assiégé.

[17] Les deux lettres suivantes du Roi se rapportent à ce dernier

événement. Elles se trouvent en original aux _Archives du

Royaume_, Cartons des Rois, K. 101.

I. LETTRE DU ROI.

--Du IVe de novembre 1588.--

Monsieur de La Mothe, j'ay entendu que voiant la surprinse que les

ennemys ont faicte de la ville de Dome, vous vous estes geté dans

le chasteau pour le conserver soubz mon obéissance, dont je vous

sçay le bon gré que mérite le tesmoignage que avez en cela donné

de vostre dévotion à mon service, et vous veulx bien asseurer que,

aux occasions de vous gratiffier, vous me trouverez d'autant plus

favorable à vostre avancement, j'envoye par delà le sieur de

Gaulegeac avec dépesche fort expresse affin d'y faire donner tout

le secours qui se pourra, non seulement pour la conservation du

dict chasteau, mais aussi pour le recouvrement de la ville, s'il

est possible, comme il y a occasion d'espérer, si les ennemys sont

promptement serrez et assailliz sans leur donner temps de s'y

fortiffier et pourveoir de munitions. Je m'asseure que tous mes

bons serviteurs s'y emploieront si vertueusement qu'ilz

délivreront le pays de ceste incommodité, et moy du regret que

j'en porte, priant Dieu, monsieur de La Mothe, vous avoir en sa

saincte garde.--Escript à Bloys le IIIe jour de novembre

1588.--HENRY.--_Revol._

[_Au dos est écrit_]:

A Monsieur de La Mothe Fénélon, Gentilhomme ordinaire de ma

Chambre.

II. LETTRE DU ROI.

--du XXVIIe de novembre 1588.--

Monsieur de La Mothe, j'ay receu vostre lettre du XIIe de ce mois,

contenant le discours de ce qui est passé au faict de Domme, dont je

suis très marry que le succez n'ait esté meilleur pour mon service et

le bien du pays; et particulièrement je regrette fort la perte que je

y ay faicte d'un si bon et affectionné serviteur que m'estoit le feu

sieur de La Mothe, vostre nepveu, et quoy que l'effort qui y a esté

faict n'ait apporté le fruit que je desirois, si ne laissè je de vous

sçavoir autant bon gré du devoir que vous y avez rendu de vostre part,

et ay tant d'asseurance de vostre dévotion au bien de mon dict service

que, en toutes occasions qui s'en présenteront, vous y apporterez tous

les bons effects qui peuvent dépendre de vous. Je adviseray à ce qui

se pourra faire sur cest accident de Domme et y donneray tout l'ordre

et remède que l'estat de mes affaires pourra porter; priant Dieu qu'il

vous ait, monsieur de La Mothe, en sa saincte et digne garde.--Escript

à Bloys le XXVIIe jour de novembre 1588.--HENRY.--_Revol._

[_Au dos est écrit_]:

A Monsieur de La Mothe Fénélon, Chevalier de mes Ordres,

Conseiller en mon Conseil d'Estat et Cappitaine de cinquante

hommes d'armes de mes Ordonnances.

Peut-être a-t-il passé ensuite quelques années dans le repos.

Catherine de Médicis, sa protectrice, était morte le 5 janvier 1589;

Henri III périssait lui-même le 2 mai, quatre mois après. Les guerres

de la ligue commençaient et portaient le champ de bataille loin du

Périgord. Il est à présumer que Bertrand de Salignac, déjà avancé en

âge, ne prit pas une part bien active à ces nouveaux événements. Il

est toutefois certain qu'il fut du nombre des catholiques qui se

rallièrent aussitôt à Henri IV, mais on peut douter qu'il se soit mis

en campagne. Nous n'avons pu recueillir aucun document bien précis sur

cette époque de sa vie. Nous voyons seulement par les papiers de la

famille, que, le 29 septembre 1594, il faisait son testament au

château de Fénélon en Périgord[18]. N'ayant pas d'enfant, car il ne

s'est pas marié, il institua pour héritier universel son petit-neveu

François de Salignac, qui fut le trisaïeul de l'archevêque de Cambrai.

