Omnia fac cum consilio et postea non penitebis.
[Illustration]
liiii Texte
Ne ressemble mye Jason
Qui par medee/ la toison
D’or conquist/ dont puis luy tendit
Tres mauvais guerdon & rendit
liiii Glose.
Jason fut ung chevalier de grece qui alla en estrange contree
c’estassavoir en l’isle de colcos par l’enditement peleus son oncle qui
par envie sa mort desiroit la avoit ung mouton qui la toison avoit d’or
& par enchantement estoit gardé mais comme si forte en fust la conqueste
que nul n’y venist qui n’y perdist la vie. Medee qui fille fut au roy de
celle contree tant print grand amour a Jason que par les enchantemens
que elle sçavoit dont souveraine maistresse estoit donna charmes &
aprint enchantemens a Jason par quoy il conquist la toison d’or & dont
il eut honneur sur tous les chevaliers vivans et fut restoré de mort par
Medee a qui il eut promis a tousjours estre loyal amy/ mais apres foy
lui mentit & aultre ayma & du tout la laissa & relenquit nonobstant fust
elle de souveraine beaulté. Pource dit au bon chevalier que jason ne
vueille ressembler qui trop fut descongnoissant & desloyal a celle qui
trop de bien luy avoit fait comme ce soit villaine chose a chevalier & a
tout noble de estre ingrat & mal congnoissant d’aulcun bien s’il l’a
receu soit de dame damoiselle ou aultre ains luy en doibt souvenir & le
guerdonner a son pouoir. A ce propos dit Hermes. Ne vueilles point
attendre a remunerer a celuy qui t’a bien fait/ car souvenir t’en doibt
a tousjours.
liiii Alegorie.
Jason qui fut ingrat ne doibt le bon esperit ressembler qui des
benefices receuz de son createur ne doibt estre ingrat & dit sainct
bernard sur cantiques que ingratitude est ennemye de l’ame/
amendrissement de vertus/ dispersion de merites/ perdicion de benefices.
Ingratitude est ainsi comme ung vent sec qui seche la fontaine de pitié/
la rousee de grace & le russel de misericorde. A ce propos dit le sage.
Ingrati enim spes tanquam hibernalis glacies tabescet & dispariet
tanquam aqua supervacua. Sapientie xvi. capitulo.
[Illustration]
lv Texte
De la serpent gorgon te gardes
Gard bien que tu ne la regardes
De perseus ayes memoire
Il t’en dira toute l’hystoire.
lv Glose
Gorgon ce dit la fable fut une damoiselle de souveraine beaulté mais
pour ce que phebus jeut avec elle au temple dyane tant s’en couroussa la
deesse que elle le transmua en serpent de tres horrible figure & avoit
telle proprieté celle serpent que tout homme qui la regardoit estoit
soubdainement mué en pierre et pour le mal qui d’elle ensuivoit. Perseus
le vaillant chevalier alla pour combatre a la fiere beste & en la
resplendeur de son escu qui tout fut d’or se myroit pour non regarder la
male serpent & tant fist que le chief luy trencha. Mainte exposition
peult estre faicte sur la dicte fable et peult estre entendue gorgon
pour une cité ou ville qui ja souloit estre de grant bonté/ mais par les
vices des habitans devint serpent & venimeuse c’est a entendre que
maintz maulx faisoit aux marches voisines comme de tout rober & piller &
les marchans & aultres trespassans estoient prins retenuz & mys en
d’esctroicte prison & ainsi estoient muez en pierre. Perseus se mira en
sa chevalerie & alla combatre contre celle cité & la print & luy osta le
pouoir de plus mal faire/ et ainsi peult estre une dame moult belle & de
maulvais affaire qui par sa couvoitise maint desnua de leur avoir/ &
aultres plusieurs entendemens y pevent estre mys. Pource veult dire au
bon chevalier que il se garde de non regarder chose mauvaise qui a mal
se peult attraire. Et dit aristote/ fuys gens plains d’iniquité/ & ensuy
les sages & estudie en leurs livres & te mire en leurs faictz.
lv Alegorie
Que gorgon ne doye regarder/ c’est que le bon esperit ne doit regarder
ne penser aux delicez quelconques/ mais soy mirer en l’escu de estat de
perfection et que delices soyent a fuyr dit Crisostome que comme c’est
impossible que le feu arde en l’eaue ainsi est ce impossible que
compunction de cueur soit entre les delices du monde ce sont deux choses
contraires et qui destruisent l’un l’autre/ car compunction est mere de
larmes et les delices engendrent ris/ compunction restraint le cueur et
les delices l’alargissent. A ce propos dit l’escripture.
Qui seminant in lacrimis: in exultatione metent.
[Illustration]
lvi Texte
Se amour t’acourcist la nuyt
Garde que phebus ne te nuyt
Parquoy tu puisses estre prins
Es liens vulcan & surprins.
lvi Glose
Dit une fable que mars & venus s’entraymoient par amours/ avint une nuyt
que les deux amans bras a bras furent endormis. Phebus qui cler voyt les
surprint & apperceut a vulcan le mari les accusa/ adonc lui qui en ce
point les veit forgea une chaine & ung lien comme celuy qui est febvre
des dieux et au ciel forge les fouldres & de ses chaines d’arain tous
deux les lya ensemble si que mouvoir ne se peurent/ & ainsi les surprint
& monstra aux aultres dieux & tel s’en rioyt qui bien eust voulu en
semblable mesfait estre escheu. Ceste fable peult estre notee a
plusieurs entendemens & mesmes aulcuns pointz touchans la science
d’astronomye & aussi arquemie. Pource dit au bon chevalier que il se
garde en quelque cas que ce soit d’estre surprins par oubly de temps. Et
dit ung sage. A peine est il chose si secrete que d’aulcun ne soit
apperceue.
lvi Alegorie
La ou l’auctorité dit que se amour t’acourcist la nuyt nous dirons que
le bon esperit se doit garder des agaz de l’ennemy/ de cecy dit sainct
leon pape que l’ancien ennemy qui se transfigure en ange de lumiere ne
cesse de tendre partout les las de ses tentations & de espier comment il
puisse espier la foy des creans/ il regarde qui il embrasera de feu de
couvoitise/ qui il enflammera de l’ardeur de luxure/ a qui il proposera
les athemans de gloutonnie/ il examine de toutes les coustumes/ discute
les cueurs/ conjecture les affections/ & la quiert il cause de nuyre ou
il trouve la creature plus diligemment encline et occupee/ pource dit
sainct pierre.
Sobrii estote & vigilate quia adversarius vester diabolus tanquam leo
rugiens circuit querens quem devoret. secunde petri ultimo capitulo.
[Illustration]
lvii Texte
Thamaris ne desprise pas
Pour tant se femme est du pas
Te souvienne ou cirus fut pris
Car chier compara le despris
lvii Glose
Thamaris fut royne moult vaillante dame plaine de grant prouesse et de
grant hardement et moult sage en armes & en gouvernement. Cirus le grant
roy de perse qui avoit conquis mainte region avec grand ost se esmeut
pour aller contre la royne de femenie dont il prisoit moult petit la
force/ mais elle qui fut experte et subtille au mestier d’armes le
souffrit entrer en son royaulme sans soy mouvoir jusques a ce que il se
fut mys es destrois passages entre montaignes ou il y avoit moult fort
pays/ adonc par embuschemens que thamaris eut fait faire fut assailly
Cirus de toutes pars de l’ost des femmes & atant fut mené que prins fut
& ses gens tous mortz & prins/ la royne devant elle le fist mener &
trencher luy fist le chief & getter en une cuve plaine de sang de ses
barons qu’elle eut fait decoler devant luy/ si dist. Cirus qui oncques
ne fut saoulé de sang humain. or en peulz boire ton saoul. & ainsi fina
cirus le puissant roy de perse qui oncques n’avoit peu estre vaincu en
nulle bataille. Pour ce dit au bon chevalier que ja ne soit sy
oultrecuidé qu’il n’ait doubte que mal cheoir luy peult par aulcune
fortune & par moindre de soy. A ce propos dit Platon. Ne desprise nul
pour sa petite faculté/ car ses vertus pevent estre grandes.
lvii Alegorie
Thamaris qui ne doibt estre desprisee pourtant se elle fut femme/ c’est
que le bon esperit ne doibt despriser ne haÿr l’estat d’humilité soit en
religion ou aultre estat/ & que humilité soit a louer dit Jehan cassian
que nullement ne peult l’edifice de vertus en nostre ame soy eslever ne
dresser se premierement ne sont goustez en nostre cueur les fondemens de
vraye humilité lesquelz assis tresfermement puissent soustenir la
haultesse de perfection & de charité/ pource dit le sage.
