Ce que Suzon venait de me raconter avait si fort agi sur mon

imagination, que je n'avais pu refuser à l'énergie de ses discours des

marques de sensibilité relative au sujet. Quoique j'eusse affecté de lui

dérober les larmes qu'elle m'arrachait, le plaisir de les répandre, les

regards passionnés que je jetais sur elle en les répandant, m'avaient

trahi; elle s'était aperçue de mes mouvements; mais, charmée d'avoir

fait sur moi l'impression qu'elle désirait, elle me dissimulait

adroitement sa satisfaction, et, par une politique mal entendue,

combattait encore en elle-même le doux penchant qui devait couronner

l'ardeur qu'elle m'inspirait. Autant ses discours m'avaient étonné,

autant ils me donnèrent d'espoir. Ces peintures si vives et si animées

des situations et des sentiments de la soeur Monique, dans une

circonstance à peu près semblable à celle où nous nous trouvions, ne

pouvaient partir que d'un coeur pénétré. Elle ne m'avait rien caché de

ses actions, pas même sa sensibilité pour les plaisirs de l'amour. Elle

avait dit tous les mots; rien n'avait été fardé. Si nous eussions été

dans l'allée, elle n'aurait pas dit un mot que je n'en eusse profité, et

n'aurait pas fait une peinture que je n'y eusse joint la représentation

au naturel. Son dessein n'avait pas été d'y venir. Que devais-je penser

de cette résistance? Comment l'accorder avec ce que je venais

d'entendre? Ah! si j'avais pu lire dans son coeur, que je me serais

épargné d'inquiétudes! Résolu à suivre mon dessein, mais en garde contre

une précipitation qui aurait pu effaroucher Suzon, je pris autrement mes

mesures. Je cherchai dans le récit même qu'elle venait de me faire des

armes pour la combattre. Je lui demandai d'abord indifféremment si la

soeur Monique était jolie.--Comme un ange, me répondit-elle, et une

fille qui possède ces charmes est toujours sûre de plaire. Sa taille est

fine et bien prise: sa peau est d'une blancheur, d'une douceur

parfaites; elle a la plus belle gorge du monde, le visage un peu pâle,

mais joli et formé de façon que les plus belles couleurs lui

conviendraient moins que cette pâleur; ses yeux sont noirs et bien

fendus; mais, contre l'ordinaire des brunes, elle les a languissants; il

n'y reste qu'assez de feu pour faire juger qu'ils seraient brillants

si elle n'était pas si amoureuse.--Tu me rends compatissant pour

elle, dis-je à Suzon. Sa passion pour les hommes la rendra

malheureuse.--Désabuse-toi, répondit Suzon, ce n'est que depuis peu,

comme je te l'ai dit, qu'elle a pris le voile par complaisance pour sa

mère. Le temps de prononcer ses voeux n'est pas encore venu; son bonheur

dépend de la mort d'un frère, l'idole de sa mère. Il court grand risque

de ne pas vivre plus longtemps que sa soeur ne le souhaite. On l'a déjà

blessé à Paris dans un bordel...--Un bordel! eh! qu'est-ce que cet

endroit? demandai-je à Suzon, par pressentiment sans doute de ce qui

devait m'y arriver un jour.--Je vais te dire, me répondit-elle, ce que

j'en sais de la soeur Monique qui connaît tout ce qui a rapport à ses

inclinations. C'est un lieu où s'assemblent des filles tendres et

faciles, qui reçoivent avec complaisance les hommages des libertins, et

se prêtent à leurs désirs, sous l'espoir de la récompense. Leur penchant

les y mène, le plaisir les y fixe.--Ah! m'écriai-je en l'interrompant,

que je voudrais être dans une ville où il y eût de ces endroits-là! Et

toi, Suzon? Elle ne dit mot, mais je compris par son silence qu'elle ne

serait pas plus cruelle qu'une autre pour son tempérament, et que ce

plaisir aurait autant d'empire sur son coeur que sur celui de ces filles

tendres que l'empressement des hommes érige en idoles publiques. Je

crois, ajoutai-je, que la soeur Monique irait là aussi volontiers que

son frère.--Assurément, me dit-elle; cette pauvre fille aime les hommes

à la fureur; l'idée seule l'en enchante.--Et toi, petite friponne, tu ne

les aimes donc pas?--Je les aimerais, me répondit-elle, si ce que l'on

fait avec eux n'était pas si dangereux.--Tu le crois! lui dis-je; il ne

l'est pas tant que tu le penses. Pour faire cela avec une femme, elle ne

devient pas toujours grosse. Vois cette dame qui est notre voisine:

