L'abbé s'étant retiré, nous nous trouvâmes au bout de l'allée. Mme

Dinville gagna un petit bosquet dont la fraîcheur nous promettait une

promenade charmante, si nous y restions. Je le lui dis.--Soit, me

répondit-elle, en cherchant à pénétrer dans mes yeux si je n'étais pas

au fait du motif de sa promenade. Elle n'y vit rien. Je ne m'attendais

pas au bonheur qui m'était préparé. Elle me serrait affectueusement; et,

penchant sa tête près de mon épaule, approchait son visage si près du

mien que j'aurais été un sot si je n'y eusse pris un baiser, on me

laissa faire, je réitérai; même facilité, j'ouvris les yeux. Oh! pour le

coup, dis-je, c'est une affaire faite; nous n'aurons pas ici

d'importuns. Ayant pénétré ma pensée, nous nous engageâmes dans un

labyrinthe dont l'obscurité nous dérobait aux yeux des plus

clairvoyants. Elle s'assit à l'abri d'une charmille; j'en fis autant, et

me mis à côté d'elle. Elle me regarda, me serra la main et se coucha. Je

crus que l'heure du berger allait sonner, et déjà je préparais

l'aiguille, quand tout à coup elle s'endormit. Je crus d'abord que ce

n'était qu'un assoupissement qu'il me serait facile de dissiper; mais

voyant qu'il augmentait, je me désespérais d'un sommeil qui me devenait

suspect. Encore, disais-je, si elle avait satisfait mes désirs, je lui

pardonnerais! Mais s'endormir au moment du triomphe, je ne pouvais m'en

consoler. Je l'examinais avec douleur: elle avait les mêmes habits que

la veille; sa gorge était découverte, elle y avait mis son éventail,

qui, suivant les mouvements du sein, se soulevait assez pour m'en

laisser voir la blancheur et la régularité. Pressé par mes désirs je

voulais la réveiller: mais je craignais de l'indisposer et de perdre

l'espoir dont son réveil me flattait encore. Je cédai à la démangeaison

de porter la main sur sa gorge. Elle dort trop pour se réveiller,

disais-je. Quand elle se réveillerait, mettons les choses au pis, elle

me grondera, voilà tout! Essayons. Je portai une main tremblante sur un

téton, tandis que je regardais son visage, prêt à finir au moindre signe

qu'elle ferait; elle n'en fit pas, je continuai. Ma main ne frisait pour

ainsi dire que la superficie de son sein, comme une hirondelle qui rase

l'eau en y trempant ses ailes. Bientôt j'ôtai l'éventail, je pris un

baiser: rien ne la réveilla. Devenu plus hardi, je changeai de posture,

et mes yeux, animés par la vue des tétons, voulurent descendre plus bas.

Je mis la tête aux pieds de la dame, et, le visage contre terre, je

cherchai à pénétrer dans le pays de l'amour; mais je ne vis rien. Ses

jambes croisées et sa cuisse droite collée sur sa gauche mettaient mes

regards en défaut. Ne pouvant voir, je voulus toucher. Je coulai la main

sur la cuisse et j'avançai jusqu'au pied du mont. Déjà je touchais à

l'entrée de la grotte, et je croyais y borner mes désirs. Parvenu à ce

point, je ne m'en trouvai que plus malheureux. J'aurais voulu rendre mes

yeux participants des plaisirs de ma main; je la retirai, et je me mis à

ma place pour examiner de nouveau le visage de ma dormeuse. Il n'était

point altéré; le sommeil semblait avoir versé sur elle ses pavots les

plus assoupissants. J'entrevoyais cependant un oeil dont le clignotement

m'inquiétait. Je m'en défiais, et si dans l'instant il se fût fermé,

peut-être me serais-je contenté de ce que j'avais fait; mais

l'immobilité de cet oeil suspect me rendit la confiance. Je retournai à

mon poste inférieur, et commençai à lever doucement le jupon. Elle fit

un mouvement, je la crus réveillée. Je me retirai précipitamment, et, le

coeur saisi de frayeur, je me remis à ma place sans oser la regarder;

mais cette contrainte ne fut pas longue; mes yeux retournèrent sur elle;

je reconnus avec plaisir que le mouvement qu'elle avait fait ne venait

pas de son réveil, et je remerciai la fortune de mon heureuse situation.

