Prologue
1. Othéa
2. Attrempance
3. Hercule
4. Minos
5. Persée
6. Jupiter
7. Vénus
8. Saturne
9. Apollon
10. Phœbé
11. Mars
12. Mercure
13. Minerve
14. Pallas
15. Penthésilée
16. Narcisse
17. Athamas
18. Aglauros
19. Ulysse
20. Latone
21. Bacchus
22. Pygmalion
23. Diane
24. Cérès
25. Isis
26. Midas
27. Hercule
28. Cadmus
29. Io
30. Mercure
31. Pyrrhus
32. Cassandre
33. Neptune
34. Atropos
35. Bellérophon
36. Memnon
37. Laomédon
38. Pyrame
39. Esculape
40. Achille
41. Busierres
42. Léandre
43. Hélène
44. Aurore
45. Pasiphaé
46. Adraste
47. Cupidon
48. Coronis
49. Junon
50. Amphiaraos
51. Saturne
52. La corneille
53. Ganymède
54. Jason
55. La Gorgone
56. Vulcain
57. Thomyris
58. Médée
59. Acis et Galatée
60. Pélée
61. Laomédon
62. Sémélé
63. Diane
64. Arachné
65. Adonis
66. Troye
67. Orphée
68. Pâris
69. Actéon
70. Eurydice
71. Achille
72. Atalante
73. Pâris
74. Fortune
75. Pâris
76. Céphale
77. Hélénos
78. Morphée
79. Alcyone
80. Troïlus
81. Calchas
82. Hermaphrodite
83. Ulysse
84. Briséis
85. Patrocle
86. Echo
87. Daphné
88. Andromaque
89. Ninus
90. Hector
91. Hector
92. Polyboete
93. Polyxène
94. Ajax
95. Anténor
96. Le cheval de Troie
97. Ilion
98. Circé
99. Ino
100. Auguste
Treshaulte fleur par le monde louee.
A tous plaisant/ & de dieu advouee
De lis souef odorant delectable
Puissant valeur hault pris sur tous notable
Louenge a dieu avant oeuvre soit mise
Et puis a vous noble fleur qui transmise
Fustes du ciel pour anoblir le monde
Seigneurie tresdroituriere et monde
D’estoc troyen ancienne noblesse
Pillier de foy que nul erreur ne blesse
Que hault renom nul lieu ne va celant
A vous aussi noble prince excellent
D’orleans duc Loys de grant renom
Filz de charles roy quint d’iceluy nom
Qui fors le roy ne congnoissons greigneur
Mon tresloué et redoubté seigneur
D’humble vouloir moy povre creature
Femme ignorant de petite estature
Fille jadis philozophe et docteur
Qui conseillier et humble serviteur
Vostre pere/ que dieu face sa grace
Et jadis vint de boulongne la grasse
Dont il fut né par le sien mandement
Maistre thomas de pizan/ autrement
De boulongne fut dit et surnommé
Qui solennel clerc estoit renommé
En desirant faire se je sçavoye
Chose plaisant qui vous mist en voye
D’aucun plaisir ce me seroit grant gloire
Pour ce emprins ay d’indigne memoire
Presentement ceste oeuvre a rimoyer
Mon redoubté/ pour le vous envoyer
Le premier jour que l’an se renouvelle
Car moult en est la matiere nouvelle
Combien que soit de rude entendement
Pourpensee/ car je n’ay nul sentement
En sens fondé/ n’en ce cas ne ressemble
Mon bon pere/ fors ainsi comme on emble
Espis de blé en glennant en moissons
Parmy les champs/ et coste les buissons
Ou miettes cheans de haultes tables
Qu’on recueult quant les mets sont notables
Aultre chose n’en ay je recueilli
De son grant sens dont il a assez cueilly
Si ne vueillez mespriser mon ouvrage
Mon redoubté seigneur humain & sage
Pour le despoir de ignorant personne
Car petite clochette grant voix sonne
Qui bien souvent les plussaiges reveille
Et le labeur d’estude leur conseille
Pource prince treslouable & benigne
Moy nommee chrestienne femme indigne
De sens acquis pour si faicte euvre emprendre
A rimoyer et dire me vueil prendre
Une epistre qui a hector de troie
Fut envoiee sicomme l’histore l’ottroie
Se tel ne fut bien peut estre semblable
Ou ens a maint vers bel et notable
Bel a ouyr/ et meilleur a entendre
Doresenavant au commencer vueil tendre.
