Je ne m'attendais pas à trouver des pensées aussi justes dans une fille

que je ne croyais capable que de sentir le plaisir. Né pour le goûter,

je profitai de l'heureux penchant qui me la livrait, et nous satisfîmes

à loisir nos transports.

L'homme n'est pas né pour être toujours heureux; je devins rêveur.

J'étais en fouterie ce qu'Alexandre était en ambition: je désirais de

foutre toute la terre, et après elle un nouveau monde. Depuis six mois

j'avais toujours remporté le prix dans les combats amoureux, et du plus

brave que j'étais je devins bientôt le plus lâche. L'habitude du plaisir

en avait émoussé la pointe, et j'étais avec nos six soeurs ce qu'un mari

est avec sa femme. Le mal de mon esprit influa bientôt sur mon corps; on

m'en fit des reproches qui ne glissèrent que sur mon coeur, et il ne

fallait pas moins que toute la tendresse du prieur pour me faire aller à

la piscine. Il engagea nos soeurs à travailler à ma guérison: elles ne

négligèrent rien pour y réussir; non seulement elles employèrent tous

leurs charmes naturels, mais elles y joignirent encore ce que l'art le

plus consommé peut suggérer à une vieille coquette fouteuse. Tantôt se

rangeant en cercle autour de moi, elles offraient à ma vue les tableaux

les plus lascifs: l'une, mollement appuyée sur un lit, laissait voir

négligemment la moitié de sa gorge; une petite jambe faite au tour, des

cuisses plus blanches que la neige me promettaient le plus beau con du

monde; l'autre dans l'attitude d'une femme qui se prépare au combat,

marquait l'ardeur qui la consumait; d'autres, dans des postures

différentes, en se chatouillant le con, exprimaient par leurs soupirs

les plaisirs qu'elles ressentaient. Tantôt elles se mettaient nues, et

me présentaient la volupté dans tout son jour. Celle-ci, appuyée sur un

canapé, me montrait le revers de la médaille, et, passant la main sous

son ventre, elle écartait les cuisses et se branlait, de manière qu'à

chaque mouvement que faisait son doigt je voyais l'intérieur de cette

partie qui m'avait autrefois causé de si vives émotions. Une autre,

couchée sur un lit de satin noir, me présentait la même image que

l'autre ne me présentait qu'à l'envers; une troisième me faisait coucher

par terre entre deux chaises, et, mettant ensuite un pied sur l'une et

un pied sur l'autre, elle s'accroupissait, et son con se trouvait

perpendiculairement sur mes yeux. Dans cette situation, je la voyais

travailler avec un godmiché, tandis qu'une autre foutait devant moi de

toutes ses forces avec un moine, nu comme elle. Enfin, on offrit à ma

vue les images les plus lubriques, tantôt à la fois, tantôt

successivement.

Quelquefois on me couchait tout nu sur un banc; une soeur se mettait à

califourchon sur ma gorge, de sorte que mon menton était enveloppé dans

le poil de sa motte; une autre se mettait sur mon ventre; une troisième,

qui était sur mes cuisses, tâchait de s'introduire mon vit dans le con;

deux autres s'étaient placées à mes côtés, de façon que je tenais un con

de chaque main; une autre enfin,--celle qui avait la plus belle

gorge,--était à ma tête, et, s'inclinant, elle me pressait le visage

entre ses tétons; toutes étaient nues, toutes se grattaient, toutes

déchargeaient: mes mains, mes cuisses, mon ventre, ma gorge, mon vit,

tout était inondé, je nageais dans le foutre et le mien refusait de s'y

joindre. Cette dernière cérémonie appelée par excellence la _question

extraordinaire_, fut aussi inutile que les précédentes: on me tint pour

un homme confisqué, et l'on abandonna la nature à elle-même.

Tel était mon état, quand, en me promenant un jour dans le jardin, seul,

rêvant au malheur de ma destinée, je rencontrai le père Siméon, homme

profond, qui avait blanchi dans les travaux de Vénus et de la table, et,

tel que le vieux Nestor, avait vu plusieurs fois renouveler le couvent.

