renouveler ces mouvements confus que j'avais autrefois éprouvés quand le
hasard m'avait fait découvrir Toinette et le père Polycarpe. La longue
privation du plaisir m'avait formé pour ainsi dire une seconde nature,
susceptible d'impressions aussi vives et aussi piquantes; je recommençai
à vivre, parce que je crus que j'allais revivre pour le plaisir. Je
regardais ma voisine, dont l'air riant et docile me faisait connaître
que mes désirs ne languiraient qu'autant de temps que j'aurais la
simplicité de ne pas les expliquer. Je sentis bien que ce n'était pas
l'envie de faire la vestale qui la faisait trouver au milieu d'une bande
de moines: mais le bonheur qu'elle semblait m'offrir me paraissait si
grand, que j'avais peine à le concevoir; j'étais tremblant, et, dans la
crainte qu'elle m'échappât, à peine aurais-je pu former le dessein de le
demander. J'avais la main sur sa cuisse, que je pressais contre la
mienne; je sentis qu'elle me la prenait et la passait par l'ouverture de
son jupon; je connus son dessein, je portai bientôt le doigt où elle le
désirait. Le toucher d'un endroit qui m'était interdit depuis longtemps
me causa un frémissement de joie qui fut aperçu de la bande, qui me
cria: Courage, père Saturnin, vous y voilà. Peut-être me serais-je
déconcerté de cette exclamation, si Marianne (c'était le nom de notre
déesse) ne m'eût sur-le-champ donné un baiser et déboutonné ma culotte
d'une main, tandis qu'elle passait l'autre bras autour de mon cou, et,
empoignant mon vit: Ah! pères, s'écria-t-elle en le leur montrant, en
avez-vous de cette beauté-là? Il se fit un brouhaha d'admiration, et
chacun la félicita sur son bonheur prochain. Elle en était enchantée.
Alors le père Casimir, imposant silence à la troupe, m'adressa la
parole.--Père Saturnin, me dit-il, disposez de Marianne; vous la voyez,
dispensez-moi de faire son éloge. Elle est accomplie, elle va vous
donner tous les plaisirs imaginables; mais ces plaisirs sont à une
condition.--Quelle est-elle, cette condition? lui répondis-je; faut-il
vous donner mon sang?--Non.--Quoi donc?--Votre cul.--Mon cul? eh! que
diable en feriez-vous?--Oh! c'est mon affaire, répondit-il. L'envie de
baiser Marianne fit que je n'insistai pas. Je me mis en devoir de
l'enconner, et mon bougre de m'enculer. Un banc nous servit de siège: je
m'étendis sur elle, le père sur moi. Quoique Casimir me déchirât le cul,
le plaisir que je goûtais avec sa nièce faisait diversion à la douleur.
Nous nageâmes bientôt dans les délices. Si quelquefois le plaisir
m'arrêtait au milieu du travail, Casimir, réveillant ma valeur,
m'animait à faire aussi bien que lui. Ainsi poussé et poussant, les
coups de l'oncle allaient retentir dans le con de la nièce, qui, tantôt
mourant et ressuscitant, surprenait l'assemblée. Il y avait longtemps
déjà que nous avions laissé derrière nous le père Casimir, qui, surpris
de l'opiniâtreté du combat, joignit son admiration à celle de la
compagnie, qui en attendait l'issue. J'étais surpris que Marianne me
tînt tête, à moi qui croyais avoir rassemblé dans ce moment toutes les
forces acquises pendant un si long temps. Elle était enragée de ma
valeur, elle qui avait désarçonné les plus vigoureux, le foutre et le
sang ruisselaient. Déjà nous avions déchargé quatre fois, quand
Marianne, fermant l'oeil, baissant la tête, attendait sans mouvement
que, par une cinquième décharge, je lui donnasse le coup de grâce; elle
le reçut, et, après l'avoir savouré pendant quelques minutes, s'échappa
de mes mains et me dit qu'elle se rendait. Fier de ma victoire, je lui
versai une rasade, j'en pris autant, et nous scellâmes dans le vin notre
réconciliation.