[18] «Testament fait au château de Fénélon en Périgord, le jour

de la feste de Saint Michel, 29 de septembre 1594, par Haut et

Puissant Messire Bertrand de Salaignac de La Mothe Fénélon,

Chevalier des deux Ordres du Roy, Conseiller d'Estat de Sa

Majesté, Sr Vicomte de Saint Julien de Lanpont et Baron de

Lobert, par lequel il demande d'être inhumé dans le tombeau de

ses pères dans la forme des obsèques et funérailles accoutumés

pour un chrestien de sa qualité en l'église catholique et

romaine;--charge son héritier de raporter dans l'année de sa mort

son grand colier de l'Ordre du Saint Esprit au Roy avec le

respect et révérence qu'il convient, selon le statut de cet

Ordre;--lègue une coupe d'argent doré à son très honoré et très

cher nepveu révérend père en Dieu, messire Loys de Salaignac

Évesque de Sarlat;--trois autres coupes pareilles à

mesdemoiselles de Gaulejac, et de Fonpiton, veuves de ses très

chers frères et à madame de La Mothe Fénélon, veuve de son bien

aimé nepveu;--cinq mil écus à son très cher nepveu messire Armand

de Salaignac, chevalier, seigneur de Gaulejac;--trois mil trois

cens trente trois escus un tiers à son très cher nepveu noble

Pierre de Salaignac Sr. de Fonpiton;--cinquante escus à chacune

de ses bien aimées nièces, filles de feu messire Armand de

Salaignac, très honoré frère aîné du testateur, comme de feue

damoiselle Caterine de Salaignac dame de Lostanges sa très chère

soeur;--trois mil trois cens trente trois escus un tiers à sa

bien aimée nièce Caterine de Salaignac femme du Sr. de Clarens,

en considération de ce qu'elle est chargée d'affaires et

d'enfans;--mil escus à son très cher nepveu noble Pons de

Salaignac de Fonpiton.

«Institue son _héritier universel_ son très cher et bien aimé

petit nepveu Noble François de Salaignac, fils de feu son très

aimé nepveu messire Jean de Salaignac, chevalier, Capitaine de

cinquante hommes d'armes, et petit fils de feu messire Armand de

Salaignac, chevalier de l'Ordre du Roy, frère aîné du testateur,

(arrière fils) de feu messire Hélie de Salaignac chevalier, père

du testateur, et bisayeul du dict héritier universel, avec

substitution graduelle et à l'infini de masle en masle par ordre

de primogéniture, et apelle les filles après l'extinction de tous

les mâles de son nom.

«Lègue encore deux mil écus à chacune des soeurs de son dict

héritier universel, nommées Marguerite, Jeanne et Antoinette de

Salaignac, et nomme pour exécuteurs de son testament son dict

nepveu Évesque de Sarlat, et Haut et Puissant Messire Pons de

Thémines et de Cardaillac son très honoré cousin, chevalier,

Capitaine de cinquante hommes d'armes, Séneschal et Gouverneur de

Quercy;--ce testament receu par de Cazalès notaire.»--_Preuves de

noblesse_ faites en 1739 par Gabriel Jacques de Salignac de La

Mothe Fénélon, p. 30.--_Archives du Royaume_, Cartons des Rois, K.

101.

Cependant, et malgré son grand âge, il devait encore être appelé à

prendre part aux affaires publiques. Henri IV, digne appréciateur de

son mérite, le choisit en 1598 pour lui confier la plus importante de

toutes les ambassades. Le traité de paix avec Philippe II avait été

signé à Vervins, le 2 mai 1598; Bertrand de Salignac, nommé

ambassadeur de France en Espagne, ne put refuser ce dernier honneur;

il dut céder à l'invitation toute bienveillante du Roi[19]; il se

rendait à Madrid l'année suivante, auprès de Philippe III, lorsqu'il

tomba malade pendant le voyage. Forcé de s'arrêter à Bordeaux, il

mourut dans cette ville le 13 août 1599, étant âgé de soixante-seize

ans.

[19] Henri IV offrit cette ambassade à Bertrand de Salignac dans

des termes tellement flatteurs, qu'un refus devenait impossible.

Les deux lettres suivantes, qui sont conservées en original aux

_Archives du Royaume_, Cartons des Rois, K. 105, témoignent de la

profonde estime du Roi pour Bertrand de Salignac.