mariée depuis longtemps, elle le fait avec son mari, et cependant elle

n'a pas d'enfants. Cet exemple parut l'ébranler. Ecoute, ma chère Suzon,

poursuivis-je, et comme inspiré par une intelligence au-dessus de mon

âge, qui me faisait pénétrer dans les mystères de la nature, la soeur

Monique t'a dit que, quand Martin le lui mettait, elle était toute

remplie de ce qu'il lui donnait: c'était sans doute ce qui lui avait

fait un enfant.--Eh bien, dit Suzon en me regardant et cherchant dans

mes yeux un moyen de satisfaire son envie sans s'exposer aux hasards,

que veux-tu dire par là?--Ce que je veux dire, repris-je, c'est que si

c'est ce que l'homme répand qui produit cet effet, on peut l'empêcher en

se retirant, quand on sent que cela vient.--Eh! le peut-on faire?

interrompit vivement Suzon. N'as-tu jamais vu deux chiens l'un sur

l'autre? On a beau les battre pour les faire finir, ils crient, se

démènent, voudraient se retirer et ne peuvent pas: ils sont attachés de

façon que cela leur devient impossible. Dis-moi si un homme se trouvait

attaché de même à une femme, que quelqu'un vînt, qu'on les surprît?

Cette objection me démonta, l'exemple était simple; il semblait que

Suzon eût prévu ce que j'allais lui proposer. L'exemple était pour nous;

nous allions nous trouver dans le même cas, si Suzon se rendait. Elle

semblait attendre ma réponse: et si j'avais pu lire dans son âme,

j'aurais vu qu'elle se repentait de m'avoir proposé une difficulté que

j'étais hors d'état de résoudre. D'autant plus intéressé à détruire son

préjugé, je ne doutai pas que mon bonheur ne dépendît de ma réponse, et

je cherchai des raisons pour la convaincre. Je me souvenais parfaitement

que le père Polycarpe n'avait pas eu la veille cette difficulté à se

retirer de dessus Toinette. Je lui aurais cité cet exemple, mais

j'aimais mieux le lui faire voir. Mes raisonnements ne la persuadèrent

pas, mais ses désirs suppléaient à ce qu'ils avaient de défectueux. Elle

affectait d'insister encore, et il lui fallait un exemple contraire pour

la persuader. Dans le moment je vis le bonhomme Ambroise sortir de la

maison et gagner le chemin de la rue. Son départ m'offrit l'occasion la

plus favorable qui pût se présenter. Ne doutant pas que le père et

Toinette ne profitassent de la liberté qu'il leur laissait pour réparer

le temps perdu par sa présence, je dis d'un ton assuré à Suzon: Viens,

je veux te faire voir que tu t'es trompée. Je me levai et j'aidai Suzon

à en faire autant après lui avoir porté sous sa jupe une main qu'elle

repoussa en folâtrant.--Où vas-tu donc me mener? me dit-elle, voyant que

je gagnais la maison. La petite friponne croyait que j'allais la mener

dans l'allée: elle m'y aurait suivi. Que j'aurais bien mieux fait d'y

aller! Mais je n'étais pas assez expérimenté pour voir qu'elle ne

demandait pas mieux. Je craignais quelque nouvelle résistance de sa

part, et mon destin m'entraînait. Je lui répondis que je la menais dans

un lieu où elle verrait quelque chose qui lui ferait plaisir.

--Où donc? me répondit-elle avec impatience, voyant que j'avançais vers

la maison.--Dans ma chambre, lui répondis-je.--Dans ta chambre? me

dit-elle; oh! non! Tiens, Saturnin, cela est inutile: tu me ferais

quelque chose! Je lui jurai que non, et je connus à l'air dont elle

consentait à y venir qu'elle était moins fâchée de m'y suivre qu'elle ne

l'aurait été si, en lui promettant d'être sage, je ne lui avais pas

donné un prétexte pour s'y laisser conduire. Que je me rappelle avec

plaisir ces traits charmants de mon enfance! l'habitude d'accorder tout

à mes passions et l'usage immodéré des plaisirs n'ont point émoussé ma

sensibilité pour ces précieux instants de ma vie.

