que je ne croyais capable que de sentir le plaisir. Né pour le goûter,
je profitai de l'heureux penchant qui me la livrait, et nous satisfîmes
à loisir nos transports.
L'homme n'est pas né pour être toujours heureux; je devins rêveur.
J'étais en fouterie ce qu'Alexandre était en ambition: je désirais de
foutre toute la terre, et après elle un nouveau monde. Depuis six mois
j'avais toujours remporté le prix dans les combats amoureux, et du plus
brave que j'étais je devins bientôt le plus lâche. L'habitude du plaisir
en avait émoussé la pointe, et j'étais avec nos six soeurs ce qu'un mari
est avec sa femme. Le mal de mon esprit influa bientôt sur mon corps; on
m'en fit des reproches qui ne glissèrent que sur mon coeur, et il ne
fallait pas moins que toute la tendresse du prieur pour me faire aller à
la piscine. Il engagea nos soeurs à travailler à ma guérison: elles ne
négligèrent rien pour y réussir; non seulement elles employèrent tous
leurs charmes naturels, mais elles y joignirent encore ce que l'art le
plus consommé peut suggérer à une vieille coquette fouteuse. Tantôt se
rangeant en cercle autour de moi, elles offraient à ma vue les tableaux
les plus lascifs: l'une, mollement appuyée sur un lit, laissait voir
négligemment la moitié de sa gorge; une petite jambe faite au tour, des
cuisses plus blanches que la neige me promettaient le plus beau con du
monde; l'autre dans l'attitude d'une femme qui se prépare au combat,
marquait l'ardeur qui la consumait; d'autres, dans des postures
différentes, en se chatouillant le con, exprimaient par leurs soupirs
les plaisirs qu'elles ressentaient. Tantôt elles se mettaient nues, et
me présentaient la volupté dans tout son jour. Celle-ci, appuyée sur un
canapé, me montrait le revers de la médaille, et, passant la main sous
son ventre, elle écartait les cuisses et se branlait, de manière qu'à
chaque mouvement que faisait son doigt je voyais l'intérieur de cette
partie qui m'avait autrefois causé de si vives émotions. Une autre,
couchée sur un lit de satin noir, me présentait la même image que
l'autre ne me présentait qu'à l'envers; une troisième me faisait coucher
par terre entre deux chaises, et, mettant ensuite un pied sur l'une et
un pied sur l'autre, elle s'accroupissait, et son con se trouvait
perpendiculairement sur mes yeux. Dans cette situation, je la voyais
travailler avec un godmiché, tandis qu'une autre foutait devant moi de
toutes ses forces avec un moine, nu comme elle. Enfin, on offrit à ma
vue les images les plus lubriques, tantôt à la fois, tantôt
successivement.
Quelquefois on me couchait tout nu sur un banc; une soeur se mettait à
califourchon sur ma gorge, de sorte que mon menton était enveloppé dans
le poil de sa motte; une autre se mettait sur mon ventre; une troisième,
qui était sur mes cuisses, tâchait de s'introduire mon vit dans le con;
deux autres s'étaient placées à mes côtés, de façon que je tenais un con
de chaque main; une autre enfin,--celle qui avait la plus belle
gorge,--était à ma tête, et, s'inclinant, elle me pressait le visage
entre ses tétons; toutes étaient nues, toutes se grattaient, toutes
déchargeaient: mes mains, mes cuisses, mon ventre, ma gorge, mon vit,
tout était inondé, je nageais dans le foutre et le mien refusait de s'y
joindre. Cette dernière cérémonie appelée par excellence la _question
extraordinaire_, fut aussi inutile que les précédentes: on me tint pour
un homme confisqué, et l'on abandonna la nature à elle-même.
Tel était mon état, quand, en me promenant un jour dans le jardin, seul,
rêvant au malheur de ma destinée, je rencontrai le père Siméon, homme
profond, qui avait blanchi dans les travaux de Vénus et de la table, et,
tel que le vieux Nestor, avait vu plusieurs fois renouveler le couvent.