Il vint à moi, et, m'embrassant tendrement, me dit: O mon fils! votre

douleur est grande, mais ne vous alarmez pas, je veux vous guérir. La

trop grande dissipation, mon ami, a causé votre mal: il faut réveiller

votre appétit malade par quelques mets succulents, et c'est une dévote

qu'il vous faut. Le flegme du père me fit rire. Vous riez, me dit-il, je

vous parle sérieusement. Vous ne connaissez pas les dévotes, vous

ignorez leurs ressources pour rallumer les feux éteints. Je l'ai éprouvé

moi-même. Temps heureux où je faisais retentir les voûtes du couvent en

frappant avec mon vit, hélas! qu'êtes-vous devenu? On ne parle plus du

vigoureux père Siméon; ce n'est plus qu'un vieillard cassé; son sang est

glacé dans ses veines, ses couilles sont sèches, son vit est disparu:

tout meurt! J'avais toutes les envies d'éclater, mais la crainte de

l'indisposer me retint. O mon fils, poursuivit-il, profitez de votre

jeunesse. Le seul moyen de vous tirer de votre léthargie, c'est de vous

mettre au régime, d'avoir recours à une dévote; mais, pour cet effet, il

faut avoir la liberté de confesser, et je me charge de vous l'obtenir

auprès de Monseigneur. Je remerciai le père, et, sans avoir grande foi

en son secret, je le priai de s'y employer; il me le promit. Ce n'est

pas tout, continua-t-il, il vous faut un guide avant d'entrer dans cette

carrière, et je veux vous en servir.

Vous savez, mon fils, que la confession vient de nos ancêtres,

c'est-à-dire des prêtres et des moines. J'ai toujours admiré le génie

profond de ces hommes célèbres qui établirent la confession. Depuis ce

temps tout a changé de face; les biens ont fondu sur nous; nos richesses

ont grossi à l'ombre de ce tribunal auguste. Béni soit Dieu! _Amen!_

Je ne vous parlerai pas de l'excellence du poste de confesseur: ayez

seulement de la discrétion, de la douceur et de la condescendance pour

les faiblesses humaines, et les femmes vous adoreront. Je ne dirai point

quel parti vous devrez tirer de leurs heureuses dispositions par rapport

à votre fortune, cela vous regarde; je vous conseille de plumer

impitoyablement ces vieilles bigotes qui viennent à votre confessionnal

moins pour se réconcilier avec Dieu que pour voir un beau moine. Faites

grâce aux jolies, parce que je la leur ai faite: elles me payaient

différemment.

Une jeune fille, par exemple, ne peut faire de présents; mais elle peut

donner son précieux pucelage. Il faut user d'adresse pour lui ravir ce

bijou. Fixez-vous à ces jeunes dévotes: elles pourront vous guérir; ne

vous livrez pourtant pas sans ménagement à la vivacité que pourrait vous

inspirer l'espoir de votre guérison. Il y a moins de risque à se

déclarer à une femme aguerrie qu'à une jeune personne chez qui la

passion n'a pas encore triomphé des préjugés de l'éducation. Une femme

vous entend à demi-mot; son coeur a déjà fait la moitié du chemin avant

de vous être expliqué: il n'en est pas de même d'une jeune fille; mais

s'il est difficile de la vaincre, la victoire en est plus douce. Je vais

vous en tracer la route. Dans toutes, vous trouverez un penchant à

l'amour. Le grand art est de savoir manier ce penchant. Telle qui paraît

modeste, les yeux baissés et la démarche composée, couve un feu sous la

cendre, prêt à s'allumer au vent de l'amour. Parlez, elle n'opposera

qu'une faible résistance à vos premières attaques; pressez, votre

victoire est certaine.

D'autres, dont le tempérament est moins vif, moins impétueux, donneront

plus d'exercice à votre adresse. Avec celles-ci, mêlez les caresses de

l'amant aux remontrances du directeur; échauffez leur naturel par des

discours débités avec art; informez-vous adroitement des progrès

qu'elles ont faits dans la science de se procurer du plaisir; levez le

voile qui leur cachait des voluptés inconnues; découvrez-leur tous les

mystères de l'amour; faites-leur-en des peintures riantes qui échauffent

leur sensualité; montrez-leur le plaisir dans les attitudes les plus

séduisantes pour exciter leurs désirs. Vous objecterez peut-être qu'il

est difficile de réussir dans un art aussi dangereux; point du tout, il

ne faut que de l'adresse. Je conviens qu'il serait dangereux d'encenser

leurs désirs; mais n'est-il pas mille moyens de concilier leur coeur et

leur raison? Que les portraits que vous leur ferez des plaisirs

paraissent faits moins pour les engager à s'y livrer que dans la vue de

les en détourner; insistez sur les plaisirs; soyez court sur les

conséquences: la raison s'opposera vainement aux impressions que vos

discours feront dans leur coeur. Rassurez-les du côté du ciel; détruisez

leurs préjugés du côté du monde; faites-leur envisager qu'il est

dangereux de garder trop longtemps une fleur qui se fane; qu'il est si

doux de la laisser cueillir, que sa perte est idéale. Ajoutez qu'il est

mille secrets pour empêcher la grossesse. Examinez alors leur visage,

vous le verrez enflammé. Laissez tomber votre main sur leurs tétons;