Nous entrâmes dans ma chambre sans avoir été aperçus; je tenais Suzon

par la main, elle tremblait; je marchais sur la pointe des pieds, elle

m'imitait: je lui fis signe de ne point parler, et, la faisant asseoir

sur mon lit, je m'approchai doucement de la cloison: personne n'y était

encore. Je dis d'une voix basse à Suzon que l'on ne tarderait pas à

venir. Mais que veux-tu donc me montrer? me demanda-t-elle, intriguée

par mes façons mystérieuses.--Tu vas le voir, répondis-je: et

sur-le-champ, en avancement du privilège que je comptais que cette vue

allait me donner, je la renversai sur mon lit, en tâchant de lui glisser

la main sur les cuisses. Je n'en étais pas encore à la jarretière,

qu'elle se leva avec action, et dit qu'elle ferait du bruit si j'étais

assez hardi pour la toucher. Elle alla même jusqu'à faire semblant de

vouloir sortir: je pris cette grimace pour une marque de colère, et je

fus assez simple pour m'imaginer qu'elle voulait effectivement se

retirer. J'étais interdit, le coeur me battait, à peine osais-je

répondre; et quoique ce ne fût qu'en bégayant, je persuadai facilement

une fille qui aurait été bien fâchée que mon silence l'eût mise dans la

nécessité de joindre l'effet à la menace: elle consentit à rester.

J'allais désespérer de pouvoir venir à bout de mon entreprise, quand

j'entendis ouvrir la porte de la chambre d'Ambroise. Le coeur me revint,

et j'attendais avec impatience que la curiosité de Suzon fît pour moi ce

que je n'avais pu faire moi-même.--Les voici! lui dis-je en lui faisant

signe de se taire et en la remuant sur le lit; les voici, ma chère

Suzon! Je m'approchai aussitôt de la cloison; j'écartai l'image qui

dérobait à mes regards ce qui se passait dans la chambre, et j'aperçus

le père qui prenait sur la gorge de Toinette des gages peu équivoques de

sa bonne volonté. Immobiles, serrés étroitement l'un contre l'autre et

recueillis en eux-mêmes, il semblait qu'ils voulussent, par une profonde

méditation, se remplir de la grandeur des mystères qu'ils allaient

célébrer. Attentif à leurs mouvements, j'attendais qu'ils les

poussassent un peu plus loin pour faire signe à Suzon d'avancer.

Toinette, ennuyée de la longue méditation, se débarrassa la première des

bras du moine, et, jetant corset, jupe, chemise, tout à bas, parut telle

que la bienséance du mystère l'exigeait. Ah! que j'aimais à la voir dans

cet état! Ma fureur amoureuse, que les combats de Suzon n'avaient fait

qu'irriter, redoubla d'un degré à cette vue.

Suzon, que mon attention rendait impatiente, avait quitté le lit et

s'était approchée de moi. J'étais si fort occupé que je ne m'en étais

pas aperçu.--Laisse-moi donc voir aussi! me dit-elle en me repoussant un

peu. Je ne demandais pas mieux. Je lui cédai aussitôt mon poste et me

tins à côté d'elle pour examiner sur son visage les impressions qu'y

produirait le spectacle qu'elle allait voir. Je m'aperçus d'abord

qu'elle rougissait; mais je présumai trop de son penchant à l'amour pour

craindre que cette vue ne produisît un effet contraire à celui que j'en

espérais. Elle resta. Curieux alors de savoir si l'exemple opérait, je

commençai par lui couler la main sous la jupe. Je ne trouvai plus qu'une

résistance médiocre; elle se contentait de me repousser seulement la

main, sans l'empêcher de monter jusqu'aux cuisses, qu'elle serrait

étroitement. Ce n'était qu'aux transports des combattants que j'étais

redevable de la facilité que je trouvais à les desserrer insensiblement.

