dissimuler son émotion en apprenant le nouvel accroissement de nos
forces, et protesta mille fois encore, au nom de son gouvernement, des
intentions les plus pacifiques. Les mouvements de troupes dont on se
plaignait, n'étaient, disait-il, que les symptômes d'un travail de
réorganisation, entrepris par l'archiduc Charles, afin de rendre
l'armée autrichienne moins coûteuse, et d'y introduire divers
perfectionnements empruntés aux armées françaises. Si quelques corps
semblaient s'approcher des frontières de la Pologne, ce n'étaient là
que des précautions à l'égard des Gallicies fort agitées de ce qui se
passait dans leur voisinage. L'offre de médiation ne devait être
envisagée que comme une preuve du désir de faire cesser la guerre qui
désolait le monde, et il fallait y voir non l'envie de se mêler à
cette guerre, mais la volonté franche et loyale d'y mettre fin. Du
reste, on en jugerait bientôt par les résultats, et on pourrait
s'assurer alors de la sincérité de l'Autriche par sa persistance à
demeurer neutre.
[En marge: Comment est jugé à Paris le décret qui appelle une nouvelle
conscription.]
Les instances de Napoléon à Paris n'arrivaient pas moins à propos que
ses communications à Vienne. Bien que son étoile brillât encore de
tout son éclat, bien que les merveilles d'Austerlitz et d'Iéna
n'eussent encore rien perdu de leur prestige, que l'on fût sensible,
comme on le devait, à ce grand et prodigieux spectacle d'une armée
française hivernant tranquillement sur la Vistule, certains
détracteurs, fort obséquieux en présence de Napoléon, volontiers
dénigrant en son absence, faisaient tout bas quelques observations
amères, sur le sanglant carnage d'Eylau, sur les difficultés de la
guerre portée à ces distances, et il n'aurait pas fallu beaucoup pour
que les esprits, toujours prêts en France à saisir le côté faible des
choses, se laissassent aller à substituer le blâme à l'admiration
continue, dont Napoléon n'avait cessé d'être l'objet depuis qu'il
avait en main les destinées de la France. Le prudent Cambacérès
apercevait ces symptômes, et, redoutant pour le gouvernement impérial
tout ce qui lui pouvait nuire, il aurait voulu désarmer la critique,
en épargnant au pays de nouvelles charges. M. Lacuée jugeant la
situation de moins haut, ne voyant que les souffrances matérielles de
la population, craignait que deux demandes de 80 mille hommes,
renouvelées coup sur coup, l'une en novembre 1806, l'autre en mars
1807, surtout après celles qui avaient précédé en 1805, demandes qui
appelaient des hommes à l'armée sans en rendre un seul, ne
produisissent un effet fâcheux, en privant l'agriculture de ses bras,
les familles de leurs soutiens. MM. Cambacérès et Lacuée étaient donc
disposés l'un et l'autre à présenter quelques objections et à demander
qu'on apportât un certain retard dans les appels. Le sentiment qui les
inspirait était honnête et sage, et il eût été à désirer pour Napoléon
que beaucoup d'hommes eussent eu alors le courage de lui faire
entendre, avant qu'il éclatât, le cri des mères désolées, cri qui
n'était pas menaçant encore, mais qui quelquefois à la nouvelle d'un
grand carnage, comme celui d'Eylau, s'élevait sourdement dans les
coeurs. Toutefois, en disant à Napoléon la vérité, à titre de leçon
profitable pour l'avenir, le mieux pour le moment était d'exécuter ses
volontés, car il n'y avait rien de plus utile, dans l'intérêt même de
la paix, que le nouveau déploiement de forces qu'il venait de
décréter. Aussi les objections de MM. Cambacérès et Lacuée, envoyées
par écrit au quartier général, mais bientôt étouffées par les lettres
postérieures qui en étaient parties coup sur coup, n'apportèrent aucun
retardement à la présentation, à l'adoption, à l'exécution du décret
qui appelait la conscription de 1808.
[En marge: Emploi que fait Napoléon de ses nouvelles ressources.]
[En marge: Marche des sept régiments d'infanterie tirés de France, et
des neuf régiments de cavalerie tirés d'Italie.]
Napoléon se hâta de faire de ces nouvelles ressources l'usage qui
convenait à ses vastes desseins. Il avait, comme on l'a vu, depuis son
entrée en Pologne, tiré de France sept régiments d'infanterie; de
Paris, le 15e léger, le 58e de ligne, le premier régiment des
fusiliers de la garde et un régiment municipal; de Brest, le 15e de
ligne; de Saint-Lô, le 31e; de Boulogne, le 19e. Il avait tiré
d'Italie cinq régiments de chasseurs à cheval, quatre régiments de
cuirassiers. La plupart de ces corps venaient d'arriver en Allemagne.
