LETTRE DE MADAME D'OLONNE AU MARQUIS DE FERVAQUES.

_Il y a si longtemps que je suis séparée du commerce du monde,

que je vaux bien une fille de ce temps-ci. Vous m'en pouvez

croire sur ma parole, moi qui ai assez d'expérience pour juger

de toutes choses. Cependant il ne tiendra qu'à vous de vous en

éclaircir, et vous me dites hier trop de douceurs, jusqu'à

m'offrir votre bourse, pour ne pas faire tous les pas qui me

peuvent faire paroître reconnoissante. Ne jugez pas que ce que

j'en fais soit pour avoir lieu d'accepter vos offres. Quoique

vous soyez plus riche que moi, j'ai encore mille pistoles à

votre service; mais il me semble qu'entre gens comme nous on se

doit aimer but à but, et qu'à moins que d'être dans le besoin,

on ne doit jamais faire des démarches, ni l'un ni l'autre, qui

puissent faire croire qu'on soit plus intéressé qu'amoureux._

La duchesse d'Aumont avoit voulu d'abord rendre la lettre, ne croyant

pas qu'après ce qu'elle contenoit à l'ouverture, une honnête femme pût

la lire sans s'attirer quelque reproche. Mais enfin la curiosité l'avoit

emporté par-dessus toute sorte de considération, de sorte qu'elle ne

rebuta point la seconde que Fervaques lui présenta, et qui étoit du

même style. Voici ce qu'elle contenoit:

Histoire amoureuse des Gaules; suivie des Romans historico-satiriques du XVIIe siècle, Tome III · 第 94 / 114 题