Ce combat fini, chacun se mit à sa place, et Casimir entama l'éloge de
la bougrerie. Possédant à fond cette matière, il s'en acquitta bien, il
passa en revue tous les bougres célèbres: il y trouva des philosophes,
des papes, des empereurs, des cardinaux. Il remonta à l'aventure de
Sodome, soutint qu'on avait falsifié, par jalousie, ce mémorable
événement, et, cédant tout à coup à son enthousiasme, il finit son éloge
par ces vers:
Taisez-vous, censeurs indociles,
Etourdissez les sots de vos voix imbéciles,
Mais n'allez pas fouiller dans l'histoire des temps.
Vous osez, ignorants reptiles,
Des écrivains les plus habiles
Altérer les beautés et corrompre les sens.
Sodome, ce n'est point par un souffle funeste
Que furent consumés tes heureux habitants;
C'est par un feu divin, c'est par un feu céleste:
Sodome, que n'étais-je alors de tes enfants!
Le discours du père reçut les applaudissements qu'il méritait et qu'il
était sûr de recevoir des assistants, en traitant un sujet qui leur
était si agréable. On foutit encore, tant en cul qu'en con; on but, on
rit et on se sépara, avec promesse de se retrouver à huitaine, car ces
banquets ne se faisaient pas tous les jours: les revenus du père
Casimir, qui régalait ordinairement, n'y auraient pas suffi. Nous nous
séparâmes les meilleurs amis du monde, Marianne et moi. La pauvre enfant
ne tarda guère à s'apercevoir qu'il était dangereux de jouer avec moi;
sa ceinture devint bientôt trop courte: on m'en donna la gloire. Le père
Casimir prit soin de conduire les choses secrètement; il était juste
qu'il prît sur lui les risques du hasard auquel il exposait sa chère
nièce. Elle en sortit à son honneur, et tout aurait été le mieux du
monde, si cette grossesse inattendue n'avait pas mis le désordre dans
nos assemblées nocturnes. J'essayai le remède de Casimir, et, sur ses
traces, je me rendis bientôt redoutable au cul de tous nos novices; mais
je retombai peu de temps après dans mes anciennes erreurs, et les
plaisirs du con m'enlevèrent à ceux du cul.
Un beau jour, après avoir chanté ma première messe, le prieur me fit
avertir d'aller dîner dans sa chambre. J'y fus, et je trouvai avec lui
quelques anciens qui me reçurent, ainsi que le prieur, avec de vives
accolades que je ne savais à quoi attribuer. Nous nous mîmes à table, et
nous fîmes une chère de prieur: c'est tout dire. Quand le vin, que sa
révérence avait soin de ne pas choisir dans le plus mauvais cru, eut
répandu la gaieté dans la conversation, je fus surpris d'entendre mes
doyens, donnant l'essor à leur langue, lâcher les b... et les f... avec
une aisance que je n'aurais pas attendue de gens que j'avais toujours
vus sous le masque de la réserve. Le prieur, voyant mon étonnement, me
dit: Père Saturnin, nous ne nous gênons plus avec vous, parce qu'il est
temps que vous ne vous gêniez plus avec nous, oui, mon fils, ce temps
est arrivé. Vous avez reçu le saint ordre de prêtrise, cette qualité
vous rend aujourd'hui notre égal et me met dans l'obligation de vous
révéler des secrets importants qui vous ont été cachés jusqu'à présent
et qu'il serait dangereux de confier à des jeunes gens qui pourraient
nous échapper et divulguer des mystères qui doivent être ensevelis dans
un silence éternel; c'est pour m'acquitter de cette obligation que je
vous ai fait venir ici.