J'aurais calculé le nombre de coups que donnaient ou recevaient la père

et Toinette par celui des pas que ma main, plus ou moins pressée,

faisait sur ses charmantes cuisses. Enfin, je gagnai le but. Suzon

m'abandonna tout, sans pousser plus loin sa résistance; elle écartait

les jambes pour laisser à ma main la facilité de se contenter. J'en

profitai, et portant le doigt à l'endroit sensible, à peine pouvait-il y

entrer. Sentant que l'ennemi s'était emparé de la place, elle

tressaillit, et ses tressaillements se renouvelaient au moindre

mouvement de mon doigt.--Je te tiens, Suzon! lui dis-je alors; et levant

son jupon par derrière, je vis, ah! je vis le plus beau, le plus blanc,

le mieux tourné, le plus ferme, le plus charmant petit cul qu'il soit

possible d'imaginer. Non, aucun de ceux à qui j'ai fait le plus de fête,

aucun n'a jamais approché du cul de ma Suzon. Fesses divines dont

l'aimable coloris l'emportait sur celui du visage; fesses adorables, sur

lesquelles je collai mille baisers amoureux, pardonnez si je ne vous

rendis pas alors l'hommage qui vous était dû. Oui, vous méritiez d'être

adorées; vous méritiez l'encens le plus pur; mais vous aviez un voisin

trop redoutable. Je n'avais pas encore le goût assez épuré pour

connaître votre véritable valeur: je le croyais seul digne de ma

passion. Cul charmant, que mon repentir vous a bien vengé! Oui, je

conserverai toujours votre mémoire! Je vous ai élevé dans mon coeur un

autel où tous les jours de ma vie je pleure mon aveuglement! J'étais à

genoux devant cet adorable petit cul, l'embrassais, le serrais,

l'entr'ouvrais, m'extasiais; mais Suzon avait mille autres beautés qui

piquaient ma curiosité. Je me levai avec transport, fixai mes regards

avides sur deux petits tétons durs, fermes, bien placés, arrondis par

l'amour. Ils se levaient, se baissaient, haletaient et semblaient

demander une main qui fixât leur mouvement. J'y portais la mienne, je

les pressais. Suzon se laissait aller à mes transports. Rien ne pouvait

l'arracher au spectacle qui l'attachait. J'en étais charmé; mais son

attention était bien longue pour mon impatience. Je brûlais d'un feu qui

ne pouvait s'éteindre que par la jouissance. J'aurais voulu voir Suzon

toute nue, pour me rassasier de la vue d'un corps dont je baisais, dont

je maniais de si charmantes parties. Cette vue était capable de

satisfaire mes désirs. Mais bientôt j'éprouvai le contraire en

déshabillant Suzon, sans qu'elle s'y opposât. Nu de mon côté, je

cherchais les moyens d'assouvir ma passion, je n'avais pas assez de

force pour la presser. Mille et mille baisers répétés, les marques les

plus vives de l'amour étaient mille fois au-dessus de ce que je sentais.

Je tâchais de le lui mettre, mais l'attitude était gênante: il fallait

le mettre par derrière. Elle écartait les jambes, les fesses, mais

l'entrée était si petite, que je n'en pouvais venir à bout. J'y mettais

le doigt et l'en retirais couvert d'une liqueur amoureuse. La même cause

produisait sur moi le même effet. Je faisais de nouveaux efforts pour

prendre dans ce charmant endroit la même place que mon doigt venait d'y

occuper, et toujours même impossibilité, malgré les facilités qu'on me

donnait.--Suzon, dis-je, enragé de l'obstacle que son opiniâtre

attention apportait à mon bonheur, laisse-les; viens, ma chère Suzon,

nous pouvons avoir autant de plaisir qu'eux. Elle tourna les yeux sur

moi; ils étaient passionnés. Je la prends amoureusement entre mes bras,

je la porte sur mon lit, je l'y renverse; elle écarte les cuisses, mes

yeux se jettent avec fureur sur une petite rose vermeille qui commence à

s'épanouir. Un poil blond, et placé par petits toupets, commençait à

ombrager une motte dont le pinceau le plus délicat rendrait faiblement

la blancheur vive et animée. Suzon, immobile, attendait avec impatience

des marques de ma passion plus sensibles et plus satisfaisantes. Je

tâchai de les lui donner; je m'y prenais fort mal: trop bas, trop haut,

me consumant en efforts inutiles. Elle me le mit. Ah! Que je sentais

alors qu'il était dans le véritable chemin! Une douleur, que je ne

comptais pas trouver sur une route que je croyais couverte de fleurs,

m'arrêta d'abord. Suzon en ressentit une pareille; mais nous ne nous

rebutâmes pas. Suzon tâchait d'élargir le passage; je m'efforçais, elle

me secondait. Déjà j'avais fait la moitié de ma course. Suzon roulait

sur moi des yeux mourants; son visage était enflammé, ne respirait que

par intervalles, et me renvoyait une chaleur prodigieuse. Je nageais

dans un torrent de délices; j'en espérais encore de plus grandes, je me

hâtais de les goûter. O ciel! des moments si doux devaient-ils être

troublés par le plus cruel des malheurs! Je poussais avec ardeur; mon

lit, ce malheureux lit, témoin de mes transports et de mon bonheur, nous

trahit: il n'était que de sangle; la cheville manqua, il tomba et fit un

bruit affreux. Cette chute m'eût été favorable, puisqu'elle m'avait fait

entrer jusqu'où je pouvais aller, quoique avec une extrême douleur pour

tous les deux. Suzon se faisait violence pour retenir ses cris.

