«En France, chacun a son verre à table.—Les Français se préservent de

l'air; s'ils suent, ils se couvrent, s'approchent du feu, se mettent

au lit; sans cela ils auraient la fièvre. Deux personnes dansent à la

fois, les autres regardent; au contraire en Allemagne.—Les prêtres

d'Italie et de France ne savent pas même leur langue.»

«Dans mon voyage sur le Rhin, je voulus dire la messe, mais un

prêtre me dit[r216]: «Vous ne le pouvez: nous suivons ici le rit

ambroisien.»

[r216] _Ibid._ 166.

»George Fœgeler, chancelier du margrave, disait que dans la Bavière

il y avait plus de cent vingt-cinq cures vacantes, parce qu'on ne

pouvait trouver aucun ecclésiastique[r217].

[r217] _Ibid._ 184.

»Dans la Bohême, il y a environ trois cents cures vacantes, de même

chez le duc George.

»La Thuringe avait autrefois un sol très fertile en grain,

surtout autour d'Erfurt; mais maintenant elle est frappée de

malédiction[r218]. Le blé y est plus cher qu'à Wittemberg. C'est ce

que j'ai vu, il y a un an, lorsque j'étais à Smalkald; ils n'avaient

qu'un mauvais pain noir... Ils ont de telles vendanges qu'on pourrait

donner la pinte pour trois liards; si elles étaient moitié moins

bonnes, ils seraient très riches; mais maintenant ils donnent le vin

pour le tonneau.

[r218] _Ibid._ 62.

»L'électorat de Saxe a eu douze couvens de moines déchaux, mineurs,

cinq de prêcheurs, moines de saint Paul et carmélites, et quatre

d'augustins[r219]. Voilà seulement pour les moines mendians qui,

aujourd'hui se dissipent d'eux-mêmes.—Alors, un Anglais qui se

trouvait à table chez le docteur, se mit à dire qu'en Angleterre,

il n'y avait guère de milles carrés d'Allemagne, où l'on ne trouvât

trente-deux cloîtres de moines mendians.

[r219] _Ibid._ 269.

»Le vieil électeur de Brandebourg, Joachim, disait une fois au duc de

Saxe Frédéric[r220]: Comment pouvez-vous, vous autres princes de

Saxe, frapper de la monnaie si forte? Nous y avons gagné trois tonnes

d'or (en renvoyant une monnaie inférieure dans la Saxe).

[r220] _Ibid._ 61, verso.

La princesse de A. (Anhalt), venant à Wittemberg, se rendit chez

Luther, et insista vivement pour discuter avec lui, quoiqu'il fût

malade et que ce fût à une heure indue. Il s'excusa en lui disant:

«Noble dame, je suis rarement bien portant dans toute l'année; je

souffre presque toujours ou du corps ou de l'esprit.» Elle lui

répondit: «Je le sais, mais nous, nous ne pouvons pas non plus vivre

tous dans la piété.» Le docteur lui dit alors: «Vous autres de la

noblesse, cependant, vous devriez tous être pieux et irréprochables,

car vous êtes peu, vous formez un cercle étroit. Nous, gens du

commun et des basses classes, nous nous corrompons par la multitude;

nous sommes en grand nombre, il n'est donc pas étonnant qu'il y

ait si peu de gens pieux parmi nous. C'est chez vous, personnes

nobles et illustres, que nous devrions trouver des exemples de

piété, d'honnêteté, etc.» Et il continua de lui parler sur ce ton.

(Tischreden, p. 341, verso.)

Luther avait dans sa maison et à sa table un Hongrois, nommé Mathias

de Vai. De retour en Hongrie, il y prêcha, et fut accusé par un

prédicateur papiste devant le moine George, frère du Vayvode, alors

gouverneur et régent à Bude. Le moine George fit apporter deux tonneaux

de poudre sur le marché, et dit: «Si l'un de vous deux prêche la bonne

doctrine, asseyez-vous dessus, j'y mettrai le feu; nous verrons lequel

des deux restera vivant.» Le papiste refusa, Mathias s'élança sur un

des tonneaux. Le papiste et les siens furent condamnés à payer quatre

cents florins de Hongrie, et à entretenir pendant un certain temps deux

cents hommes d'armes. Mathias eut la permission de prêcher l'Évangile.

