costume grec, qui, en tout cas, a beaucoup perdu de son cachet primitif.
La principale partie du costume se compose d’une robe à la française,
échancrée sur la poitrine; elles ont en outre un petit spencer serré,
également échancré, et dont les manches sont larges et un peu plus
courtes que celles de la robe. Les bords de la robe et du spencer sont
garnis sur le devant de larges franges d’or. Les femmes et les jeunes
filles portent sur la tête de toutes petites toques garnies de crêpe ou
de mousseline de couleur rose ou autre, brodée en or, en argent ou en
soie.
_24 octobre._ Je partis d’Athènes sur un petit vapeur, _le Baron
Kübeck_, de la force de 70 chevaux, et j’allai jusqu’à _Calamachi_ (24
milles marins). Ici, on quitte le bateau pour traverser par terre
l’isthme, large de 3 milles. A _Lutrachi_, on monte sur un autre bateau.
Pendant la traversée pour aller à Calamachi, qui n’est que de quelques
heures, on voit la petite ville de Mégare sur une colline nue.
Rien n’est plus désagréable en voyage que de changer de mode de
transport, surtout lorsqu’on se trouve bien et que l’on ne peut que
perdre au change. Nous nous trouvions justement dans cette position. M.
Leitenburg était le plus aimable et le plus prévenant de tous les
capitaines à qui j’ai eu affaire dans mes voyages; aussi, moi et tous
les autres passagers, nous le quittâmes à regret ainsi que son bateau.
Il eut encore pour nous les plus grandes complaisances à Calamachi où
nous restâmes deux jours, parce que l’arrivée du bateau sur lequel nous
devions continuer notre route fut retardé jusqu’au 25 par des vents
contraires.
Calamachi offre peu d’agréments; les quelques maisons qu’on trouve dans
ce petit endroit n’ont été construites que depuis l’établissement d’un
bateau à vapeur dans ces parages, et les montagnes passablement hautes
contre lesquelles Calamachi est adossé sont pour la plupart stériles ou
bien seulement couvertes de maigres buissons.
Nous fîmes des promenades sur l’isthme et nous gravîmes des coteaux d’où
l’on voit d’un côté le golfe de Lépante et de l’autre la mer Égée.
Devant nous se présenta le puissant mont Acrocorinthe, dominant toutes
les autres montagnes qui l’environnent. Sur ses sommets brillent des
murailles assez bien conservées que l’on appelle les restes du fort
Acrocorinthe et dont les Turcs tirèrent parti dans la dernière guerre.
Corinthe, jadis si célèbre dans le monde, cette cité qui a donné son nom
au luxe voluptueux, à des palais, et à un ordre d’architecture, est
descendue au rang d’une petite ville ou bourgade d’environ 1000
habitants, qui s’étend au pied de la montagne, entre des champs et des
vignobles. Aujourd’hui elle doit toute la célébrité dont elle jouit à
une espèce de raisin sec que l’on appelle raisin de Corinthe.
Jamais ville ne posséda autant de statues précieuses de bronze et de
marbre. C’est dans l’isthme fermé par un col étroit, en pente douce, et
qui en grande partie était ombragé de bois de pins épais où s’élevait un
superbe temple de Neptune, que se célébraient jadis les jeux athéniens,
si renommés dans l’antiquité.
Combien un pays, un peuple, peuvent déchoir! Le peuple grec, jadis le
premier du monde, est aujourd’hui descendu presque au plus bas degré de
l’échelle! On m’avait dit généralement qu’en Grèce, je ne pouvais ni
risquer de me confier seule à un guide, ni courir le pays sans crainte,
comme je l’avais fait ailleurs. On me conseilla même à Calamachi de ne
pas trop m’éloigner du port et de retourner au bateau avant la chute du
jour.
_26 octobre._ Nous ne partîmes de _Lutrachi_ que vers midi, sur le
bateau _Hellenos_, de la force de 120 chevaux.
Le soir, nous jetâmes pendant quelques heures l’ancre près de
_Vostizza_, l’ancien _Égion_, aujourd’hui petit endroit insignifiant,
situé au pied d’une montagne.