Cet exorde imposant me fit écouter avec attention le prieur, qui dit:
Vous n'êtes pas de ces esprits faibles que la fouterie effarouche:
l'action de foutre est naturelle à l'homme. Nous sommes moines, mais on
ne compte ni le vit ni les couilles, quand nous faisons voeu. Pourquoi
nous interdire cette fonction toute naturelle? Faut-il, pour exciter la
compassion des fidèles, aller nous branler dans les rues? Non, il faut
garder un milieu entre l'austérité et la nature. Ce milieu est de donner
tout à celle-ci dans nos cloîtres, et le plus que nous pouvons à
l'austérité dans le monde. Pour cet effet, dans les couvents bien
réglés, on a quelques femmes avec qui l'on jouit; on oublie dans leurs
bras les déboires de la pénitence.--Vous me surprenez, lui dis-je, mon
révérend; ah! pourquoi faut-il qu'une si belle police n'étende pas sa
sagesse sur nous? Nos convives rirent, et le prieur me répondit: Nous ne
sommes pas plus dupes que les autres; nous avons ici un endroit où nous
ne manquons pas de femmes.--Ici! repris-je, et vous ne craignez pas que
l'on vous découvre?--Non, dit-il, cela est impossible; le continent de
notre maison est trop vaste pour qu'on s'aperçoive de cet endroit.--Ah!
m'écriai-je, quand me sera-t-il permis d'aller consoler ces aimables
recluses?--Les consolations ne leur manquent pas, me répondit-il en
riant, et votre qualité de prêtre vous donne le droit d'y aller quand
vous voudrez.--Quand je voudrai? Ah! mon père, je vous somme dès à
présent de tenir votre parole.--Il n'est pas encore temps; on n'entre
que sur le soir dans notre piscine, qui est l'appartement de nos soeurs.
Personne n'en a la clef; il n'y en a que deux, l'une entre les mains du
père dépensier, l'autre entre les miennes.
Ce n'est pas tout, père Saturnin, continua le prieur; lorsque vous
saurez que vous n'êtes pas le fils d'Ambroise, vous serez doublement
étonné. (Je fus effectivement si interdit, que je n'eus pas la force
d'ouvrir la bouche.) Vous n'êtes pas le fils d'Ambroise, poursuivit le
prieur, ni celui de Toinette; votre naissance est plus relevée. Notre
piscine vous a vu naître: une de nos soeurs vous a donné le jour.--S'il
en est ainsi, m'écriai-je, revenu de ma surprise, pourquoi m'avez-vous
toujours envié la douce satisfaction d'embrasser ma mère, si elle vit
encore?--Père Saturnin, me dit le prieur attendri, vos reproches sont
justes; mais croyez que ce n'est pas par défaut de tendresse qu'on vous
a interdit notre piscine. L'amour que nous avons pour vous a longtemps
combattu contre nos règles; mais il faut de l'ordre, et le temps nous
met aujourd'hui en état de faire cesser vos plaintes. Dès tantôt vous
aurez le plaisir que vous souhaitez, vous embrasserez votre mère.--Que
je suis impatient, m'écriai-je, de me voir dans ses bras!--Modérez-vous,
le sacrifice ne sera pas long. Déjà la nuit s'avance, et l'heure viendra
sans y penser. Nous souperons à la piscine, on vous y attend. Ne
paraissez au réfectoire que pour le décorum; vous viendrez nous
retrouver ici.
Le plaisir de voir ma mère y entrait pour quelque chose, mais
l'espérance de me livrer à l'amour offrait à mon coeur une immensité de
désirs que tous les efforts de mon imagination ne me rendaient que
faiblement. Le voilà donc arrivé, me disais-je, ce temps si souhaité!
Heureux Saturnin, plains-toi de ton sort! Dans quel état de la vie
aurais-tu trouvé ce que l'on vient de t'annoncer aujourd'hui.
L'heure vint; je retournai chez le prieur, où je trouvai cinq ou six
moines. Nous partîmes dans un profond silence. Nous marchâmes jusqu'à
ces antiques chapelles qui servaient de rempart à la piscine d'un côté;
nous descendîmes sans lumière dans un caveau dont l'horreur semblait
être ménagée pour préparer un nouveau charme au plaisir qui devait le
suivre. Ce caveau, que nous traversâmes à l'aide d'une corde attachée
contre le mur, nous conduisit à un escalier éclairé par une lampe. Le
prieur ouvrit la porte qui fermait cet escalier. Nous entrâmes, par un
petit détour, dans une salle galamment meublée, autour de laquelle
étaient quelques lits commodes pour les combats de Vénus. Nous y vîmes
les apprêts d'un magnifique repas. Personne n'arrivait encore; mais au
bruit d'une sonnette que le prieur tira, une vieille cuisinière parut,
suivie de six soeurs qui me semblèrent charmantes. Chacune choisit son
chacun; je restai seul témoin de leurs transports, piqué de
l'indifférence qu'on semblait me témoigner; mais j'eus bientôt mon tour,
et je fus dédommagé avec usure.