Ses jambes étaient décroisées, son genou droit élevé, et le jupon tombé

sur son ventre, et je vis ses cuisses, ses jambes, sa motte, son con! Ce

spectacle me charma. Un bas, proprement tiré, noué, sur le genou, avec

une jarretière feu et argent, une jambe faite au tour, un petit pied

mignon, une mule, la plus jolie du monde, des cuisses, ah! des cuisses

dont la blancheur éblouissait, rondes, douces, fermes, un con d'un rouge

de carmin entouré de petits poils plus noirs que le jais, et d'où

sortait une odeur plus douce que celle des parfums les plus délicieux!

J'y mis le doigt, je le chatouillai un peu; le mouvement qu'elle avait

fait ayant écarté ses jambes, j'y portai aussitôt la bouche en tâchant

d'y enfoncer la langue. Je bandais d'une extrême force. Ah! les

comparaisons l'exprimeraient mal! Rien ne put alors m'arrêter: crainte,

respect, tout disparut. En proie aux désirs les plus violents, j'aurais

foutu la sultane favorite en présence de mille eunuques, le cimeterre

nu, et prêts à laver mes plaisirs dans mon sang. J'enconnai Mme Dinville

sans m'appuyer sur elle, crainte de la réveiller. Appuyé sur mes deux

mains, je ne la touchais qu'avec mon vit; un mouvement doux et réglé me

faisait avaler à longs traits le plaisir: je n'en prenais que la fleur.

Les yeux fixés sur ceux de ma dormeuse, je collai de temps à autre ma

bouche sur la sienne: La précaution que j'avais prise de m'appuyer sur

mes mains ne tint pas contre mon ravissement. Plus d'attention, je me

laissai tomber sur elle; il ne fut plus en mon pouvoir de faire autre

chose que la serrer et la baiser avec fureur. La fin du plaisir me

rendit l'usage de mes yeux, que le commencement m'avait ôté; elle me

rendit le sentiment que j'avais perdu: je ne le recouvrai que pour avoir

des transports de Mme Dinville que je n'étais plus en état de partager.

Elle venait de croiser les mains sur mes fesses, et, élevant le

derrière, qu'elle remuait avec vivacité, m'attirait sur elle de toute sa

force. J'étais immobile, et je lui baisais encore la bouche avec un

reste de feu que le sien commençait à rallumer.--Cher ami, me dit-elle à

demi-voix, pousse encore un peu, ah! ne me laisse pas en chemin. Je me

remis au travail avec une ardeur qui surpassa la sienne, car, à peine

eus-je donné cinq ou six coups, qu'elle perdit connaissance. Plus animé

que jamais, je doublai le pas, et, tombant sans mouvement dans ses bras,

nous confondîmes nos plaisirs dans nos embrassements. Revenus de notre

extase, quand je me retirai, ce ne fut pas sans confusion. Je baissais

la vue, la dame avait les yeux tournés sur moi et m'examinait. J'étais

sur mon séant; elle me passa une main sur le col, me fit recoucher sur

l'herbe, et porta l'autre main à mon vit: elle se mit à le baiser.--Que

veux-tu donc faire, grand innocent? me dit-elle; as-tu peur de me

montrer un vit dont tu te sers si bien? Te cachai-je quelque chose, moi?

Tiens, vois mes tétons, baise-les; mets cette main-là dans mon sein,

bon; et celle-ci, porte-la à mon con, à merveille! Ah! fripon, que tu me

fais de plaisir! Animé par ses caresses, j'y répondais avec ardeur; mon

doigt s'acquittait bien de sa fonction: elle roulait des yeux passionnés

et soupirait beaucoup; ma cuisse droite était passée dans les siennes;

elle la serrait avec tant de plaisir que, se laissant tomber sur moi,

elle m'en donna des preuves parlantes.