pressez-les, et bientôt vous entendrez leurs soupirs, fidèles

interprètes des sentiments de leur coeur. Joignez vos soupirs aux leurs,

appliquez un baiser sur leur bouche, offrez-vous pour consolateur de

leurs peines. L'aveu de ce qui se passe dans le coeur établit la

confiance, on ne rougit plus d'être faible avec des faibles, on se

console réciproquement.

Le discours du père Simon m'avait échauffé l'imagination; il m'avait si

fort ému, que je ne doutai plus de la possibilité d'une chose que

j'avais prise pour un badinage. Je réitérai mes instances auprès du

père, qui obtint bientôt ce que je demandais.

Il me tardait de me voir érigé en médiateur entre les pécheurs et le

Père des miséricordes. Je me réjouissais d'avance de l'aveu que pourrait

me faire une fille timide d'avoir donné à son tempérament la

satisfaction qu'il demandait. Je fus au confessionnal prendre possession

de mon poste.

On dit qu'un grand philosophe avait la faiblesse de rentrer chez lui et

d'y rester tout le jour, quand, en sortant le matin, une vieille était

la première personne qu'il rencontrât. Si l'exemple de ce philosophe

avait été une règle pour moi, j'aurais sur-le-champ déserté le

confessionnal; mais je tins bon, et je m'armai de courage contre l'ennui

que devait me causer la confession d'une vieille qui se présenta.

J'essuyai patiemment un déluge de balivernes que je payai par des

maximes de morale si consolantes, que ma vieille, charmée, m'aurait

d'abord donné des marques de satisfaction, si le grillage ne se fût pas

trouvé entre nous. Pour me dédommager, elle me voua un attachement à

l'épreuve de toutes les tentatives que les autres directeurs pourraient

faire pour me l'enlever. Je lui passai son transport en faveur du profit

que j'en pourrais tirer. _Bon pour plumer_, me dis-je en moi-même; mais

pour cela il fallait sonder le terrain. Elle était babillarde; je la mis

sur le chapitre de sa famille. Grandes invectives d'abord contre un

traître de mari, qui portait ailleurs ce qui lui appartenait: elle était

blessée dans l'endroit le plus sensible; autres invectives contre son

fils, qui suivait l'exemple du père; elle ne louait que sa fille, une

fille dont l'occupation et le plaisir étaient le travail et la

prière.--Ah! ma chère soeur, m'écriai-je alors d'un ton de tartufe, que

vous devez être charmée de vous voir revivre dans une pareille fille!

Mais cette sainte âme vient-elle à notre église? Que je serais édifié de

la voir!--Vous la voyez tous les jours ici, me répondit la vieille; elle

est aussi belle qu'elle est dévote; mais dois-je parler de beauté devant

vous, qui êtes des saints? Vous méprisez cela.--Ma chère soeur,

repris-je, nous croyez-vous assez injustes pour refuser d'admirer les

beaux ouvrages du Créateur, surtout quand ce qu'ils ont de mondain se

trouve réparé par tant de vertus célestes? Ma vieille, enthousiasmée du

tour que j'avais donné à ma curiosité, me dépeignit sa sainte, que je

reconnus pour une brune piquante qui venait à nos offices. Père Siméon,

me dis-je alors, voilà de nos dévotes; ménageons celle-ci: elle pourrait

bien vous rendre prophète. Crainte d'effaroucher la mère, je remis à une

seconde séance d'engager sa fille à se ranger au nombre de mes

pénitentes, et je lui donnai l'absolution, tant pour le passé que pour

le présent. Je l'aurais même donnée pour l'avenir si elle avait voulu:

cela ne coûte rien. Je l'engageai cependant à venir se rafraîchir

souvent dans les eaux de la pénitence. Ainsi finit ma première

expédition.