Le maigre n'était pas plus observé à la piscine qu'au repas du père
Casimir. Les viandes les plus exquises furent servies avec toute la
propreté possible: chacun, à côté de sa belle, mangeait, buvait,
patinait, parlait foutaise. On me faisait la guerre sur mon peu
d'appétit; je me défendais mal, uniquement occupé du désir de retrouver
ma mère, ou plutôt celui de m'escrimer avec quelqu'une de nos soeurs. Je
cherchais des yeux celle qui m'avait donné l'être: l'air de fraîcheur et
de jeunesse qu'elles avaient toutes ne me dénotait pas qu'aucune fût ma
mère. Quoique occupées avec les pères, elles me lançaient des regards
qui renversaient mes conjectures. Je m'imaginais sottement que je
reconnaîtrais ma mère au respect, à la tendresse que j'avais pour elle;
mais mon coeur parlait pour toutes, et je bandais en l'honneur de
chacune d'elles.
Mon inquiétude divertissait la compagnie. Quand on eut assez mangé, il
fut question de foutre. Le feu brillait dans les yeux de nos adorables,
et, comme nouveau venu, je commençai la danse.--Allons, père Saturnin,
me dit le prieur, il faut faire assaut avec la soeur Gabrielle, ta
voisine. J'avais déjà préludé avec elle par des baisers donnés et reçus;
sa main avait même été jusqu'à ma culotte, et quoiqu'elle fût la moins
jeune de la compagnie, je lui trouvais assez de charmes pour ne pas
envier le sort des autres. C'était une grosse blonde qui n'avait d'autre
défaut que son embonpoint. Sa peau était d'une blancheur éblouissante,
la plus belle tête du monde, des yeux grands et bien fendus. La passion
les rendaient tendres et mourants, mais ils étaient vifs et brillants
pour le plaisir.
L'exhortation du prieur n'avait pas prévenu mes désirs; Gabrielle les
avait excités, elle se prêta galamment à les satisfaire.--Viens, mon
roi, me dit-elle, je veux avoir ton pucelage; viens le perdre dans un
endroit où tu as reçu la vie! Je tremblai à ce mot. Sans avoir plus de
vertu, j'avais acquis chez les moines des connaissances qui ne me
permettaient pas d'être avec Gabrielle ce que j'avais été avec Toinette.
J'allais l'enfiler, un reste de honte m'arrêta; je reculai.--Ah! ciel,
dit Gabrielle, est-il possible que ce soit là mon fils? Ai-je pu mettre
au monde un tel lâche? Foutre sa mère lui fait peur.--Ma chère
Gabrielle, lui dis-je en l'embrassant, contentez-vous de mon amour; si
vous n'étiez pas ma mère, je ferais mon bonheur de vous posséder;
respectez une faiblesse que je ne puis vaincre.
L'apparence même de la vertu est respectable aux coeurs les plus
corrompus. Mon action fut louée des moines; ils convinrent de leur tort;
il n'y en eut qu'un qui voulut entreprendre de me convertir.--Pauvre
sot, me dit-il, pourquoi t'effrayer d'une action indifférente? La
fouterie n'est-elle pas la conjonction de l'homme et de la femme? Cette
conjonction est ou naturelle ou défendue par la nature. Elle est
naturelle, puisque leur penchant invincible les entraîne l'un vers
l'autre. Si ce penchant est dans leur coeur, l'intention de la nature
est donc qu'on le satisfasse indistinctement. Si Dieu a dit à nos
premiers pères de croître et de multiplier, comment entendait-il que la
multiplication se fît? Adam avait des filles, il les foutait. Ève avait
des fils qui faisaient avec elle ce que leur père faisait avec leurs
soeurs. Descendons au déluge. Il ne restait dans le monde que la famille
de Noé; il fallait nécessairement que le frère couchât avec la soeur, le
fils avec sa mère, le père avec sa fille, pour repeupler la terre.