(Tischr., p. 13.)

Un seigneur hongrois, nommé Jean Huniade, se trouvant à Torgau, comme

ambassadeur du roi Ferdinand auprès de l'électeur Jean-Frédéric, pria

celui-ci de faire venir Luther pour qu'il pût le voir et lui parler.

Luther y vint; à table, l'ambassadeur dit qu'en Hongrie les prêtres

donnaient la communion tantôt sous une, tantôt sous deux espèces,

et qu'ils prétendaient que la chose était indifférente. «Révérend

père, ajouta-t-il, en s'adressant à Luther, me permettez-vous de vous

demander ce que vous pensez de ces prêtres?» Le docteur répondit

qu'il les regardait comme de méprisables hypocrites, «Car, dit-il,

s'ils étaient bien convaincus que la communion sous deux espèces est

d'institution divine, ils ne pourraient continuer de la donner sous une

seule.»

Luther cacha le dépit que la question de l'ambassadeur lui avait causé,

et quelque temps après, il se tourna vers lui, en disant: «Seigneur,

j'ai répondu à ce que votre Grâce me demandait. Me permettra-t-elle de

lui faire une question à mon tour?» L'ambassadeur le lui permettant,

il continua: «Je suis étonné que vos pareils, les conseillers des rois

et des princes, qui savent bien que la doctrine de l'Évangile est la

véritable, ne laissent pas de la persécuter de toutes leurs forces. Me

pourriez-vous dire d'où cela vient?» A ces mots, André Pflug, l'un des

convives, voyant l'embarras du seigneur hongrois, interrompit Luther et

parla vivement d'autre chose, de sorte que le seigneur fut dispensé de

répondre. (Tischr., p. 148.)

Le chapitre des _Propos de table_ où se trouve réuni tout ce que Luther

a dit sur les Turcs, est fort curieux comme peinture des alarmes

qu'éprouvaient alors toutes les familles chrétiennes. Chaque mouvement

des barbares est marqué par un cri de terreur. C'est la même scène que

celle de Goetz de Berlichingen, où le chevalier ne pouvant agir, se

fait rendre compte par les siens du combat qui a lieu dans la plaine,

et qu'ils contemplent du haut d'une tour; c'est la même anxiété d'un

péril toujours croissant, et qu'on est dans l'impuissance d'éviter ou

de combattre.

«Le Turc ira à Rome, et je n'en suis pas trop fâché, car il est écrit

dans le prophète Daniel, etc.[r221] Une fois le Turc à Rome, le

Jugement dernier n'est pas loin.

[r221] _Ibid._ 432.

»Le Christ a sauvé nos âmes; il faudra qu'il sauve aussi nos corps; car

le Turc va donner un bon coup à l'Allemagne[r222]. Je pense souvent à

tous les maux qui vont suivre, et il m'en vient la sueur... La femme du

docteur s'écria: Dieu nous préserve des Turcs! Non, reprit-il, il faut

bien qu'ils viennent et qu'ils nous secouent comme il faut.

[r222] _Ibid._ 432.

»Qui m'eût dit que je verrais en face l'un de l'autre les deux

empereurs, les rois du Midi et du Septentrion[r223]?... Oh! priez,

car nos gens de guerre sont trop présomptueux, ils comptent trop sur

leur force et sur leur nombre. Cela ne peut pas bien finir. Et il

ajoutait: Les chevaux allemands sont plus forts que ceux des Turcs; ils

peuvent les renverser; ceux-ci sont plus légers, mais plus petits.

[r223] _Ibid._ 436.

»Je ne compte point sur nos murs, ni sur nos arquebuses, mais sur le

_Pater noster_[r224]. C'est là ce qui battra les Turcs; le décalogue

n'y suffit pas.»

