MON ANGE,

_Vous serez sans doute un peu surprise en apprenant la visite

que je viens de recevoir, sur votre sujet, de l'archevêque de

Paris et de l'évêque de Meaux. Il seroit trop long de vous en

marquer dans une lettre le détail; mais nous nous en divertirons

à notre première entrevue, qui sera, comme je l'espère, demain

sans faute. Cependant, ma chère mignonne, divertissez-vous

autant qu'il vous sera possible en mon absence. Soyez persuadée

que rien ne sera capable de me détacher de votre aimable

personne, et que toute la sévérité du Roi et les machinations de

la Vieille[162] ne feront qu'augmenter l'amour que j'ai pour

vous; toute l'éloquence de nos faux dévots ne me fera, dis-je,

jamais désister de la résolution que j'ai prise de vous aimer

toute ma vie. Vous savez, mon cher coeur, que je fais gloire de

tenir ma parole, et ainsi vous pouvez compter sur ce que je vous

ai promis. Vivez donc en repos à mon égard, sans rien

appréhender que ma mort, et me croyez toujours votre, etc._

Madame la comtesse du Roure, ayant reçu cette lettre, la baisa

plusieurs fois avant que de l'ouvrir, et fut combattue par un

mouvement de crainte et d'espérance. Elle avoit déjà appris la visite

des deux prélats, et elle se doutoit bien que ce ne pouvoit être que

sur son sujet; mais enfin ses belles mains toutes tremblantes se

hasardèrent d'ouvrir la lettre. En la lisant elle changea plusieurs

fois de couleur, comme une marque du plaisir qu'elle y prenoit, et,

dans la satisfaction et la joie où elle étoit, elle voulut y faire

réponse, quoique le porteur l'assurât que Monseigneur ne l'avoit pas

chargé d'en rapporter. «N'importe, dit la comtesse, je suis assurée

qu'il n'en sera pas fâché, je m'en charge.» Et étant entrée dans son

cabinet, elle écrivit fort promptement la lettre suivante:

Histoire amoureuse des Gaules; suivie des Romans historico-satiriques du XVIIe siècle, Tome III · 第 62 / 114 题