--Qu'est-ce que vous complotez donc toutes les deux dans ce petit
coin?...
--Rien!...--fit madame de Bracieux,--nous regardions Bijou qui me paraît
en train d'apprivoiser votre petit ami Bernès...
Le comte se retourna, inquiet:
--Apprivoiser?... qu'entendez-vous par là?...
--Dame! ce que tout le monde entend!... il y a huit jours, quand ce
garçon a dîné ici avec nous, il avait l'air gelé!... eh bien, je crois
que le dégel approche...
--Bah!--s'écria M. de Clagny dont le visage se rasséréna
subitement,--j'oubliais qu'il a une liaison... une liaison qui
l'enchante... à tel point qu'il veut épouser, ce qui enchante moins son
père, comme bien vous pensez?...
Il ajouta, distrait:
--Oh!... de ce côté-là, je suis bien tranquille!...
--Tranquille?...--interrogea madame de Bracieux étonnée;--pourquoi
tranquille?... vous ne voudriez pas que Bijou épousât M. de Bernès?...
pourquoi?...
Il balbutia, embarrassé:
--Mais parce que... elle est si jeune...
--Comment, si jeune!... mais elle a plus que l'âge de se marier... elle
aura vingt-deux ans au mois de novembre, Bijou!...
--Alors, c'est Hubert qui est trop jeune pour elle!... c'est un
gamin!...
--J'aimerais certainement mieux lui voir épouser un homme un peu plus
sérieux, mais enfin, si celui-là lui plaisait?... il a un beau nom, une
belle fortune... pourquoi pas lui autant qu'un autre?...