Mon vit avait repris toute sa roideur, mes désirs renaissaient avec une

nouvelle vivacité. Je me mis à mon tour à l'embrasser, à la serrer dans

mes bras. Elle ne me répondait que par des baisers. J'avais toujours le

doigt dans son con; je lui écartai les jambes en regardant ce charmant

endroit avec complaisance. Ces approches du plaisir sont plus piquantes

que le plaisir même. Est-il possible d'imaginer quelque chose de plus

délicieux que de manier, que de considérer une femme qui se prête à

toutes les postures que notre lubricité peut inventer? On se perd, on

s'abîme, on s'anéantit dans l'examen d'un joli con, on voudrait n'être

qu'un vit pour pouvoir s'y engloutir. Pourquoi n'a-t-on pas la prudence

de s'en tenir à ce charmant badinage? L'homme, insatiable dans ses

désirs, en forme de nouveaux dans le sein des plaisirs mêmes; plus les

plaisirs qu'il goûte sont vifs, plus les degrés qu'ils font naître sont

violents. Découvrez une partie de votre gorge à votre amant, il veut la

voir tout entière; montrez-lui un petit téton blanc et dur, il veut le

toucher: c'est un hydropique dont la soif s'accroît en buvant;

laissez-le lui toucher, il voudra le baiser; laissez-lui porter la main

plus bas, il voudra y porter son vit: son esprit ingénieux à forger de

nouvelles chimères, ne lui laissera pas de repos qu'il ne vous l'ait

mis. S'il vous le met, qu'arrive-t-il? Semblable au chien de la fable,

il lâche l'os pour prendre l'ombre, il perd tout en voulant tout avoir.

Tout cela est excellent, mais, après tout, il en faut toujours revenir

au proverbe: _Vit bandant n'a point d'arrêt_; et moi-même qui prêche ici

comme un docteur, hélas! si le ciel l'avait voulu, je serais le premier

à faire le contraire de ce que je dis. S'il se présentait une femme dans

l'attitude où j'avais mis madame Dinville, les jambes écartées, me

montrant un con rouge et vermeil, où il ne tiendrait qu'à moi de me

plonger dans la source des plaisirs, m'amuserai-je à lanterner, à

baisoter, à chatouiller, à la foutaise, enfin? Non, parbleu! je la

foutrais _sonica_. Jugez, si je fus longtemps à coniller autour de ma

fouteuse. Je l'enconnai vigoureusement; elle, vive et infatigable,

m'embrassa en répondant avec un mouvement égal aux coups que je lui

donnais. J'avais les mains croisées sous ses fesses; elle avait les

siennes croisées sur les miennes; je la serrais avec transport, elle me

serrait de même; nos bouches étaient collées l'une sur l'autre; elles

étaient deux cons, nos langues se foutaient; nos soupirs poussés et

confondus l'un dans l'autre, nous causaient une douce langueur qui fut

bientôt couronnée par une extase qui nous enleva, qui nous anéantit.

On a raison de dire que la vigueur est un présent du ciel. Libéral

envers ses fidèles serviteurs, il consent que leurs rejetons participent

à cette libéralité, et que la force génitale soit héréditaire, et passe

des moines à leurs enfants: c'est le seul patrimoine qu'ils laissent.

Hélas! je l'ai promptement dissipé ce patrimoine! Mais n'anticipons pas

sur les événements; retarder le récit de son malheur, c'est en adoucir

le sentiment.

Toute l'étendue du don du ciel m'était nécessaire pour sortir à mon

honneur de l'aventure où j'étais engagé. Si j'avais à faire à forte

partie je pouvais sans vanité m'appliquer les paroles du Cid:

Je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes bien nées

La valeur n'attend pas le nombre des années.

