[59] _Var. II._ La première édition a fait précéder ce début du
passage qui suit:
«On a dit depuis longtemps, et l'expérience de tous les jours le
confirme, qu'en matière d'amour les apprentis en savent plus que
les maîtres. C'est pour cela peut-être que les poëtes le
représentent toujours comme un enfant et jamais comme un
vieillard. On peut dire que ses coups d'essai sont toujours des
coups de maître, et des coups même qui surpassent tous les autres
qu'il peut faire dans la suite. J'en prends à témoin tous ceux qui
sont entrés la première fois dans la cité d'amour, et même tous
nos jeunes mariés. C'est ordinairement la première nuit des noces
qu'ils se montrent de vaillants champions, après quoi ils vont
toujours en empirant. Enfin, il en est de l'amour tout le
contraire des autres choses: le forgeron, dit-on, se fait en
forgeant; un avocat doit avoir plaidé plusieurs fois ayant que de
se rendre habile dans sa profession; un médecin ne devient expert
qu'après avoir fait l'essai de ses remèdes sur le corps d'un grand
nombre de malades qu'il a envoyés en l'autre monde; et le métier
pénible de la guerre ne se peut apprendre qu'après une longue
suite de campagnes. Il en est de même de toutes les autres choses,
à la réserve des mystères d'amour: ceux qui y sont initiés savent
qu'on préfère toujours un novice à un vieux routier. Mais il faut
excepter Louis-le-Grand de cette règle générale. Ce prince, qui
depuis l'âge de quinze ans a fait de l'amour ses plus chères
délices, y trouve tous les jours de nouveaux raffinements, et fait
goûter à ses dernières maîtresses des douceurs qui avoient été
inconnues à toutes les autres. Madame de Maintenon, qui est celle
qui va faire le sujet de cette histoire, et qui occupe aujourd'hui
la place que les La Vallière, les Montespan et les Fontange
avoient si dignement remplie, pourroit nous en dire des nouvelles.
Aussi l'on dit que la première fois que le Roi la vit pour lui
offrir son coeur, il s'y prit d'une manière qui surprit
agréablement cette dame, et qui confirme la vérité de ce que je
viens d'annoncer à la gloire de ce monarque. Comme il savoit que
la Maintenon avoit elle seule autant d'esprit que toutes les
femmes ensemble, et un goût exquis sur toutes choses qui la met
au-dessus des esprits du premier ordre, il crut qu'il devoit
rappeler tous ses feux et tout ce qu'une longue expérience lui
avoit appris en amour, pour en faire un sacrifice à sa nouvelle
maîtresse, et lui fit la déclaration suivante:
_Iris, je vous présente un coeur
Qui connoît de l'amour et le fin et le tendre,
Et qui s'est souvent laissé prendre,
Dans l'unique dessein d'apprendre
Et de vous faire plus d'honneur.
Pour savoir de l'amour les tours et les souplesses,
Les raffinements, les tendresses,
Il en a senti tous les coups.
Il a fait dans cet art un long apprentissage,
Pour être plus savant, plus discret et plus sage,
En un mot, plus digne de vous.
Il veut, à présent qu'il est maître,
Aimer le seul objet qui mérite de l'être.
Iris, ne le refusez pas:
Vous pouvez l'accepter sans honte,
Puisqu'en amour il n'a point fait de pas
Que vous ne puissiez bien mettre sur votre compte._
Mais avant que de venir à l'histoire de leurs amours, il faut
prendre les choses dans leur source et parler premièrement de la
naissance de madame de Maintenon, de son éducation et de ses
premières aventures, qui l'ont conduite, comme par degrés, à ce
rang éminent qu'elle tient aujourd'hui à la Cour de France.
[60] _Var. III_: Madame de Maintenon s'appelle Françoise
d'Aubigné; elle est demoiselle, et M. d'Aubigné, son grand-père,
étoit homme de mérite et de considération. Il étoit de la religion
protestante, et son corps est enterré dans l'église de
Saint-Pierre à Genève. Le père de notre héroïne étoit fils de cet
illustre d'Aubigné. Dans sa jeunesse il eut le malheur de tomber
entre les mains de la justice, et il en auroit éprouvé les
rigueurs si la fille du concierge, touchée de son mérite et de son
malheur, ne se fût déterminée à lui procurer la liberté. Cette
fille étoit fort aimable et fort généreuse. M. d'Aubigné, qui
connoissoit son bon coeur et le besoin qu'il avoit de la ménager,
prenoit grand soin de lui plaire; et quand il crut pouvoir compter
sur sa tendresse, il lui offrit une vie qu'il ne pouvoit conserver
que par son moyen, et lui jura que c'étoit l'espérance de la
passer avec elle qui la lui faisoit souhaiter. La belle, attendrie
par un discours si obligeant, s'assura par des serments de la
parole qu'il venoit de lui donner, et lui promit de le faire
sortir de prison, d'en sortir avec lui et de le suivre partout,
pourvu qu'à la première occasion il l'épousât en bonne forme.
