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|DISTANCES. | LETTRE SIMPLE. |
|-------------------------|-------------------------|
| | f. c. |
| Tout le Royaume-uni. | », 10 |
---------------------------------------------------
Toutefois cette importante réforme ne fut pas effectuée sans avoir dû
surmonter de puissants obstacles. Quelques esprits systématiques,
certaines susceptibilités vaniteuses firent une opposition acharnée
contre l'adoption du nouveau système. Heureusement cette grave question
eut pour défenseur principal M. Rowland Hill, homme aussi courageux que
distingué, dont la persistance réussit enfin, après une longue lutte, à
emporter le succès.
M. Rowland Hill, avait été le premier à éveiller l'attention de
l'Angleterre, sur la nécessité d'abaisser les taxes perçues dans ce pays
par l'administration des postes. Il eut la gloire et le bonheur de faire
adopter la taxe unique qu'il avait proposé de substituer au tarif
multiple et démesuré dont il avait démontré les funestes effets.
Pour complément des avantages importants offerts au public par son
nouveau tarif, la proposition de M. Rowland Hill comportait et eut pour
effet d'autres remarquables améliorations.
Le poids maximum d'une lettre simple avait été jusqu'alors fixé à la
parité approximative de 7 grammes et demi, comme en France; ce poids fut
élevé à 15 grammes.
Une autre innovation non moins utile fut introduite en même temps dans
le service. L'administration vendit au public des enveloppes timbrées,
et des timbres volants, par l'emploi desquels toute lettre put être
affranchie sans que l'envoyeur fut obligé de se transporter dans les
bureaux du post-office. Le public adopta avec empressement ce nouveau
système. Les timbres volants, qui furent et sont encore généralement
préférés aux enveloppes timbrées, consistent en un petit carré de
papier, représentant une effigie de la reine. Ces timbres sont enduits,
au _verso_, d'une couche de gomme. Pour s'en servir, on humecte cette
gomme et on colle le timbre sur l'extérieur de la lettre, qui se trouve
ainsi affranchie de l'obligation de payer le port au moment de
l'arrivée. L'administration des postes annule les timbres ainsi employés
en couvrant la moitié de leur surface par un contre timbre spécial.
L'utilité et la certitude d'emploi de ces timbres volants furent
tellement appréciées en Angleterre, qu'on en fit une sorte de papier
monnaie admis partout comme espèces.
Ces perfectionnements heureux produisirent d'excellents résultats. En
même temps que le public fut servi à bien plus bas prix, il fut aussi
servi plus vite. Le travail de la taxation des lettres fut
considérablement abrégé par la simplification de la taxe. Il ne
s'agissait plus en effet, pour l'employé, que d'apprécier le poids de la
lettre, pour en fixer le port. Pesait-elle 15 ou 30 ou 45 ou 60 grammes,
et, selon l'un ou l'autre de ces poids, la taxe devait-elle être doublée
ou triplée ou quadruplée ou quintuplée? à cela se bornait l'examen. Le
service de distribution devint aussi beaucoup plus commode et beaucoup
plus prompt. La majeure partie des lettres étant affranchie, le facteur
n'avait plus qu'à frapper à la porte du destinataire pour avertir qu'il
déposait une lettre dans la boîte affectée à cet usage. Il ne devait
plus annoncer le coût du port, en attendre et en vérifier le paiement.
Sous ces rapports le succès dépassa ce qu'on avait espéré.
Toutes ces intelligentes améliorations devaient être le résultat de
l'adoption du système proposé par M. Rowland Hill. Il semble qu'il
suffisait de les indiquer pour en faire comprendre la certitude et la
valeur; cependant ce système eut de la peine à prévaloir. Les opposants
se cramponnèrent surtout à une objection, à leur avis, toute puissante;
ils poussèrent des cris d'alarme sur les pertes énormes que la taxe
nouvelle, si inférieure aux taxes anciennes, causerait au trésor public,
en réduisant extrêmement les recettes de l'administration des postes. M.
Rowland Hill répondit par des raisonnements décisifs et par des calculs
péremptoires, démontrant que si, dans les premiers temps, le tarif
proposé faisait diminuer les recettes, la modicité de la taxe aurait
pour effet certain de faire augmenter le nombre des lettres de telle
sorte que, dans un petit nombre d'années, le revenu actuel reparaîtrait.
Malgré leur évidente justesse, les calculs et les raisonnements de M.
Rowland Hill furent traités d'erreurs et d'utopies. Cependant, en dépit
de ces oppositions mal intentionnées, le système de M. Rowland Hill fut
adopté. Les faits démontrèrent l'exactitude des provisions du
réformateur.