Allons plus loin: Loth fuit de Sodome; ses filles qui avaient devant les
yeux l'intention du Créateur, et qui venaient de voir leur bonne femme
de mère changée en statue pour avoir été trop curieuse, s'écrièrent dans
l'amertume de leur coeur: Hélas! le monde va donc finir? Elles auraient
été coupables aux yeux de Dieu si elles n'avaient pas rétabli ce qu'il
venait de détruire; et Loth, pénétré de cette vérité, y contribua de
tout son pouvoir. Voilà la nature dans sa première simplicité. Les
hommes, soumis à ses lois, se faisaient un devoir de les suivre; mais
bientôt corrompus par les passions, ils oublièrent la volonté de cette
tendre mère; ils ne voulurent pas rester dans l'état heureux où elle les
avait placés; ils renversèrent tout, se forgèrent des chimères qu'ils
qualifièrent de vertus et de vices, inventèrent des lois qui, au lieu de
faire naître la vertu, engendrèrent le vice. Ces lois ont fait les
préjugés, et ces préjugés, adoptés par les sots et sifflés par les
sages, se sont fortifiés d'âge en âge. Il fallut donc que ces
impertinents législateurs, en renversant les lois de la nature,
refondissent les coeurs qu'elle nous avait donnés; il fallut qu'ils
réglassent nos désirs, qu'ils y missent des bornes. La nature, au fond
de notre coeur, réclame contre l'injustice de leurs lois; en un mot, la
fouterie sans distinction est d'institution divine, et la fouterie
distincte est d'institution humaine. L'une est aussi élevée au-dessus de
l'autre que le ciel l'est au-dessus de la terre. Peut-on, sans se rendre
criminel, écouter l'homme préférablement à Dieu? Non, non, et saint
Paul, interprète sacré des volontés du ciel, a dit: Plutôt que de
brûler, foutez, mes enfants, foutez! Il est vrai que, pour ne pas
choquer la faiblesse des petits génies, il met un correctif à sa pensée
et se sert de l'expression: Mariez-vous; mais, au fond, c'est la même
chose: on ne se marie que pour foutre. Ah! que j'en dirais bien plus si
je ne me sentais pressé de suivre le conseil de saint Paul.
On rit de la saillie du père; déjà le ribaud se levait et, le braquemart
à la main, menaçait tous les cons de la salle.--Attendez! dit une soeur
nommée Madelon; pour punir Saturnin, il me vient une idée.--Quelle
est-elle? lui demanda-t-on,--C'est, répondit-elle, de le faire coucher
sur un lit; Gabrielle s'étendra sur son dos, et le père qui vient de
parler comme un oracle exploitera Gabrielle! Les ris redoublèrent; j'en
ris moi-même, et dis que j'y consentais, à condition que pendant que le
père foutrait sur mon dos, je foutrais, moi, avec la donneuse
d'avis.--J'y consens, reprit-elle, pour la rareté du fait. Chacun
applaudit, nous nous mîmes en posture. Figurez-vous quel spectacle ce
devait être! Le père ne poussait aucun coup à ma mère qu'elle ne le lui
rendît sur-le-champ au triple, et son cul, en retombant sur le mien, me
faisait enfoncer dans le con de Madelon, ce qui faisait un ricochet de
fouterie tout à fait divertissant; non pas pour nous, car nous étions
trop occupés pour nous amuser à rire. Il n'eût tenu qu'à moi de me
venger de Madelon, en laissant tomber le poids de trois corps sur le
sien; mais elle était trop amoureuse, travaillait de trop bon coeur pour
me laisser concevoir une telle pensée. Je la soulageais de mon mieux;
elle en eut pourtant la peine; mais ce fut plutôt un surcroît de volupté
pour elle, car ayant senti les délices de la décharge avant nos fouteurs
d'en haut, le plaisir me rendit immobile. Gabrielle le sentit, et ses
coups de cul, avec vivacité, faisaient pour moi ce que je n'étais plus
en état de faire, et, en m'agitant, allaient donner de nouveaux
ébranlements de plaisir à Madelon, qui déchargeait aussi. Nos fouteurs
finirent et joignirent leur extase à la nôtre. Nos quatre corps n'en
firent plus qu'un; nous mourions, nous nous confondions l'un dans
l'autre.