_27 octobre._ _Patras._ Les portions de la Grèce que j’avais parcourues
jusqu’ici n’étaient ni très riches en beautés naturelles, ni bien
cultivées ni très-peuplées. Ici je trouvai au moins des plaines et des
collines couvertes de prés, de champs et de vignobles. Lépante était
autrefois une grande cité commerçante; avant la révolution grecque de
1821, elle comptait près de 20 000 habitants, dont le nombre se trouve
aujourd’hui réduit à 2000. Patras est défendu par trois forts, dont l’un
placé sur une colline derrière la ville, et les deux autres à l’entrée
du port. La ville n’est ni grande ni belle, les rues sont étroites et
sales. Je lui préférai de beaucoup ses hautes montagnes rocheuses dont
on peut suivre la chaîne au loin, et parmi lesquelles se détache surtout
la _Sciada_ aux trois cols.
Séduite par la beauté et la grosseur des raisins de Patras, j’en
achetai; mais je les trouvai si durs que je n’aurais pas osé les offrir
à un mousse, aussi je les jetai dans la mer.
_28 octobre._ Corfou, la plus grande des îles Ioniennes (neuf milles
carrés), qui appartenaient autrefois à la Grèce, et qui sont situées à
l’entrée de la mer Adriatique, Corfou, l’ancienne Corcyre, est depuis
1818 sous la domination anglaise.
La ville de Corfou est située dans une contrée plus belle et plus
fertile que Patras; elle est aussi beaucoup plus grande, car elle a près
de 18 000 habitants. Deux blocs de rochers romantiques, placés isolément
et ceints de fortifications imposantes, se rattachent à la ville. Sur
l’un de ces rochers s’élèvent le télégraphe et le phare, tous deux
entourés de fossés artificiels par-dessus lesquels on a jeté des
ponts-levis. Les alentours de la ville, comme l’île entière, abondent en
beaux bois d’oliviers et d’orangers.
La ville a de belles maisons et de jolies rues, mais on y trouve aussi
des ruelles excessivement tortueuses et très-malpropres. A l’entrée de
Corfou se trouve une grande halle en pierre couverte, où d’un côté les
bouchers, de l’autre les pêcheurs étalent leurs denrées. Sur la place
publique, devant la halle, on voit entassés les légumes les plus exquis
et les fruits les plus appétissants. Le théâtre est assez joli au
dehors; à en juger par les images en pierre dont il est décoré, il doit
avoir servi autrefois d’église. La place principale de la ville, dont un
côté a vue sur la mer, est belle et grande, et ornée de plusieurs allées
qui se croisent dans tous les sens. C’est sur cette place qu’est le
palais du gouverneur anglais; cet édifice est assez joli et d’un style
gréco-italien. L’église de Spiridion, très-célèbre et très-visitée, est
petite, mais renferme beaucoup de tableaux à l’huile, dont plusieurs
sont de l’ancienne école italienne.
Au fond de cette église, dans une petite chapelle toute sombre, repose
dans un sarcophage d’argent le corps de saint Spiridion, qui jouit d’une
haute vénération chez les Ioniens. Cette petite chapelle est toujours
remplie de fidèles qui impriment les baisers les plus ardents sur la
froide pierre.
Le 29 octobre nous découvrîmes les basses montagnes de la Dalmatie, et
le 30 octobre, à la pointe du jour, j’entrai à Trieste, d’où je partis
le lendemain pour Vienne par la malle-poste. Il me fallut passer
quelques jours aux portes de la ville dans les plus grandes inquiétudes;
car, prise d’assaut le 31 octobre, elle ne fut pas ouverte avant le 4
novembre.
Ce ne fut qu’après avoir retrouvé toute ma famille saine et sauve, que,
dans ma joie expansive, je me sentis la force d’adresser mes actions de
grâces à la Providence, qui, dans tous les dangers et au milieu de
toutes les peines, m’avait toujours préservée et m’avait fait échapper à
tous les périls d’une manière miraculeuse.
Je me reportais aussi alors en pensée avec attendrissement vers tous
ceux qui s’étaient intéressés à moi avec tant de bonté et tant de
dévouement, et dont le secours m’avait si puissamment aidée à triompher
des plus grandes difficultés.
Quant à mes lecteurs, je les supplie de juger avec indulgence une
relation qui dépeint en termes simples ce que j’ai vu et éprouvé, et
dont toute l’ambition se borne à être vraie et fidèle.
FIN.
TABLE DES MATIÈRES.
NOTICE SUR MME IDA PFEIFFER I
DÉDICACE IX
AVANT-PROPOS DE L’AUTEUR XI
CHAPITRE PREMIER.
Je quitte Vienne.--Séjour à Hambourg.--Bateaux à vapeur et
vaisseaux à voiles.--Départ.--Cuxhaven.--La Manche.--Les
poissons volants.--La physolide.--Constellations.--Passage de la
ligne.--Les Vamperos.--Forte brise et tempête.--Le cap Frio.--Entrée
dans le port de Rio-de-Janeiro. 1
CHAPITRE II.
