ii Alegorie
La vertu d’attrempance qui a proprieté de limiter les superfluitez doit
avoir le bon esperit. Et dit sainct augustin au livre des meurs de
l’eglise que l’office de attrempance est refraindre & appaiser les meurs
de concupiscence qui nous sont contraires & qui nous destournent de la
loy de dieu. Et aussi despiter delices charnelles & louenge mondaine. A
ce propos parle sainct pierre l’apostre en sa premiere epistre.
Obsecro vos tanquam advenas et peregrinos abstinere vos a carnalibus
desideriis que militant adversus animam. Prima petri secundo capitulo
[Illustration]
iii. Texte
Et avec nous te convient force
Se tu de grand vertu fais force
Vers Hercules te fault virer
Et ses vaillances remirer
En qui il eut trop de bernage
Et pour tant se a ton lignage
Fut contraire/ & eut attaine
N’ayes mye pour tant hayne
A ses vertus nobles & fortes
Qui de prouesse oeuvrent les portes
Mais se tu les veulx ensuyvir
Ja pour ses vaillances suyvir
Ne t’est pour tant necessaire
Aux infernaulx guerre faire
N’au dieu pluto aller contendre
Pour proserpine a avoir tendre
La fille ceres la deesse
Qu’il ravit sur la mer de gresse
Ne il ne t’est mye mestier
Que a cerberus le portier
D’enfer tu coppes les chaines
Ne a ceulx d’enfer prendre ataines
Qui trop sont desloyaux gaignons
Comme il fist pour ses compaignons
Pirotheus & theseus
Qui a pou furent deceups
D’eulx embatre en celle valee
Ou mainte ame est moult adoulee
Assez trouveras guerre en terre
Sans que l’ailles en enfer querre.
Si ne t’est mye necessaire
Pour armes pourchasser & faire
Aller combatre aux fiers serpens ravissans
Aux lyons/ ne aux loups rampans
Je ne sçay se tu l’ymagines
Aussi aux aultres saulvagines
Pour avoir renom de prouesse
Se ce n’estoit en tel destresse
Comme pour le tien corps deffendre
Se telz bestes pour toy offendre
T’assailloient/ lors la deffence
T’est honnorable/ & sans doubtance
Se tu as sur elles victoire
Ce te sera honneur & gloire.
iii Glose.
La vertu de force est a entendre nonmye force corporelle/ mais constance
& fermeté que le bon chevalier doit avoir en tous ses faitz deliberez
par bon sens/ & force de resister contre les contrarietez qui luy pevent
venir. Soit infortune en tribulacions ou fort & puissant courage peult
estre vaillable a exaulcement de valeur.
Et pour donner materiel exemple de force allegue hercules/ affin que
doublement soit vaillable c’estassavoir en tant que touche ceste vertu.
Et mesmement es faitz de chevalerie ou icelluy fut tresexcellent. & pour
la haultesse de hector estoit chose convenable luy donner hault exemple.
Hercules fut ung chevalier de grece de merveilleuse force & mist a fin
maintes chevalereuses prouesses/ grand voiagier fut par le monde. Et
pour les grans & merveilleux voyages que il fist es choses de grant
force/ les poetes qui parlerent soubz couverture & en maniere de fable
disent que il alla en enfer combatre aux princes infernaulx/ & que aux
serpens & fieres bestes se combatoit qui est a entendre les fortes
emprinses que il faisoit. Et pour ce dit au bon chevalier que il se
doibt mirer c’estassavoir en ses prouesses & vaillances selon sa
possibilité. Et ainsi comme la clarté du soleil est proffitable a tous/
peult estre bon exemple. Si comme dit ung philozophe. Le grain de
forment quant il chiet en bonne terre il est a tous proffitable.
Semblablement peult estre bon exemple a tous ceulx vaillable qui
vaillance desirent. Et dit ung sage la vertu de force fait l’homme
permanable a vaincre toutes choses
iii Alegorie
Ainsi comme sans force & vigueur le bon chevalier ne pourroit desservir
pris d’armes Aussi ne pourroit le bon esperit avoir ne gaigner le louyer
& pris deu aux bons victoriens sans icelle. Et dit sainct ambroise au
premier livre des offices que la vraye force de courage humain est celle
qui n’est jamais brisee en adversité/ & ne se orgueillist point en
prosperité/ qui se espreuve a garder & deffendre les aornemens des
vertus a soustenir justice/ qui fait continuelle guerre aux vices/ qui
n’est jamais recreue en labeurs/ qui est hardie en perilz/ & roide
encontre les charnelz desirs & a ce propos parle sainct Jehan
l’evangeliste en sa premiere epistre.
Scribo vobis juvenes quoniam fortes estis/ & verbum dei manet in vobis
vicistis malignum. prima Johannis. ii. capitulo.
[Illustration]
iiii Texte.
Encor se veulz estre des noz
Resembler te convient minos
Tant soit il justicier et maistre
D’enfer et de tout son estre
Car se tu te veulz avancier
Estre te convient justicier
Aultrement de porter heaulme
N’es digne/ ne tenir royaulme
iiii Glose
Dit prudence au bon chevalier que s’il veult estre du renc aux bons la
vertu de justice lui convient avoir. C’estassavoir de tenir droituriere
justice & dit aristote. Celuy qui est droiturier justicier/ doit
premierement soy mesmes justicier car celui qui fauldra a soi mesmes
justicier seroit non digne d’aultrui justicier Si est a entendre soy
mesmes corriger de ses deffautes si qu’ilz soient du tout amorties. Et
puis homme ainsi correct peut bien et doibt estre corrigeur de plusieurs
aultres hommes. Et a parler moralement dirons une fable a ce propos
selon la couverture des poetes. Minos comme disent les poetes est
justicier d’enfer. Et comme prevost ou souverain baillif. Et devant lui
sont amenees toutes les ames descendans en icelle valee. Et selon ce que
elles ont desservi penance/ et autant de degrez comme il veult qu’elles
soient mises en parfont il tourne sa queue entour soy. Et pour ce que
enfer est la justice et punicion de dieu droituriere prenons a present
maniere de parler a ce propos. Il fut bien verité que ung roy fut en
crete appellé minos de merveilleuse fierté & eut en luy grant rigueur de
justice. Et pour ce dirent les poetes que apres sa mort fut comme a
estre justicier d’enfer. Et dit aristote. Justice est une mesure que
dieu a establie sur terre pour limiter les choses.
iiii Allegorie.
Et comme dieu soit chief de justice et de tout ordre. est il necessaire
a l’esperit chevalereux pour parvenir a glorieuse victore que il ait
celle vertu. & dit saint bernard en ung sermon que justice n’est aultre
chose que rendre a chacun ce qui est syen. Rens doncques dit il a troys
paires de gens ce qui est leur. A ton souverain/ a ton pareil ou egal/
et a ton subget. A ton souverain tu dois rendre reverence et obeissance
reverence de cueur & obeissance de corps A ton pareil tu dois rendre
conseil et ayde/ conseil en enseignant son ignorance et ayde en
confortant sa non puissance A ton subject tu dois rendre garde &
discipline garde en le gardant de mal faire. et discipline en le
chastiant se il a mal fait. Et a ce propos parle salomon es proverbes
Excogitat justus de domo impii ut detrahat impios a malo: gaudium est
justo facere justiciam. Proverbiorum. xxi. capitulo.
[Illustration]
v Texte
Apres te mire en perseus
De qui le hault nom est sceus
Parmy le monde en toutes pars
Pesagus ly chevaulx appars
Chevaucha par l’air en volant
Et andromeda en alant
Delivra il de la velue
Si luy a a force tollue
Comme bon chevalier errans
Si l’a rendue a ses parens
Cestuy fait vueillez retenir
Car bon chevalier doibt tenir
Celle voye/ s’il veult avoir
Honneur/ qui trop mieulx vault qu’avoir.
Si te mires en son escu
Luysant/ qui plusieurs a vaincu
De son fauchon soyes armé
Si seras fort & affermé.
v Glose.
Et pource que c’est chose convenable que au bon chevalier soit deu
honneur & reverence en ferons figure selon la maniere des poetes.
Perseus fut ung moult vailant chevalier/ & plusieurs royaulmes acquist &
de luy fut la grant terre de perse nommee & dirent les poetes que il
chevauchoit le cheval qui par l’air vole que ilz nommerent pesagus. Et
est a entendre renommee qui par l’air vole & va en tous pays il portoit
en sa main ung fauchon ou une faulx qui est dit pour la grant foison de
gens qui par luy furent desconfitz en maintes batailles. Il delivra
andromeda de la velue. ce fut une pucelle que il delivra de ung monstre
de mer qui par la sentence de dieu devorer la devoit/ qui est a entendre
que tous chevaliers doivent secourir femmes qui besoing de leur ayde
ayront. Si peult estre noté perseus/ & le cheval qui vole bonne renommee
que le bon chevalier doibt avoir et acquerir par ses bonnes merites/ &
la doibt chevaucher/ c’est que son nom doibt estre porté en toutes
terres. Et dit Aristote. Bonne renommee fait l’homme reluisant au monde/
& agreable en la presence des princes.
v Alegorie.
Renommee doibt desirer l’esperit chevalereux entre la noble compaignie
des benoictz sainctz de paradis acquise par ses bonnes merites. Le
cheval pesagus qui le portera sera son bon ange qui fera bon raport de
lui au jour du jugement. Andromeda qui sera delivree/ c’est son ame
qu’il delivrera de l’ennemi d’enfer par vaincre peché. Et que on doie
oultre ce voler ce est bonne renommee avoir en ce monde affin de dieu
non par vaine gloire avoir. Dit saint augustin au livre de correction
que deux choses sont necessaires a bien vivre/ c’estassavoir bonne
conscience & bonne renommee. Conscience pour soy/ & renommee pour son
prochain/ & qui se fie en conscience & despite renommee/ il est cruel.
Car c’est signe de noble courage de aymer le bien de renommee. Et a ce
propos dit le saige.
Curam habe de bono nomine/ magis enim permanebit tibi quam mille
thesauri preciosi. Ecclesiastici. xli. capitulo.
[Illustration]
vi Texte.
Avec tes inclinacions
De jovis les condicions
Vueilles avoir/ mieulx en vauldras
Quant tu en droit point les tendras
vi Glose
Comme dit est les païens qui adoroient plusieurs dieux. Les planettes du
ciel pour espiciaulz dieux tenoient & des sept planettes nommerent les
sept jours de la sepmaine jupiter ou jovis adoroient et tenoient pour
leur plus grant dieu. pour ce qu’il est assis en la plushaulte espece
des planetes apres saturnus. De jovis est le jour de jeudi nommé et
mesmes les arquemistes attribuerent & comparerent les vertus des sept
metaulz aux sept planettes Et nommerent les termes de leurs sciences/
par icelles planettes comme on peut veoir en geber et Nicolas & les
aultres auctoritez d’icelle science. A jupiter attribuerent le cuivre ou
arain. Jupiter ou jovis est planette de doulce condicion amiable & moult
joyeuse & est figuree a la complexion sanguine pour ce dit Othea
c’estassavoir prudence que le bon chevalier doit avoir les condicions
Jupiter & ce mesmes doivent avoir tous nobles poursuivans chevalerie. A
ce propos dit pitagoras que ung roy doit gracieusement converser avec
ses gens & leur monstrer joyeux visage/ et par ainsi est a entendre de
tous vaillans tendans a honneur.