Il me semble que je vous entends crier: Allons, dom Saturnin, vous voilà

dans le bon chemin; vous êtes en train de vous guérir, à ce qu'il

paraît. Oui, lecteur, oui, la sainteté du caractère dont je viens d'être

revêtu commence à opérer; Dieu soit loué! Que la grâce est puissante! Je

bande déjà assez pour me faire croire que je banderai bientôt davantage.

Je ne manquai pas le lendemain d'aller à l'office: on s'imagine bien à

quelle intention. Je vis ma brune qui priait Dieu de tout son coeur. La

voilà, me dis-je, cette charmante enfant, ce modèle de toutes les

vertus! Ah! quel plaisir de croquer un morceau aussi délicat! Quel

ravissement de donner à cela la première leçon du plaisir amoureux!

_Vivat!_ je suis guéri, je bande comme un carme: pourquoi ne pas dire

comme un célestin? valent-ils moins que les autres? Mais ma dévote me

regarde: sa mère lui aurait-elle parlé de moi? Ah! vite, apaisons le feu

que sa vue m'inspire: branlons-nous! Le roulement d'yeux que me causait

le plaisir fut pris pour un excès de dévotion. Le plaisir que j'avais en

me branlant à l'intention de ma dévote m'était un sûr garant de celui

que j'aurais si j'en pouvais faire davantage. J'attendais de mon adresse

un bonheur que le hasard me procura quelques jours après.

J'étais un jour sorti du couvent. Le portier, quand je rentrai, me dit,

en m'ouvrant la porte, qu'une jeune dame m'attendait et voulait me

parler. Je courus au parloir; mais, ô surprise! je reconnus ma dévote.

Me voyant, elle se jeta à mes pieds.--Ayez pitié de moi! me dit-elle en

pleurant.--Qu'avez-vous donc? lui demandai-je en la relevant. Parlez, le

Seigneur est bon, il voit vos larmes, ouvrez votre coeur à son ministre.

En voulant parler, elle tomba évanouie dans mes bras, Que faire?

J'allais crier au secours, quand la réflexion me dit: Où vas-tu?

attends-tu une plus belle occasion? Je m'approche de ma dévote, la

délace, lui découvre la gorge. Jamais plus beau sein ne s'offrit à ma

vue. En écartant sa robe et sa chemise, je crus ouvrir le paradis. Je

fixai mes yeux sur deux globes blancs et fermes comme le marbre; je les

baisais, je les pressais; je collais ma bouche sur la sienne: je

réchauffais son souffle. Enfin, je prends ma dévote amoureusement. Une

palpitation subite me saisit. Je la quitte et reste tremblant à la

considérer; tout à coup soufflant la lumière, je la reprends dans mes

bras et gagne ma chambre avec ce cher fardeau. Dieux! qu'il était léger!

Je la mets sur mon lit, rallume ma bougie et la considère de nouveau. Je

découvre sa gorge, lève ses jupes, écarte ses cuisses; j'examine,

j'admire. Quel spectacle! l'amour, les grâces embellissaient son corps.

Blancheur, embonpoint, fermeté, tout charmait la vue. Las d'admirer sans

jouir, je portai la bouche et les mains sur ce que je venais de voir;

mais à peine y eus-je touché, que ma dévote soupira et porta sa main où

elle sentait la mienne. Je la baise sur la bouche, elle veut se

débarrasser; inquiète, elle cherche à pénétrer où elle est. Mon ardeur

produit sur moi le même effet; je ne la quitte pas. Elle veut s'arracher

de mes bras, je résiste, je la renverse; furieuse, elle se relève, veut

me déchirer le visage, mord, frappe: rien ne m'arrête. J'appuie ma

poitrine sur la sienne, mon ventre sur le sien, et laisse à ses mains

tout ce que la fureur leur inspire, employant les miennes à lui écarter

les cuisses; elle les serre, je désespère de triompher; la rage augmente

ses forces, la passion diminue les miennes; m'excitant, je les réunis,

j'écarte ses cuisses, je lâche mon vit; je l'approche du con, je pousse,

il entre. Alors la fureur de ma dévote s'évanouit, elle me serre, me

baise, ferme les yeux et se pâme. Je ne me connais plus, je pousse, je

repousse, et j'inonde le fond de son con d'un torrent de foutre. Elle

redécharge, nous restons sans connaissance, tous deux absorbés par le

plaisir.