Six années se sont écoulées depuis la première application du nouveau
tarif. Le tableau suivant présente des indications statistiques et des
comparaisons qui permettent d'apprécier exactement les principales
conséquences que ce tarif a produites.
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| ANNÉES.| NOMBRE | PRODUITS |DIFFÉRENCES SUCCESSIVES|
| | | | AVEC 1839. |
| | DES | BRUTS. | |
| | | |NOMBRE |PRODUITS |
| | LETTRES. | |DE LETTRES.| BRUTS. |
| | | | -- | -- |
| | | | en plus. |en moins. |
|--------|------------|------------|-----------|-----------|
| | | f. | | |
| 1839 | 93,000,000 | 59,769,000 | » | » |
| 1840 |166,000,000 | 33,986,000 | 78 % | 43 % |
| 1841 |191,000,000 | 37,485,000 | 105 % | 37 % |
| 1842 |208,000,000 | 39,453,000 | 123 % | 34 % |
| 1843 |221,000,000 | 40,521,000 | 137 % | 32 % |
| 1844 |242,000,000 | 42,626,000 | 160 % | 28 % |
| 1845 |271,000,000 | 47,539,000 | 191 % | 21 % |
| 1846 |292,000,000 | » » | 214 % | » » |
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Ce tableau constate des résultats pleins d'intérêt. Ainsi que tout le
monde l'avait prévu, l'application du nouveau tarif fut immédiatement
suivie d'une diminution considérable de recette. Mais bientôt, comme
l'avait annoncé M. Rowland Hill, le nombre des lettres et le chiffre des
recettes commencèrent un mouvement de progression qui se continua
dès-lors avec une activité soutenue et une remarquable régularité.
L'année 1840 fut la première à jouir des avantages du nouveau tarif:
pendant cette année, le nombre des lettres dépassa de 78 % le nombre
constaté pendant l'année précédente; en même temps, le revenu brut
recueilli par l'administration des postes fut de 43 % inférieur à celui
donné par l'année 1839. L'année suivante fournit un accroissement
nouveau du nombre des lettres, et produisit une recette plus
considérable. Ce développement se continua d'année en année: en 1845, le
nombre des lettres avait triplé, et le revenu ne présentait plus qu'une
différence en moins de 21 %, comparativement avec le nombre des lettres
et le revenu constatés en 1839. Si ce mouvement progressif a lieu
pendant quelques années encore, ce qui paraît à peu près certain, la
prédiction de M. Rowland Hill sera réalisée. Le revenu brut produit en
1839, sous l'empire de l'ancien tarif, reparaîtra bientôt et sera sans
doute promptement dépassé.
Il faut reconnaître cependant, que la réforme, si heureusement soutenue
par M. Rowland Hill, fut un acte de rare hardiesse, sur la complète
réussite duquel il était véritablement permis de concevoir quelques
doutes. Avant cette libérale réforme, la taxe moyenne d'une lettre
était, en Angleterre, à la parité de 1 fr. 05 c. Il pouvait paraître
hasardeux d'abaisser brusquement cette taxe à 0, fr. 10 c. L'évènement a
péremptoirement donné raison à cette apparente témérité.
Lorsque l'on étudie l'intéressante histoire des obstacles qu'a rencontré
l'admirable conception de M. Rowland Hill, on est étonné et affligé en
reconnaissant que l'administration des postes a figuré au premier rang
parmi ses adversaires. Cette inconcevable opposition, à laquelle on
cherche en vain à trouver un motif, ou même une excuse, se continue
encore. Elle n'a pu empêcher le succès; elle s'est efforcée d'en
atténuer ou d'en dissimuler les heureux résultats.
Dans ce but, dès la première année pendant laquelle le nouveau tarif fut
appliqué, cette administration fit imposer à son budget l'entretien et
le coût d'exploitation des paquebots destinés au transport des lettres,
entretien et coût constituant une dépense annuelle de six millions
jusques alors payée par le département de la marine. Le revenu brut
produit par ce service ne dépassant pas un million, l'administration des
postes espérait sans doute pouvoir augmenter ainsi, sans qu'il y parût,
de cinq millions, le déficit net qu'on prévoyait devoir résulter de
l'application du nouveau tarif. Quoique cette manoeuvre déloyale eût été
signalée, elle n'en fut pas moins renouvelée plusieurs fois sous
d'autres formes. Récemment encore, cette administration a compris dans
la masse de ses dépenses générales pour l'année finissant le 5 janvier
1846, une somme de 2,719,000 fr. pour frais de transports des malles sur
les chemins de fer pendant les années antérieures, frais qui n'avaient
pu être payés plutôt parce que leur quotité était l'objet d'une
discussion entre l'administration et les compagnies. Au moyen de ces
surcharges qui ont altéré la vérité des faits, les statistiques de
l'administration des postes présentent, en ce qui concerne les dépenses
et les produits nets, des résultats inexacts très désavantageux à la
réforme effectuée. Pour éviter les interprétations erronées auxquelles
ces statistiques fausses auraient pu donner lieu, le tableau précédent a
mentionné seulement les revenus bruts dont les chiffres annuels,
successivement comparés avec un type unique, représentent un
enchaînement de faits se contrôlant et se justifiant les uns par les
autres.