[r224] _Ibid._ 436, verso.

Luther dit qu'après avoir depuis long-temps désiré de connaître

l'Alcoran, il en trouva enfin une mauvaise version latine de 1300,

et qu'il la traduisit en allemand, afin de mieux faire connaître

l'imposture de Mahomet[r225]. Dans son «Instruction tirée de

l'Alcoran,» il prouve que ce n'est point Mahomet qui est l'Anti-Christ

(car l'imposture, dit-il, est trop visible en celui-ci), mais plutôt

le pape avec son hypocrisie.—«Il y a trois ans qu'un moine du pays

des Maures vint ici. Nous disputâmes avec lui par l'intermédiaire d'un

interprète, et comme il fut confondu en tous points par la Parole de

Dieu, il dit à la fin: «C'est là une bonne croyance.»

[r226] _Ibid._ t. II. 402.

Les juifs, à titre de juifs et d'usuriers, étaient fort mal avec Luther.

«Nous ne devons pas souffrir les juifs parmi nous. On ne doit ni boire

ni manger avec eux.—Cependant, dit quelqu'un, il est écrit que les

juifs seront convertis avant le Jugement...—Et il est écrit aussi, dit

la femme de Luther, qu'il n'y aura qu'une bergerie et un berger.—Oui,

chère Catherine, dit le docteur. Mais cela s'est déjà accompli, lorsque

les païens ont embrassé l'Évangile.» (Tischr., p. 431.)

«Si j'étais à la place des seigneurs de **, je ferais venir ensemble

tous les juifs, et je leur demanderais pourquoi ils appellent Christ

un fils de p..., et sainte Marie une coureuse. S'ils parvenaient à le

prouver, je leur donnerais cent florins; sinon je leur arracherais la

langue.» (Tischr., p. 431, verso.)

[a63] Page 127, ligne 24.—_Je ne puis nier que je ne sois

violent..._

Érasme disait: «Luther est insatiable d'injures et de violences; c'est

comme Oreste furieux.» (Erasm., Epist. non sobria Luther.)

[a64] Page 142, ligne 9.—_Le droit impérial ne tient plus qu'à

un fil..._

Cependant Luther le préférait encore au droit saxon.

«Le docteur Luther parlant de la grande barbarie et dureté du droit

saxon, disait que les choses iraient au mieux si le droit impérial

était suivi dans tout l'Empire. Mais l'opinion s'est établie à la cour,

que le changement ne pouvait se faire sans grande confusion et grande

dévastation.» (Tischreden, page 412.)

[a65] Page 143, ligne 17.—_Je te le conseille, juriste, laisse

dormir le vieux dogue..._

Dans son avant-dernière lettre à Mélanchton (6 février 1546), il dit

en parlant des légistes: «O sycophantes, ô sophistes, ô peste du genre

humain!... Je t'écris en colère, mais je ne sais si, de sang froid, je

pourrais mieux dire.»

[a66] Page 143, ligne 24.—_Juristes pieux..._

Il souhaite qu'on améliore leur condition.

«Les docteurs en droit gagnent trop peu et sont obligés de se faire

procureurs. En Italie, on donne à un juriste quatre cents ducats ou

plus par an; en Allemagne, ils n'en ont que cent. On devrait leur

assurer des pensions honorables, ainsi qu'aux bons et pieux pasteurs

et prédicateurs. Faute de cela, ils sont obligés pour nourrir leurs

femmes et leurs enfans, de s'occuper de l'agriculture et des soins

domestiques.» (Tischreden, page 414.)