Or ramenons a nostre propos allegorie la proprieté des vii planetes.
vi. Allegorie.
Jovis qui est doulce planette & humainne/ dont le bon chevalier doit
avoir les condicions/ nous peult signifier misericorde et compassion que
le bon chevalier doibt avoir en soy. car dit saint gregoire en l’epistre
a nepotian. Je ne recorde point dit il avoir veu ne ouy que cellui soit
mort qui a voulentiers acompli les oeuvres de misericorde/ car
misericorde a beaucoup de intercesseurs. Et est impossible que les
prieres de plusieurs ne soient exaulcees. Et a ce propos parle nostre
seigneur en l’evangile.
Beati misericordes quoniam ipsi misericordiam consequentur.
[Illustration]
vii Texte
De venus ne fays ta deesse
Ne te chaille de sa promesse
Le poursuivir en est travailleux
Non honorable et perilleux
vii Glose.
Venus est planette du ciel dont le jour du vendredi est nommé. Et le
metal que nous appellons estain ou espeautre est a icelle attribué/
venus donne influence d’amours & de vagueté. & fut une dame ainsi nommee
qui fut royne de cypre. Et pour ce que elle exceda toutes en excellant
beaulté & joliveté et tresamoureuse fut et non constant en ung amour/
mais abandonnee a plusieurs L’appellerent deesse d’amours. Et pour ce
qu’elle donne influence de luxure dit Othea au bon chevalier que il n’en
face sa deesse c’est a entendre que en celluy vice ne doit son corps ne
son entente abandonner. Et dit hermes/ le vice de luxure estaint toutes
vertus.
vii Alegorie.
Venus dont le bon chevalier ne doit faire sa deesse c’est que le bon
esperit ne doibt avoir en soy nulle vanité et dit cassiodore sur le
psaultier/ vanité fist l’ange devenir dyable. Et au premier homme donna
la mort et le vuida de bonneureté qui luy estoit ottroyee Vanité est
mere de tous maulz la fontaine de tous vices. Et la veine de iniquité
qui l’homme met hors de la grace de dieu & le met en sa hayne. Et a ce
propos dit david en son psaultier en parlant a dieu.
Odisti observantes vanitates supervacue psal. xxx.
[Illustration]
viii Texte.
Se tu en jugement t’assembles
Saturnus gard que tu ressembles.
Ainçoys qu’ottroyes ta sentence
Gard ne la donnes en doubtance
viii Glose.
De saturnus est le jour du samedi nommé/ et le metal que nous appellons
plomb & est de condicion tardive pesant et sage. Et fut ung roy de crete
ainsi nommé qui moult fut sage dont les poetes parlent soubz couverture
de fable. Et dient que son filz jupiter luy coppa les genitores qui est
a entendre que il luy tollit sa puissance que il avoit et le desherita
et chassa. Et pour ce il est pesant et sage veult dire Othea que le bon
chevalier doibt moult peser la chose ains qu’il donne sa sentence soit
en pris d’armes ou en aultres affaires. Et ce mesmes pevent notter tous
juges qui ont offices appartenant a jugement. Et a ce propos dit hermes.
penses bien a tous tes affaires et par especial au jugement d’autruy.
viii Allegorie
Si comme le bon chevalier doibt estre tardif en jugement c’estassavoir
bien peser sentence ains qu’il la donne semblablement doit le bon
esperit de ce qu’il lui appartient car a dieu appartient jugement qui
scet discerner les causes droiturierement. Et dit Sainct gregoire es
moralles/ que quant nostre fragilité ne sçait comprendre les jugemens de
dieu nous ne les devons mie discuter en hardies parolles/ mais les
devons honnorer en paoureuse silence et quelque merveilleux qu’il nous
semblent sy les devons nous reputer justes/ et a ce propos parle david
en son psaultier.
Timor domini sanctus permanet in seculum seculi. Judicia domini vera
justificata in semetipsa. psalmo. xviii.
[Illustration]
ix Texte.
Ta parolle soit clere et voire
Appollo t’en donra memoire
Car celluy ne peult nulle ordure
Souffrir dessoubz sa couverture
ix Glose
Appollo ou phebus est le soleil au quel le jour du dimenche est
attribué/ & aussi le metal que nous appellons or le soleil par sa clarté
monstre les choses mussees. Et pour ce verité qui est clere et monstre
les secretes choses lui peult estre attribuee. Laquelle vertu doibt
estre en cueur & bouche de tout bon chevalier. Et a ce propos dit Hermes
Aimes dieu & verité et donnes loyal conseil.
ix Alegorie.
Appollo qui est a dire le soleil par qui nous nottons verité pouons
prendre que verité doit avoir en bouche le vrai chevalier jesuchrist et
fuyr toutes faulcetez/ Comme dist crisostome au livre des louenges saint
pol. La condicion de faulceté est telle que mesmes ou elle n’a nulz
contredisans si dechiet elle en soy mesmes. Mais au contraire la
condicion de verité est si estable que tant a plus de adversaires
contredisans tant croit elle & se eslieve plus. Et a ce propos dit la
saincte escripture.
Super omnia vincit veritas. Secundi Esdre tertio capitulo.
[Illustration]
x Texte
A Phebé ne resembles mye
Trop est muable et ennemye
A constance et a fort courage
Merancolieuse et lunage
x Glose
Phebé est appellee la lune. Dont le lundi est nommé & y est attribué le
metal que nous appellons argent. La lune n’arreste nulle heure en ung
droit point et donne influence de muableté et folie. Et pour ce veult
dire que le bon chevalier se doibt garder de telz vices. Et a ce propos
dit hermes usez de sapience et soyez constant
x Alegorie
Phebé qui est la lune que nous nottons inconstance que ne doit avoir le
bon chevalier & semblablement le bon esperit. Comme dit Saint ambroise
en l’espitre a simplician que le fol est muable comme la lune. Mais le
saige est tousjours constant en ung estat/ il n’est point brisé par
paour/ il ne se mue point par puissance/ il ne se eslieve point en
prosperité/ il ne se plunge point en tristesse. La ou est sapience/ la
est vertu/ force et constance/ le sage est tousjours d’ung courage/ il
n’appetice ne ne croist pour mutation des choses/ il ne flotte point en
diverses opinions mais demeure parfait en jesucrist fondé en charité/
enraciné en foy. Et ce propos dit la saincte escripture
Homo sanctus in sapientia permanet sicut sol. Nam stultus sicut luna
mutatur ecclesia. xxvii. c. i.
[Illustration]
xi. Texte.
Mars ton pere/ je n’en doubt pas
Tu ensuyvras bien/ en tous pas
Car ta noble condition
Y trait ton inclination.
xi Glose.
De mars est nommé le jour du mardi et luy est attribué le metal que nous
disons fer. Mars est planette qui donne influence de guerres &
batailles.
Et pour ce tout chevalier qui ayme ou suive armes & faitz de chevalerie
& en ce ait renommee de valeur peult estre appellé filz de mars. Et pour
ce othea nomma ainsi hector. Nonobstant fust il filz au roy priant &
dist que bien ensuyviroit son pere ce que bon chevalier doibt faire &
dit ung sage que par les oeuvres de l’homme peult on congnoistre ses
inclinations.
xi Allegorie.
Mars le dieu de batailles peult bien estre appellé le filz de dieu qui
victorieusement batailla en ce monde. Et que le bon esperit voye par son
bon exemple ensuyvir son bon pere jesucrist & batailler contre les vices
dist sainct ambroise au premier livre des offices que qui veult estre
amy de dieu il fault qu’il soit ennemy du dyable. Et qui veult avoir
paix a jesuchrist/ il fault qu’il ait guerre contre les vices. Et tout
ainsy comme en vain fait on guerre en champ aux ennemys forains la ou la
cité est plaine de princes espiez. Ainsi ne pevent vaincre les maulx de
par dehors qui ne guerroye fort les pechez de son ame. Et est la plus
glorieuse victoire qui soit que vaincre soy mesmes. Et a ce propos parle
saint pol l’apostre.
Non est nobis colluctatio adversus carnem et sanguinem sed adversus
principes/ & potestates adversus mundi rectores tenebrarum harum
contra spiritualia nequicie in celestibus. ad epheseos. sexto
capitulo.
[Illustration]
xii Texte.
Soyes aorné de faconde
Et de parolle nette & monde
Ce t’aprendra mercurius
Qui de bien parler scet les us.
xii. Glose.
De mercurius est nommé le jour du mecredi & l’argent vif y est attribué.
Mercurius est planette qui donne influence de pontifical maintien & de
beau languaige aorné de rethorique pour ce dist au bon chevalier que il
en doibt estre aorné/ car honorable maintien & belle loquence siet moult
a noble desirant le hault pris d’honneur/ mais que il se garde de trop
parler. Car dit diogenes que de toutes vertus le plus est le meilleur/
excepté de parolles.
xii Alegorie.
Mercurius qui est dit dieu de langage/ pouons entendre que le chevalier
jesuchrist doibt estre aorné de bonne predication/ & de parolle de
doctrine/ & aussi doibt aymer et honorer les anonceurs d’icelles.
Et dit sainct gregoire es omelies que on doibt avoir en grant reverence
les prescheurs de la saincte escripture/ car ce sont les coureurs qui
vont devant nostreseigneur & nostreseigneur les suyt.
Saincte predicacion vient devant et lors nostreseigneur vient a
l’habitacion de nostre cueur/ les parolles de exortacion font la course
devant. Et lors verité si est receue en nostre entendement. Et a ce
propos dit nostreseigneur a ses apostres.
Qui vos odit/ me odit. et qui vos spernit me spernit. Luce decimo
capitulo.
[Illustration]
xiii Texte
Armeures de toutes sortes
Pour toy armer bonnes et fortes
Te livrera assez ta mere
Minerve qui ne t’est amere
xiii Glose.
Minerve fut une dame de moult grant sçavoir et trouva l’art de faire
armeures/ car devant ne s’armoient les gens/ fors de cuir boully. et
pour la grant sagesse qui fut en ceste dame l’appellerent deesse. Et
pour ce que moult sceut hector armeures mettre en oeuvre/ et que ce fut
son droit mestier l’appella othea filz de minerve/ nonobstant qu’il fut
filz a la royne Ecuba de troye. Et par semblable nom pevent estre nommez
tous les armeurs des armes. A ce propos dit une auctorité. Les
chevaliers donnés aux armes sont a icelle subjectz.
xiii Allegorie
Ce qui est dit que armeures bonnes & fortes lui livrera assez sa mere au
bon chevalier nous pouons entendre la vertu de foy qui est vertu
theologale et est mere au bon esperit et que elle livrera assez armeures
dit cassiodore en l’exposition de la credo que foy est la lumiere de
l’ame la porte de paradis la fenestre de vie et le fondement de salut
pardurable. Car sans foy ne peult nul a dieu plaire/ et a ce propos
parle Sainct pol l’apostre.
Sine fide impossibile est placere deo. ad hebreos. xi. ca.