L'étonnant succès de la réforme postale effectuée en Angleterre ne
pouvait manquer d'attirer l'attention des autres peuples; elle trouva
bientôt des imitateurs. L'Autriche, les États-Unis, l'Espagne, la Russie
même s'empressèrent d'adopter d'une manière plus ou moins absolue ce
système dont les avantages étaient si évidents. La France resta presque
seule en arrière dans la réalisation de ce nouveau progrès.
Le tableau suivant, extrait de documents officiels, fait connaître la
tarification actuelle d'une lettre simple dans les principaux pays
civilisés.
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| |Poids |Nombre des|Taxe | DÉTAILS SUR CHAQUE TARIF. |
| |maximum|catégories|moyenne| |
|PAYS. |d'une |de |par | -- |
| |lettre |distances |Lettre | |
| |simple |ou zônes |simple | |
| |(gram.)| |(cent.)|(Taxe en kilomètres et centimes)|
|-----------|-------|----------|-------|--------------------------------|
| | g. | | f. c. | |
|Angleterre.| 15, » | » | »,10 | Taxe unique. |
| | | | |
|Espagne. | 7, » | » | »,27 | Taxe unique. |
| | | | |
| | | | { Taxes: circonscription d'un |
|États-Unis.| 5, » | 3 | »,32 { bureau, 11 c.--moins de 480 |
| | | | { kilomètres, 28 c.--plus de 480 |
| | | | { kilomètres, 56 c. |
| | | | |
| | | | { Taxes: 40 k. 12 c.--80 k. 18 c.|
| | | | { --120 k. 24 c.--160 k. 30 c.-- |
|Prusse. | 10,50 | 8 | »,33 { 240 k. 36 c.--400 k. 42 c.-- |
| | | | { 800 k. 48 c.--plus de 800 k. |
| | | | { 54 c. |
| | | | |
|Autriche. | 8,75 | 2 | »,39 { Taxes: jusqu'à 160 k. 26 c.-- |
| | | | { plus de 160 k. 52 c. |
| | | | |
| | | | { Taxes: 25 k. 10 c.--65 k. 20 c.|
|Sardaigne. | 7, » | 7 | »,40 { --110 k. 30 c.--165 k. 40 c.-- |
| | | | { 255 k. 50 c.--325 k. 60 c.-- |
| | | | { plus de 325 k. 70 c. |
| | | | |
|Russie. | 14, » | » | »,40 | Taxe unique. |
| | | | |
| | | | { Taxes: 40 k. 20 c.--80 k. 50 c.|
| | | | { --150 k. 40 c.--220 k. 50 c.-- |
|France. | 7,50 | 11 | »,77 { 300 k. 60 c.--400 k. 70 c.-- |
| | | | { 500 k. 80 c.--600 k. 90 c.-- |
| | | | { 750 k. 1 fr.--900 k.1 f. 10 c. |
| | | | { --plus de 900 k. 1 f. 20. |
| | | | |
-----------------------------------------------------------------------
Ces indications donnent la preuve que la France est, en ce moment,
soumise au tarif le plus compliqué. Voici un tableau qui met en relief
la fâcheuse infériorité dans laquelle se trouve la France sous cet
important rapport.
