61, rue des Saints-Pères, 61

[Illustration 01]

I

J'aime le français tel qu'on le parle à Witzheim, avec un accent gras

et savoureux comme la cuisine du pays, mais le patois alsacien a bien

aussi son charme bourru.

C'est un langage honnête et solide, tout plein d'une sorte d'humour

rustique. La solennité de la phrase allemande, si rigide dans sa

charpente, fait place ici à la bonhomie de grognements familiers.

L'Allemand dit: _Ia_; l'Alsacien dit: _Iô._ Ia est net, tranchant,

affirmatif; Iô est traînant, ironique, dubitatif. Tout est là, et

vous pouvez aller de Bischwiller à Mulhouse si vous prononcez Iô comme

il faut.

Les mots français, semés dans la phrase alsacienne comme des truffes

dans un pâté, retrouvent parfois dans ce terrain nouveau un parfum

évaporé. Alors que chez nous: «Nom d'une pipe» est sans force, le

«Nundepip» de mon ami Deck est encore un brillant juron.

Sur la place d'armes de Witzheim, entre le restaurant «Au Canon» et le

restaurant «Au Saumon», je sonne à la porte de sa maison enveloppée

d'un toit en pèlerine et coiffée de tuiles imbriquées que percent des

mansardes en gradins:

--_Nundepip!_ s'écrie-t-il en m'apercevant... Joséphine!...

Süzele!... _Wos e surprise!_

[Illustration 02]

Les Bourgeois de Witzheim · 第 8 / 17 题