de vouloir bien confirmer et maintenir le présent acte, quoiqu'il
ne soit pas fait dans la forme demandée par les gens de loi. Martin
LUTHER. _Signé_ MÉLANCHTON, CRUCIGER et BUGENHAGEN, comme témoins.»[a79]
ADDITIONS
ET
ÉCLAIRCISSEMENS.
[a1] Page 1, ligne 7.—_Les Turcs..._
Luther crut voir d'abord dans les Turcs un secours que Dieu lui
envoyait. «Ce sont, dit-il, les ministres de la colère divine, 1526.
(_Prœliari adversus Turcas, est repugnare Deo, visitanti iniquitates
nostras per illos._)»—Il ne voulait point que les protestans
s'armassent contre eux pour défendre les papistes, «car ceux-ci ne
valent pas mieux que les Turcs.»
Il dit dans la préface qu'il mit à un livre du docteur Jonas, que
les Turcs égalent les papistes, ou les surpassent plutôt, dans les
choses que ceux-ci regardent comme essentielles au salut, tels que
les aumônes, les jeûnes, les macérations, les pélerinages, la vie
monastique, les cérémonies et les autres œuvres extérieures, et que
c'est pour cette raison que les papistes ne parlent pas du culte des
mahométans. Il prend occasion de ceci pour élever au-dessus de ces
pratiques mahométanes ou «romanistes, la religion pure du cœur et de
l'esprit, enseignée par l'Évangile.»
Ailleurs, il fait un parallèle entre le pape et le Turc, et conclut
ainsi: «S'il faut combattre le Turc, il faut aussi combattre le
pape.»—Cependant quand il vit les Turcs menacer sérieusement
l'indépendance de l'Allemagne, il exprima plusieurs fois le désir
qu'on entretînt une armée permanente sur les frontières de la Turquie,
et répéta souvent que tout ce qui portait le nom de chrétien devait
implorer Dieu pour le succès des armes de l'Empereur contre les
infidèles.
Luther exhorta l'Électeur, dans une lettre du 29 mai 1538, à prendre
part à la guerre qui se préparait contre les Turcs. Il l'engagea à
oublier les querelles intestines de l'Allemagne, pour tourner ses
armes contre l'ennemi commun.
Un homme digne de foi, qui avait été en ambassade chez les Turcs,
dit un jour à Luther que le sultan lui avait demandé quel homme
était Luther, et de quel âge, et qu'ayant appris qu'il avait environ
quarante-huit ans, il disait: Je voudrais qu'il ne fût pas si âgé; il a
en moi un gracieux seigneur, dites-le-lui bien. «Que Dieu me préserve
de ce gracieux seigneur, s'écria Luther, en faisant le signe de la
croix.» (Tischreden, p. 432, verso.)
[a2] Page 3, ligne 25.—_Le Landgrave... se croyant menacé,
leva une armée..._
Luther, dans une lettre au chancelier Brück, dit, en parlant des
préparatifs de guerre du Landgrave: «Une pareille agression de la
part des nôtres, serait la plus grande honte pour l'Évangile. Ce ne
serait point une révolte de paysans, mais une révolte de princes,
qui préparerait à l'Allemagne les maux les plus terribles. Satan ne
désire rien autant.» (mai 1528.) Il écrivit plusieurs lettres dans le
même sens à l'Électeur.—Cependant il est quelquefois tenté de lâcher
lui-même la bride au Landgrave. Ayant lu une lettre de Mélanchton,
qui était au _Colloque_, il dit: «Ce que Philippe écrit, cela a des
pieds et des mains, de l'autorité et de la gravité. Il dit des choses
importantes en peu de mots; je conclus de sa lettre que nous avons
la guerre....... Le lâche de Mayence fait tout le mal. Ils devraient
nous donner une prompte réponse. Si j'étais le Landgrave, je tomberais
dessus, je périrais ou je les exterminerais, puisque dans une affaire
si juste, ils ne veulent pas nous donner la paix.» (Tischreden, p. 151.)