I. LETTRE DU ROI.

--du XIe d'avril 1599.--

Monsieur de La Mothe Fénélon; je sçay bien que vostre eage et voz

services méritent repoz et rémunérations plustost que une

surcharge d'occupations et d'affaires, mesmement hors de vostre

maison et patrie. Toutesfois voullant faire eslection d'ung

personnage propre et capable pour me servir d'ambassadeur auprès

du Roy d'Espagne, après avoir jetté les yeux sur plusieurs, je

n'en ay point trouvé de plus digne d'ouvrir le pas de ceste

légation que vous, par ceque toutes les bonnes qualités

nécessaires, pour ce faire comme il appartient, se rencontrent et

concourent en vous quasi à l'envy l'une de l'aultre et selon mon

desir, de sorte que, si elles estoient accompagnées de pareille

force et santé, j'aurois trouvé mon compte en vous pour remplir

dignement et à mon gré ceste place qui est de présent des plus

importantes à mon estat; et au lieu d'envoier sçavoir quelle est

vostre disposition, je vous envoierois dès à présent mes dépesches

pour me faire ce service, car vous cognoissant comme je fais, je

suis très asseuré que vous embrasseriez et effectueriez volontiers

mon commandement: mais estant incertain de la disposition de

vostre personne, et par conséquent si je puis recevoir ce service

là de vous, je vous fais la présente par ce lacquais, que je vous

envoie exprez, pour en estre esclaircy, vous priant vous résoudre

d'entreprendre ceste légation, si vostre santé le vous peut

permectre. Ce ne sera que pour tant de temps que vous voudrez, car

ce me sera assez que vous enseigniez ce chemin à d'aultres. Je

pourrois, ce faisant, vous faire tenir où vous estes les dépesches

et deniers nécessaires, pour de là vous acheminer en Espagne, sans

avoir la peine de venir icy les prendre, et aurois tel soing de

vous que vous auriez occasion de vous en louer. En tout cas je

n'ay voullu adresser ce commandement à ung aultre que à vostre

reffuz, tant je prise vostre vertu et les moiens que vous avez de

me servir. Renvoiez moy doncques ce lacquais incontinant avec

vostre délibération, et je prieray Dieu, monsieur de La Mothe

Fénélon, qu'il vous ayt en sa saincte garde.--Escrit à

Fontainebleau le XIe jour d'avril 1599.--HENRY.--_De Neufville._

[_Au dos est écrit_]:

A Monsieur de La Mothe Fénélon, Chevalier de mes Ordres,

Capitaine de cinquante hommes d'armes de mes Ordonnances, et

Conseiller en mon Conseil d'Estat.

II. LETTRE DU ROI.

--du IIe de may 1599.--

Monsieur de La Mothe Fénélon, je n'attendois pas, de vostre ancienne

et esprouvée affection au bien publicq de mon royaulme et à mon

service et contentement particullier, aultre response à la prière que

je vous ay faicte d'entreprendre la légation d'Espagne que celle que

vous m'avez faicte par vostre lettre du XXIe du mois passé, que j'ay

receue par le lacquais que je vous avois envoié; dont je n'ai voullu

différer daventage à vous faire sçavoir que j'en ay receu très grand

plaisir et contentement, espérant que Dieu vous donnera aultant de

santé et de force que je vous en desire pour accompagner et mettre en

oeuvre vostre bonne volonté et cappacité à me servir en telle et

toutes aultres occasions. Au moien de quoy je vous prie de donner

ordre, à voz affères domestiques, et ceulx de mon Conseil pourveoiront

aux instructions et deniers nécessaires et accoustumez pour vostre

expédition, affin que le tout vous soit envoyé à propos pour pouvoir

partir dans la Sainct Jehan, qui est le temps que vous avez escript au

Sr. de Villeroy, que vous pourrez estre prest à ce faire; priant Dieu,

monsieur de La Mothe Fénélon, qu'il vous tienne en sa saincte et digne

garde.--Escript à St. Germain en Laye le IIe jour de may

1599.--HENRY.--_De Neufville._

[_Au dos est écrit_]:

A Monsieur de La Mothe Fénélon, Chevalier de mes Ordres,

Conseiller en mon Conseil d'Estat.

Henri IV prit soin lui-même de faire l'éloge funèbre de Bertrand de

Salignac, dans les instructions remises au comte de La Rochepot, qui

lui fut donné pour successeur.