Etant ainsi convenus de leurs faits, ils ne songèrent plus qu'à
leur liberté. M. d'Aubigné s'en remit aux soins de sa maîtresse,
qui prit des mesures si justes que peu de jours après elle
l'avertit de se tenir prêt pour la nuit suivante. Elle en avoit
choisi un fort obscur pour favoriser son dessein; et, après avoir
fait passer son amant à tâtons par des lieux ou l'amour lui servit
de guide, enfin elle le mena dans une rue où ils trouvèrent des
chevaux et un homme de confiance qui les conduisit, avec toute la
diligence possible, en un lieu de sûreté. Là M. d'Aubigné, qui
avoit les sentiments d'un homme de bien, s'acquitta de la promesse
qu'il avoit faite à sa maîtresse et l'épousa publiquement.
Leur fuite fit grand bruit. On courut après eux; mais voyant qu'il
n'y avoit pas moyen de les rattraper, il n'en fut plus parlé, et
M. d'Aubigné et sa nouvelle épouse jouissoient dans leur asile des
douceurs de la liberté. Elle avoit plié la toilette de sa mère et
pris ce qu'elle avoit pu chez elle. Ils firent argent de tout;
tant qu'il dura, nos nouveaux mariés se trouvèrent les plus
heureux du monde. Mais ces fonds n'étant pas fort considérables,
ils furent aussi bientôt épuisés; et comme on ne vit pas de
tendresse, M. d'Aubigné se trouva à la veille de mourir de faim.
Toute sa douleur étoit de voir que sa chère femme y étoit exposée,
avec une petite créature qui étoit le fruit de leurs amours et qui
sembloit destinée à perdre le jour avant de l'avoir vu. Dans cette
dure extrémité M. d'Aubigné forma un dessein bien dangereux; mais
il n'y avoit de risque que pour lui seul; il l'exécuta sans
consulter sa femme, et revint en France pour tâcher de ramasser
quelques effets et de trouver les moyens de la faire subsister,
comptant, dès qu'il auroit pu faire une petite somme, de la venir
retrouver. Il croyoit même, comme on ne pensoit plus à lui dans le
pays, qu'il pourroit, par le moyen de quelques amis, y demeurer
incognito. Mais tout cela lui réussit très mal, puisqu'il tomba
entre les mains de gens qui le trahirent et le livrèrent de
nouveau à la justice. M. d'Aubigné n'ayant point pris congé de sa
femme, elle n'avoit su son dessein que par une lettre qu'il lui
écrivit de la première couchée.
Cette nouvelle la fit trembler pour la vie d'un époux qui lui
étoit fort cher, et elle fut dans des inquiétudes terribles quand
elle apprit que son mari avoit été remis en prison. Mais elle
s'arma de constance; et ne pouvant se flatter de le tirer une
seconde fois du péril où il étoit, elle résolut du moins de le
partager avec lui.
Quelque risque qu'il y eût à se mettre en chemin dans une
grossesse avancée, elle ne voulut rien ménager, et partit en
diligence pour se rendre auprès de son mari, et se remit
volontairement prisonnière avec lui. Ce fut là qu'elle accoucha de
cette fameuse fille dont la fortune fait l'étonnement du siècle.