[a3] Page 26, ligne 3.—_Le duc George..._
Ce prince se montra de bonne heure opposé à la Réforme. Dès l'année
1525 (22 décembre), Luther avait écrit au duc pour le prier instamment
de renoncer à ses persécutions contre la nouvelle doctrine. «... Je me
jette à vos pieds pour vous supplier de cesser enfin vos entreprises
impies. Non que je craigne le préjudice qui en pourrait résulter pour
moi, car je n'ai plus qu'à perdre ce misérable corps de chair que
dans tous les cas la terre va bientôt recevoir. Si je recherchais
mon avantage, je ne devrais rien tant désirer que la persécution. On
a vu comme elle m'a servi jusqu'ici au-delà de toute attente. Si je
prenais plaisir à rendre votre Grâce malheureuse, je l'exciterais de
toutes mes forces à continuer ses violences; mais c'est mon devoir de
songer au salut de votre Grâce et de la supplier à genoux de cesser ses
criminelles offenses envers Dieu et sa parole...»
[a4] Page 4, ligne 3.—_Le docteur Pack..._
«Mon cher Amsdorf, voici Otton Pack, pauvre exilé que j'offre à ta
miséricorde; il sera plus en sûreté à Magdebourg que chez moi; je
craindrais que le duc George ne me forçât de le remettre entre ses
mains.» (29 juillet 1529.)
[a5] Page 5, ligne 1.—_Le grand-maître de l'ordre Teutonique
avait sécularisé la Prusse..._
«Lorsque je parlai la première fois au prince Albert, comme il me
consultait sur la règle de son ordre, je lui conseillai de mépriser
cette règle stupide et confuse, de prendre femme et de réduire la
Prusse à une forme politique, en principauté ou en duché. Philippe,
partageait cette opinion, et donnait le même conseil... Cela pourrait
s'exécuter aisément, si le peuple de Prusse et les grands unissaient
leurs prières pour qu'il osât l'entreprendre; il aurait ainsi un motif
nécessaire et puissant de faire ce qu'il désire.... C'est à toi avec
Speratus, Amandus et les autres ministres, d'y amener le peuple, de
l'enflammer, de l'animer pour qu'il invoque la main de Dieu, afin qu'au
lieu de cette abominable principauté hermaphrodite, qui n'est ni laïque
ni ecclésiastique, il désire et réclame une principauté véritable.—Je
voudrais persuader la même chose à l'évêque ***; lui aussi, il cèderait
à nos raisons, si le peuple le pressait de ses prières.» (4 juillet
1524.)
Il y avait six mois alors que cet évêque prêchait ouvertement la
réforme. «Ainsi, écrivait Luther en avril 1525, pendant le fort de
la guerre des paysans, l'Évangile court à pleine course et à pleines
voiles en Prusse, où il n'était pas appelé, tandis que dans la haute et
basse Allemagne, où il est venu et entré de lui-même, on le blasphème
avec fureur.» (T. II, p. 649.)
[a6] Page 6, ligne 25.—_Le duc George..._
«Prie avec moi le Dieu de miséricorde, pour qu'il convertisse le duc
George à son Évangile, ou que, s'il n'en est pas digne, il soit tiré de
ce monde.» (27 mars 1526.)
Luther écrivit à l'Électeur, au sujet de ses querelles avec le duc
George (31 décembre 1528): «... Je prie votre Grâce électorale de
m'abandonner entièrement à la décision des juges, au cas où le duc
George le demanderait, car il est de mon devoir d'exposer ma tête
plutôt que de faire éprouver le moindre préjudice à votre Grâce.
Jésus-Christ, je l'espère, me donnera les forces nécessaires pour
résister tout seul à Satan.»
[a7] Page 7, ligne 14.—_Où s'arrêtera la superbe de ce Moab..._
Le duc George était, après tout, un persécuteur assez débonnaire.