[Illustration]
xiiii Texte
Adjouste pallas la deesse
Et met avec ta prouesse
Tout bien te viendra se tu l’as
Bien siet o minerve pallas
xiiii Glose
Apres dit que il adjouste Pallas avec minerve qui bien y siet. Et doit
on sçavoir que pallas & minerve est une mesme chose/ mais les noms
divers sont prins a deux entendemens. Car celle qui eut nom minerve fut
aussi sournommee pallas d’une ysle qui eut nom pallance/ dont elle fut
nee.
Et pour ce que elle generalement en toutes choses fut sage/ & maintz
artz trouva nouvellement beaulx & subtilz l’appellerent deesse de
sçavoir. Si est nommee minerve a ce qui appartient a chevalerie. Et
pallas en toutes choses qui appartienent a sagesse. Pour ce veult dire
que il doibt adjouster sagesse a chevalerie/ qui moult bien y est
duisant. Et comme armes doivent estre garde de la foy/ peult estre
entendu a ce propos ce que dit Hermes. Adjouste l’amour de la foy avec
sapience.
xiiii Alegorie
Et sicomme pallas qui note sagesse doit estre adjoustee avec chevalerie/
doibt estre la vertu de esperance adjoustee aux bonnes vertus de
l’esperit chevalereux sans laquelle il ne pourroit proffiter. Et dit
origenes es omelies sur exode que l’esperance des biens advenir est le
soulas de ceulx qui travaillent en ceste vie mortelle. Ainsi comme aux
laboureurs l’esperance du payement adoulcist le labour de leur besoigne.
Et aux champions qui sont en la bataille l’esperance de la couronne de
victoire attrempe les douleurs de leurs playes. Et a ce propos parle
sainct pol l’apostre.
Fortissimum solatium habemus qui confugimus ad tenendam prepositam
spem: quam sicut anchoram habemus anime tutam. Ad hebreos vi.
capitulo.
[Illustration]
xv Texte
Ayes chiere panthasselee
De ta mort sera adoulee
Tel femme doibt bien estre aymee
Dont si noble voix est semee.
xv Glose
Panthasselee fut une pucelle royne d’amasome et moult fut belle & de
merveilleuse prouesse en armes et hardement. Et pour le grant bien que
renommee tesmoingnoit par tout le monde de hector le preux l’aymoit de
tresgrant amour et de ses parties vint a troye au temps du grant siege
pour veoir Hector/ mais quant mort le trouva dolente en fut oultre
mesure & atout grant ost de damoiselles moult chevalereuses vengea moult
vigoureusement sa mort/ ou elle fist de merveilleuses prouesses/ &
maintz grans griefz fist aux gregoys. Et pour ce que elle fut vertueuse
dit au bon chevalier que il la doibt aymer. Ce est a entendre que tout
bon chevalier doibt aymer & priser toute femme forte en vertu de sens/
et de constance. Et celle femme est adoulee de la mort hector/ c’est a
entendre combien prouesse & valeur est amortie en chevalier. Et dit ung
sage. Bonté doibt estre louee ou qu’elle soit apperceue.
xv Alegorie.
Panthasselee qui fut secourable pouons entendre la vertu de charité qui
est la tierce theologale doibt avoir parfaictement le bon esperit en soy
charité & dit cassiodore au psaultier que charité est ainsi comme la
pluye qui chiet en printemps qui distile les gouttes de vertus soubz
laquelle germe la bonne voulenté et bonne operation fructifie. Elle est
patiente en adversitez/ attrempee en prosperité/ puissante en humilité/
joyeuse en affliction/ bien voulante a tous ses ennemys/ & amye
mesmement a ses ennemys/ communicaire de ses biens. Et a ce propos parle
sainct pol l’apostre.
Caritas patiens est benigna est. Caritas non emulatur/ non agit
perperam/ non inflatur/ non est ambitiosa/ non querit que sua sunt.
Prima ad corinthios xiii. capitulo.
[Illustration]
xvi Texte
Narcisus ne vueilles sembler
Par trop grant orgueil affuler
Car chevalier oultrecuidé
Est de mainte grace vuidé.
xvi Glose.
Narcisus fut ung damoysel qui pour sa grant beaulté fut eslevé en si
grant orgueil que il avoit en despris tous les aultres. Et pour ce que
il ne prisoit si non lui est il dit qu’il fut si amoureux & assoté de
luymesmes que il en mourut apres ce que il se fut miré en la fontaine.
ce est a entendre l’oultrecuidance de luymesmes ou il se mira.
Pour ce deffend au bon chevalier que il ne se mire en ses biens faitz/
parquoy il en soit oultrecuidé. Et a ce propos dit Socrates. Filz garde
que tu ne soyes deceu en la beaulté de ta jeunesse/ car ce n’est mie
chose durable.
xvi Alegorie.
Or ferons alegorie a nostre propos en applicquant aux sept pechez
mortelz. Par narcisus entendrons le peché d’orgueil/ dont le bon esperit
se doibt garder. Et dit origenes es omelies. A quoy se en orgueillist
terre et cendre. ne homme comment se ose il eslever en arrogance/ quant
il pense dont il est venu/ et que il deviendra & en combien fresle
vaissel est sa vie contenue/ & en quelles ordures il est plungé/ &
quelles nettayeures il ne cesse de getter de sa chair par tous les
conduitz de son corps. Et a ce propos dit la saincte escripture.
Si ascenderit ad celum superbia ejus et caput ejus nubes tetigerit
quasi sterquilinium in fine perdetur Job. x. capitulo.
[Illustration]
xvii Texte.
Athamas plain de grant rage
La deesse de forcennage
Fist estrangler ses deux enfans
Pour ce grant ire te deffens
xvii Glose.
Athamas fut roy et mari a la royne juno qui fist semer le bled cuit pour
desheriter ses fillastres car elle par argent corrumpit les prestres de
la loy qui raportoient les responces des dieux. Si dist au roy & a ceulx
de la contree que le bled que on avoit semé n’avoit point prouffité/
pour ce qu’il plaisoit aux dieux que deux enfans que le roy avoit beaulz
& gens fussent chassez & exillez. Et pour ce que le roy consentit l’exil
de ses deux enfans tout le fist il envis & a grant douleur. dit la fable
que la deesse juno en voulut prendre la vengance & ala en enfer dire a
la deesse de forsennage que elle venist vers le roy athamas. Adonc
l’orrible & l’expouentable deesse vint a tout ses crins serpentins/ & se
mist sur le sueil du palais/ et estendit ses bras aux deux lez de la
porte. Et adonc telz contens commença entre le roy et la royne que a peu
ne se entre occirent. Et quant du palais cuiderent saillir adonc la
forsennee deesse tira deux horribles serpens de ses crins et es girons
leur lança. Et quant la deesse virent tant espouentable/ adonc tous deux
forsenez devindrent. Athamas occist la royne par rage/ et puis ses deux
enfans et luymesmes de dessus une haulte roche se lança en la mer.
L’exposicion de ceste fable peult estre que une royne fut tant diverse a
ses fillastres qu’elle les fist desheriter/ dont puis n’eut paix entre
le pere et la marrastre/ & peult estre que au dernier il l’occist. Et
pour ce que ire est ung mortel vice et si mauvais que celluy qui en est
fort attaint n’a nulle congnoissance de raison dit au bon chevalier que
de ire se doibt garder/ car moult est grant default en bon chevalier
estre ireux. Et pour ce dit aristote/ garde toy de ire car elle trouble
l’entendement & destourne raison.
xvii Allegorie
Athamas qui tant fut plain d’ire entendrons proprement le peché de ire
dont le bon esperit doit estre vuide. Et dit saint augustin en une
epistre que ainsi comme le vin aigre ou boute corrumpt le vaissel ou il
est se il y demeure longuement. Ainsy ire corrumpt le cueur ou elle se
boute se elle y demeure de jour a autre/ pour ce dit saint pol l’apostre
Sol non occidat super iracundiam vestram. ad epheseos. quarto ca.
[Illustration]
xviii Texte.
Sur toute rien toute ta vie
Fuys la faulse deesse envie
Qui fist devenir plus vert que yerre
Aglaros qui puis devint pierre
xviii Glose.
Aglaros ce dit une fable fut soeur hercé qui tant fut belle que pour sa
beauté eut espouse mercurius le dieu de language et furent filles
cycrops le roy d’athenes mais tant eut aglaros envie sur sa seur hercé
qui pour sa beauté tant fut avancee comme d’estre mariee au dieu que
toute d’envie se defrisoit/ et seche devint et descoulouree/ & verte
comme yerre pour l’envie que elle portoit a sa seur. ung jour estoit
aglaros sur le sueil de l’huis assise et a mercurius qui entrer vouloit
en l’ostel veoir l’entree ne pour priere qu’il luy fist entrer ens ne le
vouloit laisser. Adonc le dieu se courroussa et dit que tousjours y
peust elle remaindre aussi dure comme elle avoit le courage: et lors
devint aglaros dure comme pierre si peult estre averee la fable par
semblable cas advenir a aulcunes personnes/ Mercurius peult estre ung
puissant homme bien emparlé qui fist sa serourge emprisonner ou mourir
pour aulcun desplaisir que elle luy avoit fait. Et pour ce dit que elle
fut muee en pierre/ et pour cause que trop est villaine tache/ & contre
gentillesse estre envieux dit au bon chevalier que il s’en garde sur
toute riens. Et dit socrates. Celuy qui porte le faisseau d’envie a
peine perpetuelle.
xviii Allegorie
Sicomme l’auctorité defend envie au bon chevalier. Celluy mesmes peché
defend la sainte escripture au bon esperit/ et dit Sainct augustin.
Envie est la hayne de felicité d’autruy: et se estend l’envie de
l’envieux contre ceulz qui sont plus grant de soy/ pour ce que il n’est
ainsy grant que eulx/ et contre ceulx qui sont moindres de soy de paour
qu’ilz ne devienent aussi grans comme luy/ et a ce propos dit
l’escripture.
Nequam est oculus mundi et avertens faciem suam. ecclesiastici. xiiii.
ca.
[Illustration]
xix Texte.
Ne soyes ne trop long ne prolixe.
A toy garder de la malice
Ulixés qui l’oeil au geant
Embla/ tant fust il cler veant
xix Glose.
Dit une fable que quant Ulixés s’en retournoit en grece apres la
destruction de troye/ grant orage de temps transporta sa nef en une isle
ou eut ung geant/ qui n’avoit fors ung seul oeil emmy le frond d’orrible
grandeur. Ulixés par sa subtilité luy embla & ravit/ c’est a entendre
lui creva. Si est a entendre que le bon chevalier se garde que paresce
ne le laisse surprendre aux baratz et agaz des malicieux si que son oeil
en puist estre ravi. C’estassavoir l’oeil de son entendement ou son
honneur ou sa terre ou ce qu’il a plus chier comme souvent adviennent
maintz inconveniens par paresce et lacheté Et a ce propos dit hermes/
bieneureux est celluy qui use ses jours en solicitude convenable.
xix. Allegorie
Ce qui est dit que le bon chevalier ne soit ne long ne prolixe/ pouons
entendre le peché de paresce que le bon esperit ne doibt avoir. Car
comme dit bede sur les proverbes salomon le paresceux n’est pas digne de
regner avec dieu qui ne veult labourer pour l’amour de dieu. Et n’est
pas digne de recepvoir la couronne promise aux chevaliers qui est couart
de entreprendre les champs de bataille. pour ce dit l’escripture.