Les 19e, 15e et 58e de ligne, le 15e léger, s'approchaient de Berlin,
et allaient coopérer au siége de Dantzig. Le 1er régiment des
fusiliers de la garde, le régiment de la garde municipale, étaient en
marche. Les quatre régiments de cuirassiers partis d'Italie se
trouvaient déjà sur la Vistule, sous les ordres d'un officier du plus
rare mérite, le général d'Espagne. Des cinq régiments de chasseurs à
cheval, deux, le 19e et le 23e, avaient rejoint le général Lefebvre
sous Dantzig. Le 15e était en remonte en Hanovre. Les deux autres
arrivaient en toute hâte.
[En marge: Arrivée des régiments provisoires.]
[En marge: États des cantonnements.]
[En marge: Soins donnés à la cavalerie.]
[En marge: Travaux de fortification sur la Vistule.]
Les régiments provisoires ou régiments de marche avaient déjà traversé
l'Allemagne, au nombre de douze d'infanterie et de quatre de
cavalerie. Ils avaient été passés en revue sur la Vistule, dissous
selon l'usage, et envoyés aux corps campés sur la Passarge. Ils
remplissaient les vides opérés dans les rangs de l'armée, dont ils
accroissaient le nombre et la confiance, et qui, aux premiers jours de
l'établissement sur la Passarge, présentant à peine 75 ou 80 mille
hommes sur un même point, pouvait en opposer maintenant 100 mille à
une attaque subite. Les vivres amenés de toutes parts sur la Vistule,
et transportés de la Vistule aux divers cantonnements, par le moyen de
charrois organisés sur les lieux, suffisaient à la ration journalière,
et commençaient à former les approvisionnements de réserve pour le cas
de mouvements imprévus. L'armée, bien chauffée, bien nourrie, était
dans une excellente disposition d'esprit. La grosse cavalerie et la
cavalerie de ligne avaient été conduites sur la basse Vistule, pour y
profiter des fourrages qu'on trouvait en grande quantité vers les
bouches de ce fleuve. Les régiments de cavalerie légère, laissés en
observation sur le front des camps, allaient alternativement goûter le
repos et l'abondance sur les bords de la Vistule. Napoléon, qui avait
voulu porter la cavaleries de 54 mille hommes, à 60, puis à 70, venait
de donner des ordres pour qu'elle fût portée à 80 mille cavaliers. La
campagne avait déjà consommé 16 mille chevaux, pour 3 ou 4 mille
cavaliers mis hors de combat. Outre les chevaux qu'on avait pris aux
armées prussienne et hessoise, Napoléon en avait acheté 17 mille en
Allemagne, et maintenant il en faisait acheter 12 mille en France,
pour approvisionner les dépôts. Les travaux de Praga, de Modlin, de
Sierock, entièrement achevés, présentaient des ouvrages en bois aussi
solides que des ouvrages en maçonnerie. Les cantonnements sur la
Passarge étaient pourvus de fortes têtes de pont, qui permettaient de
repousser l'ennemi, ou de l'assaillir s'il le fallait. La situation
était non-seulement sûre, mais bonne, autant du moins que le
comportaient le pays et la saison.
[En marge: Soins pour la conservation des corps en marche.]
Les corps en marche, grâce aux dépôts d'infanterie et de cavalerie,
établis sur la route, dans lesquels ils déposaient les hommes et les
chevaux fatigués, et prenaient en échange ceux que d'autres corps
avaient laissés antérieurement, les corps en marche comptaient au
terme de leur route le même effectif qu'à leur départ. Les régiments
de cuirassiers partis de Naples étaient arrivés entiers sur la
Vistule. Pour les troupes qui venaient d'Italie, Parme, Milan,
Augsbourg, pour celles qui venaient de France, Mayence, Wurzbourg,
Erfurt, pour les unes et les autres, Wittemberg, Potsdam, Berlin,
Custrin, Posen, Thorn, Varsovie, étaient les relais, où elles
trouvaient tout ce dont elles avaient besoin en vivres, armes, objets
d'habillement fabriqués partout, à Paris comme à Berlin, dans la
capitale conquise, comme dans la capitale conquérante, car Napoléon
voulait nourrir le peuple de l'une et de l'autre. C'est au prix de
ces soins continuels, qu'était pourvue du nécessaire, maintenue à son
effectif, à des distances de quatre à cinq cents lieues, une armée
régulière de 400 mille hommes, nombre chimérique quand l'antiquité
nous le donne (à moins qu'il ne s'agisse de populations émigrantes),
jamais allégué dans les histoires modernes, et pour la première fois
atteint et dépassé à l'époque dont nous retraçons le souvenir.