Quanto major es humilia teipsum in omnibus & coram deo invenies
gratiam. Ecclesiastici. iii. capitulo.
[Illustration]
lviii Texte
Ne laisse ton sens avorter
A fol delict/ ne emporter
Ta chevance/ se demandee
T’est/ et te mires en medee
lviii Glose.
Medee fut une des plus sachans de sors et de sciences qui oncques fut
selon les hystoires. Non obstant ce elle laissa son sens avorter a sa
propre voulenté pour son delict acomplir quant a folle amour se laissa
maistrier si que en Jason mist son cueur et luy donna honneur corps et
chevance dont mauvais guerdon lui rendit. Pour ce dit que le bon
chevalier ne doit en soy laisser vaincre raison a fol delict en
quelconques cas se il veult user de la vertu de force et dit platon ung
homme de legier courage s’ennuye tost de ce qu’il ayme.
lviii Allegorie.
Que son sens ne laisse avorter a fol delict peult estre entendu que le
bon esperit ne doit laisser seigneurier sa propre voulenté/ car se la
seigneurie de sa propre voulenté ne cessoit il ne seroit point d’enfer
ne le feu d’enfer n’auroit point de seigneurie mais que sur la personne
qui laisse seigneurier sa propre voulenté. Ta propre voulenté se combat
contre dieu et se orguillist c’est ce qui despouille paradis & revest
enfer & vuide la value du sang de jesucrist et soubmet le monde a la
servitude de l’ennemy. A ce propos dit le sage.
Virga atque correctio tribuent sapientiam puer autem qui dimittitur
proprie voluntati confundet matrem suam. proverbiorum. xxix. ca.
[Illustration]
lix Texte.
Se a cupido es subgés
Garde toy du grant enragés
Que la roche ne soit boutee
Sur achis et sur galathee
lix Glose.
Galathee fut une nymphe ou une deesse qui aymoit ung jouvencel qui achis
estoit nommé ung geant de layde estature estoit amoureux de galathee &
tant les espia que tous deux les apperceut au creux d’une roche/ adonc
fut surprins de soudaine rage de jalousie/ et tellement escroula la
roche que tout en fut achis agraventé mais galathee qui nymphe fut se
ficha en la mer et par ce fut eschapee. Si est a entendre que le bon
chevalier se garde en tel cas d’estre surprins de tel qui ait puissance
de ce faire.
lix Allegorie
Que du geant se gard qui a cupido est subget c’est que le bon esperit
bien se gard que nulle ymaginacion n’aye au monde ne aux choses
d’icelluy/ ains ait tousjours souvenance que toutes choses mondaines
sont de peu de duree/ et dit saint jerosme sur geremie que il n’est
riens qui doive estre reputé long envers les choses qui prennent fin et
tout nostre temps envers la trinité de paradis. A ce propos dit le sage.
Transierunt omnia velud umbra et tanquam nuncius percurrens Sapientie.
ca. v.
[Illustration]
lx Texte
Fuys la deesse de discorde
Maulx sont ses liens et sa corde
Les nopces peleus troubla
Dont puis mainte gent assembla
lx Glose
Discorde est une deesse de malaffaire & dit une fable que quant peleus
espousa la deesse Thetis dont puis fut né achilles jupiter & tous les
dieux et les deesses furent aux nopces mais la deesse de discorde n’y
fut pas mandee. Et pour ce comme envieuse vint sans mander mais n’y vint
mie pour neant car bien y sceut servir de son mestier. Adonc estoient
assises au disner a une table les trois deesses pallas/ Juno/ venus.
Adonc vint dame discorde qui getta sur la table une pomme d’or ou il eut
escript soit donnee a la plus belle/ adonc fut la feste troublee car
chascune soustenoit que avoir la devoit/ devant jupiter alerent pour
juger de ce discord mais ne voulut complaire a l’une ne desplaire a
l’autre pour ce mist le debat sur paris de troye qui pasteur estoit
adonc comme sa mere eut songié quant de luy estoit enssainte/ que il
devoit estre cause de la destruction de troye/ pour ce fut envoié en la
forest au pasteurs a qui il cuidoit estre filz/ et la mercurius qui
conduisoit les dames luy dit qui filz il estoit. Adonc il laissa brebis
a garder et a troye ala devers son grant parente ainsy le tesmoingne la
fable ou la vraye hystoire est mussee soubz couverture. Et pour ce que
soventesfois mains grans meschiefz aviennent par discorde et debat et
comme ce soit treslaide coustume estre discordant dit au bon chevalier
que discorde doibt fuyr/ et pour ce dit le philosophe pitagoras. ne va
pas en la voye ou croissent les haynes.
lx Allegorie.
Comme il est dit que discorde doit fuir. Ainsi doit le bon esperit fuir
tous empeschemens de conscience/ et que contens & riotes soyent a
eschever dit cassiodore sur le psaultier souverainement dit il fuy
contens et riotes car contendre contre paix est enragerie contendre
contre son souverain c’est forcennerie & contre son subject cest grant
villennie. Pource dit saint pol l’apostre.
Non in contentione et emulatione. Ad romanos.
[Illustration]
lxi Texte.
N’oublies mie le meffait
Se tu l’as a qui que ce soit fait
Car il t’en garde le guerdon
Destruit en fut leomedon
lxi Glose.
Leomedon comme j’ay dit devant fut roy de troye et grant villennie eut
fait aux barons gregois de les exiller de sa terre laquelle ilz
n’oublirent mie/ ains oublié l’eut leomedon quant les gregois luy
coururent sus qui le surprindrent despourveu si le destruirent et
occirent pour ce dit au bon chevalier que se il a a aucun meffait que il
soit sur sa garde/ car estre peult certain que celluy ne l’oubliera mie
ains s’en vengera quant il pourra en temps et en lieu. Et a ce propos
dit hermes gardes que tes ennemys ne te surprennent despourveument.
lxi Allegorie
Que il ne doibt oublier le meffait se il l’a a aultruy meffait peult
estre entendu que quant le bon esperit se sent encheu en peché par
faulte de resistence il doit penser que punition en sera faite comme il
est des damnez se il ne s’amende/ et de ce dit sainct gregoire que la
justice de dieu va maintenant tout bellement et a lent pas mais au temps
advenir elle recompensera plus griefvement la misericorde tardera de son
attente. A ce propos dit le prophete joel.
Convertimini ad dominum deum vestrum quia benignus et misericors est
patiens & multe misericordie prestabilis super maliciam. Ihoelis
tercio ca.
[Illustration]
lxii Texte.
S’il advient que d’amours affolles
Garde au moins a qui tu parolles
Que ton fait ne soit emmeslé
Souvienge toy de semellé
lxii Glose
Dit une fable que semelle fut une damoiselle que jupiter ayma par amours
juno qui en jalousie en fut print la semblance d’une ancienne femme et
vint a semelle et par belles parolles la print a raisonner et tant fist
que semelle luy congneut toute l’amour d’elle et de son amy & d’estre
bien aymee & congneue de son amy s’alloit vantant. Adonc la deesse dist
a celle qui garde ne se prenoit de la decepvance que de riens ne
s’estoit encore apperceue de l’amour de son amy mais quant elle seroit
avecques luy que elle luy requist ung don/ & quant bien luy auroit
promis & accordé que elle luy demandast que en telle maniere la voulsist
accoler comme il accoloit juno sa femme quant avec elle se vouloit
solacier & par celle maniere pourroit appercevoir l’amour de son amy.
Semelle ne l’oublia mie/ et quant la requeste eut faicte a jupiter qui
promis luy eut/ et comme dieu ne le peult rapeller en fut moult dolent
et bien sceut que elle avoit esté deceue. Adonc print jupiter semblance
de feu et accola s’amye qui en peu d’heure fut toute arse et brouye/
dont a jupiter moult pesa de l’aventure. Sur ceste fable pevent estre
mis plusieurs entendemens & mesmes sur la science d’astronomie/ comme
disent les maistres/ mais il peult estre que par aucune voye fut deceue
une damoiselle par la femme de son amy pour quoy lui mesmes la fist
mourir par ignorance. Et pour ce dit au bon chevalier que il se doit
garder quant il parle de chose que il veult celer devant qui il la
propose & a qui il parle/ car par les circonstances pevent estre
entendues les choses pour ce dit hermes/ ne revele point les secretz de
tes pensers fors a ceulx que tu auras bien esprouvez.
lxii Allegorie.