[a67] Page 143.—_Fin du chapitre._

Au comte Albrecht de Mansfeld, au sujet d'une affaire de mariage: «Les

paysans, les gens grossiers qui ne recherchent que la liberté de la

chair, les légistes qui décident toujours contre la foi, m'ont rendu

si las, que j'ai rejeté décidément le fardeau des affaires de mariages,

et que j'ai dit à plusieurs de faire, au nom de tous les diables, ce

qu'il leur plaira: _Sinite mortuos sepelire mortuos_. Le monde veut le

pape! qu'il l'ait, s'il n'en peut être autrement. Tous les légistes

tiennent pour lui. Je ne sais vraiment si, moi mort, ils auront le

courage d'adjuger, à mes enfans, le nom de Luther et mes guenilles! Ils

jugent toujours d'après le droit papal. A qui la faute? A vous autres

seigneurs, qui les rendez trop fiers, qui les soutenez dans tout ce qui

leur plaît de décider, qui opprimez les pauvres théologiens, quelque

raison qu'ils puissent avoir...» (5 octobre 1536.)

«Il faudrait dans un pays deux cents pasteurs contre un juriste.

Nous devrions, en attendant, changer en pasteurs les juristes et les

médecins. Vous verrez que cela viendra.» (Tischreden, page 4, verso.)

[a68] Page 151, _fin du chapitre_.

Discussion confidentielle entre Mélanchton et Luther. (1536.)

MÉLANCHTON trouve probable l'opinion de saint Augustin, qui soutient

«que nous sommes justifiés par la foi, par la rénovation,» et qui, sous

le mot de rénovation, comprend tous les dons et les vertus que nous

tenons de Dieu[11]. «Quelle est votre opinion? demanda-t-il à Luther.

Tenez-vous, avec saint Augustin, que les hommes sont justifiés par la

rénovation, ou bien par imputation divine?»—LUTHER répond: «Par la

pure miséricorde de Dieu.»—MÉLANCHTON propose de dire que l'homme

est justifié _principaliter_ par la foi, _et minùs principaliter_

par les œuvres, en sorte que la foi rachète l'imperfection de

celles-ci.—LUTHER. «La miséricorde de Dieu est seule la vraie

justification. La justification par les œuvres n'est qu'extérieure;

elle ne peut nous délivrer ni du péché ni de la mort.»—MÉLANCHTON. Je

vous demande ce qui justifie saint Paul et le rend agréable à Dieu,

après sa régénération par l'eau et l'esprit?—LUTHER. «C'est uniquement

cette régénération même. Il est devenu juste et agréable à Dieu par

la foi, et par la foi il reste tel à jamais.»—MÉLANCHTON. Est-il

justifié par la seule miséricorde, ou bien l'est-il _principalement_

par la miséricorde, et _moins principalement_ par ses vertus et

ses œuvres?—LUTHER. «Non pas. Ses vertus et ses œuvres ne sont

bonnes et pures que parce qu'elles sont de saint Paul, c'est-à-dire

d'un juste. Une œuvre plaît ou déplaît, est bonne ou mauvaise, à

cause de la personne qui la fait.»—MÉLANCHTON. Mais vous enseignez

vous-même que les bonnes œuvres sont nécessaires, et saint Paul qui

croit, et qui en même temps fait les œuvres, est agréable à Dieu

pour cela. S'il faisait autrement il lui déplairait.—LUTHER. «Les

œuvres sont nécessaires, il est vrai, mais c'est par une nécessité

sans contrainte, et toute autre que celle de la Loi. Il faut que le

soleil luise, c'est une nécessité également; cependant ce n'est pas

par suite d'une loi qu'il luit, mais bien par nature, par une qualité

inhérente et qui ne peut être changée: il est créé pour luire. De même

le juste, après la régénération, fait les œuvres, non pour obéir à

quelque loi ou contrainte, car il ne lui est pas donné de loi, mais

par une nécessité immuable.—Ce que vous dites de saint Paul, qui,

sans les œuvres, ne plairait pas à Dieu, est obscur et inexact, car

il est impossible qu'un croyant, c'est-à-dire un juste, ne fasse ce

qui est bien.»—MÉLANCHTON. Sadolet nous accuse de nous contredire

en enseignant que la foi seule justifie, et en admettant néanmoins

que les bonnes œuvres sont nécessaires.—LUTHER. «C'est que les faux

frères et les hypocrites, faisant semblant de croire, on leur demande

les œuvres pour confondre leur fourberie...»—MÉLANCHTON. Vous dites

que saint Paul est justifié par la seule miséricorde de Dieu. A cela

je réplique que si l'obéissance ne venait s'ajouter à la miséricorde

divine, il ne serait point sauvé, conformément à la parole (I. Cor.