Il vint à moi, et, m'embrassant tendrement, me dit: O mon fils! votre
douleur est grande, mais ne vous alarmez pas, je veux vous guérir. La
trop grande dissipation, mon ami, a causé votre mal: il faut réveiller
votre appétit malade par quelques mets succulents, et c'est une dévote
qu'il vous faut. Le flegme du père me fit rire. Vous riez, me dit-il, je
vous parle sérieusement. Vous ne connaissez pas les dévotes, vous
ignorez leurs ressources pour rallumer les feux éteints. Je l'ai éprouvé
moi-même. Temps heureux où je faisais retentir les voûtes du couvent en
frappant avec mon vit, hélas! qu'êtes-vous devenu? On ne parle plus du
vigoureux père Siméon; ce n'est plus qu'un vieillard cassé; son sang est
glacé dans ses veines, ses couilles sont sèches, son vit est disparu:
tout meurt! J'avais toutes les envies d'éclater, mais la crainte de
l'indisposer me retint. O mon fils, poursuivit-il, profitez de votre
jeunesse. Le seul moyen de vous tirer de votre léthargie, c'est de vous
mettre au régime, d'avoir recours à une dévote; mais, pour cet effet, il
faut avoir la liberté de confesser, et je me charge de vous l'obtenir
auprès de Monseigneur. Je remerciai le père, et, sans avoir grande foi
en son secret, je le priai de s'y employer; il me le promit. Ce n'est
pas tout, continua-t-il, il vous faut un guide avant d'entrer dans cette
carrière, et je veux vous en servir.
Vous savez, mon fils, que la confession vient de nos ancêtres,
c'est-à-dire des prêtres et des moines. J'ai toujours admiré le génie
profond de ces hommes célèbres qui établirent la confession. Depuis ce
temps tout a changé de face; les biens ont fondu sur nous; nos richesses
ont grossi à l'ombre de ce tribunal auguste. Béni soit Dieu! _Amen!_
Je ne vous parlerai pas de l'excellence du poste de confesseur: ayez
seulement de la discrétion, de la douceur et de la condescendance pour
les faiblesses humaines, et les femmes vous adoreront. Je ne dirai point
quel parti vous devrez tirer de leurs heureuses dispositions par rapport
à votre fortune, cela vous regarde; je vous conseille de plumer
impitoyablement ces vieilles bigotes qui viennent à votre confessionnal
moins pour se réconcilier avec Dieu que pour voir un beau moine. Faites
grâce aux jolies, parce que je la leur ai faite: elles me payaient
différemment.
Une jeune fille, par exemple, ne peut faire de présents; mais elle peut
donner son précieux pucelage. Il faut user d'adresse pour lui ravir ce
bijou. Fixez-vous à ces jeunes dévotes: elles pourront vous guérir; ne
vous livrez pourtant pas sans ménagement à la vivacité que pourrait vous
inspirer l'espoir de votre guérison. Il y a moins de risque à se
déclarer à une femme aguerrie qu'à une jeune personne chez qui la
passion n'a pas encore triomphé des préjugés de l'éducation. Une femme
vous entend à demi-mot; son coeur a déjà fait la moitié du chemin avant
de vous être expliqué: il n'en est pas de même d'une jeune fille; mais
s'il est difficile de la vaincre, la victoire en est plus douce. Je vais
vous en tracer la route. Dans toutes, vous trouverez un penchant à
l'amour. Le grand art est de savoir manier ce penchant. Telle qui paraît
modeste, les yeux baissés et la démarche composée, couve un feu sous la
cendre, prêt à s'allumer au vent de l'amour. Parlez, elle n'opposera
qu'une faible résistance à vos premières attaques; pressez, votre
victoire est certaine.
