Aussitôt après les funérailles, survint le notaire Batschkock pour
l'ouverture du testament. M. Kmietowitch et moi nous présentâmes chacun
le pli qui nous avait été confié: c'était le même testament écrit en
double.
À peine Batschkock en eut-il pris connaissance, qu'il poussa une longue
exclamation:
--C'est fou! absolument fou! Jamais créature raisonnable n'a choisi un
tel héritier. Il y a de quoi rire!
Cet héritier invraisemblable n'était autre que Mika. Toute la fortune
des Bromirski était léguée à la petite chienne hargneuse, mais
l'administration des biens restait confiée à Zénobius; il toucherait les
revenus tant que vivrait l'intéressant quadrupède, à la condition de le
soigner fidèlement. Mika, morte à son tour, tout devait retourner aux
Carmélites de Lemberg, qui étaient chargées de prier pour l'âme de la
défunte baronne.
Zénobius, en apprenant les bizarres dispositions testamentaires qui le
concernaient, demeura d'abord atterré; il n'avait pas compté sur une
obole.
--Laissez-moi m'asseoir, dit-il; je n'ai plus de jambes.
Mais, l'instant d'après, le jeune fou, bondissant jusqu'au plafond,
saisissait Mika par les pattes et se mettait à danser avec elle. Les
domestiques vinrent saluer leur nouveau maître, et aussitôt, comme il
arrive pour tous les changements de gouvernement, les délateurs et les
courtisans surgirent: Martschine lui chuchota un mot dans l'oreille
droite, Piotre un autre mot dans l'oreille gauche, et Zénobius donna
tout haut l'ordre d'ouvrir devant lui les malles d'Hermine. Sans se
laisser intimider par les menaces, ni toucher par les pleurs de cette
mégère, il reprit d'une main ferme tout l'argent, tous les objets
précieux qu'elle s'était appropriés, saisit de l'autre main une cravache
et la chassa ainsi de la seigneurie.