Il le chargea de dire au Roi d'Espagne[20] «que si la mort n'eust

prévenu et surpris le feu sieur de La Mothe Fénélon, que Sa Majesté

avoit désigné et dépesché pour l'aller trouver, et la servir auprès de

lui en cette charge, lequel trespassa par les chemins, Sa dicte

Majesté luy eust témoigné il y a longtemps combien elle desire luy

correspondre en toutes sortes de devoirs et offices de bon frère et

amy, de quoy ce gentilhomme, qui estoit des plus sages et

expérimentez du royaume, se fust si bien acquitté que Sa dicte Majesté

s'asseure qu'il en fust demeuré content, mais Dieu n'avoit voulu

permettre que le dict sieur de La Mothe Fénélon ait fait ces services

à Leurs Majestez.»

[20] _Mémoire historique concernant la négociation de la paix

traitée à Vervins, l'an 1598_, t. II, p. 430. Paris, 1667, in-12.

DISCOURS

DRESSÉ EN JUILLET 1575

POUR LE DIRE AU ROI, RETOURNANT D'ESTRE SON AMBASSADEUR EN

ANGLETERRE[21].

[21] _Archives du Royaume_, Cartons des Rois, K. 96.

SIRE,

Je loue Dieu de la grâce qu'il me faict aujourd'huy que je puis baiser

très humblement les mains et voir la face de Vostre Majesté, chose que

j'ay infiniment desirée; et parce qu'en quelle sorte qu'il advienne à

un gentilhomme de recevoir bienfaict de son Roy et de son Maistre, il

l'en doit remercier, je veus rendre très humbles grâces à Vostre

Majesté pour le bien qu'elle m'a faict maintenant de me retirer de

cette tant longue et ennuyeuse absence de six ans et deux mois que

j'ay esté continuèlement en Angleterre; là où je vous promets bien,

Sire, que pour mon particulier je n'y ay faict autre acquest que d'y

estre devenu vieus, maladif et pauvre, et n'y ai rencontré que perte

et dommage. Mais, si pour le bien de voz affaires, il est advenu que

Dieu m'ayt faict la grâce d'y avoir ainsi conduict ma Négociation, que

Vostre Majesté la deigne maintenant approuver et l'avoir agréable, et

qu'il vous reste quelque contantement du service que je vous y ay

faict, je réputerai toutes mes pertes et mes maus et moy mesme très

heureus.

Et vous supplie très humblement, Sire, de considérer que dès l'heure

que j'arrivai par delà jusques à ce que j'en suis parti, j'ay

tousjours rencontré, outre les anciennes querelles des Anglois, trois

fort grandes difficultés en teste, qui se sont tousjours opposées et

se sont rendues formèlement contraires au service de Vostre Majesté.

La première a esté celle de la nouvelle religion et de la guerre de

vos subjects, en quoy du commencement, le cardinal de Chastillon,

Cavaignes, Du Doict, Sainct Simon, Pardailhan, Chastellier Pourtault,

les agens du prince d'Orenge, ceux des princes protestans d'Allemagne,

avec l'ayde des évesques, et plusieurs du Conseil d'Angleterre, et une

tourbe des plus aspres ministres qui fussent en France: et, après eux,

le comte de Montgomery, monsieur le Vidame, M. de Languillier, et

dernièrement M. de Méru, m'y ont donné tant d'affaires que je dois

estre aucunement excusé si je n'ay pu faire réuscir proprement toutes

choses par delà sellon vostre desir et contantement.

La seconde difficulté a esté du faict de la Royne d'Escosse et des

Escossois, qui onques ne fut veue cause en nul estat de la Chrestienté

plus plène de soubçon et de jalousie, ny qui ayt eu tant d'ennemys, ny

où il soit intervenu plus de dangers qu'en celle là; car se trouvant

la Royne d'Angleterre contredicte en la propre qualité de sa personne

d'estre bastarde, et en la qualité de son estat d'estre illégitime

Royne, et là dessus une grosse élévation dans son royaume par les

Catholiques, et une pratique d'y introduire les Espagnols et une

conjuration contre sa propre vie, avec une crainte extrême d'estre

assaillie du costé d'Escosse par les François plus que de nulle autre

part du monde, et le tout imputé à la Royne d'Escoce, l'on ne cessoit,

à toutes les délibérations du Conseil d'Estat et par toutes celles du

général Parlement du royaume, de presser la Royne d'Angleterre de

faire mourir, comment que ce fût, la Royne d'Escosse sa cousine, et se

saisir de son royaume et de la personne de son fils durant sa

minorité, pendant que la France estoit soymesmes bien empeschée; de

sorte qu'il est de merveille et un miracle évident comme il a pleu à

Dieu m'ouvrir les moyens d'y remédier.