J'en avais jusqu'alors donné les marques les plus vigoureuses à Mme

Dinville; mais il semblait que son courage s'accrût avec ma résistance,

et elle s'aperçut bientôt que je ne battais plus qu'en retraite, elle

m'excitait, elle m'animait à lui porter de nouveaux coups; elle s'y

présentait, et contribuait par ses caresses à me procurer une nouvelle

victoire. Je recommençais à la regarder avec langueur; je retrouvais du

plaisir à lui baiser la gorge: je lui grattais le con avec plus de

vitesse, je soupirais. Elle s'aperçut de l'heureuse disposition où ses

caresses m'avaient mis. Ah! fripon! me dit-elle en me baisant les yeux,

tu bandes; qu'il est gros! qu'il est long! Coquin! tu feras fortune avec

un tel vit. Eh bien, veux-tu recommencer, dis! Je ne lui répondis qu'en

la renversant. Attends donc, reprit-elle, attends, mon ami, je veux te

donner un plaisir nouveau, je veux te foutre à mon tour: couche-toi

comme je l'étais tout à l'heure. Je me couchai aussitôt sur le dos; elle

monta sur moi, me prit elle-même le vit, me le plaça, et se mit à

pousser. Je ne remuais pas; elle faisait tout, et je recevais le

plaisir. Je la contemplais, elle interrompit son ouvrage pour m'accabler

de baisers; ses tétons cédaient au mouvement de son corps et venaient se

reposer sur ma bouche. Une sensation voluptueuse m'avertit de l'approche

du plaisir. Je joignis mes élancements à ceux de ma fouteuse, et nous

nageâmes bientôt dans le foutre. Brisé par les assauts que j'avais reçus

et livrés depuis près de deux heures, le sommeil me gagna. Mme Dinville

me plaça elle-même la tête sur son sein, et voulut que je goûtasse les

douceurs du sommeil dans un endroit où je venais de goûter celles de

l'amour.--Dors, me dit-elle, mon cher amour; dors tranquillement; je me

contenterai de te voir. Je dormis d'un profond sommeil, et le soleil

s'approchait de l'horizon quand je me réveillai. Je n'ouvris les yeux

que pour envisager Mme Dinville, qui me regardait d'un air riant. Elle

s'était occupée à faire des noeuds pendant mon sommeil. Elle interrompit

son ouvrage pour me glisser la langue dans la bouche, elle le laissa

bientôt, dans l'espérance que j'allais l'occuper à faire des noeuds

d'une autre espèce. Elle ne me cacha point ses désirs et me pressa de

les satisfaire. J'étais d'une nonchalance qui irritait son impatience.

Je n'avais pourtant ni dégoût, ni envie; je sentais que s'il eût dépendu

de moi, j'aurais préféré le repos à l'action. Ce n'était pas là le

dessein de la dame, qui m'accablait en vain de caresses brûlantes et

voulait réveiller en moi des désirs que je n'avais plus. Elle s'y prit

d'une autre façon pour animer ma chaleur éteinte. Elle se coucha sur le

dos, et se troussa. Elle connaissait combien une semblable vue avait de

pouvoir sur moi, et, me prenant le vit, elle me branlait avec plus ou

moins de vitesse, proportionnément aux degrés de volupté qu'elle sentait

naître. Elle en vint enfin à son honneur: je bandai, elle triomphait. Le

retour de ma virilité la réjouit beaucoup. Charmé moi-même de l'effet de

ses caresses, je lui donnai des marques de reconnaissance qu'elle reçut

avec fureur. Elle me serrait, s'élançait avec des mouvements si

passionnés que je déchargeai soudain, et avec tant de plaisir que je

voulus du mal à mon vit de l'obstacle qu'il avait apporté par sa lenteur

à la jouissance. Afin de tromper la vigilance des curieux, nous

quittâmes le gazon où nous venions de nous livrer aux plaisirs de

l'amour; nous fîmes quelques tours dans le jardin, et ces tours ne se

firent pas sans causer.--Que je suis contente de toi, mon cher Saturnin,

me disait Mme Dinville, et toi?--Moi, lui répondis-je, je suis enchanté

des plaisirs que vous venez de me faire goûter!--Oui, reprit-elle, mais

je ne suis guère sage de m'être ainsi livrée à tes désirs; sauras-tu

être discret, Saturnin?--Ah! vous ne m'aimez guère, lui dis-je, puisque

vous me croyez capable d'abuser de vos bontés. Contente de ma réponse un

tendre baiser en aurait été le prix si nous n'avions pas été aperçus.

Elle me serra la main contre son coeur, et me regarda d'un air de

langueur qui me charma.