Arrivée à Rio-de-Janeiro.--Description de la ville.--Les noirs et
leurs rapports avec les blancs.--Arts et sciences.--Fêtes
religieuses.--Baptême
de la princesse impériale.--Fêtes dans les casernes.--Climat
et végétation.--Mœurs et coutumes.--Quelques mots aux
émigrants.--Renseignements statistiques sur le Brésil. 25
CHAPITRE III.
Environs de Rio-de-Janeiro. 50
CHAPITRE IV.
Voyage dans l’intérieur du Brésil.--Les petites villes de Morroqueimado
(Novo Friburgo) et d’Aldea da Pedro.--Plantations des Européens.--Bois
incendiés.--Forêts vierges.--Dernier établissement des
blancs.--Visite aux Indiens, appelés aussi Puris ou Rabocles.--Retour
à Rio-de-Janeiro. 64
CHAPITRE V.
Départ de Rio-de-Janeiro.--Santos et Santo-Paulo.--Circumnavigation
du cap Horn.--Arrivée à Valparaiso. 92
CHAPITRE VI.
Aspect de Valparaiso.--Édifices publics.--Quelques mots sur les
coutumes et les usages du peuple.--La gargote de Polanka.--Le
petit ange (_angelito_).--Le chemin de fer.--Mines d’or et
d’argent. 110
CHAPITRE VII.
Départ de Valparaiso.--Taïti.--Coutumes et usages du peuple.--Fête
et bal à l’occasion de la fête de Louis-Philippe.--Excursions.--Un
repas à Taïti.--Le lac _Vaihiria_.--Le défilé de _Autaua_
et le diadème.--Départ.--Arrivée en Chine. 123
CHAPITRE VIII.
Macao.--Hong-Kong.--Victoria.--Promenade en jonque chinoise.--Le
Si-Kiang, appelé aussi fleuve du Tigre.--Whampoa.--Canton
ou Ruangtscheu-fu.--Vie des Européens.--Les Chinois.--Coutumes
et usages.--Criminels et pirates.--Assassinat de M. Vauchée.--Promenades
et excursions. 155
CHAPITRE IX.
Arrivée à Hong-Kong.--Le vapeur anglais.--Singapore.--Plantations.--Partie
de chasse dans les jungles.--Funérailles chinoises.--Fête
aux lanternes.--Température et climat. 204
CHAPITRE X.
Départ de Singapore.--L’île de Pinang.--Ceylan.
--Pointe-de-Galle.--Excursion
dans l’intérieur.--Colombo.--Candy.--Le
temple de Dagoha.--Chasse aux éléphants.--Retour à Colombo
et à Pointe-de-Galle.--Départ. 226
CHAPITRE XI.
Départ de Ceylan.--Madras et Calcutta.--Vie des Européens.--Les
Hindous.--Curiosités de la ville.--Visite à un nabab.--Fêtes
religieuses des Hindous.--Maisons mortuaires; emplacements où
l’on brûle les cadavres.--Noces mahométanes et européennes. 246
CHAPITRE XII.
Départ de Calcutta.--Le Gange.--Rajmahal.--Gor.
--Junghera.--Monghyr.--Patna.
--Deinapoor.--Gasipour.--Bénarès.--Religion
des Hindous.--Description de Bénarès.--Palais et temples.--Les
places sacrées.--Les singes sacrés.--Les ruines de
Sarnath.--Plantation d’indigo.--Visite au rajah de Bénarès.--Martyrs
et faquirs.--Le paysan indien.--L’établissement des missions. 276
CHAPITRE XIII.
Allahabad.--Caunipoor.--Agra.--Le mausolée du sultan
Akbar.--Tajh-Mahal.--La
ville en ruines de Fatipoor-Sikri.--Delhi.--La
grand’rue.--Le palais de l’empereur.--Palais et mosquées.--La
princesse Bigem.--L’ancien Delhi.--Ruines remarquables.--La
station militaire anglaise. 309
CHAPITRE XIV.
Les Tuggs ou égorgeurs.--Départ.--Le marché aux bestiaux.
--Baratpoore.--Biana.--Fontaines
et étangs.--Bonhomie des Indiens.--Plantations
de pavots.--Les Suttis.--Notara.--Kottah.--Description
de la ville.--Le château royal d’Armornevas.--Divertissements
et danses; costumes.--La ville sainte de Kesho-Rae-Patun. 342
CHAPITRE XV.