Les parents de M. d'Aubigné, mécontents de sa conduite et de son
mariage, l'avoient abandonné, et madame de Villette sa soeur fut
la seule qui le vint visiter. Elle fut touchée de l'état où elle
le trouva, manquant des choses les plus nécessaires; mais ce qu'il
y avoit de plus triste, c'étoit de voir cette pauvre petite
enfant, couverte de méchants haillons, exposée aux horreurs de la
faim, et qui par ses cris languissants, auroit attendri les âmes
les plus dures. La misère et les chagrins avoient entièrement ôté
le lait à madame d'Aubigné, qui, n'ayant pas le moyen de donner
autre chose à sa fille, s'attendoit à tous moments à la voir
expirer de faim entre ses bras. Madame de Villette avoit une
petite fille, qui a été ensuite madame de Saint-Hermine, et comme
sa nourrice avoit beaucoup de lait, elle emporta la petite
d'Aubigné chez elle, et la nourrice de sa fille les nourrit toutes
deux. Madame de Villette envoya aussi à son frère du linge pour
lui et pour sa femme; et quelque temps après M. d'Aubigné trouva
le moyen de sortir de prison, en abjurant sa religion, et il en
fut quitte pour sortir du royaume. Comme il ne comptoit pas y
revenir de ses jours, il tâcha de ramasser de quoi faire un long
voyage et s'embarqua avec sa famille pour l'Amérique, où il a vécu
en repos avec sa femme, donnant tous leurs soins à l'éducation de
leurs enfants. Ils ont beaucoup mieux réussi dans ceux qu'ils ont
pris pour la fille, qui est assurément un prodige d'esprit. Le
fils, qu'on appelle à présent le comte d'Aubigné, n'en manque pas;
mais on peut dire avec vérité que le mérite est tombé en
quenouille dans cette famille. M. et madame d'Aubigné moururent
dans leur exil, et laissèrent leurs enfants assez jeunes. La
fille, qui étoit l'aînée, pressée du désir commun à tous les
hommes de revoir leur patrie, chercha les moyens de revenir en
France, et trouvant un vaisseau prêt à prendre cette route, elle
s'y mit et vint débarquer à La Rochelle. De là elle prit le chemin
du Poitou et fut trouver sa marraine, chez qui elle demeura sans
revers de fortune.
[61] Madame de Maintenon est née dans la prison de Niort, le 27
novembre 1635, selon les uns; selon le P. Laguille, qui invoque,
sans le citer textuellement, un extrait baptistaire, le 20 mars
1636. (_Variétés histor. et litt._ de la _Bibl. elzev._, t. 8, p.
59).
[62] Constant d'Aubigné, baron de Surineau, étoit le fils indigne
du célèbre Agrippa d'Aubigné, l'auteur des _Tragiques_, et de
Suzanne de Lezay. Son père le fait ainsi connoître dans ses
_Mémoires_ (édit. Lud. Lalanne, p. 151): «Constant, fils esné et
unique d'Aubigné, fut nourry par son père avec tout le soin et
despence qu'on eust pu employer au fils d'un prince. Ce miserable,
premierement debauché à Cedam (à l'Université protestante de
Sedan) par les yvrogneries et les jeux, et puis s'estant destraqué
des lettres, s'acheva de perdre dans les jeux dans la Hollande.
Peu après, en l'absence de son père, se maria à La Rochelle à une
malheureuse femme (Anne Marchand, veuve du baron de Chatelaillon),
que despuis il a tuée (l'ayant surprise avec un amant).» Devenu
veuf comme on vient de le voir, perdu de débauches, emprisonné à
Paris le 7 juin 1611 pour dettes, et retenu pour rébellion envers
le sergent chargé de l'arrêter, il épousa ensuite, en 1627, Jeanne
de Cadillac (et non Cardillac), fille de Pierre de Cadillac,
seigneur de Lalanne, lieutenant du duc d'Epernon, gouverneur de
Château-Trompette, et propriétaire du château de Cadillac, qui
existe encore. Pierre de Cadillac avoit pour femme Louise de
Montalembert.
[63] Les vrais motifs de la nouvelle incarcération de Constant
d'Aubigné sont fort controversés. Les uns attribuent son
emprisonnement à ses dettes, d'autres à ses opinions religieuses,
d'autres enfin à des satires contre le duc d'Epernon.--Ses dettes
l'ont fait emprisonner, comme on l'a vu plus haut, en 1611; mais
dès le lendemain il avoit satisfait, et son créancier, Samuel de
Bechilon, sieur d'Erlaut, et le sergent Mathieu Goujon, et il
étoit relaxé (8 juin). Quant à ses opinions religieuses, écoutons
son père: «Rien ne pouvant satisfaire à l'insolence d'un esprit
perdu, il se jeta à la cour, où il perdit au jeu vingt fois ce
qu'il avoit vaillant, et à cela ne trouve remède que de renoncer
sa religion. Le père, adverty de sa grand frequentation avec les
jesuistes, luy deffendist par lettres telle compaignie. Il
respondit qu'à la verité il entretenoit le père Arnou et Dumets.
Le vieillard répliqua que ces deux noms lui faisoient peur...