Ayant chassé de Leipzig quatre-vingts luthériens, il leur accorda la
permission de garder leurs maisons, d'y laisser leurs femmes et leurs
enfans, et même d'y venir trois fois par an au temps des foires.—Dans
une autre circonstance, Luther ayant conseillé aux protestans de
Leipzig de résister aux ordres de leur duc, celui-ci se contenta de
prier l'électeur de Saxe d'interdire à Luther toute communication avec
ses sujets. (Cochlæus, p. 230.)
[a8] Page 7, ligne 23.—_Diète à Spire..._
Quelque temps après cette diète, Luther écrivit la consultation
suivante: «D'abord il serait bon que notre parti, à l'exclusion des
zwingliens, parlât pour lui seul.
»En second lieu, qu'on écrivît à l'Empereur, et que les bienfaits
du prince (l'électeur de Saxe), envers l'Église et l'État, fussent
amplifiés, célébrés, etc. Il faudrait rappeler: 1º Qu'il a fait
enseigner, de la manière la plus pure, le Christ et sa foi, comme on ne
l'a jamais enseigné depuis mille ans; qu'il a aboli une foule d'abus et
de monstruosités nuisibles à l'Église et à l'État, comme les marchés de
messes, les abus des indulgences, les violences de l'excommunication,
et tant d'autres choses qui leur ont paru à eux-mêmes intolérables, et
dont la noblesse a exigé l'abolition à Worms.
»2º Qu'il a résisté aux séditieux, à ceux qui violaient les images et
les églises.
»3º Que la dignité impériale a été par lui honorée, glorifiée,
réformée, plus qu'on ne l'avait fait en plusieurs siècles.
»4º Que nous avons fait et supporté les plus grandes choses contre les
partisans de Münzer, pour sauver la majesté et la paix publique.
»5º Que c'est nous, et non d'autres, qui avons réprimé les
sacramentaires; que sans nous les papistes eussent été écrasés.
»6º Que nous avons de même réprimé les anabaptistes.
»7º Qu'en outre, nous avons étouffé les mauvais germes que de méchantes
gens avaient répandus en divers endroits sur la sainte Trinité, sur la
foi du Christ, etc. Je parle d'Érasme, d'Egranus et de leurs pareils.»
(mai 1529.)
[a9] Page 7, ligne 28.—_Le parti de la Réforme éclata..._
Luther essaya encore de retenir les siens; le 22 mai 1529, il écrivit
à l'Électeur pour le dissuader d'entrer dans aucune ligue contre
l'Empereur, et l'exhorter à s'en remettre à la protection divine. Dans
une lettre à Agricola, il approuva la conduite prudente de l'Électeur
à l'égard de l'Empereur: «Notre prince a bien fait de reconnaître un
seigneur dans une ville étrangère, et de n'avoir point cherché à être
le maître, comme il aurait pu le faire. Christ a dit: _Si vous êtes
persécuté dans une ville, fuyez dans une autre_; et encore: _Sortez de
cette maison_. Ainsi je pense que notre prince, comme un membre qui ne
peut se séparer du corps, ne devait point rompre avec César. Mais par
son silence il a comme fui dans une autre ville, il est sorti de cette
maison.» (30 juin 1530.)
[a10] Page 8, ligne 11.—_Le Landgrave essaya de réconcilier
Luther et les sacramentaires..._
Au landgrave de Hesse. «Grâce et paix en Jésus-Christ. Sérénissime
seigneur! j'ai reçu la lettre par laquelle votre Altesse veut bien
m'engager à me rendre à Marbourg, pour conférer avec Œcolampade et les
siens, au sujet de nos opinions sur le saint Sacrement. Je ne saurais
cacher à votre Altesse que je mets peu d'espoir dans une pareille
conférence, et que je doute qu'on en voie sortir la paix et l'union.