Nous allions vite; la conversation était tombée, et je m'aperçus que Mme

Dinville jetait un oeil inquiet de côté et d'autre. Je n'avais garde

d'en pénétrer la cause, ne la soupçonnant pas; vous ne l'auriez pas

soupçonnée vous-même, et vous ne vous seriez pas attendu qu'après avoir

travaillé comme nous l'avions fait, la dame ne fût pas contente de sa

journée. L'envie de la couronner avec honneur la rendait attentive à

examiner si quelque indiscret ne viendrait pas y mettre obstacle. Mais,

direz-vous, elle avait donc le diable au cul? D'accord; elle venait de

sucer ce pauvre petit bougre; il n'en pouvait plus; il était rendu, cela

est vrai; mais comment a-t-elle fait pour le faire bander? Oh! c'est ce

que je vais vous démontrer.

En garçon qui commençait à savoir son monde, puisque je venais d'y faire

une entrée assez brillante, j'aurais manqué à mon devoir si je n'avais

pas conduit Mme Dinville dans son appartement. Je me préparais à lui

tirer ma révérence, à l'embrasser pour la dernière fois de la journée,

quand elle me dit: Tu veux t'en aller, mon ami? il n'est pas huit

heures: va, reste, je ferai la paix avec ton curé. (Je lui avais dit que

j'étais un des pensionnaires de M. le curé.) L'idée du presbytère me

chagrinait, et je n'étais pas fâché que Mme Dinville m'épargnât une

heure de dégoût. Nous nous assîmes sur son canapé, et, après avoir fermé

sa porte, elle me prit une main qu'elle pressa dans les siennes et me

regarda fixement, sans mot dire. Ne sachant que penser de ce silence,

elle le rompit en me disant: tu ne te sens donc plus d'envie? Mon

impuissance me rendait muet; je rougissais de ma faiblesse. Nous sommes

seuls, Saturnin, reprit-elle en redoublant ses caresses; personne ne

nous voit: déshabillons-nous et couchons-nous sur mon lit. Viens, mon

fouteur, que je te fasse bander! Elle me porta sur son lit, m'aida à me

déshabiller, et me vit bientôt dans l'état qu'elle me désirait, nu comme

la main. Je la laissais faire, plutôt par complaisance que par l'idée du

plaisir. Elle me renverse, me couvre de baisers, me suce le vit, et

aurait voulu le faire entrer jusqu'aux couilles dans sa bouche. Elle

semblait extasiée dans cette posture, me couvrait d'une salive semblable

à de l'écume; mais elle employait en vain toute la chaleur de ses

caresses pour ranimer un corps glacé par l'épuisement. A peine mon vit

se redressait-il, et c'était si faiblement, que, n'en pouvant tirer

aucun service, elle courut d'abord chercher dans une cassette une petite

fiole de liqueur blanchâtre qu'elle versa dans le creux de sa main, et

m'en frotta les couilles et le vit à plusieurs reprises. Va, me dit-elle

alors avec satisfaction, nos plaisirs ne sont pas encore passés: tu m'en

diras tout à l'heure des nouvelles. Sa prédiction s'accomplit; je sentis

bientôt des picotements dans les couilles qui commencèrent à me faire

entrevoir la possibilité de la réussite de son secret. Pour lui donner

le temps d'opérer, elle se déshabilla à son tour. A peine se fut-elle

montrée nue à mes yeux qu'une chaleur prodigieuse m'enflamma le sang,

mon vit banda, mais d'une force inexprimable. Je devins enragé et,

m'élançant sur elle, à peine lui donnai-je le temps de se mettre en

posture. Je la dévorais; je ne voyais plus, ne connaissais plus rien:

toutes mes idées étaient concentrées dans son con. Arrête, mon amour!

s'écria-t-elle en s'arrachant de mes bras; ne nous pressons pas si fort;