Constant se trouva en peu de temps en exsecration à tous les
siens, et en horreur et mespris à ceux qui le servoient... Il fit
parler à son pere de reconciliation. Il vint à Genesve, se
presenta au ministre, fit là, en Poictou et à Paris, toutes les
reconnoissances qui lui furent enjointes, obtint une pension et de
l'argent...»--Enfin, quant à ses satires, on voit aussi par les
mémoires de son père que du vivant de celui-ci il «escrivit en
prose et en vers furieusement contre la papauté». (_Mémoires_, éd.
Lud. Lalanne, p. 152 et suiv.) De plus, le P. Laguille (_Variétés
histor. et littér._, t. 8, _initio_) affirme que Constant
d'Aubigné, «se melant de poësie, composa une satire contre le duc
d'Epernon», gouverneur de Bordeaux, qui avoit refusé de
l'employer. «La pièce ou la nouvelle en ayant été portée au duc,
celui-ci fit enlever d'Aubigné et ordonna qu'on le conduisît dans
son château de Cadillac.»
[64] Ce fait est confirmé par le P. Laguille. La note 62, p. 70,
montre que le prétendu geôlier de Constant d'Aubigné n'étoit autre
qu'un gentilhomme d'une bonne noblesse, et noblement allié,
lieutenant du gouverneur de la province.--Le mariage auroit été
célébré en 1627. Cette date est assez peu probable, puisque
Agrippa d'Aubigné, dans son testament, qui est du 24 avril 1630,
ne parle pas de cette seconde femme de son fils et ne fait aucune
allusion à son mariage.
[65] Le P. Laguille rapporte le motif de la fuite de Constant
d'Aubigné, fuite qui fut précédée d'une dernière incarcération,
pour vol et fausse monnoie. C'est dans la prison de Niort, où
madame d'Aubigné suivit son mari, que naquit Françoise d'Aubigné.
Sorti de prison en 1639, Constant d'Aubigné partit d'abord pour la
Martinique. Il mourut sans doute dans l'île de la Grenade en 1646,
et alors sa veuve revint à la Martinique, d'où elle passa à la
Guadeloupe, puis à Saint-Christophe, où elle s'embarqua pour la
France, selon les uns, où elle mourut, au dire du P. Laguille.
Selon ce dernier, ce seroit une demoiselle Rossignol qui auroit
fait passer en France les deux enfants orphelins de Constant
d'Aubigné. Une troisième version, c'est que madame d'Aubigné
auroit fait elle-même un voyage en France avec ses enfants, les y
auroit laissés, et seroit retournée en Amérique, où elle seroit
morte. (Voy. _Variétés histor. et littér._, t. 8, p. 60.)
[66] D'Aubigné étoit marié avant son départ pour l'Amérique.
[67] Françoise d'Aubigné avoit été tenue sur les fonts de baptême
par le duc de La Rochefoucauld, gouverneur de Poitou, et par
Françoise Tiraqueau, comtesse de Neuillant, dont le mari étoit
gouverneur de Niort. Elle fut baptisée par un prêtre catholique.
[68] Sa marraine eut une fille que plusieurs poëtes du temps,
Bois-Robert et Scarron entre autres, ont connue et ont fait
connoître par leurs vers.
[69] On s'accorde à reconnoître la dureté de madame de Neuillant
pour sa pupille.
[70] Voy. plus haut la note 65, p. 72.
[71] Saint-Simon dit aussi que la première «abordée» de madame de
Maintenon fut à La Rochelle.--«Etant arrivés à La Rochelle, dit le
P. Laguille (_loco citato_), ils y demeurèrent pendant quelques
mois logés par charité, obligés de vivre d'aumônes, jusque-là
qu'ils obtinrent par grâce que de deux jours l'un on voulût bien
leur donner, au collége des jésuites de cette ville, du potage et
de la viande, que tantôt le frère, tantôt la soeur, venoient
chercher à la porte. C'est ainsi que l'a raconté le P. Duverger,
jésuite, doyen à Xaintes, mort en 1703, ce père ayant été
non-seulement témoin de ce fait, mais leur ayant lui-même donné
leur petite pitance, étant régent de troisième.» (Voy. aussi
_Madame de Maintenon peinte par elle-même_, 1 vol. in-8, 1810, p.
136.) Madame Suard, l'auteur anonyme, rapporte qu'un prêtre se
présenta à madame de Maintenon au temps de sa plus grande
puissance et lui remit en mémoire ces détails qui rappellent le P.