D'autres, dont le tempérament est moins vif, moins impétueux, donneront
plus d'exercice à votre adresse. Avec celles-ci, mêlez les caresses de
l'amant aux remontrances du directeur; échauffez leur naturel par des
discours débités avec art; informez-vous adroitement des progrès
qu'elles ont faits dans la science de se procurer du plaisir; levez le
voile qui leur cachait des voluptés inconnues; découvrez-leur tous les
mystères de l'amour; faites-leur-en des peintures riantes qui échauffent
leur sensualité; montrez-leur le plaisir dans les attitudes les plus
séduisantes pour exciter leurs désirs. Vous objecterez peut-être qu'il
est difficile de réussir dans un art aussi dangereux; point du tout, il
ne faut que de l'adresse. Je conviens qu'il serait dangereux d'encenser
leurs désirs; mais n'est-il pas mille moyens de concilier leur coeur et
leur raison? Que les portraits que vous leur ferez des plaisirs
paraissent faits moins pour les engager à s'y livrer que dans la vue de
les en détourner; insistez sur les plaisirs; soyez court sur les
conséquences: la raison s'opposera vainement aux impressions que vos
discours feront dans leur coeur. Rassurez-les du côté du ciel; détruisez
leurs préjugés du côté du monde; faites-leur envisager qu'il est
dangereux de garder trop longtemps une fleur qui se fane; qu'il est si
doux de la laisser cueillir, que sa perte est idéale. Ajoutez qu'il est
mille secrets pour empêcher la grossesse. Examinez alors leur visage,
vous le verrez enflammé. Laissez tomber votre main sur leurs tétons;
pressez-les, et bientôt vous entendrez leurs soupirs, fidèles
interprètes des sentiments de leur coeur. Joignez vos soupirs aux leurs,
appliquez un baiser sur leur bouche, offrez-vous pour consolateur de
leurs peines. L'aveu de ce qui se passe dans le coeur établit la
confiance, on ne rougit plus d'être faible avec des faibles, on se
console réciproquement.
Le discours du père Simon m'avait échauffé l'imagination; il m'avait si
fort ému, que je ne doutai plus de la possibilité d'une chose que
j'avais prise pour un badinage. Je réitérai mes instances auprès du
père, qui obtint bientôt ce que je demandais.
Il me tardait de me voir érigé en médiateur entre les pécheurs et le
Père des miséricordes. Je me réjouissais d'avance de l'aveu que pourrait
me faire une fille timide d'avoir donné à son tempérament la
satisfaction qu'il demandait. Je fus au confessionnal prendre possession
de mon poste.
On dit qu'un grand philosophe avait la faiblesse de rentrer chez lui et
d'y rester tout le jour, quand, en sortant le matin, une vieille était
la première personne qu'il rencontrât. Si l'exemple de ce philosophe
avait été une règle pour moi, j'aurais sur-le-champ déserté le
confessionnal; mais je tins bon, et je m'armai de courage contre l'ennui
que devait me causer la confession d'une vieille qui se présenta.
J'essuyai patiemment un déluge de balivernes que je payai par des
maximes de morale si consolantes, que ma vieille, charmée, m'aurait
d'abord donné des marques de satisfaction, si le grillage ne se fût pas
trouvé entre nous. Pour me dédommager, elle me voua un attachement à
l'épreuve de toutes les tentatives que les autres directeurs pourraient
faire pour me l'enlever. Je lui passai son transport en faveur du profit
que j'en pourrais tirer. _Bon pour plumer_, me dis-je en moi-même; mais
pour cela il fallait sonder le terrain. Elle était babillarde; je la mis
sur le chapitre de sa famille. Grandes invectives d'abord contre un
traître de mari, qui portait ailleurs ce qui lui appartenait: elle était
blessée dans l'endroit le plus sensible; autres invectives contre son
fils, qui suivait l'exemple du père; elle ne louait que sa fille, une
fille dont l'occupation et le plaisir étaient le travail et la
prière.--Ah! ma chère soeur, m'écriai-je alors d'un ton de tartufe, que
vous devez être charmée de vous voir revivre dans une pareille fille!
Mais cette sainte âme vient-elle à notre église? Que je serais édifié de
la voir!--Vous la voyez tous les jours ici, me répondit la vieille; elle
est aussi belle qu'elle est dévote; mais dois-je parler de beauté devant
vous, qui êtes des saints? Vous méprisez cela.--Ma chère soeur,
repris-je, nous croyez-vous assez injustes pour refuser d'admirer les
beaux ouvrages du Créateur, surtout quand ce qu'ils ont de mondain se
trouve réparé par tant de vertus célestes? Ma vieille, enthousiasmée du
tour que j'avais donné à ma curiosité, me dépeignit sa sainte, que je
reconnus pour une brune piquante qui venait à nos offices. Père Siméon,
me dis-je alors, voilà de nos dévotes; ménageons celle-ci: elle pourrait
bien vous rendre prophète. Crainte d'effaroucher la mère, je remis à une
seconde séance d'engager sa fille à se ranger au nombre de mes
pénitentes, et je lui donnai l'absolution, tant pour le passé que pour
le présent. Je l'aurais même donnée pour l'avenir si elle avait voulu:
cela ne coûte rien. Je l'engageai cependant à venir se rafraîchir
souvent dans les eaux de la pénitence. Ainsi finit ma première
expédition.