IX): «Malheur à moi, si je ne prêchais pas l'Évangile!»—LUTHER. «Il

n'est besoin de rien ajouter à la foi; si elle est véritable, elle est

à elle seule efficace toujours et en tout point. Ce que les œuvres

valent, elles ne le valent que par la puissance et la gloire de la foi,

qui est, comme le soleil, resplendissante et rayonnante par nécessité

de nature.»—MÉLANCHTON. Dans saint Augustin, les œuvres sont incluses

en ces mots: _Solâ fide_.—LUTHER. «Quoi qu'il en soit, saint Augustin

fait assez voir qu'il est des nôtres, quand il dit: «Je suis effrayé,

il est vrai, mais je ne désespère pas, car je me souviens des plaies

du Seigneur.» Et ailleurs, dans ses Confessions: «Malheur aux hommes,

quelque bonne et louable que leur vie puisse être, s'ils ne sollicitent

la miséricorde de Dieu...»—MÉLANCHTON. Est-elle vraie, cette parole:

«La justice est nécessaire au salut?»—LUTHER. «Non pas dans ce sens,

que les œuvres produisent le salut, mais qu'elles sont les compagnes

inséparables de la foi qui justifie. C'est tout de même qu'il faudra

que je sois là en personne lorsque je serai sauvé.»

[11] Mélanchton fait remarquer que saint Augustin n'exprime

pas cette opinion dans ses écrits de controverse.

«J'en serai aussi,» dit l'autre qu'on menait pour être pendu, et qui

voyait les gens courir à toutes jambes vers le gibet... La foi qui

nous est donnée de Dieu régénère l'homme incessamment et lui fait

faire des œuvres nouvelles, mais ce ne sont pas les œuvres nouvelles

qui font que l'homme est régénéré... Les œuvres n'ont pas de justice

par elles-mêmes aux yeux de Dieu, quoiqu'elles ornent et glorifient

accidentellement l'homme qui les fait... En somme, les croyans sont

une création nouvelle, un arbre nouveau. Toutes ces manières de dire

usitées dans la Loi, telles que: «Le croyant _doit_ faire de bonnes

œuvres, ne nous conviennent donc plus. On ne dit pas: Le soleil _doit

luire_, un bon arbre _doit_ porter de bons fruits, trois et sept

_doivent_ faire dix. Le soleil luit par sa nature, sans qu'on le lui

commande; le bon arbre porte de même ses bons fruits; trois et sept

ont de tout temps fait dix; il n'est pas besoin de le commander pour

l'avenir.

Le passage suivant est plus exprès encore. «Je pense qu'il n'y a point

de qualité qui s'appelle foi ou amour, comme le disent les rêveurs et

les sophistes, mais je reporte cela entièrement au Christ, et je dis

_mea formalis justitia_ (la justice certaine, permanente, parfaite,

dans laquelle il n'y a ni manque, ni défaut; celle qui est comme elle

doit être devant Dieu), cette justice c'est le Christ, mon seigneur.

(Tischr., p. 133.)

Ce passage est un de ceux qui font le plus fortement sentir le rapport

intime de la doctrine de Luther avec le système d'identification

absolue. On conçoit que la philosophie allemande ait abouti à Schelling

et à Hegel.

[a69] Page 152.

Les papistes se moquaient beaucoup des quatre nouveaux Évangiles. Celui

de Luther, qui condamne les œuvres; celui de Kuntius, qui rebaptise

les adultes; celui d'Othon de Brunfels, qui ne regarde l'Écriture

que comme un pur récit cabalistique, _surda sine spiritu narratio_;

enfin, celui des mystiques (Cochlæus, p. 165.) Ils auraient pu y

joindre celui du docteur Paulus Ricius, médecin juif, qui fit paraître,

pendant la diète de Ratisbonne, un petit livre où Moïse et saint Paul

montraient, dans un dialogue, comment toutes les opinions religieuses

qui excitaient tant de disputes pouvaient être conciliées.