Cogitationes robusti semper in habundantia omnis autem piger in
egestate erit Proverbiorum. xxi. ca.
[Illustration]
xx Texte
Ne prens pas contens aux renouilles
Ne en leur palu ne te fouilles
Contre lathona s’assemblerent
Et l’eaue clere luy troublerent.
xx Glose.
La fable dit que la deesse lathona fut mere phebus/ et phebé qui est le
soleil & la lune et a une ventree les porta. Juno par tous pays les
chassoit pour ce que ensainte estoit de jupiter son mari. Ung jour fut
moult travaillee la deesse lathona et arriva a ung gué & lors s’abaissa
sur l’eaue pour estancher sa grant soif/ la avoit vilains a grans
tourbes qui pour la grant chaleur du soleil en l’eaue se baignoient/ &
lathona prindrent a ramposner & a luy troubler l’eaue que elle cuidoit
boire/ ne pour priere que elle leur feist ne la voulurent souffrir/ ne
avoir pitié de son meschief/ si les mauldist/ & dist que a tousjours
mais ilz peussent demeurer au palu & fussent lais & abhominables &
tousjours ne cessassent de braire & de ramposner. Adonc devindrent les
vilains renouilles/ qui depuis ne finerent de braire comme il appert au
temps d’esté en ces rivages. Si peult estre que aulcuns paysans firent
desplaisir a aucune grant maistresse qui les fist getter en la riviere &
noyer. Ainsi devindrent renouilles. Ce est a entendre que le bon
chevalier ne se doibt nullement souiller au palu de vilennie. Mais doibt
fuyr toutes vilaines taches qui sont contraires a gentillesse/ car comme
vilanie ne peult souffrir en soy gentillesse/ aussi ne doibt gentillesse
souffrir en soy vilanie/ ne mesmement contendre ne prendre debat a
personne vilaine de vices/ & de parler vilain. Et dit platon. Celuy qui
adjouste a sa gentillesse noblesse de bonnes meurs est a louer. Et celuy
a qui souffist la gentillesse qui vient de ses parens sans acquerir
bonnes condicions/ ne doibt pas estre tenu pour noble.
xx Alegorie.
Les villains qui devindrent renoulles pouons entendre le peché d’avarice
qui est contraire au bon esperit. Et dit sainct augustin que l’homme
avaricieux est semblable a enfer. Car enfer ne scet tant engloutir de
ames qu’il die c’est assez. Et se tous les tresors du monde estoient
amassez en la possession de l’avaricieux/ il ne seroit pas rassasié. Et
a ce propos dit l’escripture.
Insatiabilis oculus cupidi. in parte iniquitatis non satiabitur.
Ecclesiastici. xiiii. capitulo.
[Illustration]
xxi Texte
Au dieu bacus point ne t’acordes
Car ses conditions sont ordes
Non vaillables en ses depors
Les gens fait transmuer en pors
xxi Glose.
Bacus fut ung homme qui premierement planta vignes en grece. Et quant
ceulx de la contree sentirent la force du vin qui les enyvroit ilz
disrent que bacus estoit ung dieu qui telle force avoit donnee a la
plante. Si est par bacus entendue yvresse. Et pour ce dit au bon
chevalier que nullement ne se doibt abandonner a yvresse/ car c’est ung
tres impacient vice a tout noble/ & a homme qui vueille user de raison.
Et a ce propos dit ypocras. Superfluitez de vins & de viandes
destruisent le corps & l’ame & les vertus.
xxi Alegorie
Par le dieu Bacus pouonz entendre le peché de gloutonnie dont le bon
esperit se doit garder. De gloutonnie dit sainct gregoire es morales que
quant le vice de gloutonnie prent a seigneurier la personne/ elle pert
tout le bien que elle avoit fait.
Et quant le ventre n’est restraint par abstinences/ toutes vertus sont
ensemble noyees. Pour ce dit saint pol.
horum finis interitus/ quorum deus venter est & gloria in confusione
eorum qui terrena sapiunt. Ad philippenses. iii. capitulo.
[Illustration]
xxii Texte
Ne t’assotes pas de l’ymage
Pimalion se tu es sage
Car de tel ymage paree
Est la beaulté trop comparee.
xxii Glose.
Pymalion fut ung moult subtil ouvrier de faire ymages. Et dit une fable
que pour la grant vilité que il veit es femmes de cidoine il les
desprisa & dist que il feroit une ymage ou il n’airoit que redire/ une
ymage de femme tailla de souveraine beaulté/ quant il eut parfaicte
amour qui subtillement scet cueurs ravir le fist estre amoureux de son
ymage & pour luy fut agrigé des maulx d’amours/ plains & clamours a
piteux souspirs luy faisoit/ mais l’ymage de pierre ne l’entendoit. Au
temple de venus s’en alla pymalion & tant luy fist devote clamour que la
deesse en eut pitié/ & en demonstrance de ce le brandon que elle tenoit
a parluy s’esprint & aluma. Adonc pour le signe fut joyeux l’amant &
vers son ymage s’en va & entre ses bras le print & tant l’eschaufa a sa
chair nue que l’ymage eut vie & a parler se print & ainsi pymalion eut
joye recouvree.
A ceste fable pevent estre mises maintes expositions & semblablement a
toutes aultres fables et pour ce les firent les poetes affin que les
entendemens des hommes se aguisassent & subtilliassent a y trouver
divers propos. Si peult estre entendu que pymalion desprisa la vilité
des femmes folieuses & s’enamoura d’une pucelle de tresgrant beaulté/
laquelle ne vouloit ou ne pouoit entendre ses piteux plaingz nonplus que
se de pierre fust. L’ymage avoit faicte. C’est que par penser a ses
belles beaultés s’estoit enamouré/ mais en la parfin tant la pria & tant
s’en tint pres que elle l’ayma a sa voulenté & l’eut a mariage & ainsi
eut l’ymage dur comme pierre recouvree vie par la deesse venus.
Si veult dire que le bon chevalier ne doibt estre assoté de sy fait
ymage en telle maniere qu’il en laisse a suyvir le mestier d’armes
auquel il est obligé par l’ordre de chevalerie. Et a ce propos dit
aptalim/ impartinente chose est a prince de soy assoter de chose qui
soit a reprendre.
xxii Alegorie
L’ymage pymalion dont le bon chevalier ne se doibt assoter prendrons le
peché de luxure/ dont l’esperit chevalereux doit garder son corps de
luxure/ dit sainct hierome en une epistre. O feu d’enfer de qui la
busche c’est gloutonnie/ la flamme c’est orgueil/ les flamesches sont
corrumpues parolles/ la fumee c’est mauvaise renommee/ la cendre c’est
povreté/ & la fin est le torment d’enfer. A ce propos dit sainct pierre
l’apostre.
Voluptatem existimantes delicias coinquinationis/ & macule deliciis
affluentes conviviis suis luxuriantes. secunde petri. ii. ca.
[Illustration]
xxiii Texte
De dianes soyes recors
Pour l’honnesteté de ton corps
Car ne luy plaist vie touillie
Ne deshonneste ne souillie.
xxiii Glose.
Dyane c’est la lune. et comme il ne est riens tant maulvais qui n’ait
aulcune proprieté/ la lune donne condicion chaste/ & la nommerent d’une
dame ainsi nommee qui fut moult chaste & tousjours vierge. Si veult dire
que honnesteté de corps bien appartient a bon chevalier. A ce propos dit
hermes. Celui ne pourroit estre de parfait sens qui en lui n’airoit
chasteté.
xxiii Alegorie
Et pour ramener les articles de la foy a nostre propos/ les quelz ne
pourroient prouffiter au bon esperit chevalereux prendrons pour diane
dieu de paradis/ lequel est sans tache aulcune/ amour de toute netteté/
& a qui chose souillee ne pourroit estre aggreable au createur du ciel &
de la terre. Laquelle chose est necessaire a croire au bon esperit/
sicomme dit le premier article de la foy que dist monseigneur sainct
pierre.
Credo in deum patrem omnipotentem creatorem celi et terre.
[Illustration]
xxiiii Texte.
La deesse ceres resemble
Qui les bledz donne & nul n’emble
Ainsi doibt estre abandonné
Bon chevalier bien ordonné
xxiiii Glose
Ceres fut une dame qui trouva l’art de arer les terres car devant
semoient les gaignages sans labourer. Et pour ce que plus abondamment
porta la terre apres ce que elle eut esté aree disrent que elle estoit
deesse des bledz et la terre nommerent de son nom. Si veult dire que
ainsi comme la terre est abandonnee et large donnerresse de tous biens/
doibt estre aussi le bon chevalier a toutes personnes abandonné/ et
donner son ayde et reconforter selon son pouoir. et dit aristote. Soies
liberal donneur & tu acquerras amis.
xxiiii Allegorie
Ceres a qui doit ressembler le bon chevalier prendrons pour le benoit
filz de dieu/ que le bon esperit doibt ensuivir qui tant nous a
largement donné de ses haultz biens. Et en luy doit estre creu
fermement/ sicomme dit le second article que dit sainct Jehan ou il dit.
Et in jesum christum filium ejus unicum dominum nostrum.
[Illustration]
xxv Texte.
Toutes vertus entes et plantes
En toy comme ysis fait les plantes
Et tous les grains fructifier
Ainsy doibs tu edifier
xxv Glose.
Ysis dient aussi estre deesse des plantes et de cultiveure qui leur a
donné vigueur et croissance de multiplier. pour ce dit au bon chevalier
et donne comparaison que ainsy doit il fructifier en toutes vertus/ et
tout mal vice eschiver. Et dit hermes a ce propos. O homme se tu
sçavoies l’inconvenient de vice comme tu t’en garderoies. Et se le
louyer congnoissoyes de vaillance comme tu l’aimerois.
xxv Allegorie
La ou il dit que a isys qui est plantureuse doibt ressembler pouons
entendre la benoite conception de jesucrist par le saint esperit en la
benoicte vierge marie mere de toute grace/ de qui les grans louenges ne
pourroient estre ymaginees ne dittes entierement/ laquelle digne
conception doit le bon esperit avoir entee en soy et tenir fermement le
digne article sicomme le dit saint Jaques le grant.
Qui conceptus est de spiritu sancto natus ex maria virgine.
[Illustration]
xxvi Texte.
Ne te tiens pas au jugement
Midas/ qui mie sagement
Ne juga/ sy ne t’y conseilles
Car il eut pour ce d’asne oreilles
xxvi Glose
Midas fut ung roy qui eut petit entendement/ et dit une fable que phebus
& pan le dieu des pastours estrivoient ensemble & disoit phebus que le
son de la lire faisoit plus a louer que le son du fretel ou du flajol et
pan soustenoit l’opposite & disoit que plus faisoit a louer celluy du
fretel sur midas se mirent du jugement de ce discort/ et apres ce que
tous deux eurent joué devant Midas a long loisir/ il juga que mieulx
valoit le son du fretel. Si dit la fable que phebus qui airé fut en
despit de son rude jugement luy fist avoir oreilles d’asnes en
demonstrance que entendement d’asne avoit qui si rudement avoit jugé. Si
peut estre que aucun juga follement contre ung prince qu’il punit par
luy faire porter sur luy aucun signe de fol qui a entendre par les
oreilles d’asne. Si est a entendre ceste fable que bon chevalier ne se
doit tenir a fol jugement non fondé sur rayson ne luy mesmes ne doit
estre juge de folle sentence. A ce propos dit ung philosophe. Le fol est
comme la taulpe qui oyt et n’entent & dyogenes compare le fol a la
pierre.
xxvi. Allegorie
Le jugement midas ou le bon chevalier ne se doibt tenir pouons prendre
pilate/ qui le benoict filz de dieu juga a prendre lier et pendre au
gibet de la croix comme larron lui qui estoit pur sans tache. Si est a
entendre/ que bon esperit se doit garder de jugier l’innocent: & doibt
croire l’article que dit sainct andrieu.