Mon aimable compagne ne revint à elle-même que pour m'inviter par ses

caresses à la replonger dans le délire. Ses yeux sont languissants, se

troublent, s'égarent; son con est une fournaise, mon vit brûle. Ah! me

dit-elle, le plaisir me suffoque; je meurs! Ses membres se roidissent,

elle donne un coup de cul, j'en rends deux; nous déchargeons encore.

Après avoir épuisé le plaisir, j'allai chercher à la cuisine de quoi

réparer les forces d'un malade; je dis que je l'étais. Je rentrai chez

moi, j'y trouvai ma dévote dans la tristesse; je la dissipai par mes

caresses, et j'attendis que nous eussions mangé pour m'informer de son

chagrin. Nous soupâmes sans faire beaucoup de bruit, crainte d'être

découverts et qu'on ne confisquât mon trésor au profit de la piscine,

suivant les règles de l'ordre.

Comme nous étions tous deux extrêmement fatigués, nous songeâmes plutôt

à nous reposer qu'à causer. Quand nous eûmes fini notre repas, nous nous

mîmes au lit; mais aussitôt que nous nous vîmes nus, le repos s'enfuit

loin de nous; je portai la main au con de ma dévote, elle porta la

sienne à mon vit, et, admirant sa grosseur, sa fermeté: Ah! me dit-elle,

je ne suis plus surprise que tu m'aies réconciliée avec le plaisir que

j'avais résolu de haïr! Je songeai moins à lui demander la cause qu'à

lui prouver, en le lui faisant goûter de nouveau, qu'elle avait eu tort

de former une pareille résolution. Elle me reçut dans ses bras avec une

vivacité inexprimable. Étroitement serrés, à peine pouvions-nous

respirer: le lit ne pouvant plus soutenir nos secousses, il suivait

l'impression de nos corps, il craquait effroyablement. Une douce ivresse

succéda bientôt à nos efforts, et nous nous endormîmes couchés l'un sur

l'autre, étroitement serrés, langue en bouche, vit au con.

L'aurore nous trouva endormis dans cette posture, et, soit que

l'imagination eût fait distiller cette eau délicieuse qui annonce le feu

intérieur, soit que nous eussions déchargé machinalement, nous nous

réveillâmes tout trempés. Bientôt nous renouvelâmes nos plaisirs, et

j'eus assez de force pour m'en acquitter monacalement. Je ne dirai pas

combien de fois je n'eus pas la peine d'enconner. Je passe rapidement à

vous informer du sujet qui avait jeté ma dévote dans mes bras.

Je lui voyais un air d'inquiétude et de tristesse qui me pénétrait. Je

la priai tendrement de s'expliquer et d'être persuadée que je

remédierais à sa douleur, à quelque prix que ce fût.--Perdrai-je ton

coeur, cher Saturnin, me dit-elle en me regardant languissamment, quand

je t'avouerai que tu n'es pas le premier qui m'ait fait goûter les

plaisirs de l'amour? Rassure mon coeur contre une crainte dont on ne

peut se défendre, et qui vient, malgré moi, de répandre sur mon visage

une tristesse que je n'ai pu te cacher. Oui, c'est cette seule crainte

qui m'inquiète à présent; celle de mon sort ne m'occupe plus, puisque je

suis avec toi.--Oses-tu, lui répondis-je, te défier des charmes que tu

étales à mes yeux? Que tu en connais peu le prix, si tu doutes de leur

effet! Oui, l'ardeur qu'ils m'inspirent est trop forte pour ne pas

s'indigner d'une pareille crainte. Que tu me connais peu! Si un préjugé

ridicule a mis une différence entre une fille foutue et une fille à

foutre, ce préjugé n'est pas ma règle. La beauté, pour en avoir charmé

d'autres, doit-elle perdre le droit de nous charmer? Quand tu l'aurais

fait avec toute la terre, n'es-tu pas toujours la même, n'es-tu pas

toujours une fille adorable, en serais-tu moins précieuse à mes yeux?

Les plaisirs que tu as donnés à d'autres ont-ils altéré la vivacité de

ceux que tu viens de me donner?--Tu m'enlèves, me répondit-elle; je ne

fais plus de difficulté de t'apprendre des infortunes que tu viens de

faire cesser.

