II

Dans le salon de Mme Deck, aucun meuble n'a changé de place depuis le

traité de Francfort. Les fauteuils et les tentures sont du Second

Empire le plus pur. Au mur deux gravures naïves montrent Bonaparte au

pont d'Arcole et Napoléon à Eylau. La médaille de Sainte-Hélène

surmonte le congé du grand-père. Avec elle est encadré le ruban

d'Italie de l'oncle Deck qui refusa d'acheter un remplaçant. Sur une

console, deux statuettes en bonnet à poil veillent un casque de

cuirassier ramassé à Reichoffen.

Je dis à mon ami Deck.

--Ils ont du cran, tes grenadiers.

--Iô!... répond-il... des bibelots!

Car M. Deck, en bon Alsacien, raille ses sentiments les plus vifs. De

race forte et militaire, il aime les soldats et la gloire. Vivant

malgré lui une histoire étrangère, il s'est attaché à des souvenirs

que rien ne venait effacer. La fidélité alsacienne se cramponnait

alors à l'image d'une France un peu désuète. Ici les vétérans ont

conservé leur uniforme, les pompiers leur plumet rouge, et le langage

des archaïsmes.

--Quel est le régiment français entré le premier à Witzheim?

--Le cent soixante toûssième _te ligne_, a répondu fièrement M. Deck.

[Illustration 03]

Les Bourgeois de Witzheim · 第 9 / 17 题