Or me doint dieu a sa louenge faire
Tous faitz et ditz & chose qui puist plaire
A vous mon redoubté/ pour qui l’emprens
Et humblement supplie se je mesprens
La franchise de vostre grant noblesse
Qu’elle me pardoint se trop grant hardiesse
D’escripre a vous personne si tresdigne
Entreprens moy en sagesse non digne.
[Illustration]
Texte.
Cy commence l’epistre que othea la deesse envoya a Hector de troye quant
il estoit en l’aage de quinze ans.
Othea deesse de prudence
Qui adresse les bons cueurs en vaillance
A toy hector noble prince puissant
Qui en armes es adez flourissant
Filz de mars le dieu de bataille
Qui les faitz d’armes/ livre & taille
Et de minerve la deesse
Puissant/ qui d’armes est maistresse
Successeurs des nobles troyens
Hoir de troye et des cytoyens
Salutacion devant mise
Avec vraye amour sans faintise.
Et com je soye desirant
Ton grant preu que je voys querant
Et qu’augmentee & preservee
Soit/ et en tout temps observee
Ta vaillance et haulte proesse
Adez en ta prime jeunesse
Par mon epistre amonnester
Te vueil/ et dire & ennorter
Les choses qui sont necessaires
A haulte vaillance et contraires
A l’opposite de prouesse
Affin que ton bon cueur s’adresse
A acquerir par bonne escolle
Le cheval qui par l’air s’en volle
C’est pesagus le renommé
Qui de tous vaillans est aymé
Pour ce que ta condicion
Sçay par droicte inclinacion.
Aux faictz chevalereux abille
Plus que non aultres cinq cens mille
Et comme deesse je sçay
Par science non par essay
Les choses qui sont a avenir
Me doibt il de toy souvenir
Car je sçay qu’a tousjours seras
Le plus preux des preux & auras
Sur tous les aultres renommee
Mais que de toy je soye aymee
Aymee/ et pour quoy ne seroye
Je suy celle qui tous arroye
Ceulx qui m’ayment et tiennent chiere
Je leur lis leçon en chaiere
Qui les fait monter jusque au cieulx
Si te prie que soyes de ceulx
Et que tu me vueilles bien croire
Or met donc bien en ta memoire
Les ditz que je te vueil escripre
Et se tu m’os compter ou dire
Chose qui soit a avenir
Et je te dis que souvenir
T’en doibt com s’ilz fussent passees
Saches qu’ilz sont en mes pensees
En esperit de prophecie
Or enten et ne te soucye
Car riens ne diray qui n’avienne
S’avenu n’est/ or t’en souviengne.
i. Glose.
Othea selon grec peult estre prins pour sagesse de femme. Et comme les
anciens non ayans encore lumiere de foy adorassent plusieurs dieux.
Soubz laquelle loy soient passees les plus haultes seigneuries qui au
monde ayent esté comme le royaulme d’assirie/ de perse/ les gregoys/ les
troyens/ Alixandre/ les rommains et maintz aultres. Et mesmement tous
les plus grans philozophes. Comme dieu n’eust encore ouverte la porte de
sa misericorde. A present nous chrestiens par la grace de dieu enluminez
de vraie foy pouons ramener a moralité les opinions des anciens. Et sur
ce maintes allegories pevent estre faictes. Et comme iceulx eussent
acoustumé de toutes choses adorer/ qui oultre le commun cours des choses
eussent prerogatives d’aulcune grace plusieurs dames sages qui furent en
leurs temps appellees deesses. Et fut vraye chose selon l’histoire que
au temps que troie la grant florissoit en sa haulte renommee une moult
sage dame Othea appellee considerant la belle jeunesse de hector de
troye qui ja florissoit en vertus qui pouoient estre demonstrance des
graces estre en luy au temps advenir/ luy envoya plusieurs dons beaulx &
notables. Et mesmement le beau destrier que on appelloit galathee qui
n’eut pareil au monde. Et pour ce que toutes graces mondaines que bon
chevalier doit avoir furent en hector pouons dire moralement que il les
print par le admonestement othea qui cest epistre luy manda. par othea
nous prendrons la vertu de prudence et sagesse dont luymesmes fut aorné.