[a70] Page 155, ligne 6.—_J'ai vu dans l'air un petit nuage de

feu... Dieu est irrité..._

«La comète me donne à penser que quelque malheur menace l'Empereur et

Ferdinand. Elle a tourné sa queue d'abord vers le nord, puis vers le

sud, désignant ainsi les deux frères. (oct. 1531.)

[a71] Page 156, ligne 24.—_Michel Stiefel croit être le

septième ange..._

«Michel Stiefel, avec sa septième trompette, nous prophétise le jour du

jugement pour cette année, vers la Toussaint.» (26 août 1533.)

[a72] Page 162, _fin du chapitre_.

Il se moque de l'importance donnée aux cérémonies extérieures dans

une lettre à George Duchholzer, ecclésiastique de Berlin, qui lui

avait demandé son avis sur la réforme récemment introduite dans le

Brandebourg: «..... Pour ce qui est de la chasuble, des processions et

autres choses extérieures que votre prince ne veut pas abolir, voici

mon conseil: S'il vous accorde de prêcher l'Évangile de Jésus-Christ

purement et sans additions humaines, d'administrer le baptême et la

communion tels que Christ les a institués, de supprimer l'adoration

des saints et les messes des morts, de renoncer à bénir l'eau, le

sel et les herbes, de ne plus porter les saints-sacremens dans les

processions, enfin s'il n'y fait chanter que des cantiques purs de

toute doctrine humaine: faites les cérémonies qu'il demande, à la garde

de Dieu, portez une croix d'or ou d'argent, une chape, une chasuble

de velours, de soie, de toile et tout ce que vous voudrez. Si votre

seigneur ne se contente pas d'une seule chape ou chasuble, mettez-en

trois, comme le grand prêtre Aaron qui mettait trois robes l'une sur

l'autre, toutes belles et magnifiques. Si sa Grâce électorale n'a pas

assez d'une seule procession que vous ferez avec chant et tintamarre,

faites-la sept fois, comme Josué et les enfans d'Israël allèrent sept

fois autour de Jéricho en criant et sonnant des trompettes. Et pour

peu que cela amuse sa Grâce électorale, elle n'a qu'à ouvrir elle-même

la marche, et danser devant les autres, au son des harpes, des

timbales et des sonnettes, comme fit David devant l'arche du Seigneur

à Jérusalem; je ne m'y oppose point. Ces choses, quand l'abus ne s'y

mêle point, n'ajoutent, n'ôtent rien à l'Évangile. Mais il faut se

garder d'en faire des nécessités, des chaînes pour la conscience. Si

seulement je pouvais en venir là avec le pape et ses adhérens, ah!

que je remercierais Dieu! Vraiment, si le pape me cédait ce point, il

pourrait me dire de porter je ne sais quoi, que je le porterais pour

lui faire plaisir..... Pardonnez-moi, mon cher ami, de vous répondre

si brièvement aujourd'hui; j'ai la tête si faible, qu'il m'en coûte

d'écrire...» (4 décembre 1539.)

[a73] Page 177, ligne 18.—_Elle tomba raide..._

«Une servante avait eu, pendant bien des années un invisible esprit

familier qui s'asseyait près d'elle au foyer, où elle lui avait fait

une petite place, s'entretenant avec lui pendant les longues nuits

d'hiver. Un jour la servante pria Heinzchen (elle nommait ainsi

l'esprit) de se laisser voir dans sa véritable forme. Mais Heinzchen

refusa de le faire. Enfin, après de longues instances, il y consentit,

et dit à la servante de descendre dans la cave, où il se montrerait.

La servante prit un flambeau, descendit dans le caveau, et là, dans un

tonneau ouvert, elle vit un enfant mort qui flottait au milieu de son

sang. Or, longues années auparavant, la servante avait mis secrètement

un enfant au monde, l'avait égorgé, et l'avait caché dans un tonneau.»