Néanmoins il faut rendre grâce à votre Altesse, de la sollicitude
qu'elle montre en cette affaire, et je suis disposé, pour ma part, à
me rendre au lieu désigné, bien que je regarde cette démarche comme
inutile. Je ne veux pas laisser non plus à nos adversaires la gloire de
pouvoir dire qu'ils aiment plus que nous la paix et la concorde. Mais
je vous prie humblement, gracieux prince et seigneur, de vouloir bien,
avant que nous nous réunissions, vous informer s'ils sont disposés à
céder quelque point de leurs doctrines, autrement je craindrais fort
que le mal ne fît qu'empirer par cette conférence, et que le résultat
ne fût précisément le contraire de ce que votre Altesse recherche si
loyalement et si sérieusement. A quoi servirait-il de se réunir et de
discuter, si les deux parties arrivaient avec la résolution de ne céder
en quoi que ce fût?...» (23 juin 1529.)
Dans une consultation qui nous reste sur le même sujet, et que l'on
attribue généralement à Luther, il exprime le désir que quelques
papistes, «hommes graves et instruits,» assistent à la conférence comme
témoins.
A sa femme. «Grâce et paix en Jésus-Christ. Cher seigneur Catherine!
Apprenez que notre conférence amicale de Marbourg est finie, et que
nous sommes d'accord en tout point, si ce n'est que nos adversaires
persistent à ne voir que du pain dans l'Eucharistie, et à n'admettre
qu'une présence spirituelle de Jésus-Christ. Aujourd'hui le Landgrave
nous parlera encore une fois, pour tâcher de nous unir ou de nous
porter du moins à nous reconnaître pour frères et membres du même
corps. Il y travaille avec ardeur. Nous leur accordons la paix et
la charité, mais nous ne voulons pas de ce nom de frères. Demain ou
après-demain, je pense, nous partirons pour nous rendre au Voigtland,
où l'Électeur nous a appelés.
»Dis à Pommer que les meilleurs argumens de Zwingli ont été: _Que le
corps ne peut exister sans espace, et que, par conséquent, le corps
du Christ n'est pas dans le pain_, et le meilleur d'Œcolampade:
_Que le saint Sacrement est un signe du corps du Christ_. Dieu les a
vraiment aveuglés; ils n'ont su que nous répondre.—Adieu. Le messager
me presse. Priez pour nous. Nous sommes bien portans et vivons comme
les princes. Embrasse pour moi Leinette (Madeleine) et le petit Jean.
Le jour de saint François. Votre dévoué serviteur, Martin LUTHER.» (4
octobre 1529.)
Luther écrivit au landgrave de Hesse dans une autre lettre (20 mai
1530), au sujet de ses tentatives de conciliation: «... J'ai supporté
de si grands dangers et de si longs tourmens pour ma doctrine, que
certes j'ai lieu de désirer de n'avoir pas travaillé en vain. Ce n'est
donc point par haine ou par orgueil que je leur résiste; il y a bien
long-temps que j'aurais adopté leur doctrine, Dieu, mon Seigneur, le
sait, s'ils avaient pu m'en montrer la vérité; mais les raisons qu'ils
donnent sont trop faibles pour que j'y puisse engager ma conscience...»
[a11] Page 11, ligne 18.—_L'Électeur amena..._
Il partit de Torgaw le 3 avril, et arriva à Augsbourg le 2 mai. Sa
suite se composait de cent soixante chevaux. Les théologiens qu'il
avait avec lui furent Luther, Mélanchton, Jonas, Agricola, Spalatin
et Osiander. Luther, excommunié et mis au ban de l'Empire, resta à
Cobourg. (Ukert, t. I, p. 232.)
[a12] Page 11, ligne 19.—_L'Électeur amena Luther le plus près
possible d'Augsbourg._
«Je suis sur les confins de la Saxe, à moitié chemin entre Wittemberg
et Augsbourg. Il y aurait eu trop de danger pour moi dans cette
dernière ville.» (juin 1530.)