[En marge: Les régiments provisoires portés à vingt pour l'infanterie,
à dix pour la cavalerie.]
Profitant de la présence de nombreux conscrits dans les dépôts,
Napoléon s'occupa de faire venir de France et d'Italie de nouvelles
troupes, dans la double intention, comme nous l'avons dit, d'augmenter
considérablement l'armée active de la Vistule, et de créer une armée
de réserve sur l'Elbe. Pouvant tirer des dépôts des conscrits tout
formés, il ordonna au maréchal Kellermann de porter jusqu'à vingt le
nombre des régiments provisoires d'infanterie, et jusqu'à dix celui
des régiments provisoires de cavalerie. Mais dans ces régiments ne
devaient entrer que les conscrits parfaitement instruits et
disciplinés. Il imagina une autre combinaison pour utiliser les
conscrits dont l'éducation militaire commençait à peine, ce fut
d'organiser des bataillons dits de garnison, composés d'hommes non
encore instruits, pas même habillés, de les envoyer à Erfurt, Cassel,
Magdebourg, Hameln, Custrin, où ils avaient le temps de se former, et
rendaient disponibles les vieilles troupes laissées dans ces places.
Il fixa l'effectif de ces bataillons à environ 10 ou 12 mille hommes.
[En marge: Nouveaux régiments d'ancienne formation tirés de France et
d'Italie.]
[En marge: Napoléon, indépendamment de l'armée active, veut créer une
armée de réserve en Allemagne pour l'opposer à l'Autriche.]
Après s'être occupé des régiments provisoires, destinés au recrutement
des corps établis sur la Vistule, Napoléon voulut aux sept régiments
d'infanterie, aux neuf régiments de cavalerie, déjà tirés de France
et d'Italie, en ajouter d'autres, ce qui était possible, en ayant
recours à beaucoup de combinaisons dont lui seul était capable. Il y
avait en garnison à Braunau un superbe régiment, le 3e de ligne,
comptant trois bataillons de guerre et trois mille quatre cents hommes
présents sous les armes. Napoléon le dirigea sur Berlin, le remplaça à
Braunau par le 7e de ligne emprunté à la garnison d'Alexandrie, et
remplaça le 7e dans Alexandrie par deux régiments de Naples, battus à
Sainte-Euphémie, et ayant besoin d'être réorganisés. Ne voulant
laisser en Italie que des régiments de dragons, il en fit partir le
14e de chasseurs à cheval, qui s'y trouvait encore, ce qui devait
porter à dix le nombre des régiments de cavalerie pris en Italie. Il
ordonna de former à Paris un second régiment de fusiliers de la garde,
ce qui se pouvait, puisqu'on avait, pour choisir des sujets d'élite,
deux conscriptions, celle de 1807 et celle de 1808. Il détacha du camp
de Saint-Lô le 5e léger, qui n'y était pas actuellement indispensable.
Il prescrivit d'acheminer de Paris sur le Rhin un régiment de dragons
de la garde, en ce moment campé à Meudon, et qui dut être monté à
Potsdam. Il donna le même ordre relativement au 26e de chasseurs, qui
était à Saumur, et que la profonde tranquillité de la Vendée rendait
disponible. Il commanda de mettre en marche un bataillon des marins de
la garde, fort utile pour la navigation de la Vistule. C'étaient par
conséquent trois régiments français d'infanterie, trois régiments
français de cavalerie, plus un bataillon de marins, qu'il tirait de
France et d'Italie, et qui devaient concourir, soit à compléter les
corps existants, soit à constituer un nouveau corps pour le maréchal
Lannes. Ce maréchal tombé malade à Varsovie, avait été remplacé par
Masséna dans le commandement du cinquième corps, et commençait à se
remettre. Napoléon, le siége de Dantzig fini, voulait, avec une partie
des troupes qui l'auraient exécuté, et les nouveaux régiments amenés
de France, former un corps de réserve, qu'il se proposait de donner à
Lannes et d'attacher à l'armée active. Le 8e corps, sous le maréchal
Mortier, composé de Hollandais, d'Italiens et de Français, répandu des
villes anséatiques à Stralsund, de Stralsund à Colberg, avait eu
jusqu'ici pour objet de contenir l'Allemagne. La division hollandaise
gardait les villes anséatiques; l'une des deux divisions françaises
faisait face aux Suédois, devant Stralsund; l'autre était à Stettin,
prête à concourir au blocus de Stralsund ou au siége de Dantzig. La
division italienne bloquait Colberg. Une fois les siéges terminés,
Napoléon avait résolu de réunir dans le 8e corps toutes les troupes
qui étaient françaises, et de le joindre à l'armée active. Il aurait
donc, outre le corps de Masséna sur la Narew, outre les corps des
maréchaux Ney, Davout, Soult, Bernadotte, Murat, sur la Passarge, deux
nouveaux corps sous Mortier et Lannes, placés entre la Vistule et
l'Oder, et se liant avec la seconde armée qu'il se proposait
d'organiser en Allemagne.
[En marge: Composition de la seconde armée placée en Allemagne.]
Cette seconde armée, il en créa les éléments de la manière suivante.
Il y avait en Silésie une partie des Bavarois et tous les
Wurtembergeois, achevant, sous le prince Jérôme et le général
Vandamme, les siéges de la Silésie. Il y avait, sur le littoral de la
Baltique, les Hollandais appartenant actuellement au corps de Mortier,
les Italiens, lui appartenant également, les uns établis, comme nous
venons de le dire, dans les villes anséatiques, les autres devant
Colberg. C'étaient de bons auxiliaires, jusqu'ici fidèles, et
commençant à apprendre la guerre à notre école. Napoléon songea à
augmenter le nombre de ces auxiliaires, et à leur donner pour appui
quarante mille Français, de bonnes et vieilles troupes, de manière à
former sur l'Elbe une armée de plus de cent mille hommes.
[En marge: Nouveau contingent allemand demandé à la Confédération du
Rhin.]
[En marge: Régiments italiens appelés en Allemagne.]
D'abord il demanda à la Confédération du Rhin, en se fondant sur les
armements suspects de l'Autriche, une nouvelle portion du contingent
qu'il avait droit d'exiger, et qui, devant être de 20 mille hommes, en
procurerait quinze environ. C était un déplaisir à donner aux
gouvernements allemands, nos alliés; mais la guerre actuelle, si elle
se compliquait de l'intervention de l'Autriche, mettait leur récent
agrandissement dans un tel péril, qu'on était autorisé à leur demander
un pareil effort. D'ailleurs, c'étaient les peuples, bien plus que les
gouvernements, qu'on allait mécontenter, et cette considération seule
rendait une pareille exigence regrettable. Napoléon songea aussi à
demander au nouveau royaume d'Italie deux de ses régiments
d'infanterie et deux de ses régiments de cavalerie. Ce n'était pas en
Italie que les soldats italiens devaient trouver l'occasion
d'apprendre la guerre, mais au Nord, à l'école de la grande armée; et
si les Allemands pouvaient, jusqu'à un certain point, se plaindre de
servir des intérêts qui semblaient n'être pas les leurs, les Italiens
n'avaient aucune plainte de ce genre à élever, car les intérêts de la
France étaient bien ceux de l'Italie, et en leur apprenant à
combattre, on leur apprenait à défendre un jour leur indépendance
nationale.
[En marge: Troupes espagnoles attirées en Allemagne, par suite de la
proclamation du prince de la Paix.]
Napoléon conçut une autre idée, qui dans le moment avait toute
l'apparence d'une malice, ce fut de demander des troupes à l'Espagne.