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| |TAXE |PRIX |SALAIRE MOYEN D'UN| COÛT |
| |MOYENNE|MOYEN |OUVRIER NON NOURRI| D'UN PORT DE LETTRE |
|PAYS. |D'UNE |DU BLÉ |(travail de 12 | |
| |LETTRE | |heures). |en blé|en h. de travail.|
| |SIMPLE.|(hectol.)| |(lit.)| |
| | | |artisan |agricult.| |artisan|agricult.|
|----------|-------|---------|--------|---------|------|-------|---------|
| | f. c. | f. c. | f. c. | | l. | h. | h. |
|Angleterre| » 10 | 24 75 | 7 50 | 5 » | » 40 | » 10 | » 16 |
|Espagne. | » 27 | 21 » | 2 25 | 1 » | 1 25 | 1 25 | 3 16 |
|États-Unis| » 32 | 17 » | 6 » | 4 » | 1 88 | » 39 | » 58 |
|Prusse. | » 33 | 17 20 | 2 50 | » 90 | 1 92 | 1 33 | 4 24 |
|Autriche. | » 39 | 17 20 | 2 50 | » 90 | 2 28 | 1 52 | 5 11 |
|Sardaigne.| » 40 | 20 » | 2 25 | 1 » | 2 » | 2 8 | 4 50 |
|Russie. | » 40 | 15 » | 2 » | » 70 | 2 60 | 2 25 | 6 52 |
|France. | » 77 | 19 » | 2 50 | 1 25 | 4 05 | 3 42 | 7 25 |
------------------------------------------------------------------------
Soit que l'on évalue le port d'une lettre simple en argent, soit qu'on
l'évalue en litres et centilitres de blé, soit qu'on l'évalue en heures
et minutes de salaire, on trouve toujours l'Angleterre au premier rang,
la France au dernier dans ce tableau.
En Angleterre, le port d'une lettre simple coûte, en argent, la parité
de 10 c., en blé 40 centilitres, en salaire, dix à seize minutes de
travail. Ce même port, en France, coûte en argent soixante et dix-sept
centimes, ou en blé quatre cent cinq centilitres, ou enfin, en salaire,
selon que l'ouvrier est artisan ou agriculteur, 3 heures 42 minutes ou 7
heures 25 minutes de travail. Cette disproportion, déjà si considérable,
entre le coût d'une lettre en Angleterre et le même coût en France,
n'exprime cependant pas encore toute la vérité. Le tableau qui fait
connaître cette disproportion indique, pour l'Angleterre, la taxe
réelle, invariable par ce motif qu'elle est unique, tandis que, pour la
France, il indique une taxe moyenne. Le tableau suivant contient des
calculs identiques à ceux du tableau précédent pour la taxe _minima_ et
pour la taxe _maxima_ du tarif français. Il présente en même temps,
comme point de comparaison, ceux relatifs au tarif anglais.
---------------------------------------------------------
| PAYS. | TAXE | COÛT D'UN PORT DE LETTRE. |
| | D'UNE | |
| |LETTRE | EN BLÉ |EN HEURES DE SALAIRE.|
| |SIMPLE.|(litres).| |
| | | |artisan.|agriculteur.|
|-----------------|-------|---------|--------|------------|
| | f. c. | l. | h. ' | h. ' |
|Angleterre. | », 10 | », 40 | », 10 | », 16 |
|-----------------|-------|---------|--------|------------|
| (_minimum_). | », 20 | 1, 05 | », 57 | 2, 40 |
|France. | | | | |
| (_maximum_). | 1, 20 | 6, 30 | 5, 50 | 11, 30 |
---------------------------------------------------------
N'eût-il d'autre avantage que de montrer comment des chiffres moyens
peuvent dissimuler des vérités utiles, ce tableau aurait déjà son
mérite. Il donne cependant encore d'autres indications qu'il importait
de constater. La taxe _minima_ du tarif actuellement appliqué en France
représente, en argent deux fois, en blé deux fois et demie, en salaire
de cinq à dix fois la valeur correspondante de la taxe anglaise. Cette
différence est déjà bien considérable; elle exprime cependant un
minimum. La taxe _maxima_ du tarif français représente, en argent douze
fois, en blé quinze fois, en salaire de trente cinq à quarante quatre
fois, la valeur correspondante de la taxe unique du tarif anglais.
Ces chiffres sont saisissants. Il suffit de les énoncer pour faire
comprendre quelles influences fâcheuses le tarif français peut et doit
certainement exercer sur l'état social, sur les industries et sur le
commerce de la France.
Les motifs les plus puissants, les plus dignes d'attention exigent donc
que la France effectue au plutôt sa réforme postale. Devancée déjà par
les autres peuples pour l'exécution de chemins de fer, elle est restée
arriérée encore pour cette amélioration si évidemment utile, si
impérieusement nécessaire. Pour racheter ce retard compromettant, il
faut au moins que, profitant des expériences faites par l'étranger, elle
se dote d'une réforme postale aussi large, aussi complète qu'il soit
raisonnablement possible.
Nous allons rechercher comment ce désirable résultat peut être réalisé.