Voyons maintenant les résultats, en nous tenant aux constatations
officielles.
Pendant l'été 1911, le ministre de la Guerre chargea une mission d'aller
appliquer la vaccination antityphique sur les troupes occupant les
confins algéro-marocains. Chez les non vaccinés, la morbidité fut de 115
et la mortalité de 8 p. 1.000; aucun cas ne fut relevé parmi les hommes
inoculés avec le vaccin du docteur Vincent. Le vaccin du professeur
Chantemesse, inoculé à 44 militaires, donna aussi des résultats très
satisfaisants.
Devant une expérience aussi concluante, l'emploi du vaccin Vincent fut
pratiqué sur une vaste échelle. A la fin de 1912, le nombre des soldats
vaccinés atteignait 10.000 en Algérie-Tunisie, et 37.000 en France. Chez
ces 47.000 hommes, il ne s'est produit aucun décès; ou a seulement
relevé, en Algérie, un cas de maladie qui fut attribué à l'emploi de
vaccin trop vieux. Or, la moyenne des cinq dernières années accuse 11,23
cas pour 1.000 hommes, avec 1,59 de décès en Algérie-Tunisie, et 3,67
cas avec 0,47 décès en France.
En septembre 1912, une épidémie très violente éclata dans la garnison
d'Avignon, forte de 2.053 hommes. Sur 1.366 hommes vaccinés--dont 841
pendant l'épidémie--il n'y eut aucun cas de Typhoïde. Sur les 687 hommes
non vaccinés, on releva 155 cas et 21 décès.
A Paimpol, 400 civils vaccinés échappent au fléau, alors que le reste de
la population présente 150 cas et 11 décès...
Le vaccin du professeur Chantemesse n'a pas été expérimenté
officiellement sur une aussi vaste échelle; il a donné des résultats
analogues. En 1912, M. Delcassé autorisa la vaccination facultative des
équipages de la flotte et des ouvriers des ports. Sur un effectif de
67.000 hommes non vaccinés, on releva 542 cas, d'avril à fin décembre
1912. Les 3.107 vaccinés furent complètement indemnes.
Tout ce que nous venons de dire concerne la vaccination _préventive_. On
a essayé et on essaie encore l'action du vaccin comme agent
thérapeutique, ou _curatif_. Les résultats sont fort irréguliers.
Tantôt on obtient une guérison brusque et définitive après
l'inoculation; tantôt on constate une simple amélioration; tantôt le
résultat est nul. Notre diagramme montre l'évolution d'un cas où
l'inoculation a réussi.
[Illustration: Un cas de fièvre typhoïde guérie par des inoculations de
vaccin.--_Diagramme du professeur Chantemesse._]
Pour combien de temps le vaccin confère-t-il l'immunité? C'est une chose
que, seule, l'expérience apprendra.
Il nous suffit de savoir, pour l'instant--nous croyons l'avoir
démontré--que la vaccination préserve sûrement de la fièvre typhoïde.
Et, bien que plusieurs étrangers, notamment le professeur Wright, aient
une part honorable dans cette nouvelle conquête de la science, nous
pouvons sans chauvinisme attribuer la part la plus large à deux
Français: le docteur Chantemesse et le docteur Vincent.
_F. Honoré._
[Illustration: Vaccination antityphique des militaires au Val-de-Grâce.]