ménageons nos plaisirs, et, puisqu'ils ne durent qu'un instant,

rendons-les vifs et délicieux. Mets ta tête à mes pieds, et tes pieds à

la mienne. Je le fis. Mets ta langue dans mon con, ajouta-t-elle, et moi

je vais mettre ton vit dans ma bouche. Nous y voilà! Cher ami, que tu me

fais de plaisir! Dieux! qu'elle m'en faisait aussi! Mon corps étendu sur

son corps nageait dans une mer de délices; je lui dardais ma langue le

plus avant que je pouvais; j'aurais voulu y mettre la tête, m'y mettre

tout entier! Je suçais son clitoris; j'allais chercher un nectar

rafraîchissant jusqu'au fond de son con, plus délicieux mille fois que

l'imagination des poètes faisait servir sur la table des dieux par la

déesse de la jeunesse, à moins que ce ne fût le même et que la charmante

Hébé ne leur donnât son conin à sucer. Si cela est, tous les éloges

qu'ils ont donnés à cette boisson divine sont bien au-dessous de la

réalité. Quelque critique de mauvaise humeur m'arrêtera ici tout court

et me dira: Que buvaient donc les déesses? Elles suçaient le vit de

Ganimède! Mme Dinville me tenait le derrière serré et je pressais ses

fesses: elle me branlait avec la langue et avec les lèvres, je lui en

faisais autant; elle m'avertissait, par de petites secousses et en

écartant les cuisses, du plaisir qu'elle ressentait, et les mêmes signes

qui m'échappaient lui faisaient connaître celui que j'avais. Modérant ou

augmentant la vivacité de nos caresses, nous plongions ou nous avancions

celui qui devait y mettre le comble; il vint insensiblement; alors, nous

roidissant, nous serrant avec plus de force, il semblait que nous

eussions ramassé toutes les facultés de l'âme pour ne nous occuper que

des délices que nous allions goûter.

Loin d'ici, fouteurs à la glace,

Dont le vit, effrayé d'aller jusqu'à deux coups,

Mollit au premier choc et déserte la place;

Loin d'ici: mes transports ne sont plus faits pour vous.

Nous déchargeâmes en même temps; je pressai dans ce moment, je couvris

avec mes lèvres tout le con de ma fouteuse; je reçus dans ma bouche tout

le foutre qui en sortait: je l'avalai; elle en fit autant de celui qui

sortait de mon vit. Le charme se dissipa; je ne gardai du plaisir que je

venais d'avoir qu'une légère idée qui s'évanouit comme l'ombre. Tels

sont les plaisirs.

Retombé dans le même état de dégoût et d'affaiblissement dont le secret

de Mme Dinville m'avait retiré, je la pressai d'y recourir encore.--Non,

mon cher Saturnin; je t'aime trop pour vouloir te donner la mort. Sois

content de ce que nous avons fait. Je n'étais pas pressé de mourir, et

un plaisir qu'il me fallait acheter aux dépens de ma vie n'était plus de

mon goût. Nous nous rhabillâmes.

J'étais trop content de ma journée pour négliger de prendre des

assurances d'en passer encore de semblables. Mme Dinville, qui n'était

pas plus mal satisfaite que moi, me prévint: Quand reviendras-tu? me

demanda-t-elle en m'embrassant.--Le plus tôt que je pourrai, lui

répondis-je, mais jamais assez tôt pour mon impatience; demain, par

exemple?--Non, me dit-elle en souriant, je te donne deux jours: reviens

le troisième, et le jour que tu viendras, continua-t-elle en rouvrant la

cassette d'où elle avait tiré l'eau admirable dont j'avais éprouvé la

vertu, et en me donnant quelques pastilles qu'elle y prit, tu auras soin

de manger cela. Surtout, Saturnin, sois discret; ne parle à personne de

tout ce que nous avons fait. Je l'assurai du secret et l'embrassai pour

la dernière fois, la laissant bien persuadée qu'elle venait de recevoir

mon pucelage.

Mme Dinville était restée dans son appartement. Elle m'avait averti de

faire en sorte que l'on ne m'aperçût pas: l'obscurité me favorisait. Je

traversais une antichambre, quand je me vis arrêté, par qui: par Suzon.