Il me semble que je vous entends crier: Allons, dom Saturnin, vous voilà
dans le bon chemin; vous êtes en train de vous guérir, à ce qu'il
paraît. Oui, lecteur, oui, la sainteté du caractère dont je viens d'être
revêtu commence à opérer; Dieu soit loué! Que la grâce est puissante! Je
bande déjà assez pour me faire croire que je banderai bientôt davantage.
Je ne manquai pas le lendemain d'aller à l'office: on s'imagine bien à
quelle intention. Je vis ma brune qui priait Dieu de tout son coeur. La
voilà, me dis-je, cette charmante enfant, ce modèle de toutes les
vertus! Ah! quel plaisir de croquer un morceau aussi délicat! Quel
ravissement de donner à cela la première leçon du plaisir amoureux!
_Vivat!_ je suis guéri, je bande comme un carme: pourquoi ne pas dire
comme un célestin? valent-ils moins que les autres? Mais ma dévote me
regarde: sa mère lui aurait-elle parlé de moi? Ah! vite, apaisons le feu
que sa vue m'inspire: branlons-nous! Le roulement d'yeux que me causait
le plaisir fut pris pour un excès de dévotion. Le plaisir que j'avais en
me branlant à l'intention de ma dévote m'était un sûr garant de celui
que j'aurais si j'en pouvais faire davantage. J'attendais de mon adresse
un bonheur que le hasard me procura quelques jours après.
J'étais un jour sorti du couvent. Le portier, quand je rentrai, me dit,
en m'ouvrant la porte, qu'une jeune dame m'attendait et voulait me
parler. Je courus au parloir; mais, ô surprise! je reconnus ma dévote.
Me voyant, elle se jeta à mes pieds.--Ayez pitié de moi! me dit-elle en
pleurant.--Qu'avez-vous donc? lui demandai-je en la relevant. Parlez, le
Seigneur est bon, il voit vos larmes, ouvrez votre coeur à son ministre.
En voulant parler, elle tomba évanouie dans mes bras, Que faire?
J'allais crier au secours, quand la réflexion me dit: Où vas-tu?
attends-tu une plus belle occasion? Je m'approche de ma dévote, la
délace, lui découvre la gorge. Jamais plus beau sein ne s'offrit à ma
vue. En écartant sa robe et sa chemise, je crus ouvrir le paradis. Je
fixai mes yeux sur deux globes blancs et fermes comme le marbre; je les
baisais, je les pressais; je collais ma bouche sur la sienne: je
réchauffais son souffle. Enfin, je prends ma dévote amoureusement. Une
palpitation subite me saisit. Je la quitte et reste tremblant à la
considérer; tout à coup soufflant la lumière, je la reprends dans mes
bras et gagne ma chambre avec ce cher fardeau. Dieux! qu'il était léger!
Je la mets sur mon lit, rallume ma bougie et la considère de nouveau. Je
découvre sa gorge, lève ses jupes, écarte ses cuisses; j'examine,
j'admire. Quel spectacle! l'amour, les grâces embellissaient son corps.
Blancheur, embonpoint, fermeté, tout charmait la vue. Las d'admirer sans
jouir, je portai la bouche et les mains sur ce que je venais de voir;
mais à peine y eus-je touché, que ma dévote soupira et porta sa main où
elle sentait la mienne. Je la baise sur la bouche, elle veut se
débarrasser; inquiète, elle cherche à pénétrer où elle est. Mon ardeur
produit sur moi le même effet; je ne la quitte pas. Elle veut s'arracher
de mes bras, je résiste, je la renverse; furieuse, elle se relève, veut
me déchirer le visage, mord, frappe: rien ne m'arrête. J'appuie ma
poitrine sur la sienne, mon ventre sur le sien, et laisse à ses mains
tout ce que la fureur leur inspire, employant les miennes à lui écarter
les cuisses; elle les serre, je désespère de triompher; la rage augmente
ses forces, la passion diminue les miennes; m'excitant, je les réunis,
j'écarte ses cuisses, je lâche mon vit; je l'approche du con, je pousse,
il entre. Alors la fureur de ma dévote s'évanouit, elle me serre, me
baise, ferme les yeux et se pâme. Je ne me connais plus, je pousse, je
repousse, et j'inonde le fond de son con d'un torrent de foutre. Elle
redécharge, nous restons sans connaissance, tous deux absorbés par le
plaisir.