La troisième difficulté, encore plus grande que les deux aultres, a

esté la compétance d'Espagne, et les menées, qui ont esté faictes, de

ce costé là, avec deniers contans et avec grands présans et avec

moyens secrets et ouverts par les pensionnaires du Roy d'Espagne et

par les partisans de Bourgogne, qui sont en grand nombre en ceste

cour, pour cuider faire déclarer leur Royne et le royaume contre la

France, afin de donner plus de solagement aus Païs Bas, et pour

traverser l'amitié et l'alliance qui se trettèrent par le feu Roy avec

la Royne d'Angleterre; et, encore dernièrement, pour empescher que le

renouvellement de la ligue ne succédât avec Vostre Majesté, de sorte

qu'à dire vray il n'a pas fallu estre trop paresseus ny endormi; et

grâces à Dieu, lorsque l'ambassadeur d'Espagne et le duc d'Alve, et

mesme tous leurs partisans, se sont le plus efforcés de vous y nuire,

c'est lors que je me suis trouvé le plus audessus de ce que j'y ay

prétendu pour vostre service, et l'ambassadeur d'Espagne a esté enfin

déchassé du pays et déboutté de sa charge, et moi confirmé en la

mienne; et son Maistre et ses affaires ont esté trop pirement traittés

que les vostres; et mesmes, s'il est sorti quelque chose d'Angleterre

à vostre préjudice, je vous supplie, Sire, très humblement de croire

qu'il y en a eu mille fois plus de préparé contre vous qui a esté

interrompu et destourné, et, possible, une partie en est allé au

préjudice du Roy d'Espagne, et que le peu qui s'en est adressé contre

la France a esté ce que, par nul ordre ny moyen, encore que je m'y

sois opposé comme à la mort, il ne m'a esté possible de l'empescher;

et si, me semble que Vostre Majesté en doit tenir la Royne

d'Angleterre aulcunement excusée, car c'est ce qu'elle n'a pu contre

tant de poursuites, de persuasions et de grandes sollicitations,

bonement dénier à sa religion.

A présent, Sire, vous estes avec elle et avec son royaume en une

intelligence, non du tout si bonne ny si parfaite comme je l'ay

quelquefois vue, et mesmement ès sept premiers mois de l'an 1572, car

lors, le feu Roy, vostre frère, eut pu plènement jouir de l'Angleterre

aussi bien que de son propre duché de Bretagne; mais au moins y estes

vous en une condition de bonne paix et d'amitié et de confédération,

de sorte que Vostre Majesté et voz subjects n'avés à espérer que

bien, et ne craindre guière de mal, de ce costé là; car, pour le faict

de la religion, la Royne d'Angleterre et les siens se contanteront

assés qu'ils ne soient poinct inquiettés en la leur, sans trop

s'entremettre de celle de voz subjects, si leur en accordés peu ou

prou, pourveu que ne la leur ostiés du tout et ne les en veuilliés

priver par la force.

Quant à ses prétentions de Callais et aultres ce n'est sur elle que la

conqueste en a esté faicte, ce ne sera aussi elle qui se formalisera

de les reconquérir. Elle est femme nourrie à la paix et repos, n'a

poinct d'enfans, ny de successeur à qui elle ayt d'affection, veut

jouir son estat tant qu'elle vivra sans guerre ny trouble, et ses

conseillers encore plus qu'elle, lesquels, à dire vray, le jouissent

avec non guières moins d'authorité et de crédit et de profit que leur

propre Maistresse, et la guerre leur osteroit tout cela; et ne devés

craindre, selon ce qu'on peut juger, qu'elle permette jamais que la

Royne d'Escosse ayt autre mal entre ses mains que d'estre détenue, et

mesme elle la faict estre assés bien selon sa fortune, et si ay

opinion qu'elle ne pert rien là où elle est, ains y acquiert la

couronne d'Angleterre, et là se confirme contre tous ses compétiteurs,

après la mort de sa cousine, avec trop plus de seuretté et de bons

moyens, que si elle estoit hors du royaume, et qu'elle fût en peine

lors d'y entrer.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, tome premier Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 1 / 34 段