Effrayée, elle voulait s'arracher de mes bras; furieux d'amour et de

désespoir, je ne la serrais que plus étroitement. Mon opiniâtreté me

coûta cher.

Toinette, avertie par le bruit, accourut, ouvrit et nous vit. Quel

spectacle pour une mère! une fille, un fils! La surprise la rendit

immobile; et comme si elle eût été retenue par quelque chose de plus

puissant que ses efforts, elle ne pouvait avancer. Elle nous regardait

avec des yeux enflammés par la lubricité; ouvrant la bouche pour parler,

la voix expirait sur ses lèvres.

Suzon était tombée en faiblesse; ses yeux tendres se fermaient, sans

avoir ni le courage, ni la force de se retirer. Je regardais

alternativement Toinette et Suzon, l'une avec rage, l'autre avec

douleur. Enhardi par l'immobilité où l'étonnement semblait retenir

Toinette, je voulus en profiter, je poussai; Suzon donna alors un signe

de vie, jeta un profond soupir, rouvrit les yeux, me serra en donnant un

coup de cul. Suzon goûtait le souverain plaisir; elle déchargeait: ses

ravissements me faisaient plaisir; j'allais les partager, Toinette

s'élança au moment où je sentais les approches du plaisir; elle

m'arracha des bras de ma chère Suzon. Pourquoi n'avais-je pas assez de

force pour me venger? Le désespoir me l'ôta sans doute, puisque je

restai immobile dans les bras de cette marâtre jalouse.

Le père Polycarpe, aussi curieux que Toinette, accourut dans cet

intervalle, et ne demeura pas moins surpris qu'elle à la vue du

spectacle qui s'offrait à ses yeux, surtout de Suzon nue, couchée sur le

dos, se passant un bras sur les yeux et portant la main de l'autre à

l'endroit coupable, comme si une telle posture eût pu dérober ses

charmes aux regards du moine lascif. Il les porta d'abord sur elle. Les

miens y étaient fixés comme sur leur centre, et ceux de Toinette

l'étaient sur moi. La surprise, la rage, la crainte, rien ne m'avait

fait débander. J'avais le vit décalotté et plus dur que le fer. Toinette

le regardait. Cette vue obtint ma grâce et me réconcilia avec elle. Je

sentais qu'elle m'entraînait doucement hors de la chambre. J'étais

troublé, ne sachant ce que je faisais. Nu comme j'étais, je la suivis

sans y penser, et cela se fit sans bruit.

Toinette me mena dans sa chambre et en ferma la porte aux verrous. La

crainte me retira alors de mon étourdissement. Je voulus fuir: je

cherchai quelque refuge qui pût me dérober au ressentiment de Toinette.

N'en trouvant pas, je me jetai sous le lit. Toinette reconnut le motif

de ma frayeur et tâcha de me rassurer.--Non, Saturnin, me dit-elle; non,

mon ami, je ne veux pas te faire de mal. Je ne la croyais pas sincère et

je ne sortais pas de ma place. Elle vint elle-même pour m'en tirer;

voyant qu'elle tendait les bras pour m'attraper, je me reculais: mais

j'eus beau faire, elle me prit, par où, par le vit! Il n'y eut plus

moyen de m'en défendre. Je sortis ou plutôt elle m'attira, car elle

n'avait pas lâché prise.

La confusion de paraître _in naturalibus_ ne m'empêcha pas d'être

surpris de trouver Toinette toute nue, elle qui, un moment avant,

s'était offerte à mes yeux dans un état presque décent. Mon vit

reprenait dans sa main ce que la crainte lui avait fait perdre de sa

force et de sa roideur. Avouerai-je mon faible? En la voyant, je ne

pensai plus à Suzon: Toinette seule m'occupait. Bandant toujours fort,

et mes craintes subordonnées à la passion, j'étais bien en peine.

