PICARDIE ET CHAMPAGNE

Les combats se sont poursuivis au Sud d’Arras jusqu’à l’Oise. Entre

Arras et la Somme, il semble que tout se soit borné à des attaques

contre nos positions, suivies de retours offensifs de notre part, nous

faisant gagner quelques points retranchés par l’adversaire. Mais plus

au Sud, en arrière, à l’Ouest de Roye et de Nesle, des deux côtés du

chemin de fer de Tergnier à Amiens, l’ennemi a renouvelé l’effort

entrepris depuis tant de semaines pour tâcher d’atteindre la capitale

picarde. Il n’y a pas réussi; c’est nous qui, vers le 30 octobre, avons

atteint, aux abords immédiats de Chaulnes, le bourg de Lihons, et, plus

au Sud, à quelque distance de Roye, le village du Quesnoy-en-Santerre.

Contre le rideau ainsi avancé vers l’Est, les Allemands ont dirigé de

furieuses tentatives, pendant trois jours; jusqu’au 3 novembre, tous

leurs efforts se sont brisés contre la ténacité de nos soldats appuyés

par notre puissante artillerie; même, le 4, nous faisions un nouveau

pas vers l’Est.

[Illustration: Ligne générale (en grisé) des opérations

militaires, à la fin d’octobre, de la mer du Nord à Nancy.

_Voir aussi la carte de la couverture et, pour la bataille des

Flandres, le croquis panoramique des pages 350-351._]

[Illustration: LA BATAILLE DES DUNES, SUR LA COTE BELGE, ENTRE

NIEUPORT ET OSTENDE

_Fac-similé d’un croquis exécuté sur place et résumant les

observations d’un dessinateur correspondant de guerre, M. H. C.

Seppings Wright, qui s’était posté près d’une ambulance belge

dans les dunes._]

[Illustration: UN VILLAGE DEUX FOIS PRIS PAR LES ALLEMANDS ET

DEUX FOIS REPRIS PAR NOTRE INFANTERIE

_Dessin exécuté par M. Sydney Adamson, à Sommesous (village de la

Marne, non loin de Vitry-le-François), d’après les indications

précises d’officiers ayant participé aux combats de septembre sur

ce point et qui ont certifié exacte la composition de l’artiste

anglais._]

Sur l’Aisne, des événements auxquels les communiqués allemands ont

donné une importance vraiment excessive se sont produits en amont de

Soissons, autour de la petite ville de Vailly. Nous avions entrepris

sur les plateaux de la rive droite de la rivière une marche en avant

qui, heureuse entre la forêt de Laigue et Soissons, a échoué sur

les plateaux au Nord de Vailly--près de Condé--nos colonnes s’étant

heurtées à des forces très supérieures. Cet insuccès fut compensé le

1er novembre par l’échec des Allemands qui tentaient de poursuivre leur

avantage par des attaques de jour et de nuit. Le 2, les Allemands,

une fois encore renforcés, nous faisaient reculer sur la rive droite

de l’Aisne jusqu’à Bourg-en-Comin, en amont de Vailly; mais mardi

nous reprenions l’offensive et approchions de Bray-en-Laonnois par la

reprise de la ferme du Metz. Depuis lors notre avantage s’affirme.

Sur le reste du front, en Champagne, les Allemands ont manifesté

une recrudescence d’activité se traduisant surtout par une violente

canonnade à l’aide de leur artillerie lourde et la reprise du

bombardement de Reims. Plus à l’Est, du 30 octobre au 2 novembre, nous

avons gagné de tranchée en tranchée au Nord de Souain, malgré une

action d’artillerie presque ininterrompue.

Dans l’Argonne, la bataille commencée la semaine dernière, à travers la

forêt, entre Vienne-la-Ville et Varennes, a continué toute la semaine.

Les Allemands, pour s’assurer la communication à travers ces grands

bois, nous ont attaqués avec fureur; chacune de ces tentatives a été

repoussée avec des pertes considérables pour l’ennemi, et, le mardi 3,

nous le rejetions au Nord du chemin de Varennes.

Sur la Meuse, dans le massif des Côtes et dans la Woëvre, il n’y a pas

eu moins d’activité; les Allemands cherchent évidemment à envelopper le

camp retranché de Verdun dans le but d’entreprendre le siège de cette

grande place. L’armée qui manœuvre de ce côté, vers Saint-Mihiel, en

Woëvre, au Nord de Verdun, a partout tenu l’ennemi à distance et gagné

sur lui; elle a dépassé Pont-à-Mousson et, sans doute, atteint la

frontière. Au Nord de Verdun, où le puissant fort de Douaumont avait

été canonné pendant vingt-quatre heures sans subir, d’ailleurs, le

moindre dégât, nos troupes ont obligé les assaillants à évacuer les

positions lointaines d’où ils essayaient le bombardement du fort.

Pendant que des détachements français opèrent dans la vallée

supérieure de la Seille, vers Château-Salins, l’ennemi a esquissé une

contre-offensive contre Nomény au Nord de Nancy; sa reconnaissance a

été rudement reçue et rejetée sur le territoire annexé.

Dans les Vosges moyennes, les Allemands maîtres du chaînon du

Ban-de-Sapt, qui se dirige du col de Saales vers Raon-l’Etape,

bombardaient presque journellement Saint-Dié; une brillante attaque

les a rejetés sur le versant alsacien pendant que d’autres forces,

franchissant le col de Sainte-Marie-aux-Mines, prenaient possession

des hauteurs au-dessus de la petite ville portant ce nom.

La semaine, on le voit, a été marquée par de nombreux événements de

guerre, mais c’est vers la Flandre surtout que s’est portée et que se

porte encore l’attention.

L'Illustration, No. 3740, 7 Novembre 1914 · 第 21 / 28 题