[a13] Page 13, ligne 22.—_Les nobles seigneurs qui forment nos
comices..._
«Ma résidence est maintenant au milieu des nuages, dans l'empire des
oiseaux. Sans parler de la foule des autres oiseaux, dont les chants
confus feraient taire une tempête, il y a près d'ici un certain bois
tout peuplé, de la première à la dernière branche, de corbeaux et de
corneilles. Du matin au soir, et quelquefois pendant toute la nuit,
il y a là une crierie si infatigable, si incessante, que je doute
qu'en aucun lieu du monde tant d'oiseaux se soient jamais réunis. Pas
un qui se repose un instant; bon gré mal gré, il faut les entendre,
vieux et jeunes, mères et filles, glorifier à qui mieux mieux, par
leurs croassemens, le nom de corbeaux. Peut-être, par ces chants si
harmonieux, veulent-ils faire descendre doucement le sommeil sur mes
paupières; avec la grâce de Dieu, j'en ferai cette nuit l'expérience.
C'est une noble race d'oiseaux, et, comme tu le sais, fort utiles
au monde. Il me semble, en les voyant, que j'ai sous les yeux toute
l'armée des sophistes et des Cochleistes, réunis de toutes les parties
du monde, afin que j'apprécie mieux leur sagesse et leur doux langage,
et que je voie à mon aise ce qu'ils sont et ce qu'ils peuvent pour
le monde de l'esprit et pour le monde de la chair. Jusqu'à ce jour,
personne n'a entendu philomèle, et cependant le coucou, qui annonce et
accompagne son chant, s'enorgueillit magnifiquement dans la gloire de
sa voix. De la résidence des corbeaux.» (22 avril 1530.)
[a14] Page 14, ligne 23.—_Luther le tançait rudement..._
Quelquefois cependant il compâtit à ses douleurs. «Vous avez confessé
Christ, offert la paix, obéi à César, souffert les injures, épuisé les
blasphèmes. Vous n'avez point rendu le mal pour le mal; enfin vous
avez dignement travaillé à la sainte œuvre de Dieu, comme il convient
à des saints; réjouissez-vous donc dans le Seigneur. Assez long-temps
vous avez été contristés par le monde. Regardez et levez la tête, votre
rédemption approche. Je vous canoniserai comme de fidèles membres de
Christ; que faut-il de plus à votre gloire?» (15 septembre 1530.)
[a15] Page 19, ligne 15.—_J'aurais voulu être la victime
sacrifiée par ce dernier concile, comme Jean Huss..._
«Plaise à Dieu que nous soyons dignes d'être brûlés ou égorgés par lui
(par le pape.) Cependant si nous ne méritons pas de rendre témoignage
par notre sang, implorons du moins Dieu pour qu'il nous accorde cette
grâce de témoigner par notre vie et nos paroles que Jésus-Christ est
seul notre Seigneur, et que nous l'adorerons dans tous les siècles des
siècles. Amen.» (T. II des œuvres latines, p. 270.)
[a16] Page 19, ligne 19.—_La profession de foi des
protestans..._
«A la diète d'Augsbourg, le duc Guillaume de Bavière, qui était fort
opposé à la doctrine évangélique, ayant dit au docteur Eck: «Peut-on
renverser cette opinion par l'Écriture sainte?» «Non, dit-il, mais par
les Pères.» L'évêque de Mayence se mit à dire: «Voyez! nos théologiens
nous défendent joliment! Les luthériens montrent leur opinion dans
l'Écriture, et nous la nôtre hors de l'Écriture.» Le même évêque disait
alors: «Les luthériens ont un article auquel on ne peut contredire,
quand même tous les autres ne vaudraient rien; c'est celui du mariage.»
(Tischreden, p. 99.)
[a17] Page 20, ligne 10.—_L'archevêque de Mayence est très
porté pour la paix..._
Luther, pour l'exhorter à montrer des sentimens pacifiques, lui avait
écrit une lettre qui se terminait ainsi: «Je ne puis cesser de penser à
la pauvre Allemagne, si malheureuse, si abandonnée, si méprisée, vendue
à tant de traîtres en même temps. C'est ma chère patrie; je désirerais
tant la voir heureuse!» (6 juillet 1530, de Cobourg.)