Toinette me serrait le vit, et moi je regardais son con. Que fait ma

ribaude? elle se couche sur le lit et m'entraîne avec elle.--Viens donc,

petit couillon, mets-le-moi, là, bon! Je ne me fis pas prier davantage,

et, ne trouvant pas de grandes difficultés, je le lui enfonçai jusqu'aux

gardes. Déjà disposé par le prélude que j'avais fait avec Suzon, je

sentis bientôt un flux de délices qui me fit tomber sans mouvement sur

la lubrique Toinette, qui, remuant avec agilité la charnière, reçut les

prémices de ma virilité... C'est ainsi que, pour mon premier coup

d'essai, je fis cocu mon père putatif; mais qu'importe?

Quelle foule de réflexions pour ces lecteurs dont le tempérament froid

et glacé n'a jamais ressenti les fureurs de l'amour! Faites-les,

messieurs, ces réflexions; donnez carrière à votre morale; je vous

laisse le champ libre, et ne veux vous dire qu'un mot. En bandant aussi

fort que je bandais, vous foutriez, quoi? le diable!

J'allais répéter un aussi charmant exercice, quand nous fûmes

interrompus par un bruit sourd qui partait de ma chambre. Toinette, qui

comprit de quoi il s'agissait, se leva en criant au père de finir. Elle

se rhabilla aussitôt, me dit de me remettre sous le lit et courut pour

empêcher que les choses ne fussent poussées plus loin.

A peine eut-elle le dos tourné, que je volai au trou. J'aperçus le moine

qui tenait dans ses bras Suzon qui s'était rhabillée, mais dont le

cotillon et la chemise étaient levés. Le froc du moine l'était aussi, et

je jugeai que le bruit ne venait que de l'extrême grosseur du membre de

sa révérence, qui faisait sans doute des efforts inutiles pour le faire

entrer dans un endroit qui n'était pas fait pour lui. Le débat finit à

l'aspect de Toinette qui fondit sur les combattants, arracha Suzon des

bras de l'incestueux célestin, et lui donna, avec deux ou trois

soufflets, la liberté de sortir. Il semblait que l'action vigoureuse que

Toinette venait de faire l'eût épuisée, et qu'il ne lui restât plus

assez de force pour marquer son mécontentement au père Polycarpe: elle

le regardait tout essoufflée. Un moine ne manque guère d'impudence;

cependant celle du père ne tint pas contre la honte d'avoir été pris en

flagrant délit, peut-être contre la crainte des reproches dont il

croyait que Toinette allait l'accabler, ou plutôt contre l'idée

d'infamie dont il croyait qu'un moine devait être noté, quand il

entreprenait d'exploiter une fille sans en venir à bout. Il rougissait,

il pâlissait, et n'osait presque regarder Toinette qui, de son côté,

paraissait agitée des mêmes mouvements. Moi, de mon trou, je les

examinais attentivement et m'attendais à être bientôt spectateur de

quelque crise violente; je le craignais. Que je les connaissais peu l'un

et l'autre! Le moine paraissait confus, mais il ne débandait pas: un

moine débande-t-il jamais? Toinette paraissait furieuse, mais elle

regardait le vit du moine. Son faible était toujours de sacrifier toute

sa colère à cette vue; mon exemple devait m'avoir préparé à lui voir une

pareille indulgence pour le père. Le raccommodement fut bientôt fait. Le

moine s'approcha d'elle, et j'entendis qu'il lui disait, en lui mettant

en main son joyeux aiguillon: Si je n'ai pas pu foutre la fille, du

moins je foutrai la mère. Oh! pour cette insulte, Toinette était

toujours prête à la lui pardonner; elle s'offrit même de bonne grâce

pour victime à la fureur amoureuse du moine; il la saisit, il

l'embrassa, et, tombant l'un sur l'autre sur les débris de mon lit, ils

scellèrent leur réconciliation par une copieuse décharge; du moins j'eus

lieu de le juger aux transports du père et aux serrements du cul de

Toinette.

Pendant ce temps-là, allez-vous demander, que faisait ce petit bougre de

Saturnin? Se contentait-il de regarder comme un sot par le trou, sans se

joindre du moins en idée aux caresses des deux champions? Belle demande!

Saturnin était nu, il était encore en feu des caresses que Toinette lui

avait faites; le spectacle qu'il avait devant les yeux l'échauffait

encore: que vouliez-vous qu'il fît? Il se branlait: il enrageait de voir

le moine sur Toinette, sans pouvoir en tirer sa part, et le petit coquin

déchargeait au moment où sa mère serrait le cul et où le père se pâmait.

Vous voilà instruit; revenons à nos gens.

Le portier des Chartreux, ou mémoires de Saturnin écrits par lui-même · 第 4 / 12 段