Que il garde a qui il parle pouons entendre que le bon esperit quelque
soient ses bonnes pensees se doibt garder en tous cas ou il pourroit
cheoir male suspicion a aultruy comme dit saint augustin au livre de
verbis que nous ne devons pas tant seulement avoir cure d’avoir bonne
conscience/ mais tant comme peult nostre enfermeté tant comme la
diligence de fragilité humaine devons avoir cure que nous ne façons
chose qui vienne a mauvaise suspicion a noz freres. A ce propos dit
saint pol.
In omnibus prebe te exemplum bonorum operum. Ad titum. ii. ca.
[Illustration]
lxiii Texte.
Ne suys mie trop le deduit
De diane/ car il n’a duit
Aux poursuivans chevalerie
Eux amuser en chasserie
lxiii Glose
Dyane est appellee deesse des boys et de chasserie. si veult dire que le
bon chevalier poursuivant le hault nom des armes ne se doit trop amuser
en deduit de chace car c’est chose qui appartient a oysiveté. Et dit
aristote que oysiveté permaine a tous inconveniens.
lxiii Allegorie
Que le deduit diane ne doye trop suivir qui est dicte pour oysiveté peut
mesmes noter le bon esperit et que elle soyt a eschever/ dit sainct
gregoire fai tousjours aucune oeuvre de bien/ a ce que l’ennemy te
treuve occupé en aucune bonne excitacion. A ce propos est il dit de la
sage femme.
Consideravit semitas domus sue & panem ociosa non comedit Prover.
xxxi. ca.
[Illustration]
lxiiii Texte.
Ne te vantes/ car mal en print
A yraignes qui trop mesprint
Que contre pallas se vanta
Dont la deesse l’enchanta
lxiiii Glose
Yraignes ce dit une fable fut une damoiselle moult subtille en l’art de
tissir et de filerie/ mais trop se oultrecuida de son savoir/ et de fait
se vanta contre pallas dont la deesse s’ayra contre elle qui pour icelle
vantance la mua en yraigne. Et dist puis que tant se vantoit de tissir &
filer a tousjours mais fileroit et tristroit ouvrage de nulle value/ &
adonc devindrent elles yraignes qui encore filent & tissent si peut
estre que aucune se vanta contre sa maistresse dont mal luy en print en
aucune maniere.
Pource dit au bon chevalier que vanter ne se doibt/ et moult est laide
coustume a chevalier estre vanteur & qui trop peult abaisser le los de
sa bonté/ & semblablement dit platon quant tu feras une chose mieux que
ung aultre garde de te vanter car ta valeur en seroit trop moindre.
lxiiii Allegorie
Que il ne se doit vanter pouons dire que le bon esperit se garde de
vantise Et contre vantance dit saint augustin ou dousieme livre de la
cité de dieu que vantance n’est pas vice de louenge humainne/ mais est
vice de l’ame parfaite qui ayme la louenge humainne et despite la vraye
tesmoignance de sa propre conscience. A ce propos dit le sage.
Quid prosint nobis superbia aut diviciarum jactantia quid contulit
nobis. sapien. quinto ca.
[Illustration]
lxv Texte.
Se trop grant voulenté te chasse
A moult aymer deduit de chasse
De adonius au moins te recort
Qui fut par le porc sanglier mort
lxv Glose.
Adonius fut ung damoisel moult cointe & de grant beaulté venus l’aima
par amours/ mais pour ce que trop il se delectoit en chasserie venus qui
se doubtoit que mal luy en veinst par aucune mesaventure par maintes
fois luy pria que il se gardast de chasser a la grosse beste mais riens
n’en voulut faire adonius si fut occis par ung porc sauvage. Pource dit
au bon chevalier que se il veult a toutes fins chasser que il se garde
de tel chace dont mal luy peult venir. A ce propos dit sedechias le
prophete. Que ung roy ne doit laisser son filz trop user de chasse ne de
oysiveté/ ains le doit faire instruire a bonnes meurs et fuyr vanitez.
lxv Allegorie.
Que de adonius luy doibt souvenir peult estre entendu que se le bon
esperit est aucunement desvoyé que a tout le moins lui doit souvenir du
grant peril de perseverance car comme l’ennemy ait grant puissance sur
les pecheurs/ dit saint pierre en sa seconde epistre que les pecheurs
sont serfz de corruption & l’ennemy a puissance sur eulx car celluy qui
est surmonté d’un aultre en bataille est devenu son serf/ et en signe de
ce cy est dit en l’apocalipse.
Data est bestie potestas in omnem tribum et populum. Apocal. xiii. ca.
[Illustration]
lxvi Texte.
S’il advient que ennemis t’assaillent
Garde que toy ne tes gens ne saillent
Contre eulx dont ta cité desample
Prens a la prime troye exemple
lxvi Glose.
Quant hercules avec grant foison de grecz vindrent sur la premiere troye
& le roy leomedon eut ouy dire leur venue. Adonc luy & toute la gent que
il peult avoir en la cité saillirent dehors et allerent contre eulx au
rivage & la s’assemblerent par moult fiere bataille et fut la cité
reverse de gens et vuidee. Adonc thalamon & ceulz qui embuschez
s’estoient atout grant ost pres les murs de la cité se ficha ens & ainsi
fut la premiere troye prise/ pour ce dit au bon chevalier que il se
garde que par tel tour ne puist estre deceu de ses ennemis. Et dit
hermes/ garde toy de l’aguet de tes ennemis.
lxvi Allegorie
Ce que il se doibt garder se ennemys l’aissaillent que sa cité ne soit
vuide c’est que le bon esperit se doibt tousjours tenir saisy et rempli
de vertu/ & de ce cy dit saint augustin que ainsi comme en temps de
guerre les gens d’armes ne se dessaisissent point de leurs armeures & ne
les despouillent point jour ne nuit aussi durant le temps de la vie
presente ne doivent point estre despouillez de vertus car celluy que
l’ennemy treuve sans vertus est ainsy comme celluy que l’adversaire a
trouvé sans armeures. Pour ce dit l’evangille.
Fortis armatus custodit atrium suum. Luce. xi. ca.
[Illustration]
lxvii Texte.
Trop ne t’assottes de la lire
Orpheus se tu veulx eslire
Armes pour principal mestier
D’instrument suivir ne as mestier
lxvii Glose.
Orpheus fut ung poete et dit la fable que il savoit tant bien jouer de
la lire que mesmes les eaues courans en retournoient leurs cours & les
oyseaux de l’air/ les bestes sauvagez & les fiers serpens en oublioient
leur cruaulté & s’arestoient a escouter le son de la lire. Si est a
entendre que il tant bien sonnoit que toute gent de quelque condicion
que ilz fussent se delectoient a escouter le poete jouer. Et pour ce que
telz instrumens assotent souventesfois les cueurs des hommes dit au bon
chevalier que trop ne s’y doibt delecter comme il n’affiere aux
poursuivans chevalerie a eux trop amuser en instrumens ne aultres
oyseuseté. A ce propos dit une auctorité. Le son de l’instrument est le
las du serpent/ et dit platon. celuy qui a du tout mis sa plaisance aux
delices charnelz est plus serf que ung esclave.
lxvii Allegorie
La lire orpheus dont ne se doit assoter pouons prendre que l’esperit
chevalereux ne se doibt assoter ne amuser en quelconque compaignie
mondaine soyent parens ou aultres/ dit sainct augustin au livre de la
singularité des clercz que moins est stimulé des aguillons de la chair
le solitaire qui ne hante point en la frequentation des voluptez/ et
moins sont ilz molestés d’avarice qui ne voient point les riches du
monde. pour ce dit david.
Vigilavi & factus sum sicut passer solitarius in tecto.
[Illustration]
lxviii Texte
Ne fondes sur avision
Ne dessus fole illusion
Grand emprinse/ soit droit ou tort
Et de paris ayes recort.
lxviii Glose
Pource que paris avoit songé que en grece yroit dont pour celuy songe
fut fait grant armee & envoyee de troye en grece ou paris ravit heleyne/
dont pour celluy meffait amender vindrent apres sur troye tout le pouoir
de grece qui sy grant pays estoit lors que il duroit jusques au pays que
nous appellons pouille & calabre ou ytalie & lors estoit appellé la
petite grece/ & d’iceluy pays fut Achiles & les mirmidonnois celle
grande quantité de gens confondirent troye & tout le pays.