Notre éloge sur cette façon de goûter les plaisirs excita les moines et
les soeurs. Ils se mirent en devoir de foutre en quatrain,--c'est le nom
que nous donnâmes à cette posture,--et nous à leur donner l'exemple.
C'est ainsi que les plus belles découvertes qu'on ait faites dans la
nature sont dues au hasard.
Gabrielle était si charmée de cette invention, qu'elle avoua qu'elle
avait eu autant de plaisir qu'elle en avait goûté en me faisant. Curieux
de savoir comment la chose s'était passée, nous la priâmes de la
raconter.--J'y consens, nous dit-elle, et d'autant plus volontiers que
Saturnin ne connaît encore que sa mère, sans savoir d'où elle vient ni
comment elle s'est trouvée ici. Permettez-moi, mes révérends, de l'en
instruire, et de remonter un peu plus haut que le jour que vous
souhaitez que je vous rappelle. Mon ami, continua-t-elle en m'adressant
la parole, tu ne te vanteras pas d'une longue suite d'aïeux illustres:
je n'en ai jamais connu. Je suis fille d'une loueuse de chaises de ce
couvent, et sans doute de quelqu'un des pères qui vivaient alors, car
elle était trop vive et trop amie du couvent pour que je puisse penser
que je dois le jour à son bonhomme de mari.
A dix ans je ne démentais pas mon sang; je connaissais l'amour avant de
me connaître; les pères cultivaient mes heureuses inclinations. Un jeune
profès me donna des leçons si sensibles que j'aurais cru payer les
autres d'ingratitude si je ne leur avais fait connaître que j'étais en
état de leur en donner moi-même. Je m'étais déjà acquittée de mon devoir
envers chacun d'eux, quand ils me firent la proposition de me mettre
dans un endroit où je renouvellerais mes payements aussi souvent que je
le voudrais. Je n'avais pu le faire jusqu'alors qu'à la sourdine: tantôt
derrière l'autel, tantôt devant, tantôt dans un confessionnal, rarement
dans les chambres. L'idée de la liberté me flatta; j'acceptai les
offres, j'entrai ici.
En y entrant, j'étais parée comme une jeune fille qu'on mène à l'autel.
L'idée de mon bonheur répandait un air de sérénité sur mon visage qui
charmait tous les pères. Tous brûlaient de me voir, et chacun briguait
la gloire de me le mettre. Je vis le moment où le festin de ma noce
allait finir comme celui des Lapithes.--Mes révérends, leur dis-je,
votre nombre ne m'épouvante pas; mais je présume peut-être trop de mes
forces: je succomberais, vous êtes vingt; la partie n'est pas égale; Je
vais vous proposer un accommodement. Il faut nous mettre nus! (Et, pour
leur en donner l'exemple, je commençai la première. Robe, corset,
chemise, tout partit dans la minute. Je les vis tous dans le même état
que moi; mes soeurs étaient aussi nues. Mes yeux savourèrent un moment
le charmant spectacle de vingt vits roides, gros, longs, durs comme fer,
et qui se présentaient fièrement au combat.) Allons, repris-je, il est
temps de commencer. Je vais me coucher sur ce lit; j'écarterai assez les
cuisses pour qu'en accourant sur moi le vit à la main, vous m'enfiliez
l'un après l'autre, car il faut que le sort règle le pas; les maladroits
n'auront pas à se plaindre, puisqu'en me manquant ils trouveront des
cons tout prêts sur qui ils pourront décharger leur colère. Voilà,
messieurs, ce que j'avais à vous proposer. Ils applaudirent tous à cet
heureux essor de mon imagination. On tire au sort, je tends la bague, on
court: un, deux, trois passent sans m'enfiler, et vont tomber sur mes
soeurs, qui leur font oublier leur malheur par toutes sortes de
plaisirs. Un quatrième vient, c'était vous, père prieur. Ah! je payai
votre adresse par les transports les plus vifs; et si le plaisir qu'on
goûte par une décharge mutuelle fait concevoir, vous partagez la gloire
d'avoir fait Saturnin avec quatre ou cinq de ceux qui vous suivirent.