[a18] Page 21, ligne 7.—_Si l'Empereur veut faire un édit,
qu'il le fasse; après Worms aussi il en fit un..._
Luther a conscience de sa force. «Si j'étais tué par les papistes,
ma mort protégerait nos descendans, et ces bêtes féroces en seraient
peut-être plus cruellement punies que je ne voudrais moi-même. Car, il
y a quelqu'un qui dira un jour: _Où est ton frère Abel?_ Et celui-là
les marquera au front, et ils erreront fugitifs par toute la terre...
Notre race est maintenant sous la protection du Seigneur, puisqu'il est
écrit: Je ferai miséricorde jusqu'à la millième génération à ceux qui
m'ont aimé. Et moi je crois à ces paroles.» (30 juin 1530.)
«Si j'étais tué dans une émeute papiste, j'emmènerais à ma suite
un grand nombre d'évêques, de prêtres, de moines, si bien que tous
diraient: «Le docteur Martin Luther est conduit au sépulcre avec une
grande procession; certes, c'est un grand docteur, au-dessus de tous
évêques, prêtres, moines; aussi faut-il qu'à son enterrement, ils
aillent avec lui, étendus sur le dos.» C'est ainsi que nous ferions
ensemble notre dernier voyage.» (1531. Cochlæus, p. 211. Extrait du
livre de Luther intitulé: _Avis aux Allemands_.)
Les catholiques, lui disait-on, vous reprochent plusieurs fausses
interprétations dans votre traduction de l'Écriture. Il répondit: «Ils
ont encore de trop longues oreilles, et leur _hihan! hihan!_ est trop
faible pour juger une traduction du latin en allemand... Dis-leur que
le docteur Martin Luther veut qu'il en soit ainsi, et qu'un papiste et
un âne c'est la même chose.
_Sic volo, sic jubeo, sit pro ratione voluntas._
(Passage cité par Cochlæus, 201, verso.)
[a19] Page 21, ligne 15.—_Qu'ils nous rendent Léonard
Keiser..._
«Non-seulement le titre de roi, mais celui de César lui est bien
mérité, puisqu'il a vaincu celui dont le pouvoir ne trouve point
d'égal sur la terre. Ce n'est pas seulement un prêtre, c'est un
souverain pontife et un véritable pape, celui qui a offert ainsi son
corps en sacrifice à Dieu. Avec juste raison l'appelait-on Léonhard,
c'est-à-dire force du lion; c'était un lion fort et intrépide.» (22
octobre 1527.)
_A Hausmann._ «Je pense que tu auras vu l'histoire de Gaspard Tauber,
le nouveau martyr de Vienne, qui a été décapité et brûlé dans cette
ville pour la parole de Dieu. Il en est arrivé autant à un libraire de
Bude, en Hongrie, qu'on a brûlé au milieu de ses livres.» (12 novembre
1524.)
Il y avait à Vienne des partisans de la nouvelle doctrine.
«Lorsqu'après la diète d'Augsbourg le cardinal Campeggio entra dans
la ville avec le roi Ferdinand, on habilla un petit homme de bois en
cardinal, on lui attacha au cou des indulgences et le sceau du pape, et
on le mit sur un chien qui avait à la queue une vessie de porc pleine
de pois. On fit courir ce chien à travers toutes les rues.» (Tischr.,
p. 251.)
[a20] Page 21, ligne 16.—_Qu'ils nous rendent Keiser et tant
d'autres qu'ils ont fait injustement mourir..._
Si l'on en croyait Cochlæus, Luther se serait montré persécuteur à son
tour. En 1532, un luthérien s'étant éloigné de ses opinions, Luther le
fit enlever et conduire à Wittemberg, où il fut emprisonné; un procès
fut commencé. Comme on ne trouva pas de charges suffisantes, il fallut
le relâcher. Mais il fut toujours depuis sourdement persécuté par les
luthériens. (Cochlæus, p. 218.)