Mon aimable compagne ne revint à elle-même que pour m'inviter par ses
caresses à la replonger dans le délire. Ses yeux sont languissants, se
troublent, s'égarent; son con est une fournaise, mon vit brûle. Ah! me
dit-elle, le plaisir me suffoque; je meurs! Ses membres se roidissent,
elle donne un coup de cul, j'en rends deux; nous déchargeons encore.
Après avoir épuisé le plaisir, j'allai chercher à la cuisine de quoi
réparer les forces d'un malade; je dis que je l'étais. Je rentrai chez
moi, j'y trouvai ma dévote dans la tristesse; je la dissipai par mes
caresses, et j'attendis que nous eussions mangé pour m'informer de son
chagrin. Nous soupâmes sans faire beaucoup de bruit, crainte d'être
découverts et qu'on ne confisquât mon trésor au profit de la piscine,
suivant les règles de l'ordre.
Comme nous étions tous deux extrêmement fatigués, nous songeâmes plutôt
à nous reposer qu'à causer. Quand nous eûmes fini notre repas, nous nous
mîmes au lit; mais aussitôt que nous nous vîmes nus, le repos s'enfuit
loin de nous; je portai la main au con de ma dévote, elle porta la
sienne à mon vit, et, admirant sa grosseur, sa fermeté: Ah! me dit-elle,
je ne suis plus surprise que tu m'aies réconciliée avec le plaisir que
j'avais résolu de haïr! Je songeai moins à lui demander la cause qu'à
lui prouver, en le lui faisant goûter de nouveau, qu'elle avait eu tort
de former une pareille résolution. Elle me reçut dans ses bras avec une
vivacité inexprimable. Étroitement serrés, à peine pouvions-nous
respirer: le lit ne pouvant plus soutenir nos secousses, il suivait
l'impression de nos corps, il craquait effroyablement. Une douce ivresse
succéda bientôt à nos efforts, et nous nous endormîmes couchés l'un sur
l'autre, étroitement serrés, langue en bouche, vit au con.
L'aurore nous trouva endormis dans cette posture, et, soit que
l'imagination eût fait distiller cette eau délicieuse qui annonce le feu
intérieur, soit que nous eussions déchargé machinalement, nous nous
réveillâmes tout trempés. Bientôt nous renouvelâmes nos plaisirs, et
j'eus assez de force pour m'en acquitter monacalement. Je ne dirai pas
combien de fois je n'eus pas la peine d'enconner. Je passe rapidement à
vous informer du sujet qui avait jeté ma dévote dans mes bras.
Je lui voyais un air d'inquiétude et de tristesse qui me pénétrait. Je
la priai tendrement de s'expliquer et d'être persuadée que je
remédierais à sa douleur, à quelque prix que ce fût.--Perdrai-je ton
coeur, cher Saturnin, me dit-elle en me regardant languissamment, quand
je t'avouerai que tu n'es pas le premier qui m'ait fait goûter les
plaisirs de l'amour? Rassure mon coeur contre une crainte dont on ne
peut se défendre, et qui vient, malgré moi, de répandre sur mon visage
une tristesse que je n'ai pu te cacher. Oui, c'est cette seule crainte
qui m'inquiète à présent; celle de mon sort ne m'occupe plus, puisque je
suis avec toi.--Oses-tu, lui répondis-je, te défier des charmes que tu
étales à mes yeux? Que tu en connais peu le prix, si tu doutes de leur
effet! Oui, l'ardeur qu'ils m'inspirent est trop forte pour ne pas
s'indigner d'une pareille crainte. Que tu me connais peu! Si un préjugé
ridicule a mis une différence entre une fille foutue et une fille à
foutre, ce préjugé n'est pas ma règle. La beauté, pour en avoir charmé
d'autres, doit-elle perdre le droit de nous charmer? Quand tu l'aurais
fait avec toute la terre, n'es-tu pas toujours la même, n'es-tu pas
toujours une fille adorable, en serais-tu moins précieuse à mes yeux?
Les plaisirs que tu as donnés à d'autres ont-ils altéré la vivacité de
ceux que tu viens de me donner?--Tu m'enlèves, me répondit-elle; je ne
fais plus de difficulté de t'apprendre des infortunes que tu viens de
faire cesser.