Passus sub pontio pilato crucifixus mortuus et sepultus.
[Illustration]
xxvii Texte
Se as loyaulx compaignons d’armes
Jusqu’en enfer ou sont les armes
Tu dois aller secourir les
Au besoing com fist hercules
xxvii Glose
Dit une fable que pirotheus et theseus allerent en enfer pour proserpine
rescourre que pluto eut ravie: et mal habillez y eussent esté se
hercules qui leur compaignon yre ne les eust secourus/ qui tant y fist
d’armes que tous les infernaulx mist en effroy. Et a cerberus le portier
d’enfer couppa les chaines. si veult dire que le bon chevalier ne doibt
faillir a son loyal compaignon pour doubte de peril quel qu’il soit/ car
loyalle compaignie doibt estre une mesme chose. Et pitagoras dit. Tu
dois garder l’amour de ton amy diligemment.
xxvii Allegorie
Ce que l’auctorité dit que il doit secourir ses loyaulx compaignons
d’armes jusques en enfer pouons entendre la benoite ame de jesuchrist
qui tira hors les bonnes ames des sains patriarches et prophetes qui au
lymbe estoient et par exemple doit faire le bon esperit et traire a soy
toutes vertus & croire l’article sicomme le dit saint philippe.
Descendit ad inferna.
[Illustration]
xxviii Texte
Aymes & prises cadmus
Et ses disciples chiers tenus
Soient de toy/ car la fontaine
Gaigna du serpent a grant peine.
xxviii Glose.
Cadmus fut ung moult noble & fonda thebes qui cité fut de moult grant
renommee/ l’estude y mist/ & luy mesmes fut moult lettré & de grant
science. Et pour ce dit la fable que il dompta le serpent a la fontaine/
c’est a entendre science et sagesse qui tousjours sourt.
Le serpent est noté pour la peine & travail qu’il convient a l’estudiant
dompter ains qu’il ait science acquise/ & dit la fable que luy mesmes
devint serpent/ qui est a entendre que corrigeur & maistre fut des
autres. si veult dire othea que le bon chevalier doibt aymer et honorer
les clercz lettrez qui sont fondez en sciences. A ce propos dit Aristote
a Alixandre/ honorez sapience & la fortifiez par bons maistres.
xxviii Alegorie
Cadmus qui dompta le serpent a la fontaine que le bon chevalier doibt
aymer pouons entendre la benoicte humanité de jesuchrist qui dompta le
serpent/ & gaigna la fontaine c’est la vie de ce monde qu’il passa a
grant peine & a grant travail/ dont il eut parfaicte victoire quant il
resuscita au tiers jour. Sicomme dit sainct thomas.
Tertia die resurrexit a mortuis.
[Illustration]
xxix Texte
Moult te delictes au sçavoir
Yo/ plus qu’en nul aultre avoir
Car par ce pourras moult aprendre
Et du bien largement comprendre.
xxix Glose.
Yo fut une damoiselle fille du roy ynacus qui moult fut de grant sçavoir
et trouva maintes manieres de lettres qui devant n’avoient esté veues/
combien que aulcunes fables disent que yo fut amye jupiter & que vache
devint & puis femme commune fut/ mais comme les poetes aient mussé
verité soubz couverture de fable peult estre entendu que jupiter l’ayma/
c’est a entendre les vertus de jupiter qui en elle furent elle devint
vache/ car sicomme la vache qui donne lait lequel est doulx &
nourrissant elle donna par les lettres que elle trouva doulce nourriture
a l’entendement/ ce que elle fut femme commune peult estre entendu que
son sens fut commun a tous comme lettres sont communes a toutes gens.
Pource dit que le bon chevalier doibt moult aymer yo qui peult estre
entendu pour lettres & escriptures & les hystoires des bons que le bon
chevalier doibt voulentiers ouyr racompter & lyre & dont l’exemple luy
peult estre vaillable. A ce propos dit Hermes. Qui s’efforce de acquerir
science & bonnes meurs/ il trouve ce qui luy plaist en ce monde & en
l’autre.
xxix Alegorie
Yo qui est notee par lettres & escriptures nous pouons entendre que le
bon esperit se doibt delicter a lyre les sainctes escriptures & les
avoir escriptes en sa pensee & par ce pourra apprendre a monter au ciel
avec jesuchrist par bonnes oeuvres et saincte contemplation/ et croire
le digne article que dist sainct Barthelemy.
Ascendit ad celos sedet ad dexteram dei patris omnipotentis.
[Illustration]
xxx Texte.
Gardes en quelque lieu que soyes
Qu’endormi des flageolz ne soyes
Mercurius/ qui souef chante
Les gens o son flageol enchante
xxx Glose.
Dit une fable que quant jupiter aymoit yo la belle que juno en fut en
moult grant suspicion/ et du ciel descendit en une nuee pour son mary
surprendre au fait/ mais quant jupiter la veit venir il mua s’amie en
une vache/ mais juno n’en fut pourtant hors de pensee/ ains la vache luy
demanda en don et jupiter maulgré son courage luy ottroya comme celuy
qui refuser ne luy osa pour doubte de suspicion. Adonc juno a argus son
vachier qui cent yeulz avoit bailla la vache a garder/ et tousjours la
guettoit. Mais le dieu mercurius par le commandement jupiter print son
flagol qui souef chante/ et tant corna a l’oreille argus que de tous ses
cent yeulx l’un apres l’autre l’endormit puis luy osta la vache & le
chief luy trencha. L’exposicion de ceste fable peult estre que aucun
puissant homme ayma une damoiselle que sa femme voulut avoir pour
guetter que son mari n’y peust advenir/ et grans gardes y myst & cler
voyans qui peult estre noté par les yeulx argus/ mais l’amant par
personne malicieuse et bien parlante fist tant faire que les gardes se
consentirent a rendre s’amye ainsi furent endormis par le flagol
mercurius et eurent le chief trenchié. Pour ce dit au bon chevalier que
a tel flagol ne se doibt laisser endormir que il ne soit desrobé de ce
que il doit bien garder. Et a ce propos dit hermes/ gardez vous de ceulx
qui se gouvernent par malice.
xxx Allegorie.
Par les flagolz mercurius pouons entendre que par l’ancien ennemy le bon
esperit ne soit deceu d’aulcune incredulité sur la foy ou aultrement. Et
doibt croire fermement l’article que dit Sainct mathieu l’evangeliste
qui dit que nostreseigneur vendra juger les vifz et les mors ou il dit.
Inde venturus judicare vivos & mortuos.
[Illustration]
xxxi Texte.
Croy que pirrus ressemblera
Son pere et encor troublera
Ses ennemis par grever les
La mort vengera d’achiles
xxxi Glose.
Pirrus fut filz achilles et bien ressembla son pere de force et de
hardement. Et apres la mort de son pere vint sur troye et moult
asprement venga le pere & moult dommaga les troyens. pour ce dit au bon
chevalier que se il a meffait au pere que il se garde du filz quant en
aage sera/ car se le pere a esté vaillant semblablement doibvera estre
le filz. A ce propos dit ung sage. La mort du pere attrait la vengance
du filz.
xxxi Allegorie
La ou il dit que pirrus ressemblera son pere pouons entendre le sainct
esperit/ lequel procede du pere en qui doit croire le bon esperit
sicomme dit Saint jaques le myneur.
Credo in spiritum sanctum.
[Illustration]
xxxii Texte.
Frequente le temple & honneures
Le dieu des cieulx en toutes heures
Et de cassandra tien l’usage
Se tu veulx estre tenu sage
xxxii Glose
Cassandra fut fille au roy priam/ et moult fut bonne dame & devote en
leur loy les dieux servoit et le temple hantoit & pou parloit sans
necessité: & quant parler luy convenoit elle ne disoit chose qui
veritable ne fust ne en mensonge ne fut oncques trouvee trop fut saige
cassandra/ pour ce dit au bon chevalier que a celle doibt ressembler/
car parolle mensongiere est moult a reprendre en bouche de chevalier/ si
doit dieu servir et le temple honnourer c’est a entendre l’eglise et ses
ministres. Et dit pitagoras treslouable chose est servir a dieu &
sanctifier ses sains.
xxxii Allegorie
L’auctorité dit que le temple doibt frequenter le bon chevalier par
semblable cas doit faire le bon esperit et doit avoir singuliere
devocion en saincte eglise catholicque et en la communion des saintz
sicomme dit l’article/ que dit Sainct simon.
Sanctam ecclesiam catholicam sanctorum communionem.
[Illustration]
xxxiii Texte.
Se tu vas moult souvent par mer
Tu dois neptunus reclamer
Et bien dois celebrer sa feste
Affin qu’il te gard de tempeste
xxxiii Glose
Neptunus selon la loy des payens estoit appellé le dieu de la mer. Et
pour ce disoit au bon chevalier que il le deveroit servir affin que il
luy fust secourable/ sur mer si est a entendre que les chevaliers qui
souvent vont en maintz voyages en mer ou autres divers perilz ont plus
necessité d’estre devotz & servir dieu et les sainctz que aultres gens/
affin que au besoing leur soient secourables/ et aydans et doivent
prendre singuliere devocion a aucun sainct par devotes oraisons/ par
quoy ilz se reclament a luy en leur besoing & comme il ne suffist pas
seulement oraison de bouche/ dit ung sage. Je ne repute mie dieu estre
seulement servi par parolles mais par bonnes oeuvres et bonne vie mener.
xxxiii Allegorie
Neptunus que le bon chevalier doit reclamer se il va souvent par mer
prendrons que le bon esperit qui est continuellement en la mer du monde
doit reclamer devotement son createur & prier que se il luy doint vivre
que il puisse avoir remission de ses pechez/ et doibt croire l’article
que dit Sainct jude.
Remissionem peccatorum.
[Illustration]
xxxiiii Texte
Ayes a toute heure regard
A attropos et a son dart
Qui fiert et n’espargne nul ame
Ce te fera penser de l’ame
xxxiiii Glose
Les poetes appellerent la mort attropos pource veult dire au bon
chevalier que il doit penser que tousjours ne vivra mie en cestui monde
mais tost s’en partira/ si doit plus user des vertus de l’ame que soy
delicter es vices du corps. Et a ce doit tout chrestien penser affin
qu’il ait a memoire la promission de l’ame qui durera sans fin. Et a ce
propos dit pitagoras que ainsi comme nostre commandement vient de dieu/
convient que nostre fin y soit.
xxxiiii Allegorie
La ou dit au bon chevalier que il ait regard a attropos qui est notee la
mort semblablement doibt avoir le bon esperit/ qui par les merites de la
passion de nostre seigneur jesucrist doit avoir ferme esperance avec la
peine et diligence que il mettra a avoir paradis en la fin. Et doibt
croire fermement que il ressuscitera au jour du jugement/ et aura vie
pardurable/ se il le dessert comme dit le dernier article que dit saint
Mathias.