Elle me raconta ce qui suit:

Mon malheur a sa source dans mon coeur. Un penchant invincible pour le

plaisir ne me fait respirer que pour lui. Une mère injuste et cruelle

m'avait confinée dans un cloître. Trop timide pour opposer mon dégoût à

ses ordres, je ne fis parler que mes larmes; elles ne l'attendrirent

pas, je pris le voile. Le moment fatal de prononcer l'arrêt de ma mort

approchait: je frémis à la vue du serment que j'allais faire. L'horreur

de ma prison, le désespoir d'être privée de mon unique bien, me

plongèrent dans une maladie qui aurait terminé mes peines, si ma mère,

touchée de mon état, ne s'était reproché sa dureté. Elle était

pensionnaire dans le couvent où elle voulait que je prisse l'habit. Un

projet de retraite l'y avait amenée; mais la réflexion l'en retira. Les

femmes ne renoncent pas au plaisir, ne vieillissent pas sans chagrin;

c'est un sentiment naturel que leurs efforts peuvent bien dissimuler,

mais qu'ils n'arracheront jamais de leur coeur. Ma mère, jugeant de mon

tempérament par le sien, me tira de mon cachot, et reparut dans le monde

sur le pied d'une dame qui se consolerait aisément de la perte du défunt

dans les bras d'un cinquième mari.

Connaissant le génie de ma mère, je jugeai qu'il serait dangereux de me

trouver en rivalité avec elle, certaine qu'un amant qui se présenterait

me préférerait à elle. Je compris que les plaisirs de l'amour goûtés

dans le mystère en étaient plus piquants, que la retraite me les

procurait ainsi que le grand monde. J'agis d'après ce système, et je

passai bientôt pour une dévote. Charmée du progrès de mon stratagème, je

ne songeai qu'à nouer quelque intrigue secrète à l'ombre de cette haute

réputation de vertu factice. Cette réputation parut équivoque à un jeune

homme que j'avais vu autrefois à la grille, et avec qui il m'était

arrivé une aventure...

J'interrompis alors ma dévote. Me rappelant ce que Suzon m'avait

autrefois appris de la soeur Monique, son aversion pour le couvent, sa

passion pour l'amour, la scène qu'elle avait eue avec Verland, son

caractère, le séjour que sa mère avait fait dans le couvent, je

confrontais le portrait de cette soeur avec le charmant minois que

j'avais devant moi. J'allai plus loin; je me ressouvins que Suzon

m'avait dit que la soeur Monique avait le clitoris un peu long. Dans

l'espoir de trouver à ma dévote ce dernier signe qui devait confirmer

mes soupçons, je la fis coucher sur le dos, et, lui examinant le con

avec une attention que la passion ne m'avait pas encore permise, j'y

trouvai ce que je cherchais, un clitoris vermeil un peu plus long que

les femmes ne l'ont ordinairement, et qui semblait n'être placé là que

pour le plaisir.

Ne doutant plus que ce ne fût elle, je l'embrassai avec un nouveau

transport.--Chère Monique, lui dis-je, est-ce toi que le ciel m'envoie?

Elle se débarrasse de mes bras, me fixe avec surprise, et me demande qui

m'avait appris le nom qu'elle portait au couvent. Une fille, lui dis-je,

dont je pleure la perte, et la confidente de tes secrets.--Ah!

s'écria-t-elle, c'est Suzon: elle m'a trahie!--Oui, c'est elle, lui

répondis-je; mais c'est un secret qu'elle n'a confié qu'à moi, et ce

n'est qu'à mes importunités que je le dois.--Comment, reprit Monique, tu

es le frère de Suzon? Ah! je ne me plains plus d'elle: si je le faisais,

je me mettrais dans la nécessité de la défendre contre les plaintes que

tu en ferais à ton tour, car elle ne m'a pas caché ce qui lui était

arrivé avec toi.

Nous nous attendrîmes sur le sort de Suzon et la soeur Monique continua

ainsi:

Puisqu'elle t'a conté mon aventure avec Verland, c'est de ce dernier que

je vais te parler. Ma métamorphose l'avait surpris; il m'avait vue à la

grille vive, coquette: une longue absence ne m'avait pas effacée de son

souvenir. A son retour le bruit de ma dévotion éclatant, il ne voulut en

croire que ses yeux. Il me vit à l'église, et l'amour l'y suivit.

Le portier des Chartreux, ou mémoires de Saturnin écrits par lui-même · 第 10 / 12 段