Pource dit au bon chevalier que sur avision ne doibt emprendre grant
chose a faire/ car grant mal en peult venir a grant essoine/ & que
grande emprinse ne doye estre faicte sans grande deliberation de
conseil/ dit Platon. Ne fay chose que ton sens n’ait avant pourveu.
lxviii Alegorie
Que grant emprinse ne doibt estre faicte pour avision/ c’est que le bon
esperit ne doibt nullement presumer de soy ne soy eslever en arrogance
pour quelconque grace qui de dieu luy soyt donnee. Et dit sainct
gregoire es morales que quatre especes sont esquelles toute l’enfleure
des arrogans est demonstree. La premiere quant le bien que ilz ont ilz
reputent que ilz le ont de eulxmesmes. La seconde quant le bien que ilz
ont se ilz le cuydent avoir eu de dieu si le cuydent ilz avoir bien
desservi & receu pour leurs merites. La tierce quant ilz se vantent
d’avoir le bien que ilz n’ont mye. La quarte quant ilz desprisent
aultruy & desirent que on sache le bien qui est en eulx. Contre ce vice
parle le sage es proverbes.
Arroganciam & superbiam & os bilingue detestor. Proverbiorum octavo
capitulo.
[Illustration]
lxix Texte
Se trop aymes chiens & oyseaulx
D’antheon le gent damoyseaulx
Qui serf devint/ bien t’en souvienne
Et gard qu’autant ne t’en advienne
lxix Glose
Antheon fut ung damoisel moult courtois & de gentilles conditions & trop
aymoit chiens & oyseaulx & dit la fable que ung jour chassoit tout seul
par une forest espesse ou ses gens l’eurent perdu. Adonc comme dyane la
deesse des bois eust chassé par la forest jusques a l’heure de mydi si
fut eschauffee & ardant pour l’ardeur du soleil parquoy talent luy vint
d’elle baigner en une fontaine clere & belle qui la estoit/ & comme
toute nue fust avironnee de nimphes & deesses qui la servoient. Antheon
qui garde ne s’en prenoit s’embati sur elle & la deesse veit toute nue a
qui pour sa grant chasteté la face de honte rougit & moult fut dolente/
si dist adonc/ pource que je sçay que les damoyseaulx se vantent &
gabent des dames & des damoiselles/ affin que vanter ne te puisses que
m’ayes veue je t’osteray de parler la puissance. Adonc le mauldit/ &
tantost Antheon devint cerf ramage ne il ne luy demeura de sa forme
humaine fors seulement l’entendement dont luy plain de grant doleur & de
soubdaine paour alloit fuyant par le boscage & tost fut accueilly de ses
propres chiens & chassé de sa mesme gent qui par la forest l’aloyent
cerchant mais or l’ont trouvé mais ne l’ont mye recongneu la fut attaint
Antheon qui devant sa gent ploura a grosses gouttes & voulentiers leur
criast mercy se parler peust/ & des lors commencerent les cerfz a
plourer a la mort/ la fut antheon occis & martiré a grant douleur de sa
mesme mesgnie qui en peu d’heure l’eurent tout devoré.
Sur ceste fable pevent estre faictes maintes diverses expositions/ mais
a nostre propos peult estre ung jouvencel qui du tout s’abandonnoit a
oyseuseté/ & tout despendit son avoir & sa chevance au delict de son
corps & en deduyt de chace & en tenir mesgnie oyseuse/ par ce peult
estre dit qu’il fut haÿ de dyane qui notte chasteté & devoré de sa
propre gent.
Pource veult dire au bon chevalier que il se garde d’estre surprins en
mesmes cas. Et dit ung sage. Oyseuseté engendre ignorance & erreur.
lxix Alegorie
Par antheon qui serf devint/ pouons entendre le vray penitent qui
pecheur souloit estre. Or a matté sa propre chair & faicte serve a
l’esperit & prins l’estat de penitence. Dit sainct augustin sur le
psaultier que penitence est ung faiz bien aisé & une cherge legiere/ &
ne doibt estre appellé faiz d’homme ne charge mais asles d’oyseaulx
volans/ Car ainsi comme les oyseaulx portent en terre la charge de leurs
esles & leurs esles les portent au ciel. Ainsi se nous portons en terre
la charge de penitence elle nous portera au ciel. A ce propos dit
l’evangile.
Penitentiam agite appropinquabit enim regnum celorum. Matthei. iii.
capitulo.
[Illustration]
lxx Texte
Ne va pas aux portes de fer
Querre Erudice en enfer
Pou y gaigna a tout sa lyre
Orpheus/ si com j’oy lyre.
lxx Glose
Orpheus le poete qui si bien harpoit dit une fable que il se maria a la
belle Erudice/ mais le jour de ses nopces se alloit esbaloyant par ung
pray piedz nudz pour la chaleur du temps/ ung pastour couvoita la belle
& pour elle efforcer se mist au cours & elle qui devant luy fuyoit pour
crainte de luy fut morse au talon d’un serpent qui fut mussé soubz
l’herbe/ dont la pucelle fut morte en petite termine/ Trop fut dolent
orpheus de celle male aventure & adonc print sa lyre & s’en va aux
portes de fer en la valee tenebreuse devant le palais infernal/ & adonc
print a herper ung piteux lay & a chanter si doulcement que tous les
tormentz d’enfer en appaiserent & tous les infernaulx offices furent
cessez pour escouter le son de la lyre/ & mesmement proserpine la deesse
d’enfer fut meue de grant pitié/ adonc Pluto Lucifer Cerberus & Acaron
qui veirent pour le herpeur les offices delaisser des infernales peines
luy rendirent sa femme/ par tel sy que il yroit devant & elle apres sans
soy retourner arriere ou il la perdroit sans jamais recouvrer tant que
hors fussent saillyz de l’obscur palu/ mais celuy qui trop aymoit ne se
peult tenir de se retourner pour s’amye regarder/ & tantost Erudice de
lui se depart & reffuyt en enfer ne plus ravoir ne la peult.
Ceste fable peust estre entendue en assez de manieres. Et peult estre
ung a qui sa femme fut tollue & puis rendue/ & puis la reperdit/ ou
peult estre chastel ou aultre chose. Mais a nostre propos peult estre
dit que bien quiert erudice en enfer qui quiert chose impossible ne pour
icelle recouvrer on ne se doibt donner melancolie. Ce mesmes dit solin.
Somme/ folie est de querre ce qui est impossible a avoir.
lxx Alegorie
Que il ne doye aller querre erudice en enfer/ pouons entendre que le bon
esperit ne doibt tendre ne requerir a dieu chose miraculeuse ne
merveillable qui est appellee tempter dieu. Et dit sainct augustin sur
l’evangile sainct Jehan que la requeste que la creature fait a dieu
n’est pas exaulcee quant elle requiert chose qui ne se peult faire ou
qui ne se doibt faire ou chose dont elle useroit mal se elle luy estoit
ottroyee ou chose qui blesseroit son ame se elle estoit exaulcee/ et
pource de la misericorde de dieu vient se il ne donne mie a la creature
chose dont il scet qu’elle useroit mal. A ce propos dit sainct jacque
l’apostre en son epistre.
Petitis & non accipitis eo quod male petatis. Jacobi. iiii. cap.
[Illustration]
lxxi Texte
Se droitz chevaliers veulz congnoistre
Et fussent ilz enclos en cloistre
L’essay qu’on fist a Achiles
T’apprendra a esprouver les
lxxi Glose
Achiles ce dit une fable fut filz a la deesse thetis/ & pource que elle
sçavoit comme deesse que se son filz hantoit armes que il y mourroit/
elle qui trop l’aymoit de grant amour le cela en vesture de pucelle &
voiler le fist comme nonne en l’abbaye de la deesse vesta/ longuement
fut celé achiles tant qu’il fut pres que parcreu. Et dit la fable que la
engendra pirrus qui apres fut moult chevalereux en la fille du roy
ystrus. Adonc commencerent les grans guerres troyennes & sceurent les
grecz par leurs fors que necessité leur estoit d’avoir achiles/ partout
fut quis/ mais nouvelle n’en peut estre ouye. Ulixés qui trop fut plain
de grant malice par tout le queroit/ si vint au temple/ mais comme il
n’en peust appercevoir la verité s’avisa de grant cautelle/ adonc ulixés
print aneletz guinples/ conroyes/ aulmosnieres & joyaux a dames & avec
ce armeures a chevaliers belles & cointes si getta tout emmy la place
present les dames & dist que chascune prensist le mieulx a sa plaisance/
& adonc comme toute chose traye a sa nature/ les dames coururent aux
joyaux/ & achiles print les armeures/ & lors le courut embrasser ulixés
& dist que c’estoit ce qu’il queroit. Et pource que les chevaliers
doibvent estre plus enclins aux armes que aux cointeries mignotes qui
aux dames appartiennent veult dire l’auctorité que a ce peult on
congnoistre le droit chevalier. A ce propos dit leginon. Le chevalier
n’est congneu fors aux armes. Et dit hermes. Esprouvez les hommes avant
que y ayez trop grant fiance.
lxxi Alegorie
Ou il dit se droitz chevaliers veulz congnoistre/ nous pouons prendre
que le chevalier jesuchrist doibt estre congneu aux armes de bonnes
operations/ & que tel chevalier ait le loyer deu aux bons dit sainct
hierome que la justice de dieu ainsi comme elle ne laisse nul mal
impugny/ aussi ne laisse elle nul bien inremuneré/ si ne doibt doncques
aux bons nul labeur sembler dur/ ne nul temps [l]ong quant ilz attendent
la gloire perdurable en louyer. Pour ce dit la saincte escripture.