Carnis resurrectionem vitam eternam. Amen.
[Illustration]
xxxv Texte.
Bellorophon soit exemplaire
En tous les faitz que tu veulz faire
Qui mieulx ayma vouloir mourir
Que desloyauté encourir
xxxv Glose.
Bellorophon fut ung chevalier de moult grant beauté & plain de loiauté
sa marrastre fut forment esprinse de s’amour/ mais pour ce que il ne
voulut consentir sa voulenté/ elle fist tant que il fut condemné a estre
devoré des fieres bestes/ & il ayma mieulx eslire la mort que faire
desloyauté si dit au bon chevalier que pour doubte de mort encourir ne
doibt faire desloyauté. A ce propos dit hermes/ tu doibs mieulx vouloir
mourir sans cause que faire desconvenue ne desloyaulté. Or vendrons a
desclairer les commandemens de la loy/ & y prendrons allegorie a nostre
propos.
xxxv Allegorie
Bellorophon qui tant fut plain de loyaulté peult noter dieu de paradis/
et comme sa digne misericorde nous ait esté et soit plaine de loyaulté
nous y pouons prendre le premier commandement qui dit. Tu n’adoureras
point dieux estranges/ C’est a dire ce dit sainct augustin l’onneur qui
est appellé latrye tu ne la porteras ne a ydole ne a ymage ne a
semblance ne a quelconque creature/ car c’est honneur deue tant
seulement a dieu/ en ce commandement est deffendu toute ydolatrie de
cecy parle nostre seigneur en l’evangile.
Dominum deum tuum adorabis & illi soli servies. Mathei quarto
capitulo.
[Illustration]
xxxvi Texte
Menimom ton loyal cousin
Qui a tout besoing t’est voisin
Et tant t’ayme/ tu le doibs aymer
Et pour son besoing toy armer
xxxvi Glose
Menimom fut cousin Hector & de la lignee aux troyens & quant hector
estoit es fiers estours & es batailles ou maintesfois durement estoit
empressé de ses ennemis menimom qui tant fut vaillant chevalier le
suyvoit de pres si secouroit hector et departoit les grans presses &
bien y parut car quant achiles l’eut en trahyson occis menimom navra
durement achiles & l’eust occis se bref secours ne luy fust venu. Pource
dit au bon chevalier que il le doibt aymer & secourir a son besoing &
est a entendre que tout prince et bon chevalier qui ait parent quelque
petit ou povre qu’il soit bon & loyal le doibt aymer & le doibt porter
en ses affaires/ & par especial quant le sent estre loyal a soy/ &
avient aulcunes fois que ung grant prince est plus aymé & plus loyaument
de son povre parent que du bien puissant et a ce propos dit le
philosophe Rabion/ multiplie tes amys/ car ilz te seront secourables.
xxxvi Alegorie
Menimom le loyal cousin pouons encor prendre dieu de paradis qui bien
nous a esté loyal cousin de prendre nostre humanité auquel nous ne
pourrons guerdonner/ si y pouons prendre le .ii. commandement qui dit.
Tu ne prendras pas le nom de dieu en vain/ c’est a dire ce dit sainct
augustin. Tu ne jureras point deshonnestement ne sans cause ne pour
coulourer faulcesté car il ne peult estre plus grant abusion que de
amener en tesmoignage de faulceté la souveraine & tres ferme verité/ &
en ce commandement est deffendue toute mensonge/ tout parjure/ & tout
blaspheme. A ce propos dit la loy.
Non habebit dominus insontem eum qui assumpserit nomen domini dei sui
frustra. xx. capitulo.
[Illustration]
xxxvii Texte
Avise toy ains que parolle
De grant menace nice & fole
De ta bouche ysse par trop dire
Et en leomedon te mire
xxxvii Glose
Leomedon fut roy de troye & pere priam/ et quant jason hercules & ses
compaignons alloyent en colcos pour la toison d’or querre et ilz furent
arrivez & descenduz au port de troye pour eulx refreschir sans nul mal
faire a la contree/ adonc leomedon comme mal advisé les envoya par ses
messagiers laidement conraier de sa terre et fort menacer se tost ne
vuydoient dont les barons gregoys par icelluy conraiement se tindrent
tant estre injuriez que apres s’en ensuyvit la premiere destruction de
troye.
Pource veult dire au bon chevalier que comme parolle de menace soit
layde & vilaine doibt estre moult pesee ains qu’elle soit dicte/ car
maintz grans maulx en sont souvent ensuyvis. A ce propos dit le poete
Omer. Celuy est sage qui sa langue scet refrener.
xxxvii Alegorie
Comme parolle de grant menace viengne de arrogance & briser commandement
soit aussi oultrecuidance pouons prendre que nul ne doit briser les
festes/ car c’est contre le commandement qui dit. Souvienne toy de
sanctifier le jour du sabbat/ parquoy nous est commandé dit sainct
augustin que le dimenche nous festons en lieu du sabbat aux juifz nous
le devons solenniser en repos de corps & en cessant de toutes oeuvres
serviles & en repos de l’ame en cessant de tous pechez/ & de ce repos
parle ysaÿe le prophete.
Quiescite agere perverse/ discite benefacere.
[Illustration]
xxxviii Texte
Ne cuydes pas estre certain
Ainçoys la verité atain
Pour ung pou de presumption
Piramus t’en fait mention
xxxviii Glose
Piramus fut ung jouvencel de la cité de babilone et quant il n’avoit que
vii. ans d’aage amour le navra de son dart & fut espris de l’amour
tisblé belle damoiselle & gente & sa pareille d’aage. Et pour la grant
frequentence des deux amans ensemble fut apperceue leur grant amour &
par ung serf fut accusee a la mere a la damoiselle qui sa fille print &
enferma en ses chambres & dist que bien la garderoit de hanter piramus
grant fut la douleur des deux enfans pour celle cause & leurs plains &
pleurs moult piteux long dura celle prison/ mais au feur que leur aage
croissoit embrasoit en eulx l’amoureuse estincelle qui pour longue
absence point n’estaignoit/ mais comme entre les palais aux parens aux
deux amans n’eust que une paroy tisblé ung jour avisa la paroy crevee
par ou on veoit la lueur de l’autre part/ adonc le mordant de sa
sainture ficha par la creveure affin que son amy l’apperceust ce que il
fist assez briefment & la firent souvent leurs assemblees les deux amans
a moult piteuses complaintes/ a la parfin comme par trop aymer contrains
fut leur accord tel que la nuit au premier somme se embleroient de leurs
parens & devoient assembler soubz ung murier blanc hors de la cité sur
une fontaine ou en leur enfance souloient jouer quant tisblé fut venue a
la fontaine seule & paoureuse adonc ouyt ung lyon venir moult roidement
dont elle plaine de paour s’en fuyt cacher en ung buisson au plus
prochain/ mais en la voye luy cheut sa blanche guimple mais toute l’eut
souillee & ensenglantee le lyon qui sur eut vomy l’entraille des bestes
que il eut devorees. Oultre mesure fut grande la douleur Piramus qui
cuyda s’amye estre devoree des fieres bestes dont apres moult piteux
regretz se occist de son espee. Tisblé saillit du buisson/ mais quant
elle entendit les souspirs de son amy qui mouroit & veit l’espee & le
sang adonc par grant douleur sur son amy cheut qui a elle parler ne
peult/ & apres plusieurs grans plains/ regretz et pasmoisons se occist
de la mesme espee/ & dit la fable que pour icelle pitié devint lors la
mure noire qui souloit estre blanche. Et pource que par petite achoison
advint si grande male adventure dit au bon chevalier que a petite
enseigne ne doibt donner grant foy. A ce propos dit ung sage. Ne te
rendz mye certain des choses qui sont en doubte ains que tu ayes faicte
convenable informacion.
xxxviii Allegorie
De ce que il dit ne cuide estre certain pouons noter l’ignorance que
avons en enfance ou nous sommes soubz la correction de pere et de mere &
pour les biens fais que nous recepvons de eulx pouons entendre le quart
commandement qui dit honnores pere & mere/ lequel expose sainct augustin
en disant que nous devons nos parens honnorer en deux manieres en leur
portant deue reverence & en leur administrant leurs necessitez/ a ce
propos dit le sage.
Honora patrem tuum et genitus matris tue ne obliviscaris.
ecclesiastici. vii. capitulo.
[Illustration]
xxxix Texte
Croy pour la santé de ton corps
D’esculapion les rapors
Et nompas de l’enchanteresse
Circés/ qui trop est tromperesse.
xxxix Glose
Esculapius fut ung moult sage clerc qui trouva la science de medecine &
en fist livres/ & pour ce dit au bon chevalier que il croye ses rapors
sur sa santé/ c’est a dire se il a besoing que il se tourne vers les
mires et medecins/ nonmie es sors de circés qui fut enchanteresse/ &
peult estre dit pour ceulx qui en leurs maladies usent de sors/ de
charmes & d’enchantemens & cuident par ce avoir garison qui est chose
deffendue & contre les commandemens de saincte eglise & dont nul bon
chrestien ne doibt user/ platon repudia & ardit les livres
d’enchantemens & de sors fais sur medecine dont ung temps avoient usé et
approuva & se tint a ceulx de science raisonnable & de experience.
xxxix Alegorie
Pour esculapion qui fut phisicien & mire pouons entendre le quint
commandement qui dit. Tu n’occiras point/ c’est a dire ne de cueur/ ne
de langue ne de main/ & si est deffendue toute violence percussion &
corporelle blesseure & n’est ici deffendu aux princes aux juges & aux
maistres de justice mettre a mort les malfaicteurs mais tant seulement a
ceulx qui n’en ont point de auctorité/ mais que en cas de necessité la
ou ung homme ne pourroit aultrement eschaper auquel cas les drois
seuffrent bien tuer aultruy en son corps deffendant aultrement non. A ce
propos dit l’evangile.
[Qui gladio occiderit oportet eum in gladio occidi. Luce xiii. cap.]
[Illustration]
xl Texte.
A cil a qui trop as meffait
Qui ne s’en peult venger de fait
Ne t’y fies/ car mal en prent
La mort achilles le t’aprent
xl Glose.
Achilles fist moult de griefz aux troiens & au roy priam occist
plusieurs de ses enfans hector troylus & autres dont haÿr le devoit/ non
obstant ce achilles se fya en la royne hecuba femme priam a qui il eut
occis ses enfans par trahison et alla par nuit parler a elle pour
traicter du mariage de polixene sa fille et de luy & la fut occis par
paris & ses compaignons par le commandement de la royne sa mere au
temple apolin pour ce dit au bon chevalier que ne se doibt fyer en son
ennemy a qui trop a meffait sans faire a luy paix ne aulcune amende. A
ce propos dit ung sage/ garde toy des aguetz de ton ennemy qui vengier
ne se peult.
xl Allegorie.
