M. Cobichet s’empressa d’être de mon avis:

--C’est vrai, fit-il, histoire de femmes, et voilà tout! Du reste, le

sieur Ragut et sa concubine partiront demain matin à la première heure.

Le pays sera enfin purgé de leur présence. M. le maire qui sort d’ici

m’en a donné l’assurance. Il les chasse. Ah! monsieur le curé, puisque

j’ai l’honneur de vous voir ce soir, permettez-moi de vous renouveler

mes félicitations. Vous l’avez haché, trituré, pulvérisé, le renégat...

Vraiment, poursuivit M. Cobichet, le clergé catholique a le droit d’être

fier de vous, et j’ajoute que vous pouvez être fier de lui, car que de

vertu, que de science, que de talent dans ses rangs, et quel prestige il

a gardé sur les masses!... A ce propos-là, monsieur le curé, je voudrais

vous demander un petit service...

--Parlez, monsieur Cobichet.

--Eh bien, monsieur le curé, reprit l’apothicaire subtil, je suis

inventeur de pilules.

--Mes félicitations, monsieur Cobichet! Quelles maladies

guérissent-elles? Tous les maux connus, comme il convient, mais

lesquels, plus spécialement?

--Ce sont, dit le pharmacien, des pilules contre l’obésité! L’obésité,

monsieur le curé, est une infirmité redoutable. A notre époque, elle

fait de terribles ravages parmi ces générations stagnantes qui

s’alourdissent dans les professions sédentaires et ne dépensent plus ces

trésors d’activité physique que la nature a déposés en elles. Il faut

lutter contre le fléau de l’obésité, si l’on ne veut pas voir la race

frappée de stérilité courir à une dégénérescence fatale. L’obésité,

monsieur le curé, prédispose les individus et, par conséquent les

peuples.

Je m’aperçus que M. Cobichet offrait à ma candeur surprise les phrases

de son prospectus: je crus prudent de l’interrompre:

--Mais, dis-je, je ne puis vous être utile en rien, pour vos pilules!

--Pardon, monsieur le curé: la fortune de mes pilules dépend de vous.

Votre réponse sera pour mon invention un arrêt de vie ou de mort.

--Je demeure stupide, monsieur Cobichet.

--Vous allez comprendre, monsieur le curé. Je voudrais que vous

écrivissiez une lettre où vous attesteriez, avec votre éloquence

ordinaire, l’efficacité de mes pilules «antiadipeuses». Je vous

demanderai aussi l’autorisation de reproduire votre photographie sur mes

prospectus et sur mes brochures.

--Par ma foi! m’écriai-je en riant, vous avez la plaisanterie subtile!

Je ne vous savais pas aussi facétieux!

Un vieux célibataire · 第 13 / 27 题