Confortamini & non dissolvantur manus vestre erit enim merces operi
vestro. secundi paralipomenon. xv. c.
[Illustration]
lxxii Texte.
N’estrivez a athalenta
Car plus que toy grant talent a
De fort courre/ c’est son mestier
De tel cours tu n’as nul mestier
lxxii Glose.
Athalenta fut une nimphe de moult grant beauté mais dure estoit sa
destinee car pour cause d’elle plusieurs perdirent la vie. Ceste
damoiselle pour sa grant beauté fut de plusieurs couvoitee a avoir en
mariage/ mais ung tel edict estoit fait que nul ne l’auroit s’il ne la
vaincquoit au cours & se elle le vainquoit il devoit mourir et par celle
voye plusieurs moururent. Cestuy cours peult estre entendu en plusieurs
manieres/ et peult estre aucune chose moult couvoitee de plusieurs/ mais
sans grant travail nul ne la pouoit avoir/ le cours que celle faisoit
estoit la deffense et resistence de la chose. Et mesmement peult estre
notee la fable ou plusieurs font grant estrif sans necessité/ si veult
dire l’auctorité que a homme dur et courageux grant estriveur ne luy
doibt chaloir de trop estriver de choses inutiles qui ne sont touchant
son honneur/ ne dont il luy puist chaloir/ car maintz grans maulx sont
maintesfois ensuivis par tel estrif. Et dit thesibelle. Tu dois faire ce
qui est le plus prouffitable au corps/ et le plus convenable a l’ame et
fuyr le contraire.
lxxii Allegorie
N’estrives athalenta pouons entendre que le bon esperit ne se doibt
point empescher de chose que le monde face ne en quel gouvernement il
soit. Et de ce dit saint augustin en une epistre que le monde est plus
perilleux quant il est souef aux creatures que quant il est aspre mais
plus le voit on moleste et moins s’en doit on empescher & moins quant il
attrait a son amour que quant il donne occasion d’estre despité. A ce
propos dit jehan l’evangeliste en sa premiere evangile.
Si quis diligit mundum non est caritas patris in eo. i. Jo. ii. c.
[Illustration]
lxxiii Texte
Comme Paris ne juge pas
Car on reçoipt maint dur repas
Par male sentence ottroyer
Maintz en ont eu maulvais loyer
lxxiii Glose
Dit la fable que les trois deesses de grant puissance/ c’estassavoir
Pallas deesse de sçavoir Juno deesse d’avoir & Venus deesse d’amours
vindrent devant paris tenans une pomme d’or qui disoit soit donnee a la
plus belle & plus puissant/ de celle pomme fut grant descort/ car
chescune disoit que avoir la devoit & sur paris s’en furent mys de ce
discort. Paris diligemment voulut enquerre de la force de chescune a par
soy. Lors dist pallas/ je suys deesse de chevalerie & de sagesse & par
moy sont departies armes aux chevaliers/ & science aux clercz & se la
pomme tu me veulx donner saches que sur tous te feray chevalereux & tous
aultres passer en toutes sciences. Apres dit juno deesse d’avoir et de
seigneurie/ par moy sont departis les grans tresors au monde & se la
pomme me veulz donner riche & puissant te feray plus que nul aultre.
Apres parla venus par moult amoureuses parolles & dist/ je suys celle
qui tient escolles d’amours & de joliveté & qui les folz fais estre
sages & les saiges fais foloyer/ les riches fais mendier/ & les exillez
enrichir/ ne il n’est puissance qui a la mienne se compare/ & se la
pomme tu me veulz donner l’amour a la belle Heleyne de grece te sera par
moy donnee qui plus te pourra valoir que ne feroit nul aultre avoir. Et
adonc Paris donna sa sentence & renonça a chevalerie & a sagesse & a
avoir pour venus a qui il donna la pomme/ pour laquelle achoison fut
puis troye destruycte. Si est a entendre pource que Paris ne fut point
chevalereux & ne lui chalut de grant sçavoir/ mais en amours furent
toutes ses pensees est entendu que a venus donna la pomme d’or. Et
pource dit au bon chevalier que semblablement ne doibt faire/ & dit
pitagoras/ le juge qui ne juge justement dessert tout mal.
lxxiii Alegorie
Paris qui jugea folement c’est que le bon esperit se doit garder de
faire jugement sur aultruy/ de ce parle sainct Augustin contre les
manichees que deux choses sont que nous devons par especial eschever/
jugement sur aultruy premierement/ car nous ne sçavons de quel courage
sont les choses faictes lesquelles condemner c’est grant presumption si
la devons interpreter en la meilleure partie. secondement car nous ne
sommes point certains quelz seront ceulx qui maintenant sont bons ou
mauvais. A ce propos dit nostreseigneur en l’evangile.
Nolite judicare & non judicabimini in quo enim judicio judicaveritis/
judicabimini. Mathei vii. c.
[Illustration]
lxxiiii Texte
En fortune la grant deesse
Ne te fies/ n’en sa promesse
Car en peu d’heure elle se change
Le plus hault souvent gette en fange
lxxiiii Glose
Fortune selon la maniere de parler des poetes peult bien estre appellee
la grant deesse/ car par elle nous veons le cours des choses mondaines
gouverner & pour ce que elle promet a maintz assez prosperités/ & de
fait en donne a aulcuns & les retoult en petit d’heure quant il luy
plaist. dit au bon chevalier que il ne se doibt fier en ses promesses ne
desconforter pour ses adversitez/ et dit Socrates/ les tours de fortune
sont comme engins a prendre poissons.
lxxiiii Alegorie
Par ce que il dit que il ne se doibt fier en fortune pouons entendre que
le bon esperit doibt fuyr et despriser les delices du monde. de ce dit
Boece au tiers livre de consolation que la felicité des epicurees doibt
estre appellee infelicité. Car c’est la plaine & parfaicte felicité qui
peult l’homme faire souffisant/ puissant/ reverend/ sollennel et joyeux/
lesquelles condicions ne prestent point les choses ou les mondains
mettent leurs felicitez. Pource dit dieu par le prophete ysaÿe.
Popule meus qui te beatam dicunt ipsi te decipiunt.
[Illustration]
lxxv Texte
Pour guerre emprendre & avancer
Ne fay pas paris commencer
Car mieulx sçauroit je n’en doubt mye
Soy deduyre es beaulx bras s’amye
lxxv Glose
Paris ne fut mie condicioné aux armes/ mais du tout a amours. Et pource
dit au bon chevalier que il ne doibt mye faire capitaine de son ost ne
de ses batailles chevaliers non condicionés aux armes. Et pour ce dit
Aristote a Alixandre. Tu doibs establir connestable de ta chevalerie
celluy que tu sentiras sage & expert aux armes.
lxxv Alegorie
Que a paris ne face guerre encommencer/ c’est que le bon esperit tendant
a la seule chevalerie du ciel doibt du tout estre soustrait du monde &
avoir esleue la vie contemplative. Et dit sainct gregoire sur ezechiel
que la vie contemplative a bon droit est preferee a la vie active comme
la plus digne & la plus grande car la vie active se travaille au labeur
de la vie presente/ mais la vie contemplative si commence ja a gouster
la saveur du repos advenir.
Pour ce de marie magdaleyne par qui contemplacion est figuree/ dit
l’evangile.
Optimam partem elegit sibi maria que non aufferetur ab ea in eternum.
Luce. x. ca.
[Illustration]
lxxvi Texte
Ne te chaille de nul guettier
Mais t’en va tousjours ton sentier
Cephalus o son glavelot
Le t’apprent/ & la femme loth
lxxvi Glose
Cephalus fut ung ancien chevalier dit une fable que toute sa vie se
estoit moult delecté en deduyt de chace & a merveilles sçavoit bien
getter ung glavelot qu’il avoit qui avoit telle proprieté que ja ne fust
getté en vain & tout occioyt autant qu’il attaignoit. Et pour ce que
acoustumé avoit de soy lever au matin & aller a la forest la saulvagine
guetter/ sa femme en fut en grant jalousie que luy d’aultre que d’elle
fust amoureux & pour la verité sçavoir alla apres pour le guetter.