[a21] Page 22, ligne 22.—_On se prépare à combattre..._
Cependant on craignait tant de part et d'autre l'issue de la lutte,
que, contre toute probabilité, la paix se maintint. «J'admire ce
miracle de Dieu, que tant de menaces soient allées en fumée. Tout le
monde en effet croyait qu'au printemps éclaterait en Allemagne une
guerre atroce.» (juin 1531.)
La crainte d'un nouveau soulèvement des paysans contribuait à
entretenir les intentions pacifiques des princes. «Les paysans, écrit
Luther, recommencent à s'assembler. Une soixantaine d'entre eux ont
cherché à surprendre la nuit le château de Hohenstein. Tu vois que
malgré la présence de l'Empereur, il faut prendre des précautions
contre cette révolte; que serait-ce si les papistes commençaient la
guerre?» (19 juillet 1530.)
[a22] Page 22, ligne 25.—_Luther fut accusé d'avoir poussé les
protestans à prendre cette attitude hostile..._
Bien loin de là, il avait dès 1529 dissuadé l'Électeur d'entrer dans
aucune ligue dirigée contre l'Empereur... «Nous ne saurions approuver
une pareille alliance; s'il en résultait quelque malheur, peut-être
même la guerre ouverte, tout retomberait sur notre conscience, et nous
aimerions mieux être dix fois morts que d'avoir à nous reprocher du
sang versé pour l'Évangile. Nous sommes ceux qui devons souffrir, comme
dit le prophète, ceux qui ne doivent pas se venger eux-mêmes, mais
tout remettre entre les mains de Dieu... Je supplie donc humblement
votre Grâce électorale de ne pas se laisser abattre par ce danger.
Nous allons élever nos prières à Dieu; mais nos mains doivent rester
pures de sang et de crime. S'il arrivait (contre mon opinion) que
l'Empereur allât jusqu'à me réclamer moi ou mes amis, nous irions,
sous la protection de Dieu, comparaître devant lui, plutôt que de
causer préjudice à votre Grâce électorale, comme je l'ai plusieurs
fois déclaré à votre auguste frère, feu l'électeur Frédéric....» (18
novembre 1529.)
[a23] Page 22, ligne 28.—_Résistance à l'Empereur..._
Dans le livre des _Propos de table_ (p. 397, verso et suiv.) Luther
parle plus explicitement: «Ce n'est point pour la religion que l'on
combattra. L'Empereur a pris les évêchés d'Utrecht et de Liége; il a
offert au duc de Brunswick de lui laisser prendre Hildesheim. Il est
affamé et altéré des biens ecclésiastiques; il les dévore. Nos princes
ne le souffriront pas; ils voudront manger avec lui. Alors on en
viendra à se prendre aux bonnets.» (1530.)
«J'ai souvent été interrogé par mon gracieux seigneur, sur la question
de savoir ce que je ferais si un voleur de grand chemin, un meurtrier,
venait m'attaquer. Je résisterais, dans l'intérêt du prince dont je
suis sujet et serviteur; je puis tuer le voleur, mettre le couteau
sur lui, et même ensuite recevoir les sacremens. Mais si c'est pour
la parole de Dieu, et comme prédicateur, que l'on m'attaque, je dois
souffrir et recommander la vengeance à Dieu. Aussi je ne prends point
de couteau en chaire, mais sur la route. Les anabaptistes sont des
coquins désespérés, ils ne portent aucune arme et se vantent d'une
grande patience.»
(1536.) «Comme je parlais pour la paix, le landgrave de Hesse me
disait: Seigneur docteur, vous conseillez très bien; mais quoi? Si nous
ne suivons pas vos conseils?»
(1539.) Luther répond sur la question du droit de résistance «que,
selon le droit public, le droit naturel et la raison, la résistance
à l'autorité injuste est permise. Il n'y a de difficulté que dans le
domaine de la théologie.