La veille de la bataille d'Iéna, le prince de la Paix, toujours en
trahison, ouverte ou cachée, avait publié une proclamation, par
laquelle il appelait la nation espagnole aux armes, sous le prétexte
étrange que l'indépendance de l'Espagne était menacée. En Espagne, en
France et en Europe on se demandait par qui cette indépendance pouvait
être menacée. La réponse était facile à faire. Le prince de la Paix
avait cru, comme tous les adversaires de la France, à la supériorité
de l'armée prussienne; il avait attendu de cette armée la destruction
de ce qu'on appelait l'ennemi commun. Mais la victoire d'Iéna l'ayant
détrompé, il avait osé dire que sa proclamation avait pour objet de
lever la nation espagnole et de la conduire au secours de Napoléon,
dans le cas où celui-ci en aurait eu besoin. Le mensonge était trop
grossier pour faire illusion. Napoléon s'était contenté de sourire, et
avait remis cette querelle à un autre temps. Cependant il se trouvait
le long des Pyrénées quelques mille Espagnols de bonnes troupes, qui
n'avaient rien à y faire, s'ils n'étaient pas destinés à agir contre
la France. Il se trouvait aussi quelques mille Espagnols à Livourne,
pour garder cette place du royaume d'Étrurie, et qui pouvaient plutôt
servir à la livrer aux Anglais qu'à la défendre. Napoléon paraissant
prendre au sérieux l'explication que le prince de la Paix donnait de
sa proclamation, le remercia de son zèle, et lui demanda d'en fournir
une nouvelle preuve, en l'aidant d'une quinzaine de mille hommes, tout
à fait inutiles, soit aux Pyrénées, soit à Livourne. Napoléon ajouta
qu'il se proposait de mettre en leurs mains le Hanovre, propriété de
l'Angleterre, comme gage de la restitution des colonies espagnoles. Il
ne fallait pas en vérité des raisons aussi artistement arrangées, pour
la bassesse du gouvernement espagnol de cette époque. À peine la
dépêche de Napoléon parvenait-elle à Madrid, que l'ordre de marche
était envoyé aux troupes espagnoles. Environ 9 à 10 mille hommes
partaient des Pyrénées, 4 à 5 mille de Livourne. Napoléon expédia
partout les instructions nécessaires, pour qu'on les reçût, soit en
France, soit dans les pays dépendants de ses armes, de la manière la
plus amicale et la plus hospitalière, pour qu'on leur fournît en
abondance des vivres, des vêtements, même de l'argent.
[En marge: Napoléon joint aux Allemands, Italiens, Hollandais,
Espagnols, réunis sur l'Elbe, un fonds de troupes françaises de 40
mille hommes, et crée ainsi en Allemagne une armée de réserve de 100
mille hommes.]
[En marge: Napoléon tire d'Italie les divisions Boudet et Molitor.]
Il allait donc avoir sur l'Elbe, des Allemands, des Italiens, des
Espagnols, des Hollandais, au nombre de 60 mille hommes pour le moins.
Les Bavarois et les Wurtembergeois réunis au nouveau contingent exigé
de la Confédération du Rhin, pouvaient former environ 30 mille hommes;
les Hollandais, accrus de quelques troupes, 15 mille; les Espagnols 15
mille; les Italiens 7 à 8 mille. Pour que ces auxiliaires devinssent
de très-bonnes troupes, il suffisait de leur adjoindre une certaine
quantité de Français. Napoléon imagina un moyen de s'en procurer 40
mille, et des meilleurs, en les tirant encore d'Italie et de France.
Il avait eu la précaution d'ordonner, long-temps à l'avance, la mise
sur le pied de guerre de l'armée d'Italie. Cinq divisions d'infanterie
étaient tout organisées en Frioul et en Lombardie. Napoléon résolut
d'appeler de Brescia et de Vérone les deux divisions Molitor et
Boudet, divisions excellentes, dignes de leurs chefs, et qui
prouvèrent depuis ce dont elles étaient capables, à Essling et Wagram.
Elles représentaient un effectif de 15 à 16 mille hommes, presque tous
vieux soldats d'Italie, recrutés avec quelques conscrits des dernières
levées. Ces divisions reçurent l'ordre de passer les Alpes, et de se
rendre par Augsbourg, l'une à Magdebourg, l'autre à Berlin. Un mois et
demi suffisait à ce trajet.
Napoléon affaiblissait ainsi l'Italie; mais l'Italie dans le moment
était loin d'avoir autant d'importance que l'Allemagne. Bien couvert
sur ses derrières, tandis qu'il serait en Pologne, certain de pouvoir
se rejeter, par la Silésie ou par la Saxe, sur la Bohême, et de
terrasser l'Autriche d'un seul coup du revers de son épée, il était
toujours assuré de dégager l'Italie, fût-elle envahie passagèrement.
Il calculait donc très-habilement, en préférant se rendre fort en
Allemagne plutôt qu'en Italie. Ce n'était pas d'ailleurs sans
compensation qu'il affaiblissait cette contrée, car il avait prescrit
de lui envoyer 20 mille conscrits, à prendre sur les classes de 1807
et de 1808, et il ordonnait en outre d'extraire les compagnies d'élite
des bataillons de dépôt, pour former en Lombardie deux nouvelles
divisions actives, ce que sa prévoyance avait rendu facile, en tenant
les dépôts d'Italie comme ceux de France, toujours pleins et bien
exercés. Il devait donc bientôt avoir, comme auparavant, 60 mille
hommes sur l'Adige, 72 mille avec le corps de Marmont, 90 en reportant
un fort détachement de Naples vers Milan.
[En marge: Napoléon se prépare à attirer en Allemagne les camps de
réserve formés en Bretagne et en Normandie.]
[En marge: Création de cinq légions pour la garde des côtes.]