Sa vue me rendit immobile: il semblait que sa présence me reprochât les

plaisirs que je venais de goûter. Mon imagination, d'intelligence avec

mon coeur pour m'accabler, la rendait témoin de tout ce que je venais de

faire. Elle me prit la main, et demeura sans parler. La confusion me

faisait baisser la vue. Inquiet cependant de son silence, je ne confiai

qu'à mes yeux le soin de lui en demander la cause; je les levai sur

elle, je m'aperçus qu'elle versait des larmes. Ce spectacle me perça le

coeur. Suzon y reprit dans le moment l'empire que les caresses de Mme

Dinville lui avaient enlevé. Je ne pouvais concevoir que sa maîtresse

eût fasciné mes yeux et mon coeur au point de ne voir qu'elle, de n'être

sensible qu'au plaisir d'être avec elle, et j'avais la simplicité de

regarder comme l'effet de quelque sortilège ce qui n'était que l'effet

de mon tempérament et de l'attrait des plaisirs.--Suzon, dis-je à ma

soeur d'un ton pénétré, tu pleures, ma chère Suzon; tes yeux se couvrent

de larmes quand tu me vois; est-ce moi qui les fais couler?--Oui, c'est

toi, me répondit-elle; je rougis de te l'avouer, cruel Saturnin, oui,

c'est toi qui me les arraches; c'est toi qui me désespères et qui vas me

faire mourir de douleur.--Moi, m'écriai-je; juste ciel! Suzon, oses-tu

me faire de pareils reproches? Les ai-je mérités, moi qui t'aime?--Tu

m'aimes, reprit-elle: ah, je serais trop heureuse si tu disais vrai!

Mais peut-être viens-tu de jurer la même chose à Mme Dinville. Si tu

m'aimais, l'aurais-tu suivie? N'aurais-tu pas imaginé un prétexte pour

venir me trouver quand je suis sortie? Vaut-elle mieux que moi? Qu'as-tu

fait avec elle toute l'après-dînée? Qu'as-tu dit? Pensais-tu à Suzon qui

t'aime plus que sa vie? Oui. Saturnin, je t'aime; tu m'as inspiré une si

forte passion, que je mourrais de douleur si tu n'y répondais pas. Tu te

tais? poursuivit-elle; ah! je le vois, ton coeur ne se faisait pas de

violence pour suivre une rivale que je vais haïr à la mort. Elle t'aime,

je n'en saurai douter; tu l'aimes aussi: tu n'étais occupé que du

plaisir qu'elle te promettait, tu ne songeais guère à la douleur que tu

m'allais causer. Attendri par ses reproches, je ne pus dissimuler à

Suzon qu'ils déchiraient mon coeur.--Cesse tes plaintes, lui dis-je;

n'accable plus ton malheureux frère; tes larmes le désespèrent; je

t'aime plus que moi-même, plus que je ne peux te dire!--Ah! reprit-elle,

tu me rends la vie, et je consens à oublier ton injure si tu me promets

de ne plus voir Mme Dinville. As-tu assez d'amour pour ta Suzon pour la

lui sacrifier:--Oui, lui répondis-je, je te la sacrifie; tous ses

charmes ne valent pas un seul de tes baisers. En lui disant cela, je

l'embrassais, et elle ne rebutait pas mes caresses.--Saturnin,

reprit-elle en me serrant tendrement la main, sois sincère: Mme Dinville

aura exigé de toi que tu reviennes la voir: quand t'a-t-elle dit de

revenir?--Dans trois jours, lui répondis-je.--Et tu viendras, Saturnin?

me dit-elle tristement.--Que dois-je faire? lui répliquai-je. Si je

viens, ce sera pour la désespérer par mon indifférence; si je ne viens

pas, qu'il en coûtera à mon coeur de ne pas voir Suzon!--Je veux que tu

reviennes, reprit-elle, mais il ne faudra pas qu'elle te voie; je ferai

semblant d'être malade; je resterai au lit, nous passerons la journée

ensemble; mais, ajouta-t-elle, tu ne sais pas où est ma chambre?

Suis-moi: je vais t'y conduire. Je me laissai mener; j'étais tremblant,

je pressentais le malheur qui m'allait arriver.--Voici, me dit Suzon,

mon appartement. Regretterais-tu d'y passer la journée avec moi? Ah!

Suzon, lui répondis-je, quelles délices tu me promets! Nous serons

seuls, nous nous abandonnerons à nos amours! Suzon, conçois-tu ce

bonheur comme moi? Elle se taisait et paraissait rêver profondément; je

la pressai de s'expliquer.--Je t'entends, me dit-elle d'un ton

d'indignation; tandis que nous serons seuls, que nous nous livrerons à

l'amour, ah! Saturnin, que tu parles de ce jour avec indifférence, et

que les plaisirs qu'il te promet te touchent peu, si tu as la force de

les attendre deux jours!

Le portier des Chartreux, ou mémoires de Saturnin écrits par lui-même · 第 6 / 12 段