Les voyages à dos de chameau dans les Indes.--Rencontre de la
famille Burdon.--Les femmes du peuple aux Indes.--Oudjein-Indor.--Le
capitaine Hamilton.--Présentation à la cour.--Fabrication
de la glace.--Le temple de rochers d’Adjunta.--Chasse
au tigre.--Le temple de rochers d’Élora.--Le fort Dowlutabad. 368
CHAPITRE XVI.
Aurang-Abad.--Puna.--Les mariages aux Indes orientales.--Le
voiturier fou.--Bombay.--Les Parsis adorateurs du feu.--Funérailles
des Indiens.--L’île Éléphanta.--L’île Salsette. 394
CHAPITRE XVII.
Départ de Bombay.--La petite vérole se déclare.
--Mascate.--Bandr-Abas.--Les
Persans.--Le détroit de Kishm.--Bushire.--Le
Schatel-Arab.--Bassora.--Le Tigre.--Tribus de Bédouins.--Ctésiphon
et Séleucie.--Arrivée à Bagdad. 419
CHAPITRE XVIII.
Bagdad.--Principaux édifices.--Climat.--Fête donnée par le
résident anglais.--Le harem du pacha de Bagdad.--Excursion aux
ruines de Ctésiphon.--Le prince persan Il-Hany-Aly-Culy-Mirza.--Excursion
aux ruines de Babylone.--Départ de Bagdad. 438
CHAPITRE XIX.
Voyage en caravane à travers le désert.--Arrivée à
Mossoul.--Curiosités.--Excursion
aux ruines de Ninive et au village de
Nebijunis.--Seconde excursion aux ruines de Ninive; Tel-Nimrod.--Les
chevaux arabes.--Départ de Mossoul. 463
CHAPITRE XX.
Voyage en caravane à Ravandus.--Arrivée et séjour à Ravandus.--Une
famille kourde.--Suite du voyage, Sauh-Bulak, Oromia.--Les
missionnaires américains.--Kutschié.--Trois brigands
magnanimes.--Les kans persans et les bongolos anglais.--Arrivée
à Tauris. 485
CHAPITRE XXI.
Description de la ville de Tauris.--Le bazar.--Le
temps de jeûne.--Behmen-Mirza.--Anecdotes
sur le gouvernement persan.--Présentation
au vice-roi et à sa femme.--Les femmes de Behmen-Mirza.--Visite
chez une dame persane.--Le peuple.--Persécution
des chrétiens et des juifs.--Départ. 523
CHAPITRE XXII.
Sophia.--Marand, en Perse.--Frontière russe.--Natschivan.--Voyage
en caravane.--Nuit passée en prison.--Continuation de
mon voyage.--Érivan.--La poste russe.--Les Tartares.--Arrivée
et séjour à Tiflis.--Continuation de mon voyage.--Kutaïs.--Marand,
en Géorgie.--Traversée sur le Ribon.--Redutkale. 539
CHAPITRE XXIII.
Départ de Redutkale.--Une attaque de choléra.--Anapka.--Le
vaisseau suspect.--Kertsch.--Le musée.--Tumuli.--Continuation
de mon voyage.--Theodosia (Caffa).--Jalta.--Le château
du prince Woronzoff.--La citadelle de Sébastopol.--Odessa. 574
CHAPITRE XXIV.
Constantinople.--Changements opérés dans cette
ville.--Deux incendies.--Voyage
en Grèce.--La quarantaine à Égine.--Un jour
à Athènes.--Calamachi.--L’isthme.--Patras.--Corfou. 593
FIN DE LA TABLE.
Ch. Lahure, imprimeur du Sénat et de la Cour de Cassation,
rue de Vaugirard, 9, près de l’Odéon.
FOOTNOTES:
[1] Nous avons emprunté à des documents réunis par M. Vapereau pour
le _Dictionnaire des Contemporains_, dont l’impression s’exécute en
ce moment, un grand nombre des détails de cette notice. D’autres nous
ont été fournis par MM. Malte-Brun, Marmier, et par l’article que M.
Depping a donné sur Mme Pfeiffer, dans la _Revue de Paris_. (Numéro du
1^{er} septembre 1856.)
[2] Elle a publié la relation de ce voyage sons le litre: _Reise
einer Wienerin in das heilige Land_ (Voyage d’une Viennoise dans la
Terre-Sainte). Vienne, 1844; 2 vol., 4^{e} édition, 1856.
[3] _Reise nach dem scandinavischen Norden und der Jnsel Island im Iahr
1845_ (Voyage au nord de la Scandinavie et en Islande, dans le cours de
l’année 1845). Pesth, 1846; 2 vol., 2^{e} édition, 1855.