Cephalus qui au boys estoit quant il ouyt la feullee bruyre ou sa femme
se mussoit cuida que saulvagine fust/ atant lansa son glavelot & sa
femme attaint si l’occist/ dolent fut de la mesaventure cephalus/ mais
remede n’y peut estre mys. La femme loth comme tesmoigne la saincte
escripture se retourna arriere contre le commandement de l’ange quant
elle ouyt derriere soy fondre les cinq citez & pour ce fut tantost
tournee en une masse de sel. Et comme toutes choses soyent figureez y
peult estre mys assez d’entendemens/ mais a la prendre a la verité pour
exemple/ nul bon ne se doibt delecter a guetter aultruy en chose qui ne
luy doit appartenir et comme nul ne vouldroit estre guetté/ dit Hermes/
ne fay a ton compaignon nonplus que tu vouldroyes que il te feist & ne
vueilles tendre les las pour prendre les hommes ne pourchasser leurs
dommages ne deshonneur par aguet ou par cautelle/ car au derrenier
tourneroit sur toy.
lxxvi Alegorie
Que il ne luy doit chaloir de nul guetter peult estre entendu que le bon
esperit ne se doibt donner peine de sçavoir fait d’aultrui ne d’enquerir
d’aultruy nouvelles. Et dit sainct jehan crisostome sur l’evangile
sainct mathieu/ comment dit il/ es faitz d’autruy voys tu tant de
petites deffaultes & en tes propres faitz tu laisses passer tant grans
deffaultes/ se tu t’aymes mieulx que ton prochain pour quoy t’empesches
tu de ses faitz & laisses les tiens/ soyes premierement diligent de
considerer tes faitz/ & puis considere les faitz d’aultruy. A ce propos
dit nostreseigneur en l’evangile.
Quid autem vides festucam in oculo fratris tui? trabem autem in oculo
tuo non vides Matthei. vii. capitulo.
[Illustration]
lxxvii Texte.
Ne desprises pas le conseil
Helenus je le te conseil
Car souvent advient maintz dommages
Par non vouloir croire les sages
lxxvii Glose
Helenus fut frere hector et filz priam et moult fut sage clerc et plain
de science/ sy desconseilla tant comme il peut que paris n’allast en
grece ravir la belle heleyne/ mais il n’en fut mie creu dont grant
dommage vint aux troyens. Pource dit au bon chevalier que les sages on
doibt croire et leur conseil. Et dit hermes/ qui honnoure les sages et
use de leur conseil est perpetuel.
lxxvii. Allegorie
Helenus qui desconseilloit la guerre c’est que le bon esperit doit
eschever les tentacions/ et dit saint hierome/ que le pecheur n’a nulle
excusation qui se laisse surmonter de tentation/ car l’ennemy tenteur sy
est si foible que il ne peult surmonter sinon celluy qui se veult rendre
a luy. Et ce dit saint pol l’apostre.
Fidelis deus qui non patietur vos temptari supra id quod potestis: sed
faciet etiam cum exultatione proventum ut possitis sustinere. i. ad
corinthios. x. ca.
[Illustration]
lxxviii Texte.
Ne t’esjouys trop ne te troubles
Pour les avisions moult troubles
Morpheus qui est messagier
Au dieu qui dort et fait songier
lxxviii Glose
Morpheus ce dit une fable est filz et message au dieu dormant & est dieu
de songe et fait songier. Et pour ce que songe est chose moult trouble
et obscure/ et aucunefois riens ne signifie et aucunefois tout le
contraire signifie de ce que on a songié/ ne il n’est sy sage qui
proprement en puisse parler quoy que les expositeurs en dient dit au bon
chevalier que esjouyr ne troubler ne se doit pour telz avisions dont on
ne peult monstrer certaine signification ne a quoi elles doivent
tourner/ et mesmement comme on ne se doibt ne troubler ne esjouyr des
choses de fortune qui sont transitoires dit socrates. Tu qui es homme ne
te doibs trop esjouyr ne troubler pour quelconque cas.
lxxviii Allegorie.
Ou il dit que trop ne se doit on esjouir ne troubler pour avisions/
dirons que le bon esperit ne se doit trop esjouir ne trop troubler pour
quelconque cas qui lui avienne et que il doit porter les tribulations
paciamment dit saint augustin sur le psaultier. Beau filz dit il se tu
pleures des maulx que tu sens si pleure soubz la correction de ton pere.
Se tu te plains des tribulations qui te surviennent garde que ce ne soit
par indignacion ne par orgueil/ car l’adversité que dieu t’envoye t’est
medicine non pas peine c’est chastiement non pas damnacion/ ne redoubtes
mye la verge de ton pere se tu ne veulx que il te reboute de son
heritage/ & ne penses mye la peine que tu as a soustenir son flayel/
mais considere quel lieu tu as en son testament. A ce propos dit le
sage.
Esse quod tibi applicatum fuerit accipe et in dolorem sustine et in
humilitate patientiam habe. Ecclesiastici. ii. ca.
[Illustration]
lxxix Texte
Se par mer tu veulx entreprendre
Voyage perilleux et prendre
Croy le conseil de alchioine
De ceÿs te dira l’essoine
lxxix Glose.
Ceÿs fut ung roy moult preudhom et moult aimé de alcioine sa femme
devocion print au roy d’aler par mer en ung perilleux passage par temps
de tempeste se mist en mer/ mais alcioine sa femme qui trop l’aymoit de
grant amour se mist en grant peine de luy destourner d’icelluy voyage et
a grans pleurs et larmes moult l’en prioit mais pour elle n’y peult
estre remede mis ne avecquez luy aler ne la voulut laisser ce que elle
vouloit a toutes fins et dedens la nef se getta au departir/ mais le roy
Ceÿs la reconforta & la fist a force remaindre/ dont moult fut
anguoisseuse et dolente/ car trop estoit en grant soucy dont tant veoit
colus le dieu des ventz meu sur la marine/ Ceÿs le roy dedens briefz
jours apres perit en mer dont quant alcioine sceut l’aventure se getta
en mer/ mais dit la fable que les dieux en eurent pitié et muerent les
corps des deux amans en deux oyseaulx affin que de leur grant amour fust
memoire perpetuelle. Si volent encore sur la marine les oyseaulx qui
alcioines sont appellez/ et de blanc plumage sont. Et quant les
mariniers venir les voyent adonc sont certains de tempeste avoir.
La droite exposicion peult estre que deux aimans s’entraimerent par
semblable maniere en mariage que le poete a comparez ausditz oyseaulx.
Si veult dire que le bon chevalier ne se doit mettre en perilleux
voyages sans le conseil de ses bons amis et dit assalon le sage
s’efforce d’eslongnier dommage et fol met grant peine a le trouver.
lxxix Allegorie
Que alcioine doibve croire c’est que se le bon esperit est par mauvaise
tentacion empesché d’aucune erreur ou doubte en sa pensee que il se doit
rapporter a l’opinion de l’eglise et dit saint ambroise au second livre
des offices que celluy est forcené qui despite le conseil de l’eglise
car joseph moult plus prouffitablement ayda le roy pharaon du conseil de
sa prudence que se il lui eust donné de l’argent/ car argent n’eust peu
pourveoir a la famine du royaulme d’egipte comme fist le conseil de
joseph qui remedia contre la famine d’egipte l’espace de cinq ans/ &
puis conclud croy le conseil et tu ne te repentiras point. A ce propos
dit le sage es proverbes en la personne de l’eglise.
Custodi legem meam atque consilium & erit vita anime tue.
proverbiorum. iii. ca.
[Illustration]
lxxx Texte.
A conseil d’enfant ne t’acordes
Et de troylus te recordes
Croy les viellars et les expers
Mais charge d’armes les appers
lxxx. Glose
Quant le roy priam eut fait reediffier troye qui pour la cause du
congeement de ceulx qui aloient en colcos eut esté destruicte. Adonc
d’icelle destruction voulut priam faire la vengance/ adonc assembla son
conseil ou moult eut de haulx barons et sages/ pour savoir se bon seroit
que paris son filz alast en grece ravir heleyne en eschange d’esyona sa
seur qui eut esté prinse par thalamon ajaux et menee en servage/ mais
tous les sages s’acordoient que non pour cause des prophecies & des
escriptures qui disoient que par celluy ravissement seroit troye
destruite. Adonc troylus qui enfant estoit et luy moinsné des filz priam
dist que on ne devoit croire en conseil de guerre ces viellars ne ces
provoires qui par recreandise conseilloient le repos sy conseilla tout
l’opposite/ si fut le conseil troylus tenu dont grant mal s’en ensuyvit.