Comme en celluy a qui as meffait ne te doibs fier. Nous prendrons que
comme nous devons doubter les vengances de dieu soit necessaire tenir le
commandement qui dit. Tu ne feras de meschief/ c’est a dire de adultere
ne de fornicacion/ et si est defendu ce dit ysodore toute illicite
couple charnelle qui n’est en cas de mariage et tout desordonné usage
des membres genitales. A ce propos dit la loy.
Morte moriantur mechus et adultera levitici. xx. ca.
[Illustration]
xli Texte.
Ne ressembles mie busierres
Qui trop plus mauvais que lierres
Sa cruaulté fait a reprendre
A telz faitz ne te vueilles prendre
xli Glose
Busierres fut ung roy de merveilleuse cruaulté et moult se delectoit en
l’occision des hommes/ et de fait luymesmes en ses temples les occisoyt
de couteaulz et en faisoit sacrifice a ses dieux. Pour ce dit au bon
chevalier que nullement ne se doit delecter en l’occision de humaine
creature. Car telle cruaulté est contre dieu contre nature et contre
toute bonté. A ce propos dit socrates au bon conseillier se ton prince
est cruel tu le dois amoderer par bons exemples.
xli Allegorie.
Busierres qui fut homicide & contraire a humaine nature/ pouons noter la
defence que nous fait le commandement qui dit/ tu ne feras point larcin/
et si est defendu ce que dit Sainct augustin toute illicite usurpacion
des choses d’aultruy tout sacrilege toute rapine toute chose tollue par
force/ & par seigneurie sur le peuple sans raison. A ce propos dit saint
pol l’apostre.
Qui furabatur jam non furetur. ad epheseos. iiii. ca.
[Illustration]
xlii Texte
N’ayes pas si chier ta plaisance
Que trop mettes en grant balance
Ta vie/ que tu doibs aymer
Lehander est peri en mer.
xlii Glose
Lehander fut ung damoisel qui trop aymoit de grant amour Hero la belle/
& comme il y eust ung bras de mer entre les manoirs aux deux amans le
passoit lehander tout a nage par nuyt moult souventesfois pour sa dame
veoir qui pres du rivage avoit son chasteau affin que leur amour ne fust
apperceue/ mais il advint que ung grant orage de temps leva qui par
plusieurs jours dura la marine qui destournoyt la joye des amans. Si
advint une nuyt que lehander contraint de trop grant desir se mist en la
mer au temps de l’orage & la fut sy loing porté par les vagues
perilleuses que il luy convint perir piteusement/ Hero qui fut de
l’autre part en grant soucy pour son amy quant elle veit le corps venir
flotant au rivage adonc estrainte d’une merveilleuse douleur se getta en
la mer & en embrassant le corps pery elle fut noyee. Pource dit au bon
chevalier que tant ne doibt aymer son delit que pour ce doye mettre sa
vie en trop grant aventure. Si dit ung sage. je me esmerveille de ce que
je voy tant de perilz souffrir pour le delit du corps/ & faire si petite
pourveance a l’ame qui est perpetuelle.
xlii Alegorie.
Comme l’auctorité deffend que il n’ait si chiere sa plaisance peult
estre entendu le commandement qui dit. Tu ne parleras point faulx
tesmoignages contre ton prochain. Et si est deffendu ce dit sainct
augustin toute faulse accusation/ murmuration/ detraction/ tout faulx
rapport/ & diffamation d’aultruy & est assavoir ce dit ysodore que le
faulx tesmoing fait villanie a trois parties/ c’estassavoir a dieu que
il despite en le parjurant/ au juge que il desçoyt en mentant/ & a son
prochain que il blesse en faulcement contre luy deposant. Et pour ce dit
l’escripture.
Testis falsus non erit impunitus/ & qui loquitur mendacia non
effugiet. Proverbiorum. xix. capitulo.
[Illustration]
xliii Texte
Rens helaine s’on la demande
Car en grant meffait gist amende
Et mieulx vault tost paix consentir
Que tard venir au repentir
xliii Glose.
Helayne fut femme au roy menelaus & ravie par paris en grece/ & quant
les grecz furent venus sur troye a grant armee pour la vengeance
d’icelluy fait/ ains qu’ilz meffeissent a la terre ilz requirent que
helayne leur fust rendue & amende leur fust faicte de celle offence ou
si non ilz destruiroient le pays/ et pource que riens n’en voulurent
faire les troyens s’en ensuyvit le grant meschief qui depuis leur
advint/ pour ce veult dire au bon chevalier que se il a folie
encouvenancee mieulx lui vault la delaisser & faire paix que la
poursuyvre que mal ne luy en aviengne. pour ce dit le philosophe Platon.
Se tu as fait injure a qui que ce soit tu ne doibs estre aise jusques a
tant que tu soyes a luy accordé et fait paix.
xliii Alegorie.
Helayne qui doit estre rendue peult estre entendu le commandement qui
dit. Tu ne desireras point la femme de ton prochain par quoy est
deffendu ce dit sainct augustin la pensee & la voulenté de faire
fornication dont le fait est deffendu devant par le. vi. commandement/
car dit nostreseigneur en l’evangile.
Qui viderit mulierem ad concupiscendam eam jam mechatus est in corde
suo. Matthei. vi. capitulo.
[Illustration]
xliiii Texte
Ne ressemble pas la deesse
Aurora qui rent grant leesse
Aux aultres quant vient a son heure
Et pour soy tient tristesse & pleure.
xliiii Glose.
Aurora c’est le point du jour & disent les fables que c’est une deesse
et que elle eut ung sien filz occis en la bataille de troye qui cinus
fut nommé & pour ce que deesse estoit elle avoit la puissance de ce
faire elle mua le corps de son filz en ung cinne & de la vindrent les
premiers cinnes. Celle dame estoit de sy grant beaulté que elle
resjouissoit tous ceulx qui la veoyent/ mais toute sa vie ploura son
filz cinnus qui fut mort & encore le plore ce dit la fable/ car la
rousee qui chiet au point du jour disent que c’est aurora qui plore son
filz cinnus/ Pource dit que le bon chevalier qui par ses bonnes vertus
resjouist les aultres ne doibt estre triste mais joyeux & moderé
gratieusement/ pource dit Aristote a Alixandre le grant/ quelque
tristesse que ton cueur ait doibs tousjours monstrer lyé visage devant
ta gent.
xliiii Alegorie
Aurora qui pleure pouons entendre que nul desir ne doibt plourer en nous
par couvoiter chose non deue. Et par ce pouons nous noter le .x. et
derrenier commandement qui dit. Tu ne couvoiteras pas la maison de ton
prochain/ ne son beuf/ ne son asne/ ne chose que il ait/ parquoy ce dit
sainct Augustin est deffendue la voulenté de faire larrecin ou rapine/
dont le fait est deffendu devant par le .vii. commandement/ et a ce
propos dit David en son psaultier.
Nolite sperare in iniquitate. Rapinas nolite concupiscere.
[Illustration]
xlv Texte.
Pour tant se pasiphé fut folle
Ne vueilles lire en ton escolle
Que telles soyent toutes femmes
Car il est maintes vaillans dames
xlv Glose.
Pasiphé fut une royne et disent aucunes fables que elle fut femme de
grant dissolution & mesmement que elle ayma ung thoreau et que mere fut
mynothaurus qui fut moitié homme & moitie thoreau qui est a entendre que
elle acointa ung homme de vile condicion de qui elle conceut ung homme
qui estoit de grant cruaulté & de merveilleuse force/ et pource qu’il
eut forme de homme & nature de thoreau & ce que il fut fort et de grant
aspreté et si mauvais que tout le pays essilloit/ disrent les poetes par
fiction que il fut moitié homme et moitié toreau et pour ce se ceste
dame fut de vile condicion veult dire au bon chevalier que il ne doit
dire ne souffrir qu’il soit dit que toutes femmes soient semblables
comme la verité soit manifeste au contraire. Galien aprint la science de
medecine de une moult vaillante femme & sage appellee clempare qui luy
aprint a congnoistre maintes bonnes herbes et leurs proprietez.
xlv Allegorie.
Pasiphé qui fut folle pouons entendre l’ame retournee a dieu. Et dit
saint gregoire es omelies que plus grant joye est menee aux cieulx d’une
ame retournee a dieu que de ung qui a tousjours esté ainsi comme le
capitaine en la bataille ayme mieulx le chevalier qui s’en estoit fuy et
puis est retourné/ & apres son retour a fort navré l’ennemy que cellui
qui n’a fait nul beau fait. et comme le laboureur aime mieulx la terre
qui apres les espines porte abondamment fruit que celle qui n’eut
oncques nulles espines & n’a point porté fruit. A ce propos dit dieu par
le prophete.
Revertatur unusquisque a via sua pessima & propicius ero iniquitati &
peccato ipsorum. Hieremie. xxvi. ca.
[Illustration]
xlvi Texte
Se filles as a marier
Et tu les veulx aparier
A hommes dont ne mal te vienne
Du roy adrastus te souvienne
xlvi Glose.
Adrastus fut roy de arges & moult puissant & preudhoms deux chevaliers
errans l’un appelle polmites & l’autre thideus se combatoient par nuyt
obscure soubz le portail de son palais dont l’un calengoit le logis de
l’autre pour cause du fort temps & de la grosse pluye qui les avoit
toute nuit tormentez & la s’estoient d’aventure embatus/ A celle heure
le roy se leva qui avoit ouy la noise de espees sur les escus & vint
departir les deux chevaliers. Polmites estoit filz au roy de thebes &
thideus a ung aultre roy de grece mais de leurs terres furent exillez/
grandement honnora Adrastus les deux barons puis leur donna en mariage
deux moult belles filles que il avoit/ apres pour mettre polmites au
droit de sa terre que ethiocles son frere tenoit fist grant armee le roy
adrastus & sur thebes allerent a grant ost desconfitz & mors & prins y
furent tous & les deux gendres du roy mortz/ & les freres dont le
descord estoit s’entre occirent en la bataille & ne demeura de tous fors
adrastus luy tiers de chevaliers/ & pour ce que a gens exillez remettre
en leurs droictz a moult affaire dit au bon chevalier que en tel cas
doibt avoir conseil & se doibt mirer en la dicte aventure/ & comme
Adrastus eut songé une nuyt que il donnoit ses deux filles par mariage a
ung lyon & a ung dragon qui ensemble se combatoient/ dit l’expositeur
des songes que songe vient de la fantasie qui peult estre demonstrance
de bonne ou de male aventure qui doibt advenir aux creatures.
xlvi Alegorie
Ou il est dit que se filles a a marier que il garde a qui il les
donnera/ nous pouons entendre que le bon esperit chevalereux a dieu
doibt bien regarder a qui il s’acompaigne s’il advient qu’en compaignie
vueille aller comme fist le bon thobie/ aussi doit toutes assigner ses
pensees en sainctes meditations & dit sainct augustin en ung epistre que
ceulz qui ont aprins de nostreseigneur a estre debonnaire & humbles
proffitent plus en meditant & en priant que ilz ne font en lysant & en
oyant/ pource disoit david en son psaultier.
Meditabar in mandatis tuis que dilexi.
