GUSTAVE BABIN.

[Illustration: LES BÉQUILLES]

Ce sont les deux ancêtres du village... Longtemps, très longtemps, ils

ont vécu côte à côte, participant tous deux à la vie de la petite

commune, qui s'est déroulée, devant ces humbles témoins, avec ses joies

et ses deuils. Et le temps, à mesure que les années s'écoulaient, les a

pareillement affaiblis. Courbée par l'âge, la bonne vieille ne marche

plus aujourd'hui qu'avec l'aide d'une canne et d'un bâton rustiques.

L'église, elle aussi, a ses béquilles, ses pauvres béquilles qui la

soutiennent et lui permettent encore de dresser vers le ciel, au-dessus

de la campagne, son clocher dont la croix s'incline. Elle apparaît comme

la vénérable aïeule dont l'existence est liée à celle du village, sans

laquelle il ne serait qu'une réunion de maisons privée d'âme: elle dit

la longue communion des hommes sur un même coin de terre française. La

laissera-t-on achever, sans s'occuper d'elle, sa mélancolique destinée?

En faveur de l'église rurale, de la petite église qui ne se prévaut ni

de merveilles d'architecture, ni de souvenirs historiques, des voix

généreuses, éloquentes, se sont fait entendre. «Ce ne sont pas seulement

les belles églises que nous voulons sauver, a dit récemment à la Chambre

des députés M. Maurice Barrés, ce sont encore les autres, celles qui

n'ont pas de beauté.» Une loi tentera désormais de les protéger. Et

bientôt, espère-t-on, dans toute la France, les églises les plus

modestes, rajeunies, n'auront plus besoin de béquilles.

[Illustration: LES PETITS CAVALIERS DU BOIS]

Récemment, nous montrions, restitué par un vivant dessin, l'un des

tableaux familiers qui s'offrent quotidiennement le matin, au Bois: le

salut du cavalier aux promeneuses des «Acacias», arrêtées au bord du

sentier, le temps d'échanger, avec le parfait gentleman qui, du haut de

sa monture, s'incline, de légers propos.

Voici d'autres visions coutumières, surprises, au hasard des rencontres,

par le photographe en quête de gracieux instantanés: elles évoquent, non

point l'heure élégante, à laquelle il est de bon ton d'apparaître, dans

les allées consacrées par la Mode, mais l'heure familiale, qui est celle

du bon sport et du salutaire exercice, l'heure des enfants. Ils viennent

au Bois à cheval, comme de grandes personnes, sous la conduite de leur

père, qui croit aux bienfaits de l'équitation, et leur en inculque les

principes. Et c'est, pour eux, un plaisir qu'ils préfèrent sans doute à

tous les jeux de leur âge, d'apprendre à manier le docile animal,

approprié à leur petite taille, qui leur est confié, et de trotter

librement, le nez au vent, dans la fraîcheur matinale. Garçons et

fillettes--celles-ci montant en amazone ou enfourchant leur poney--ont

déjà, en selle, jolie et souple allure: quelle meilleure école pour leur

apprendre le sang-froid, l'adresse, et développer harmonieusement leurs

jeunes forces?

[Illustration: Le lycée de jeunes filles de Gorna-Oréchovitza en

ruines.]

[Illustration: Le gymnase de Tirnovo, où étaient soignés de nombreux

blessés.]

L'Illustration, No. 3671, 5 Juillet 1913 · 第 25 / 47 题