Pour ce dit au bon chevalier que a conseil d’enfant qui naturellement
est de legiere et petite consideration ne se doit tenir ne croire. A ce
propos dit une auctorité. La terre est mauldite dont le prince est
enfant.
lxxx Allegorie
A conseil d’enfant ne se doit acorder le bon esperit/ & c’est a entendre
que ignorant ne doit estre mais sachant et aprins de ce qui peult estre
prouffitable a son salut/ et contre les ignorans dit sainct augustin.
Ignorance est une tresmauvaise mere qui a tresmauvaises filles
c’estassavoir faulceté et doubtance. La premiere est meschante et la
seconde miserable. La premiere si est plus vicieuse mais la seconde est
plus moleste/ et ces deux sont estaintes par sapience. de ce dit le
sage.
Sapientiam pretereuntes non tantum in hoc lapsi sunt ut ignorent bona:
sed insipientie sue reliquerunt hominibus memoriam. Sapientie. v. ca.
[Illustration]
lxxxi Texte.
Hayz calcas et ses complices
Dont les infinies malices
Traÿssent regnes et empires
Il n’est au monde aultres gens pires
lxxxi Glose.
Calcas fut ung soubtil clerc de la cité de troye/ et quant le roy priam
sceut que les gregois venoient sur luy a grant ost il envoia calcas en
delphos savoir au dieu appolin comment il iroit de la guerre mais apres
la response du dieu qui dist que apres dix ans aroient les grecz la
victoire se tourna calcas devers les grecz et s’acointa d’achilles qui
en delphos estoit venu pour celle mesme cause & avec lui s’en ala devers
les grecz lesquelz il ayda a conseiller contre sa propre cité/ et
maintesfois puis destourna a faire paix entre grecz & troyens. Et pource
que il fut traitre/ dit au bon chevalier que telz subtilz & mauvais doit
haÿr/ car leurs traÿsons faictes par cautelles pevent moult dommager
royaulmes et empires et toutes gens. Pource dit platon. le soubtil
ennemy povre et non puissant peult plus grever que le riche/ puissant et
non sachant.
lxxxi Allegorie.
Calcas qui doit estre haÿ peult estre entendu que le bon esperit doit
haÿr toute malice frauduleuse contre son prochain et nullement ne la
doit consentir et dit saint hierome que le traitre ne se adoulcist ne
pour familiarité de compaignie ne pour priveté de boire et de menger ne
pour grace de service ne pour planté de beneficez/ de ce vice disoit
saint pol l’apostre.
Erunt homines elati cupidi superbi proditores proterui tumidi. ii. Ad
thimoteum. iii. ca.
[Illustration]
lxxxii Texte
Ne soyes dur a ottroyer
Ce que tu peulz bien employer
A hermofrodicus te mire
A qui mal print pour escondire
lxxxii Glose
Hermofrodicus fut ung jouvenceau de moult grant beaulté/ une nimphe fut
moult esprinse de s’amour mais nullement il ne la vouloit aymer & celle
partout le poursuyvoit tant que une foys le damoyseau estoit moult lassé
pour la chace ou toute jour avoit travaillé/ adonc arriva a la fontaine
de salinaxis ou il avoit ung bel estanc cler & sery/ adonc luy print
talent de soy baigner/ de ses draps se despouilla & en l’eaue se mist.
Quant la nimphe le veyt tout nud soy despouiller apres luy se getta & le
jouvenceau print par grant amour a embrasser/ mais cil qui fut plain de
felonnie la print a debouter par grant rudesse ne celle son cueur ne
peult amollier pour nulle priere. Adonc de grant voulenté pria la nimphe
aux dieux que de son amy qui sy la deboutoit jamais ne peust departir/
les dieux ouyrent sa devote orayson si misrent les deux corps en ung
seul qui deux sexes avoit.
Ceste fable peult estre entendue en assez de manieres. Et comme les
clercz soubtilz philosophes ayent mussez leurs grans secretz soubz
couverture de fables y peult estre entendue sentence appartenant a la
science d’astronomye & aussi d’arquemye comme dient les maistres/ et
pour ce que la matiere d’amours est plus delectable a ouyr que aultre
firent communement leurs fictions sur amours pour estre plus delectable
mesmement aux rudes qui n’y prennent fors l’escorche/ & plus aggreable
aux soubtilz qui en succent la liqueur. Mais a nostre propos pouons
entendre que layde chose est & vilaine reffuser ou ottroyer a dangier ce
qui ne peult tourner a vice ou n’a prejudice estre ottroyee. Et dit
Hermes. Ne fay mye longue demeure a mettre a execucion ce que tu doibs
faire.
lxxxii Alegorie
Dur ne doit estre a ottroyer le bon esperit la ou il voyt la necessité/
mais reconforter le besoigneur a son pouoir comme dit sainct gregoire es
morales que quant nous voulons conforter aulcun afflict en sa tristesse
nous devons premierement douloir avecques luy/ car celuy ne peult
proprement reconforter le dolent qui ne s’accorde a sa douleur/ car
ainsi comme on ne pourroit joindre ung fer a l’autre se tous les deux ne
sont chauffez & amolliez au feu. Aussi ne pouons nous aultruy redresser
de tristesse se nostre cueur n’est amolly par compassion. A ce propos
dit la saincte escripture.
Confortare manus dissolutas & genua debilia robotate. ysaie. xxxv.
capitulo.
[Illustration]
lxxxiii Texte
Tu te peulx bien esbatre aux gieux
Ulixés/ en temps & en lieux
Car ilz sont soubtilz & honnestes
En temps de treves et de festes
lxxxiii Glose
Ulixés fut ung baron de grece de grant subtillité/ & au temps du long
siege devant troye qui dix ans dura tousjours quant treves estoient
trouvoit jeulx soubtilz & moult beaux pour esbatre les chevaliers tant
que ilz estoient a sejour/ & dient aulcuns que il trouva le jeu des
eschés & de telz semblables jeux a s’esbatre. Et dit Solin. Toute chose
subtille et honneste est louable a faire.
lxxxiii Alegorie
Les gieux Ulixés pevent estre entenduz que quant l’esperit chevalereux
sera lassé d’adourer & d’estre en contemplacion il pourra bien soy
esbatre a lyre les sainctes escriptures/ car comme dit sainct Hierome es
morales. La saincte escripture si est proposee aux yeulx de nostre cueur
comme en ung mirouer/ affin que nous y veons l’enteraine face de
nostreseigneur/ la pouons nous veoyr nostre laid/ la pouons nous veoyr
combien nous prouffitons & combien nous sommes loing de prouffiter. A ce
propos dit nostreseigneur en l’evangile.
Scrutatis scripturas in quibus putatis vitam eternam habere. Johannis.
v. capitulo.
[Illustration]
lxxxiiii Texte
S’a cupido tu veulx donner
Ton cueur et tout abandonner
Gard briseyda n’acointier
Car trop a le cueur villotier
lxxxiiii Glose
Briseida fut une damoiselle de moult grant beaulté et encor plus cointe
et de vague attrait. Troylus ly moinsné des filz priam qui trop fut
plain de grant prouesse/ de beaulté et de gentillesse l’ayma de grant
amour/ et elle luy donna s’amour et a tousjours promist de la non
faulcer. Calcas pere a la damoiselle qui par science savoit que troye
seroit destruite/ si fist tant que sa fille lui fut rendue et tiree hors
de la cité/ et menee au siege/ grant fut la douleur des deux amans a la
departie neantmoins dedens brief temps dyomedes qui hault baron estoit
des grecz et moult vaillant chevalier s’accointa de briseyda & tant fist
par son pourchas que elle l’aima & du tout oublia son bon amy troyolus.
Et pour ce que ainsi eut briseyda legier courage dit au bon chevalier
que se il veult son cueur donner que il se garde d’acointer semblable
dame que fut briseyda. Et dit hermes/ garde toy de la compaignie des
mauvais que tu ne soyes comme ung d’eulx.
lxxxiiii Allegorie
Briseida dont il se doibt garder d’accointer c’est vaine gloire que le
bon esperit ne doit nullement acointer/ mais fuyr a son pouoir car trop
est legiere & trop vient soudainement. et dit saint augustin sur le
psaultier que cellui qui a bien aprins & essaye par experience les
degrez des vices surmonter est venu a congnoissance que le peché de
vaine gloire qui tout seul ou plus especialement est a eschever aux
parfais hommes car c’est entre les pechez celluy qui est le plus fort a
vaincre. Pour ce dit saint pol l’apostre
Qui gloriatur in domino glorietur. ii. ad chorin.