Elle me raconta ce qui suit:
Mon malheur a sa source dans mon coeur. Un penchant invincible pour le
plaisir ne me fait respirer que pour lui. Une mère injuste et cruelle
m'avait confinée dans un cloître. Trop timide pour opposer mon dégoût à
ses ordres, je ne fis parler que mes larmes; elles ne l'attendrirent
pas, je pris le voile. Le moment fatal de prononcer l'arrêt de ma mort
approchait: je frémis à la vue du serment que j'allais faire. L'horreur
de ma prison, le désespoir d'être privée de mon unique bien, me
plongèrent dans une maladie qui aurait terminé mes peines, si ma mère,
touchée de mon état, ne s'était reproché sa dureté. Elle était
pensionnaire dans le couvent où elle voulait que je prisse l'habit. Un
projet de retraite l'y avait amenée; mais la réflexion l'en retira. Les
femmes ne renoncent pas au plaisir, ne vieillissent pas sans chagrin;
c'est un sentiment naturel que leurs efforts peuvent bien dissimuler,
mais qu'ils n'arracheront jamais de leur coeur. Ma mère, jugeant de mon
tempérament par le sien, me tira de mon cachot, et reparut dans le monde
sur le pied d'une dame qui se consolerait aisément de la perte du défunt
dans les bras d'un cinquième mari.
Connaissant le génie de ma mère, je jugeai qu'il serait dangereux de me
trouver en rivalité avec elle, certaine qu'un amant qui se présenterait
me préférerait à elle. Je compris que les plaisirs de l'amour goûtés
dans le mystère en étaient plus piquants, que la retraite me les
procurait ainsi que le grand monde. J'agis d'après ce système, et je
passai bientôt pour une dévote. Charmée du progrès de mon stratagème, je
ne songeai qu'à nouer quelque intrigue secrète à l'ombre de cette haute
réputation de vertu factice. Cette réputation parut équivoque à un jeune
homme que j'avais vu autrefois à la grille, et avec qui il m'était
arrivé une aventure...
J'interrompis alors ma dévote. Me rappelant ce que Suzon m'avait
autrefois appris de la soeur Monique, son aversion pour le couvent, sa
passion pour l'amour, la scène qu'elle avait eue avec Verland, son
caractère, le séjour que sa mère avait fait dans le couvent, je
confrontais le portrait de cette soeur avec le charmant minois que
j'avais devant moi. J'allai plus loin; je me ressouvins que Suzon
m'avait dit que la soeur Monique avait le clitoris un peu long. Dans
l'espoir de trouver à ma dévote ce dernier signe qui devait confirmer
mes soupçons, je la fis coucher sur le dos, et, lui examinant le con
avec une attention que la passion ne m'avait pas encore permise, j'y
trouvai ce que je cherchais, un clitoris vermeil un peu plus long que
les femmes ne l'ont ordinairement, et qui semblait n'être placé là que
pour le plaisir.
Ne doutant plus que ce ne fût elle, je l'embrassai avec un nouveau
transport.--Chère Monique, lui dis-je, est-ce toi que le ciel m'envoie?
Elle se débarrasse de mes bras, me fixe avec surprise, et me demande qui
m'avait appris le nom qu'elle portait au couvent. Une fille, lui dis-je,
dont je pleure la perte, et la confidente de tes secrets.--Ah!
s'écria-t-elle, c'est Suzon: elle m'a trahie!--Oui, c'est elle, lui
répondis-je; mais c'est un secret qu'elle n'a confié qu'à moi, et ce
n'est qu'à mes importunités que je le dois.--Comment, reprit Monique, tu
es le frère de Suzon? Ah! je ne me plains plus d'elle: si je le faisais,
je me mettrais dans la nécessité de la défendre contre les plaintes que
tu en ferais à ton tour, car elle ne m'a pas caché ce qui lui était
arrivé avec toi.
Nous nous attendrîmes sur le sort de Suzon et la soeur Monique continua
ainsi:
Puisqu'elle t'a conté mon aventure avec Verland, c'est de ce dernier que
je vais te parler. Ma métamorphose l'avait surpris; il m'avait vue à la
grille vive, coquette: une longue absence ne m'avait pas effacée de son
souvenir. A son retour le bruit de ma dévotion éclatant, il ne voulut en
croire que ses yeux. Il me vit à l'église, et l'amour l'y suivit.