[Illustration 01]
I
J'aime le français tel qu'on le parle à Witzheim, avec un accent gras
et savoureux comme la cuisine du pays, mais le patois alsacien a bien
aussi son charme bourru.
C'est un langage honnête et solide, tout plein d'une sorte d'humour
rustique. La solennité de la phrase allemande, si rigide dans sa
charpente, fait place ici à la bonhomie de grognements familiers.
L'Allemand dit: _Ia_; l'Alsacien dit: _Iô._ Ia est net, tranchant,
affirmatif; Iô est traînant, ironique, dubitatif. Tout est là, et
vous pouvez aller de Bischwiller à Mulhouse si vous prononcez Iô comme
il faut.
Les mots français, semés dans la phrase alsacienne comme des truffes
dans un pâté, retrouvent parfois dans ce terrain nouveau un parfum
évaporé. Alors que chez nous: «Nom d'une pipe» est sans force, le
«Nundepip» de mon ami Deck est encore un brillant juron.
Sur la place d'armes de Witzheim, entre le restaurant «Au Canon» et le
restaurant «Au Saumon», je sonne à la porte de sa maison enveloppée
d'un toit en pèlerine et coiffée de tuiles imbriquées que percent des
mansardes en gradins:
--_Nundepip!_ s'écrie-t-il en m'apercevant... Joséphine!...
Süzele!... _Wos e surprise!_
[Illustration 02]