La question dite des «poids lourds», c'est-à-dire de la traction par
moteurs mécaniques de lourdes voitures de transport, a reçu, cette
année, quelques nouveaux essais de solution. Les visiteurs des Serres de
la Ville en verront quelques échantillons. Mais il faut bien qu'ils
sachent qu'en vérité notre industrie est encore, à l'heure actuelle,
incapable de livrer au commerce des voitures de transport dont le poids
total (chargement compris) dépasse trois tonnes (3.000 kilos), ou à peu
près. Ce qui manque, c'est à la fois: la roue, qui se démolit si l'on ne
la garnit que de fer, et qui consomme trois fois plus de gomme que ne
consomme d'essence le moteur, si on la garnit de caoutchouc; et la
route, que des roues aussi chargées et motrices (détail capital, car la
roue motrice, roue vivante, agrippe le sol) ont tôt fait de défoncer dès
que la voiture atteint seulement 12 à 15 kilomètres à l'heure.
Les essais les plus réussis de transport de voyageurs sur route ont
presque tous, jusqu'ici, été compromis par l'usure extrêmement rapide
des bandages des roues. Seules, les voitures peu pesantes et conduites à
allure relativement lente, ont pu sauver de la faillite les
exploitations au service desquelles elles travaillaient.
Il y a donc ici une indication précieuse à retenir: la voiture
automobile publique doit être petite, légère et lente. Sa «lenteur»
pourra d'ailleurs, sans danger, équivaloir au double de la vitesse d'une
voiture publique à chevaux! Dans ces limites prudentes, elle est dès
aujourd'hui réellement pratique. Elle permet d'établir, à très bas prix,
de ville à ville, des services publics à petit trafic, à gestion simple,
à amortissement facile. Cette application de l'automobile est évidemment
le succès de demain.
D'ailleurs, les visiteurs du Salon pourront remarquer sur le
Cours-la-Reine des omnibus à impériale, les premiers à Paris, qui, à
l'occasion de la fête de l'automobile, s'essayent à évoluer sans
chevaux. Voici qu'en 1906 le progrès nous vient de la Compagnie générale
des Omnibus!