MON AIMABLE PRINCE,

_Je n'étois pas sans raison travaillée de grandes inquiétudes.

Votre lettre, que j'ai reçue avec tout le respect que je vous

dois, m'apprend que mes pressentiments étoient justes. En

vérité, mon ange, je suis continuellement en allarme, soit que

vous soyez à la tête de vos armées, ou à la Cour: j'ai raison de

craindre également vos ennemis et les miens, et j'ose vous dire

que toutes les armées des alliés ensemble ne me font pas plus

de peur que les ennemis cachés et domestiques. Il n'y a que

votre seule présence qui soit capable de me rassurer et de

ramener le calme dans mon coeur; accordez-la moi, mon Prince,

cette douce présence, le plus tôt et le plus souvent qu'il vous

sera possible, si vous voulez conserver ma vie et me délivrer

des mortelles douleurs et des cruelles craintes que votre

absence me cause. Vous avez, mon aimable Prince, ma vie et mon

sort entre vos mains, aussi bien que mon coeur; mais toute ma

consolation est que je suis plus que persuadée que vous êtes

jaloux de votre parole, et que rien au monde ne sera jamais

capable de vous faire manquer de foi à mon égard, puisque je ne

respire plus que pour vous aimer et pour vous plaire. Adieu, mon

aimable ange. Ne différez pas de venir, si vous voulez conserver

la vie de_

Histoire amoureuse des Gaules; suivie des Romans historico-satiriques du XVIIe siècle, Tome III · 第 63 / 114 题