[Illustration]
xlvii Texte
De cupido/ se jeune & cointes
Es/ assez me plaist que t’acointes
Par mesure comment qu’il aille
Il plaist bien au dieu de bataille.
xlvii Glose
Cupido c’est le dieu d’amours/ & pource qu’il ne messiet point a jeune
chevalier estre amoureux de dame qui soyt vaillable/ ains en pevent
mieulx valoir ses condicions mais que le moyen y sache garder & qui est
chose assez advisant aux armes/ dit au bon chevalier que elle consent
assez que de cupido s’acointe/ & dit ung philosophe que aymer de bon
courage vient de noblesse de cueur.
xlvii Alegorie
Que bien plaist au dieu de bataille que de cupido s’acointe peult estre
entendue penitance se le bon esperit repentant de ses pechez batailleur
contre les vices est jeune & nouvel entré la droicte voye bien plaist au
dieu de bataille c’est jesuchrist que il s’acointe de penitence & que
jesuchrist par sa digne bataille fut nostre redempteur dit sainct
bernard/ quel mot dit il de plusgrant misericorde peult on dire au
pecheur qui estoit damné que la ou il s’estoit vendu par peché a
l’ennemy d’enfer & n’avoit de quoy se racheter dieu le pere dist pren
mon filz & le baille pour toy & le filz dist pren moy & te rachete par
moy. Cecy ramentoit sainct pierre l’apostre en sa premiere epistre.
Non corruptibilibus auro vel argento redempti estis: sed precioso
sanguine quasi agni incontaminati et immaculati jesu christi. prima
petri. i. ca.
[Illustration]
xlviii Texte
N’occis pas corinis la belle
Pour le raport & la nouvelle
Du corbel/ car se l’occioyes
Apres tu t’en repentiroyes.
xlviii Glose
Corinis fut une damoiselle comme dit une fable que phebus ayma par
amours le corbel qui adonc le servoit luy apporta qu’il avoit veu
corinis s’amye gesir avec ung aultre damoisel/ de celle nouvelle fut
tant dolent phebus que il occist s’amye des que il la veit mais a
merveilles s’en repentit apres dont le corbel qui guerdon attendoit a
avoir de son seigneur pour ce bien fait en fut mauldit & chassé & la
plume que il souloit avoir blanche comme nege luy mua phebus en noire en
signe de douleur & l’ordonna phebus des lors porteur & anonceur de males
nouvelles/ & peult estre entendue l’exposition que le serviteur d’aulcun
puissant homme luy raporta semblables nouvelles dont il fut chassé &
deffait. Pour ce veult dire que le bon chevalier ne se doibt avansser de
dire a son prince nouvelles dont il ait le cueur couroussé/ car a la fin
ne luy en pourroit bien venir/ & aussi ne doibt croire raport qui luy
soit fait par flaterie. A ce propos dit le philozophe hermes. Ung
raporteur ou controuveur de nouvelles ou il ment a celuy a qui il les
raporte ou il est faulz a celuy de qui il les dit.
xlviii Alegorie
Corinis qui ne doibt estre occise nous entendrons nostre ame que nous ne
devons occire par peché mais bien la garder. Et dit sainct augustin que
l’ame doibt estre gardee comme le coffre qui est plain de tresor & comme
le chastel qui est assiegé des ennemys & comme le roy qui se repose en
sa chambre de retrait et doibt estre ceste chambre close de cinq portes
qui sont les cinq sens de nature & n’est aultre chose clorre ses portes
sinon que retraire les delectations des cinq sens et s’il advient que
l’ame doye yssir par ses portes a ses operations foraines elle doibt
meurement & rassisement & en discretion yssir & ainsi comme les princes
quant ilz veullent yssir de leurs chambres ou ilz ont huyssiers devant
eulx tenans maces pour faire voye en la presse/ ainsi quant l’ame doit
yssir a veoyr ouyr/ parler/ & sentir/ elle doibt avoir devant soy paour
pour huyssier qui doibt avoir pour mace la consideration des peines
d’enfer & du jugement de dieu/ & de ainsi garder son ame amonneste le
sage.
Omni custodia serva tuum cor quoniam ex ipso vita procedit.
Proverbiorum. iiii. capitulo.
[Illustration]
xlix Texte
De juno ja trop ne te chaille
Se le nouel mieulx que l’escaille
D’honneur/ desires a avoir
Car mieulx vault prouesse qu’avoir
xlix Glose
Juno c’est la deesse d’avoir selon les fables des poetes et pource que
avoir et richesse convient acquerir a grant peine soing & travail & que
tel soing peult destourner honneur acquerre & comme honneur et vaillance
soit plus louable que richesse d’autant comme le nouel vault mieulx que
l’escaille/ si veult dire au bon chevalier que il n’y doibt mettre si
fort sa felicité que vaillance en soit delaissee a poursuyvir. A ce
propos dit hermes que mieulx vault avoir povreté en faisant bonnes
oeuvres que richesse acquise laidement comme valeur soit perpetuelle &
richesse deffaillance.
xlix Alegorie
Juno dont il est dit que trop ne luy doibt chaloir est prins pour
richesses & que le bon esperit les doibt despriser dit sainct bernard/ o
filz d’adam lignee couvoiteuse a quoy aymez vous tant ces mondaines
richesses qui ne sont vrayes ne vostres & vueillez ou non il les vous
fault laisser a la mort/ & dit l’evangile que le chameau passeroit plus
ayseement par le pertuys d’une esguille que le riche n’ataindroit au
royaulme des cieulx/ car le chameau n’a que une boce sur son dos/ mais
le mauvais riche en a deux/ une de mondaines possessions & l’autre de
pechez/ il fault qu’il laisse sa premiere boce a la mort/ mais l’autre
vueille ou non il l’emporte avec soy se il ne la laisse avant que il
meure. A ce propos dit nostreseigneur en l’evangile.
Facilius est camelum per foramen acus transire/ quam divitem intrare
in regum celorum. Matthei. xix. capitulo.
[Illustration]
l Texte.
Contre le conseil amphoras
Ne va destruire ou tu mourras
La cité de thebes ne d’arges
N’assemble ost n’escus ne targes
l Glose
Amphoras fut moult sage clerc de la cité d’arges/ & trop sceut de
science. Et quant le roy adrastus voulut aler sur thebes pour la cité
destruire/ amphoras qui par science sçavoit que mal luy en vendroit dist
au roy que ja n’y alast et que se il y aloit tous y seroient mors et
destruis mais il n’en fut mie creu sy avint comme il l’eut dit. Pour ce
veult dire au bon chevalier que le conseil du sage est peu prouffitable
a celluy qui n’en veult user.
l Allegorie.
Par le conseil amphoras contre lequel ne doit aler en la bataille pouons
noter que le bon esperit doit suivir les sainctes predications ce dit
saint gregoire es omelies que ainsi comme la vie du corps ne peult estre
soustenue sans souvent prendre sa refection corporelle/ ainsi ne peult
la vie de l’ame estre soustenue sans souvent ouyr la parolle de dieu
doncques les parolles de dieu que vous ouyez des oreilles corpo[re]lles
recevez les en vostre cueur. Car quant la parolle ouye n’est retenue au
ventre de la memoire. C’est ainsi comme l’estomac malade qui gette hors
la viande et tout ainsi comme en desespere de la vie de celuy qui ne
retient riens/ mais gette tout hors. Ainsi est celuy en peril de mort
perdurable qui oyt les predicacions et ne les retient ne met a oeuvre/
pour ce dit l’escripture.
Non in solo pane vivit homo sed in omni verbo quod procedit de ore
dei. Mathei quarto ca.
[Illustration]
li Texte.
Ta langue soit saturnine
Ne soit a nul malle voisine
Trop parler est laide coustume
Et qui l’ot folie y presume
li Glose.
Saturnus comme j’ay dit devant est planette lente & tardive et sage.
Pour ce dit au bon chevalier que sa langue luy doit ressembler car
langue doit estre tardive en ce que elle ne parle trop/ et sage que de
nul ne mesdie ne ne dye chose dont on s’en puist presumer folie/ car dit
ung sage. A la parolle congnoist on le sage & au regard le fol.
li Allegorie.
La langue qui doibt estre saturnine/ c’est a entendre lente de parler
dit a ce propos hugues de saint victor que la bouche qui n’a la garde de
discretion est ainsi comme la cité qui est sans mur comme le vaissel qui
n’a point de overture comme le cheval qui n’a point de frain comme la
nef qui est sans gouvernail la langue mal gardee glice comme l’anguille/
perce comme sayette volle tost pert amis et multiplie ennemis noyses
esmeut/ & seme discorde/ a ung coup frape & tue plusieurs personnes. Qui
garde sa langue il garde son ame/ car la mort ou la vie sont en la
puissance de langue. A ce propos dit david en son psaultier.
Quis est homo qui vult vitam dies diligit videre bonos prohibe linguam
tuam a malo et labia ne loquantur dolum.
[Illustration]
lii Texte.
Croy la corneille et son conseil
Jamés ne soyes en esveil
De malle nouvelle apporter
Le plus seur est s’en deporter
lii Glose.
La corneille ce dit la fable encontra le corbeau quant il portoit la
nouvelle a phebus de s’amie corinis qui s’estoit meffaicte et tant luy
enquist que il lui dist l’occasion de son erre/ mais elle desloua par
luy donner exemple d’elle mesmes qui pour semblable cas avoit esté
chassee de l’ostel pallas ou jadis souloit estre bien avancee/ mais il
ne la voulut pas croire dont mal lui en ensuivit pour ce dit au bon
chevalier que la corneille doit croire. Et dit platon. Ne soyes pas
jengleur ne au roy grant raporteur de nouvelles.
lii Allegorie.
Que la corneille doive estre creue veult dire que le bon esperit doibt
user de conseil sicomme dit sainct gregoire es moralles que force ne
vault riens ou conseil n’est car force est tantost abatue se elle n’est
appuyee par le don de conseil et l’ame qui a perdu dedens soy le siege
de conseil par dehors se espart en divers desirs pource dit le sage.
Si intraverit sapientia cor tuum consilium custodiet te & prudentia
servabit te. proverbiorum secundo. c.
[Illustration]
liii Texte.
S’a plus fort de toy tu t’efforce
A faire plusieurs jeux de force
Retray toy que mal ne t’en vienne
De ganimedes te souvienne
liii Glose
Ganimedes fut ung jouvencel de la lignee aux troyens et dit une fable
que phebus et luy estoient ung jour ensemble a getter la barre de fer/
et comme ganimedes ne peult contre la force de phebus fut occis par le
rebondissement de la barre/ que phebus eut si hault balancee qu’il en
eut la veue perdue. Et pour ce dit que a trop plus fort & plus puissant
de soy n’est mie bon l’estrif car n’en peult venir si non inconvenient.
Si dit ung sage soy jouer avec les hommes de mal gracieux jeux est signe
d’orgueil et fine communement par ire.
liii Allegorie.
Comme il est dit que contre plus fort de soy ne se doibt efforcer est a
entendre que le bon esperit ne doit entreprendre trop forte penitence
sans conseil/ de cecy dit saint gregoire es morales que penitence ne
proffite point se elle n’est discrete ne la vertu de abstinence ne vault
riens se elle n’est sy ordonnee que elle ne soit pas plus aspre que le
corps ne peult souffrir. Et pour ce conclud que nulle simple personne ne
doit entreprendre penitence sans conseil de plus discret de luy/ pour ce
dit le sage es proverbes.
Ubi multa consilia ibi erit salus. Proverbiorum. ii. ca.