[Illustration]
lxxxv Texte
Quant patroclus occis aras
Lors d’achiles te garderas
Se tu m’en crois/ car c’est tout ung
Leurs biens sont entr’eux deux commun
lxxxv Glose
Patroclus & achiles furent compaignons ensemble et si tres amys que
oncques deux freres plus ne s’entre aymerent & eulx & leurs biens furent
une mesme chose/ & pource que Hector occist patroclus en la bataille
vint la grant hayne de achiles sur hector/ mais pource que trop
redoubtoit sa grant force oncques depuis ne fina de le guetter pour le
surprendre a descouvert & en trahyson. Si dist othea a hector comme par
prophecie de ce qui estoit a advenir que quant patroclus occis aroit
besoing luy seroit soy garder de achiles. Et est a entendre que tout
homme qui a occis ou meffait au loyal compaignon d’un aultre que le
compaignon en fera la vengeance se il peut. Pource dit Madarge. En
quelque lieu que tu soyes avec ton ennemy tien le tousjours pour suspec
ja soit ce que tu soyes plusfort que luy.
lxxxv Alegorie
Ce que il est dit que quant patroclus occis aura d’achiles se doit
garder pouons entendre que se le bon esperit se laisse a l’ennemy
encliner a peché il doibt douter mort pardurable/ & comme dit Job/ la
vie presente n’est que une chevalerie/ & en signe de cecy la vie
presente est appellee guerriant a la difference de celle de la amont qui
est appellee triumphant/ car celle a ja victoire des ennemys. A ce
propos dit sainct pol l’apostre.
Induite vos armatura dei ut possitis stare adversus insidias diaboli.
Ad ephesios. vi. capitulo.
[Illustration]
lxxxvi Texte
Gardes qu’echo tu n’escondises
Ne ses piteux plaintz ne desprises
Se son vueil tu peulz soustenir
Tu ne scez qu’il t’est a venir
lxxxvi Glose
Echo ce dit une fable fut une nimphe/ Et pource que trop grant
gengleresse souloit estre & par sa gengle encusa juno qui ung jour
guettoit son mari par jalousie/ la deesse s’en couroussa & dist d’ores
en avant plus ne parleras premiere si se n’est apres aultruy. Echo fut
amoureuse du bel narcisus/ mais pour nulle priere ne pour signe d’amytié
que elle luy feist pitié n’en daigna avoir & tant que la belle mourut
pour son amour/ mais en mourant pria aux dieux qu’elle peust estre
vengee de celuy en qui tant avoit trouvé de cruaulté que encor luy
donnassent sentir l’amoureuse pointure parquoy il peust sçavoir la grant
douleur que ont les fins amans qui d’amour sont refusez & dont mourir
luy convenoit/ atant fina Echo/ mais la voix d’elle remaint qui encor
dure/ et la firent les dieux perpetuelle pour memoire de celle adventure
& encor respond aux gens en ses valees & sur rivieres apres voix
d’aultruy/ mais parler ne peult premiere.
Echo peult signifier personne qui par grant necessité requiert aultruy/
la voix qui est demouree/ c’est que de gens souffreteux il est assez
demouré/ ne ilz ne pevent parler fors apres aultruy/ c’est que ilz ne se
pevent ayder d’eulx mesmes sans ayde d’aultruy. Pource veult dire au bon
chevalier que il doibt avoir pitié des souffretteux qui le requierent.
Et dit zaqualquin. Qui veult bien garder la loy doibt ayder a son amy de
son avoir/ & prester aux souffreteux/ estre gracieux/ non denyer justice
a son ennemy/ & soy garder de tous vices & de deshonneur.
lxxxvi Alegorie
Echo qui ne doit estre escondite peult estre nottee misericorde que le
bon esperit doit avoir en soy/ & dit sainct augustin au livre du sermon
de nostreseigneur en la montaigne que benoitz sont ceulx qui voulentiers
secourent aux presens qui sont en misere/ car ilz desservent que la
misericorde de dieu les delivre de leurs miseres et est chose juste que
qui veult estre aydé du souverain plus puissant que ainsi il ayde au
moindre de soy en ce en quoy il est plus puissant que luy. Pource dit le
sage es proverbes.
Qui pronus est ad misericordiam benedicetur. Proverbiorum xxii.
capitulo.
[Illustration]
lxxxvii Texte
Se de laurier couronne avoir
Veulx/ qui mieulx vault que nul avoir
Dampné te convient poursuyvir
Et tu l’auras par bien suyvir
lxxxvii Glose
Dit une fable que dampné fut une damoiselle que phebus ayma par amours &
moult la poursuyvit mais elle accorder ne s’y vouloit. Advint ung jour
que il veit la belle aller par une voye & quant elle le veit venir elle
print a fuyr & le dieu apres/ et quant il fut sy pres que elle veit bien
que eschapper ne pouoit sa priere fist a dyane la deesse que sa
virginité luy voulsist saulver/ & adonc fut le corps de la pucelle mué
en ung vert laurier/ & quant phebus fut approché il print des branches
de l’arbre & chappeau s’en fist en signe de victoire. Et depuis lors en
ça chappeau de laurier signifie victoire/ & mesmes au temps de la grant
felicité aux rommains couronnoient de laurier les victorieux.
Plusieurs entendemens peult avoir la fable: & peult advenir que ung
puissant homme poursuyvit a long travail une dame & tant que soubz ung
laurier il l’attaignit a sa voulenté/ & pour celle cause depuis lors en
ça ayma le laurier & le porta en devise en signe de victoire que il
avoit eue de ses amours soubz le laurier. Et peult estre aussi le
laurier prins pour or qui signifie noblesse/ & pour ce que le laurier
signifie honneur/ dit au bon chevalier que il luy convient Dampné
poursuyvir se couronne de laurier veult avoir. C’est a entendre peine &
travail se a honneur veult avenir. A ce propos dit Omer. Par grant
diligence vient on a perfection.
lxxxvii Alegorie
Se de laurier veult couronne avoir dampné luy convient poursuivir/
pouons entendre que se le bon esperit veult victoire glorieuse avoir luy
convient perseverance qui le mainera a la victoire de paradis dont les
joyes sont infinies comme dit sainct gregoire. Qui est dit il la langue
qui souffise racompter/ et qui est l’entendement qui puisse comprendre
quantes sont les joyes de ceste souveraine cité de paradis estre
tousjours present aux ordres des angelz avec les benoictz esperitz
assister a la gloire du conditeur regarder le present visage de dieu/
veoir la lumiere incircunscriptible estre asseur de non avoir jamais
paour de la mort soy esjouyr du don de pardurable incorruption. A ce
propos dit david au psaultier.
Gloriosa dicta sunt de te: civitas dei.
[Illustration]
lxxxviii Texte
Aussi te fays je mencion
D’andromaca/ la vision
Ta femme du tout ne desprises
Ne d’aultres femmes bien apprises
lxxxviii Glose
Andromaca fut femme Hector & la nuyt devant ce que il fust occis vint a
la dame en avision que se le jour Hector alloit en la bataille sans
faille il y seroit occis/ dont andromaca atout grans souspirs & pleurs
fist son pouoir que il n’allast en la bataille/ mais ne l’en voulut
croire et il fut occis. Pource dit que le bon chevalier ne doibt du tout
despriser les avisions sa femme/ c’est a entendre le conseil & advis de
sa femme se elle est sage & bien condicionnee/ & dit Platon. Tu ne doibz
despriser conseil de petite personne sage/ car ja soit ce que tu soyes
vieulx n’ayes pas honte d’apprendre supposé que ung enfant te monstrast/
car aulcunefois peult le ignorant aviser le sage.
lxxxviii Alegorie
La vision andromaca que despriser ne doibt/ c’est que le bon propos
envoyé par le saint esperit ne doibt le bon chevalereux getter a neant/
mais tost mettre a effect selon son pouoir/ de ce dit sainct Gregoire es
morales/ que le bon esperit pour nous attraire a bien faire nous
admonneste/ nous esmeut/ nous enseigne/ il admonneste nostre memoire/ il
meult nostre voulenté & enseigne nostre entendement/ l’esperit doulz &
souef ne seuffre demourer quelconque petite paille en l’abitation du
cueur la ou il se inspire/ mais tantost la brusle du feu de sa
circunspection soubtille. Pource dit sainct pol l’apostre.