Oui, mon ami, continua-t-elle eu s'adressant à moi, tu as l'avantage
d'être au-dessus des autres hommes, qui peuvent bien dire le jour de
leur naissance, mais non pas celui où ils ont été faits.
Telles étaient nos conversations dans la piscine, tels étaient les
plaisirs que nous y goûtions. Je ne m'y rendais pas le dernier. Toutes
les nuits j'allais chez le prieur ou chez le dépensier: J'étais
infatigable; je conduisais toujours la bande joyeuse. Bref, j'étais
l'âme et les délices de la piscine; tout, jusqu'aux vieilles, tout tâta
de mon vit. La réflexion cependant perçait quelquefois au milieu de mes
plaisirs; toutes nos soeurs me paraissaient charmées de leur sort. Je ne
pouvais concevoir que des femmes, dont le naturel est vif et dissipé,
eussent pu, sans frayeur, concevoir le dessein de passer leur vie dans
une pareille retraite, y vivre sans dégoût et être sensibles à des
plaisirs achetés par un esclavage éternel. Elles riaient de mon
étonnement, et ne pouvaient elles-mêmes concevoir que je pusse avoir de
pareilles idées.--Tu connais bien peu notre tempérament, me disait un
jour une d'entre elles extrêmement jolie, et que le libertinage, fruit
trompeur d'une éducation cultivée, avait fait jeter dans les bras de nos
moines; n'est-il pas vrai, me disait-elle, qu'il est plus naturel d'être
sensible au bien qu'au mal? J'en convenais. Ferais-tu difficulté,
reprenait-elle, de sacrifier une heure du jour à la douleur, si l'on
t'assurait que l'heure suivante se passerait dans une extrême
joie?--Non, assurément, lui disais-je.--Eh bien, poursuivit-elle, au
lieu d'une heure mets un jour; de deux, l'un sera pour le chagrin et
l'autre pour le plaisir; je te crois trop sage pour refuser un pareil
parti si l'on te l'offrait. Je dis plus: l'homme le plus indifférent ne
le refuserait pas, et la raison en est toute naturelle. Le plaisir est
le premier mobile de toutes les actions des hommes; il est déguisé sous
mille noms différents, suivant les différents caractères. Les femmes ont
de commun avec vous tous les caractères possibles; mais elles ont
au-dessus l'impression victorieuse du plaisir de l'amour; leurs actions
les plus indifférentes, leurs pensées les plus sérieuses naissent toutes
dans cette source et portent toujours, quoique déguisées, la marque du
fond d'où elles sortent. La nature nous a donnés des désirs bien plus
vifs, et par conséquent bien plus difficiles à satisfaire que les
vôtres. Quelques coups suffisent pour abattre un homme, et ne font que
nous animer, mettons-en six; une femme ne recule pas après douze. Le
sentiment du plaisir est donc au moins une fois aussi vif dans une femme
qu'il l'est dans un homme, et si tu te croyais heureux de payer un jour
de joie par un jour de chagrin, trouverais-tu étrange que j'en donnasse
deux? Serais-tu surpris que je passasse les deux tiers de ma vie dans la
peine pour passer l'autre tiers dans le plaisir? J'ai mis les choses
égales entre nous: quand tu nous vois continuellement occupées de ce qui
fait le souverain bonheur des femmes, quand nous sommes continuellement
dans vos bras, dis-moi, crois-tu que nous puissions songer à la peine,
qu'elle ait quelque empire sur nous? Ne trouveras-tu pas notre condition
mille et mille fois plus heureuse que celle de ces filles imprudentes
qui, nées avec des inclinations aussi violentes que celles des autres
femmes, viennent porter dans la solitude des désirs qui ne seront jamais
apaisés par les embrassements d'un homme? Qu'ils seraient plus vifs, ces
désirs, s'il était possible de nous refroidir! Nous ne regrettons rien
ici. Libres des inquiétudes de la vie, nous n'en connaissons que les
charmes; nous ne prenons de l'amour que les agréments et nous ne
remarquons la différence des jours que par la diversité des plaisirs
qu'ils nous procurent. Désabuse-toi, père Saturnin, si tu nous crois
malheureuses.