(Tischreden, page 222, trad. d'Henri Heine. Voy. son bel article sur

Luther, _Revue des deux Mondes_, 1er mars 1834.)

[a74] Page 182, ligne 15.—_Ils saisissaient la tête..._

«L'ennemi de tout bien et de toute santé (le diable), chevauche

quelquefois à travers ma tête, de manière à me rendre incapable de lire

ou d'écrire la moindre des choses.» (28 mars 1532.)

[a75] Page 183, ligne 9.—_Le diable n'est pas, à la vérité, un

docteur qui a pris ses grades..._

«C'est une chose merveilleuse, dit Bossuet, de voir combien

sérieusement et vivement il décrit son réveil, comme en sursaut, au

milieu de la nuit, l'apparition manifeste du diable pour disputer

contre lui. La frayeur dont il fut saisi, sa sueur, son tremblement

et son horrible battement de cœur dans cette dispute; les pressans

argumens du démon qui ne laisse aucun repos à l'esprit; le son de sa

puissante voix; ses manières de disputer accablantes, où la question et

la réponse se font sentir à la fois. Je sentis alors, dit-il, comment

il arrive si souvent qu'on meure subitement vers le matin: c'est que le

diable peut tuer et étrangler les hommes, et sans tout cela, les mettre

si fort à l'étroit par ses disputes, qu'il y a de quoi en mourir, comme

je l'ai plusieurs fois expérimenté.» (_De abrogandâ missâ privatâ_, t.

VII, 222, trad. de Bossuet. Variations, II, p. 203.)

[a76] Page 201, ligne 8.—_Après avoir prêché à Smalkalde..._

Il écrivit à sa femme sur cette maladie: «... J'ai été comme mort;

je t'avais déjà recommandée, toi et nos enfans, à Dieu et à notre

Seigneur, dans la pensée que je ne vous reverrais plus; j'étais bien

ému en pensant à vous; je me voyais déjà dans la tombe. Les prières et

les larmes de gens pieux qui m'aiment, ont trouvé grâce devant Dieu.

Cette nuit a tué mon mal, me voilà comme rené...» (27 février 1537.)

Luther éprouva une rechute dangereuse à Wittemberg. Obligé de rester

à Gotha, il se croyait près de la mort. Il dicta à Bugenhagen, qui

était avec lui, sa dernière volonté. Il déclara qu'il avait combattu la

papauté selon sa conscience, et demanda pardon à Mélanchton, à Jonas et

à Cruciger des offenses qu'il pouvait leur avoir faites. (Ukert, t. I,

p. 325.)

[a77] Page 202, ligne 2.—_Ma véritable maladie..._

Luther fut atteint de bonne heure de la pierre; cette maladie le

faisait cruellement souffrir. Il fut opéré le 27 février 1537.

«Je commence à entrer en convalescence, avec la grâce de Dieu, je

rapprends à boire et à manger, quoique mes jambes, mes genoux, mes os

tremblent, et que je me porte à peine. (21 mars 1537.)

»Je ne suis, même sans parler des maladies et de la vieillesse, qu'un

cadavre engourdi et froid.» (6 décembre 1537.)

[a78] Page 215, ligne 10.—_Les comtes de Mansfeld..._

Il avait essayé en vain de réconcilier les comtes de Mansfeld. «Si l'on

veut, dit-il, faire entrer dans une maison un arbre coupé, il ne faut

pas le prendre par la tête; toutes les branches l'arrêteraient à la

porte. Il faut le prendre par la racine, et les branches plieront pour

entrer. (Tischreden, p. 355.)

[a79] Page 222.—_A la fin du chapitre._

Nous réunissons ici plusieurs particularités relatives à Luther.

Érasme dit de lui: «On loue unanimement les mœurs de cet homme; c'est

un grand témoignage que ses ennemis même n'y trouvent pas matière à la

calomnie.» (Ukert, t. II, page 5.)

Mémoires de Luther écrits par lui-même, Tome II · 第 16 / 18 段