Duverger.
[72] Elle auroit été recueillie d'abord par M. de Montabert, dit
le P. Laguille, mais nous croyons plutôt qu'il faut lire
Montalembert, l'aïeule maternelle de Françoise d'Aubigné étant une
Montalembert; de là elle auroit été reçue tour à tour chez M. de
Miossens et M. d'Alens, et enfin chez madame de Villette-Murçay,
soeur de son père et femme d'un petit chef d'escadre de la flotte
du Poitou. Il est difficile de croire à toutes ces pérégrinations
de madame de Maintenon quand on songe aux tantes, soeurs de son
père, qu'elle avoit, et aux nombreux amis que le nom seul
d'Agrippa d'Aubigné devoit lui assurer.
[73] Les deux textes redeviennent identiques.
[74] Le premier adorateur de la jeune Françoise d'Aubigné semble
avoir été le chevalier de Méré, bien connu dans la littérature. On
a conservé quelques lettres qu'il lui écrivit. (Voy. _Madame de
Maintenon peinte par elle-même_, p. 8 et 10-11; _Mémoires sur
madame de Sévigné_, par Walckenaër, t. 1, p. 74.) Le chevalier de
Méré lui avoit même proposé de l'épouser (_OEuvres_, Amst., 1692,
lettre 43): «Je ne sache point, lui disoit-il, de galant homme
aussi digne de vous que moi.» Nous n'avons pas à dire que le
chevalier de Méré ne peut guère être pris pour ce villageois mal
bâti dont il est question ici, et qui ne semble guère avoir existé
que dans l'imagination des romanciers.
[75] L'édition qui a précédé celle que nous suivons nomme en
toutes lettres madame de Villette; mais celle-ci, tante de madame
de Maintenon, n'étoit pas sa marraine. V. note 67, p. 72.
[76] Pourquoi ce nom de Guillemette? Nous n'avons pas
d'explication à donner de ce caprice de l'auteur.
[77] Mot particulier à l'Anjou et au Poitou.--La _jambette_ est,
en Anjou, un petit couteau dont le bout est arrondi.
[78] Nous ne voyons aucun fondement à ce conte ridicule, et il est
difficile de dire à laquelle des familles de ce nom appartenoit ce
marquis de Chevreuse.
[79] Autre erreur de l'auteur. Cette nouvelle position de sa
_Guillemette_ est encore une calomnie.
[80] Rendez-vous.
[81] Nouvelle calomnie, si contraire à toutes les traditions que
nous n'avons pas même à la discuter.
[82] _Var._: Ici la 1re édition intercale un long passage mêlé
de prose et de vers. Le voici:
«Ce fut environ vers ce temps-là qu'un jeune homme, venu depuis
peu des Universités, et qui ne savoit pas l'intrigue du marquis
avec Guillemette, en devint effectivement amoureux, et l'auroit
infailliblement épousée sans un accident qui arriva et qui ne lui
permit pas de douter de la bonne intelligence qui étoit entre sa
maîtresse et le marquis de Chevreuse. Cet accident fut une
certaine enflure de ventre causée à la pauvre Guillemette par un
commerce trop fréquent avec son marquis. Elle ne s'en fut pas plus
tôt aperçue qu'elle l'avoua d'abord à celui qui en étoit l'auteur.
Et cependant, pour tromper le jeune bachelier, dont elle espéroit
de faire un mari, elle feignit d'être malade d'une hydropisie. Son
amant le crut quelque temps, mais enfin on lui dessilla les yeux.
Certaines manières libres qu'il avoit remarquées entre Guillemette
et le marquis le firent entrer dans de grands soupçons, et une
confidente affidée qui étoit dans la maison du marquis lui
découvrit le pot aux roses et la véritable cause de cette
hydropisie prétendue. Elle en guérit au bout de neuf mois; et
quoique la chose fût assez secrète et que le jeune homme qui la
recherchoit se soit contenté de la laisser, sans la diffamer, il
ne put s'empêcher pourtant, avant de la quitter, de lui faire
connoître la cause de sa froideur; et, comme il étoit poëte et
qu'il aimoit sa patrie, il fit des vers sur cette aventure, qu'il
lui envoya tout cachetés en forme de lettre. Comme elle en avoit
reçu grand nombre de sa façon où il lui parloit de son amour, elle
crut que c'étoient des vers du même style; mais elle fut bien
surprise quand elle lut ces paroles, qui étoient une raillerie
sanglante du malheur qui lui étoit arrivé: