LA VRAIE VOITURE ET SES SUBDIVISIONS

Lorsqu'on veut bénéficier de tous les avantages d'une vraie voiture,

avoir le confort des places, le confort de la suspension, de la capote

large et longue, il n'est qu'un, moyen: choisir une vraie voiture!

Il ne s'ensuit d'ailleurs pas que l'acheteur qui se décide à cette sorte

d'achat voie obligatoirement ses finances compromises! On réalise

aujourd'hui de bonnes voitures modestes au moyen d'un moteur d'un seul

cylindre. C'est, au total, un poids de 600 à 700 kilos et une dépense de

6.000 francs environ. On achète ainsi un véhicule qui certes n'arrachera

de cris d'admiration à aucun badaud, mais qui honnêtement fera un dur

travail quotidien et résistera victorieusement à de longs voyages.

La voiture élégante, la voiture à quatre cylindres, c'est ici que

triomphe à coup sûr l'industrie automobile! Le nombre des constructeurs

d'automobiles de luxe est considérable, et je ne saurais trop compter

tous ceux qui se sont fait, dans cette spécialité, un nom connu. Il n'y

a ici pour un acheteur d'autre embarras réellement que celui du choix!

De façon générale, lorsqu'on désire une voiture de cette catégorie, on

ne l'achète plus toute finie, mais à l'état de _châssis_, et l'on

demande à un carrossier de la terminer par une _caisse_. Le châssis, ou

mécanisme complet sur ses roues, est fabriqué en séries par le

constructeur, mais la caisse est toujours établie par unité et, pour la

forme autant que pour la garniture et la peinture, au goût du client. Le

prix de l'ensemble est évidemment beaucoup plus élevé, mais l'oeuvre est

au moins personnelle, et, si l'amateur est quelque peu expert en la

matière, il peut, dans une certaine mesure, se dire le collaborateur du

carrossier pour sa voiture.

Si l'on veut en croire mon expérience, on admettra qu'une voiture de

tourisme ne doit guère dépasser une allure de 60 kilomètres à l'heure en

terrain plat, c'est-à-dire fournir une moyenne de 40 à l'heure ou à peu

près. Des allures plus élevées sont, en toute sincérité, dangereuses, et

augmentent le prix d'entretien de la voiture dans des proportions

énormes; des allures plus basses sont soporifiques sur route un peu

longue. Il est d'ailleurs à remarquer que le 60 que j'indique ici est le

maximum de l'allure que puisse fournir le moteur que je préconise, mais

que la souplesse de nos engins actuels permettra à ce même moteur de

faire un service de ville à 20 kilomètres à l'heure. Or, pour obtenir

ces allures, si la caisse est découverte mais pourvue d'une grande

capote, il faut une puissance _réelle_ de 20 chevaux environ. Je dis

_réelle_, parce que les constructeurs de moteurs d'automobiles ont pris

l'habitude d'annoncer des puissances inférieures à celles que peuvent

fournir au maximum ces moteurs. La puissance varie, en effet, beaucoup

avec le conducteur et n'atteint son maximum que lorsque le moteur est

dans les conditions les meilleures de rendement (bonne carburation,

bonne qualité d'étincelle électrique d'allumage, bon graissage, bonne

réfrigération, bonne étanchéité, bons ressorts de soupapes, etc., etc.).

Les constructeurs admettent donc une baisse sensible dans la puissance

du moteur lorsque les circonstances sont défavorables, et baptisent

prudemment 14 chevaux un moteur qui, en réalité, peut en donner 20. On

est alors en présence d'un 14-20 chevaux par exemple.

Un châssis de 20 chevaux a aujourd'hui une valeur de 10.000 à 14.000

francs environ. La caisse, selon la maison de carrosserie qui

l'établira, vaut de 2.000 à 4.000 francs. Il y a lieu toujours d'ajouter

un billet de 1.000 francs pour les accessoires (pièces de rechange de

mécanisme et de pneumatiques, phares à acétylène, etc.). En sorte que,

équipée pour prendre la route, une telle voiture, pour quatre à cinq

personnes, revient à un prix variant entre 13.000 à 19.000 francs.

Si la voiture est fermée par des glaces (landaulet, limousine, phaéton

abrité, etc.) et qu'on veuille atteindre les mêmes allures, il est

nécessaire d'acheter un châssis qui ait une puissance vraie de 24

chevaux environ, car le poids d'une telle caisse est plus élevé, et la

résistance qu'elle présente à l'air (facteur le plus considérable dans

la résistance au roulement qu'éprouve un véhicule rapide) est beaucoup

plus importante. On achètera donc un 18-24 ou un 20-24 chevaux. Le prix

d'un tel châssis varie entre 16.000 et 18.000 francs environ. La caisse

vaudra de 3.000 à 6.000 francs, selon le luxe qu'elle comportera. En

sorte qu'une jolie voiture de voyage, de puissance moyenne, mais de

confort absolu, vaut entre 20.000 et 25,000 francs.

Tous ces prix étaient, l'an dernier encore, plus élevés de 2.000 à 3.000

francs. La baisse n'a d'ailleurs eu lieu que sur les châssis et non pas

sur les caisses, pour la double raison que les modèles mécaniques n'ont

pas subi de modifications très importantes en 1905, et que la

concurrence commence à livrer bataille sérieuse; et que, d'autre part,

les exigences du client pour les détails de la caisse, pour leur nombre,

pour leur soin et pour leur qualité, ont toujours augmenté.

Dans la catégorie de la belle voiture, l'industrie française est, je le

répète, hors de comparaison. On y retrouve tout le goût de notre race.

Mais il faut reconnaître qu'ayant merveilleusement réussi la première

partie de son programme: construire des voitures de plaisance pour

personnes riches, notre industrie doit s'acharner dès maintenant à

réaliser la seconde partie, qui serait: construire des voitures utiles

pour personnes aisées; et à pousser à bonne fin la troisième, déjà

brillamment entamée: construire des véhicules industriels.

L'Illustration, No. 3277, 16 Décembre 1905 · 第 20 / 45 题