Robe d'après-midi de Doeuillet _Dessin d'André-E. Marly_

[Illustration: L'OISEAU DE PARADIS Robe de jardin _Dessin de Louis

Strimpl_]

[Illustration: LES TROIS ROBES _Dessin de Georges_]

[Illustration: ROBE NEUVES _Georges Lepape_]

[Illustration: Projets de chapeaux par Louis Strimpl.]

[Illustration: JE SUIS PERDUE Robe d'été de Chéruit _Dessin de Pierre

Brissaud_]

[Illustration: LE JEU DES GRACES Robe d'après-midi de Paquin _Dessin de

Georges Barbier_]

M. Bakst et ses émules en ce genre oublient que dessiner, ce n'est pas

seulement arrêter d'un trait une forme, c'est modeler, c'est draper,

sans cesse.

En ce moment, il me ressouvient de ces prodigieux cours de costume que

professait naguère, une ou deux fois l'an, à l'École des Beaux-Arts, M.

Heuzey. Avec quel art souverain, chiffonnant un tissu vulgaire, le

maître dressait sur l'estrade Eos se dévoilant, une figurine tanagréenne

ou une comédienne de Pompéi! Il pétrissait l'étoffe comme un grand

sculpteur la glaise. Or c'est ainsi que je me représente l'art du

couturier artiste; ainsi que je le vois, parant de velours ou de

taffetas, de gaze ou de drap, suivant le caractère même de la forme

féminine qu'il a devant lui, l'élégante qui se confie à son expérience,

à son tact. Quel peintre, quel dessinateur, à moins d'une miraculeuse

prédestination, aurait ce don?

Combien je préfère les spirituels croquis de M. Sacchetti synthétisant,

juste à la limite de la caricature, la _Silhouette nouvelle_, cette

cocasserie, non dénuée de charme, de la femme de cette saison et des

dernières, cette démarche gênée, ces gestes hésitants qu'entrave et

retient la peur de rompre fâcheusement un équilibre bien instable,--ou

encore les interprétations que donnent, de toilettes créées par les

couturiers amis de la _Gazette du Bon Ton_, les collaborateurs attitrés

de la sémillante revue.

Leur ingéniosité s'y révèle jusque dans le choix des titres, leur sens

esthétique affiné, par la joliesse, l'harmonie, la grâce des

compositions où ils présentent les éphémères chefs-d'oeuvre auxquels ils

ont assumé d'assurer la survie. Car c'est en cela que la _Gazette_

d'aujourd'hui l'emporte sur ses devancières, et que ses gravures de

modes diffèrent de celles dont se contentait jusqu'ici l'âme ingénue et

modérément assoiffée de beauté des tailleuses et des lingères, et dont

nous ne prononcions le nom qu'avec dédain: être «mis comme une gravure

de mode», quelle infélicité!

Ces gravures-ci s'intitulent _Un peu d'ombre, enfin!... le Jeu des

Grâces, Je suis perdue, l'Oiseau de Paradis, la Miniature ancienne, Sur

la terrasse, Ah! mon beau château, la Caresse à la rose, Lassitude,

Soyez discret, Faites_ _entrer!..._ et donc, elles ont «des sujets»,

tout comme des tableaux. Et il en est de purement exquises,--_la

Coquette surprise_ de Worth et André Marty, entre autres. On jugera, par

les quelques reproductions que nous en donnons, de l'esprit qui les

anime.

[Illustration: Coiffure de théâtre, par Paul Méras.]

[Illustration: LA MINIATURE ANCIENNE Robe de dîner de Redfern _Dessin de

Bernard B. de Monvel_]

[Illustration: SUR LA TERRASSE Robes d'après-midi de Worth _Dessin de

James Gosé_]

Je vois très bien des pages comme _les Trois robes neuves_, reproduites

ici, où M. Georges Lepape a évoqué, avec un narquois humour, la

stupéfaction d'une famille bourgeoise et un tantinet arriérée, devant

les fantaisies d'aujourd'hui, comme le _Mariage au château_, parfait

spécimen de l'art sobre et aristocratique de M. Pierre Brissaud, ou

comme la _Femme au paravent_, «manteau de cour» par Abel Faivre,

pieusement recueillies par un «curieux» de l'avenir, et, savamment

encadrées, souriant aux murs de quelque petit salon intime...

L'art, le soin avec lesquels sont exécutées ces images leur confèrent

tous les titres à cet enviable honneur.

Si, pour l'interprétation des dessins, on a renoncé à la gravure sur

bois, on demeure fidèle, à la _Gazette_, quant au coloriage des planches

hors texte, qui abondent dans chaque numéro, au patron ou pochoir. Manié

par des artisans experts, il produit des fac-similés étonnants de

perfection, et apparente un peu plus, s'il se peut, aux oeuvres du

dix-huitième, ces productions de contemporains. Et si les harmonies en

sont parfois un peu vives, c'est un défaut léger que se chargera bien de

corriger le temps; quelques déjeuners de soleil remettront tout au

point.

Encore que cette aimable revue n'ait pas atteint le terme de sa première

année, les premières toilettes qu'elle fixa ont déjà je ne sais quelle

mélancolique saveur de choses désuètes, passées,--tant sont fugaces les

caprices de l'éternel féminin! Et déjà, l'on a le recul suffisant pour

juger du style des couturiers en vogue, comparer la manière théâtrale,

affectée, tarabiscotée de celui-ci, au genre simple, clair, logique, de

pure tradition française, enfin, de cet autre.

Aussi bien, la _Gazette_ prétend-elle ne point borner l'exercice du

magistère qu'elle ambitionne au seul royaume du chiffon. Si elle promène

son coup d'oeil souverain sur l'une après l'autre des provinces de ce

capricieux empire, si tels des exégètes expérimentés que j'ai nommés

commentent tour à tour, avec le sérieux qui sied, le dogme de l'ombrelle

et celui du bonnet de nuit, discutent l'évangile relatif aux pendants

d'oreilles et celui qui a trait à la cravate, si un esprit hardi, même,

s'aventure jusqu'à consacrer un chapitre aux «alentours, pourtours et

dessous»--honni soit qui mal y pense--d'autres suivent la fantasque mode

au théâtre, aux premières tapageuses, aux grandes ventes, qui sont bien

aussi de leur ressort. Et leurs consultations, leurs arrêts, leurs

monitoires, au nom du Bon Ton, sont imprimés, chaque mois, dans la plus

classique et la plus seyante typographie qui soit: car M. Lucien Vogel

travaille bien plus, peut-être, pour les bibliophiles que pour les

snobs. Et c'est cela qui recommande à l'attention sa si jolie revue,

c'est pour cela que _L'Illustration_, toujours à l'affût des choses

actuelles, neuves surtout, sympathique aux efforts vers la perfection

dans un domaine qui l'intéresse entre tous, puisqu'elle y a sa bonne

place, devait à ses traditions d'applaudir à ces captivantes images, à

ce texte élégant, à tant de «bel ouvrage».

L'Illustration, No. 3671, 5 Juillet 1913 · 第 24 / 47 题