Les Allemands ont d’abord porté leur principale action sur les bords
de l’Yser, entre l’embouchure du petit fleuve et Dixmude. Grâce à des
masses sans cesse renouvelées ils avaient pu franchir le cours d’eau,
et même dépasser le chemin de fer en occupant Ramscappelle et Perwyse.
Les troupes belges ont eu recours à la mesure suprême des inondations:
rompant les digues de l’Yser, tendant les barrages, nos amis ont amené
le flot insidieux dans la plaine basse des polders. En même temps,
aidés par nos troupes, ils enlevaient les villages occupés, et, sur
les chaussées dominant les eaux, ont refoulé les colonnes ennemies
du côté opposé, en leur infligeant des pertes considérables. Aux
dernières nouvelles, Belges et Français avaient à leur tour traversé
la rivière et se portaient vers la route d’Ostende à Dixmude où déjà
serait parvenue à Leffinghe une colonne qui longea les dunes, tandis
qu’une autre occupa Lombaertzyde le 3 novembre. Nous sommes donc près
d’Ostende.
Devant cette difficulté de se diriger vers la frontière française
par le littoral, devant l’inondation qui gagne chaque jour, l’ennemi
a porté son effort vers le Sud, contre la ville d’Ypres. Ne pouvant
aborder celle-ci par le Nord, ayant été chassé de Dixmude réduit en
cendres et se trouvant en présence de forces alliées victorieuses
occupant, entre Ypres et Roulers, les bourgs de Langemarck et de
Parschendaele, il a dû se diriger sur un front étendu entre Roulers
et Menin, où il a engagé de nombreux corps d’armée; depuis lors,
c’est au Sud-Est et au Sud d’Ypres que la bataille a lieu; elle fut
particulièrement ardente entre le canal d’Ypres à la Lys et le ruisseau
de la Douve, autour du village de Messines, situé à mi-chemin d’Ypres
et d’Armentières. Les positions ou points d’appui ont été pris et
repris plusieurs fois; Anglais et Français ont rivalisé d’ardeur dans
la résistance contre le flot allemand et dans les contre-attaques.
Les nouvelles du 4 novembre disaient que nous avions maintenu notre
front sur tous les points et que malgré des alternatives d’avance et
de recul, nous étions en progrès. Sur le reste du théâtre flamand
d’opérations, c’est-à-dire dans la Flandre française, autour des villes
populeuses de Lille, Roubaix, Tourcoing, Halluin et Armentières, le
silence a été complet, mais quelques indications furent fournies
sur les combats livrés par les troupes britanniques aux abords de
la Bassée. Les Allemands ont dirigé contre nos alliés de violentes
attaques, à l’aide de forces très supérieures en nombre. Un moment
obligés de reculer, les Anglais ont repris vigoureusement l’offensive,
repoussé l’ennemi et repris position en avant des points d’où ils
avaient été chassés. Toutes les attaques qui eurent lieu depuis dans
cette direction sont restées infructueuses. Il en fut de même jusqu’à
Arras, par les plaines de Lens et de Vimy.
A Arras, qui reste occupé par nous, l’ennemi a fait de violentes
tentatives les 1er, 2 et 3 novembre; tout en continuant le bombardement
de la malheureuse cité, il a cherché à parvenir au cœur de celle-ci;
mais nous tenions bon dans les villages de la banlieue immédiate et les
faubourgs; partout l’assaillant a été repoussé.