Et comme les quatre vertus cardinalles soient necessaires a bonne
pollice nous en parlerons ensuivant. Et a cest premier avons donné nom &
prins maniere de parler aulcunement poeticque & accordant a la vraie
hystoire pour mieulx ensuivir nostre matiere. Et a nostre propos
prendrons aulcunes auctoritez des philozophes anciens. Ainsi dirons que
par la dicte dame fut baillé ou envoyé ce present au bon hector qui
semblablement peult estre a tous aultres desirans bonté & sagesse. Et
comme la vertu de prudence soit tres a recommander dist le prince des
philozophes Aristote pour ce que sapience est la plus noble de toutes
aultres choses doibt elle estre monstree par la meilleur raison et la
plus convenable maniere.
Prologue a alegorie.
Pour ramener a allegorie le propos de nostre matiere applicquerons la
saincte escripture a noz ditz a l’edification de l’ame estant en cestuy
miserable monde.
Comme par la souveraine sapience et haulte puissance de dieu toutes
choses soyent crees raisonnablement doibvent toutes tendre a fin de luy.
Et pource que nostre esperit de dieu creé a son ymage est des choses
crees la plus noble apres les angelz. Convenable chose est & necessaire
que il soit adorné de vertus parquoy il puisse estre convoyé a la fin
pourquoy il est. Et pour ce que il peult estre empesché par les assaulx
& agaz de l’ennemy d’enfer qui est son mortel adversaire & souvent le
destourne de venir a sa beatitude. Nous pouons appeller la vie humaine
droicte chevalerie comme dit l’escripture en plusieurs pars. Et comme
toutes choses terrestres soient faillables devons avoir en continuelle
memoire le temps futur qui est sans fin Et pource que ce est la somme &
parfaicte chevalerie & toute autre soit de nulle comparaison. Et dont
les victorieux sont couronnez en gloire prendrons maniere de parler de
l’esperit chevalereux. Et ce soit faict a la louenge de dieu
principalement & au proffit de ceulx qui se delicteront a ouyr ce
present dictier.
Alegorie.
Comme prudence & sagesse soit mere & conduiseresse de toutes vertus sans
laquelle ne pourroient estre bien gouvernees est il necessaire a
l’esperit chevalereux que de prudence soit adorné comme dit sainct
augustin au livre de la singularité des clercz que en quelque lieu que
prudence soit legierement peult on cesser et anientir toutes choses
contraires Mais la ou prudence est despitee toutes choses contraires ont
seigneurie. Et a ce propos dit Salomon en ses proverbes.
Si intraverit sapientia cor tuum et scientia anime tue placuerit
consilium custodiet te et prudentia servabit te. Proverbiorum secundo
capitulo.
[Illustration]
ii. Texte.
Et a celle fin que tu saches
Qu’il te fault faire/ & que tu faces
A toy les vertus plus propices
Pour mieulx parvenir aux premisses
De vaillance chevalereuse
Et tout soit elle aventureuse
Encor te diray qui me maine
J’ay une mienne seur germaine
Remplie de toute beaulté
Mais sur toute especiaulté
Est doulce/ coye/ & attrempee
Ne jamais d’ire/ n’est frappee
A riens fors mesure ne pense
C’est la deesse d’attrempance
Si ne peulx s’a par elle nom
Avoir de grant grace le nom
Car s’elle n’en faisoit le pois
Tout ne te vauldroit pas sept pois.
Pour ce vueil qu’avec moy t’amye
Celle soit/ ne l’oublies mye
C’est la deesse tres apprise
Qui sage est/ moult l’ayme & prise.
ii. Glose.
Dit othea que attrempance est sa seur/ laquelle il doibt aymer. La vertu
d’attrempance vrayement peult estre dicte seur et est semblable a
prudence. Car attrempance est demonstrance de prudence/ & de prudence
s’ensuyt attrempance. Pour ce dit que il la tienne pour s’amie. ce que
semblablement doibvent faire tous bons chevaliers desirans le louyer
donné aux bons. Si comme dit le philozophe nommé democritus.