III.

On a vu, dans la première partie de cet écrit, que deux systèmes

principaux ont été présentés pour effectuer, en France, la réforme

postale.

L'un de ces systèmes a été proposé par le gouvernement, l'autre par MM.

de Saint-Priest, Monnier de la Sizeranne et Muteau, membres de la

Chambre des Députés.

Pour apprécier exactement la valeur réelle et les conséquences de

chacune de ces deux propositions, il faut se rendre compte des principes

qui doivent présider à la taxation des lettres et de la composition des

taxes postales maintenant appliquées en France.

Le tarif de 1827 comporte, pour la rémunération du transport des

lettres, onze taxes progressives, croissant en raison de la plus grande

longueur du parcours. Ce système a le tort de contrevenir au droit

commun en soumettant à une rémunération inégale le prix d'un service

public établi dans l'intérêt général.

Il y a complète erreur à prétendre qu'il faut calculer le coût du

transport d'une lettre d'après la longueur du parcours. Ce coût dépend

essentiellement du nombre des lettres transportées à chaque destination.

Un voyage de malle-poste coûte un prix donné qui reste invariable, soit

que cette malle porte un million de lettres, soit qu'elle porte une

seule lettre. Dans ce dernier cas, cité comme exemple extrême quoiqu'il

soit invraisemblable, la lettre unique devrait être taxée à la parité de

tout le coût du voyage, tandis que, dans l'autre cas, chaque lettre

faisant partie du million de lettres simultanément transportées devrait

payer seulement un millionième de ce même coût.

Il est donc tout-à-fait déraisonnable d'établir la tarification du

transport des lettres sur une progression proportionnée à la longueur du

parcours. Le tarif de 1827 a été basé sur ce faux principe; il n'a pas

même le mérite d'en avoir fait une exacte application.

Pour mettre les taxes en corrélation proportionnelle avec les distances

à parcourir, il aurait fallu que chaque taxe fût calculée de manière à

s'accroître en raison de l'accroissement de la distance. Le tarif de

1827 est loin de présenter cette corrélation.

La première taxe de ce tarif imposant à une lettre simple, transportée à

40 kilomètres, un port de », 20 c, soit »,05 par myriamètre, les dix

autres taxes de ce tarif devraient progresser de manière à ce que

chacune d'elles représentât autant de fois »,05 qu'il y a de myriamètres

dans la distance à laquelle elle correspond. Le tarif de 1827 ne suit

pas cette progression rationnelle et juste, ses taxes varient

arbitrairement selon les distances. Tandis que la lettre à 40 kilomètres

est taxée à raison de »,05 par myriamètre, celle à 300 kilomètres est

taxée à raison de »,02, celle à 900 kilomètres est taxée à raison de

»,01 centime 1/4 par myriamètre.

Sous quelque face qu'on les considère, ces disproportions sont

injustifiables. Si la taxe est appliquée à raison de la distance, sa

quotité doit être invariablement proportionnelle à la longueur du

parcours. Si la taxe doit produire l'effet d'un impôt indirect, elle

doit être calculée de manière à ce que, selon les prescriptions de la

charte, les charges de cet impôt soient égales pour tous. Si, enfin, la

taxe est la rémunération d'un service public, tout service public devant

être à un prix égal pour tous, la taxe imposée pour le port d'une lettre

doit être invariable quelle que soit la distance à laquelle cette lettre

doit parvenir.

L'analyse des taxes dont se compose le tarif de 1827 fait ressortir,

mieux encore que les chiffres et les raisonnements qui précédent, les

vices du système dont ce tarif est l'application.

Selon le rapport présenté, en 1844, à la Chambre des Députés, par M.

Chegaray, relativement à la proposition de M. de Saint-Priest, le

service des postes a transporté hors Paris, pendant l'année 1843, 81

millions de lettres, et le coût général de ce transport s'est élevé à

2,800,000 fr.

En assimilant à un type uniforme de distance, soit à un myriamètre, par

exemple, le nombre des lettres transportées, et en divisant le coût

général du transport par le produit de cette assimilation, on doit

trouver le coût du transport de chaque lettre à un myriamètre.

Le tableau suivant présente les éléments nécessaires pour ce travail. Il

indique la répartition des 81 millions de lettres par catégories de

distances correspondantes à celles fixées par le tarif de 1827. Il fait

connaître en même temps combien de myriamètres chaque catégorie aurait

parcouru, si la destination avait été invariablement à un myriamètre de

distance du point de départ.

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| CATÉGORIES | NOMBRE DES LETTRES TRANSPORTÉES. |

|PAR DISTANCES,| |

| myriamètres. | à pleine distance. | à un myriamètre. |

|--------------|--------------------|------------------|

| M.| L. | M. |

| Jusques à 4 | 25,000,000 | 100,000,000 |

| -- 8 | 16,500,000 | 132,000,000 |

| -- 15 | 13,500,000 | 202,000,000 |

| -- 22 | 9,000,000 | 198,000,000 |

| -- 30 | 5,500,000 | 165,000,000 |

| -- 40 | 5,000,000 | 200,000,000 |

| -- 50 | 2,500,000 | 125,000,000 |

| -- 60 | 1,800,000 | 108,000,000 |

| -- 75 | 1,660,000 | 124,000,000 |

| -- 90 | 409,000 | 37,000,000 |

| Plus de 90 | 72,000 | 6,000,000 |

|--------------|--------------------|------------------|

| | L. | M. |

|TOTAUX. | 80,941,000 | 1,397,000,000 |

------------------------------------------------------

Si l'on divise le nombre total de la dépense, soit 2,800,000 par le

nombre total des myriamètres représentant un transport général à un

myriamètre, soit par 1,397,000,000, on trouve pour quotient »,002. Ce

chiffre représente, en dixièmes de centimes, le coût d'une lettre portée

à un myriamètre.

Pour avoir le total des dépenses que le service du transport et de la

distribution des lettres coûte à l'administration des postes, il faut

ajouter au coût de transport les autres frais.

Le rapport de M. Chegaray contient, à ce sujet, des calculs intéressants

desquels il résulte que, pendant l'année 1843, les frais généraux

d'administration spéciaux au service des lettres, se sont élevés au coût

moyen approximatif de »,08 par lettre.

En ajoutant à chaque coût variable de distance, calculé à raison de

0,002 par myriamètre, 0,08 pour chaque coût de frais généraux, on a un

total représentant, au complet, la dépense causée à l'administration par

le transport et la distribution d'une lettre simple à chacune des

distances graduelles du tarif de 1827. Tout excédant de taxe, en outre

de la dépense totale qui vient d'être définie, représente l'impôt

indirect perçu par l'administration des postes. Voici maintenant, en

application des calculs qui précédent, la répartition de chaque taxe en

remboursement de dépenses et en impôt indirect.

La réforme postale en France · 第 13 / 20 题