[4] _Frauenfahrt um die Welt_ (Voyage d’une femme autour du monde),
Vienne 1850, 3 vol.--C’est la relation de ce voyage que nous donnons
dans ce volume.
[5] Le mille anglais vaut 1 kilomètre 609 mètres.
[6] Sur mer comme sur les fleuves, je compte toujours par milles
marins, dont 4 répondent à 1 mille géographique; ce dernier égale 1852
mètres de France. Il faut donc un peu plus de deux milles marins pour
faire un kilomètre.
[7] Le dollar vaut 5 fr. en monnaie de France.
[8] Ce n’est pas un obélisque, mais une colonne surmontée de la statue
de l’Empereur. (_Note du traducteur_).
[9] Je compte toujours par degrés Réaumur, et à l’ombre.
[10] Les tropiques s’étendent à 23 degrés au sud et au nord de la ligne.
[11] On donne le nom de _porte-haubans_ à une galerie extérieure où
viennent s’amarrer les cordages qui partent du sommet des mâts.
[12] Le _sextant_ est un instrument de mathématiques au moyen duquel
on mesure les degrés de longitude et de latitude où on se trouve, et
aussi le temps. Il sert à régler les montres. On ne peut mesurer les
degrés de latitude qu’à midi et quand le soleil paraît: le soleil est,
en effet, absolument indispensable pour l’opération, puisque c’est
d’après l’ombre qu’il projette sur les nombres marqués qu’on fait le
calcul. Les degrés de longitude, au contraire, peuvent se mesurer avant
et après midi, car le soleil n’est pas nécessaire pour cela.
[13] Pour faire fondre le goudron qui se trouve dans les fentes du
vaisseau, il n’est pas besoin d’une chaleur très-considérable; je l’ai
vu, dès 22 degrés, au soleil, s’amollir et se boursoufler.
[14] _Le livre de loch_ est le journal du vaisseau. Toutes les quatre
heures on y consigne exactement le vent que l’on a, le nombre des
milles que l’on a parcourus, et autres détails semblables, en un mot
tout ce qui est arrivé. C’est ce livre qui sert de pièce justificative
au capitaine auprès de l’armateur.
[15] Il y a plusieurs années, un matelot a essayé de gravir le _Pain
de sucre_: il a bien réussi à y monter, mais on ne l’en a pas vu
redescendre. Probablement il aura glissé et sera tombé dans la mer.
[16] Quelques jours après son arrivée, la respectable famille Lallemand
la prit chez elle.
[17] Un _milreis_ vaut en monnaie autrichienne 1 florin 7 kreutzers, et
en monnaie française 2 fr. 38 c.
[18] Le pied anglais n’a que 304 millimètres; 6 pieds anglais ne font
donc que 1^{m},80, c’est-à-dire un peu plus de 5 pieds 7 pouces.
[19] La princesse était déjà née depuis trois mois.
[20] Dans toutes les fêtes religieuses, on tire des pétards et de
petits feux d’artifice, soit devant l’église même, soit à peu de
distance; et, ce qu’il y a de plus comique, cela se fait toujours en
plein jour.
[21] Ils sont payés en proportion de leur service. Le prix habituel
pour une servante ordinaire est, par mois, de 5 à 6 milreis, pour un
cuisinier de 12, pour une nourrice de 20 à 22, pour un artisan adroit
de 25 à 35.
[22] C’est-à-dire 2 fr. 38 c. en monnaie française. Un florin
d’Autriche vaut 2 fr. 35 c.
[23] Par une _truppa_, on entend dix mulets conduits par un nègre;
ordinairement plusieurs _truppas_ se réunissent; il se forme souvent
ainsi des convois de 100 à 200 mulets. On sait que dans le Brésil tous
les transports se font à dos de mulet.
[24] Le _laso_ est une corde terminée par un nœud coulant. Les
indigènes de l’Amérique du Sud savent s’en servir avec une incroyable
adresse; c’est avec le laso qu’ils prennent les animaux sauvages.
[25] Dans le récit de cette excursion, qui parut à Vienne, en septembre
1847, pendant que j’étais encore en voyage, dans les _Sonntags-blætter_
(feuilles de dimanche) de M. A. Frankl, je ne dis rien de ma blessure,
pour ne pas inquiéter mes amis et mes parents.
[26] Cette herbe d’Afrique, qui vient très-haute en forme de jonc, est
plantée dans tout le Brésil, où l’herbe ne pousse pas d’elle-même.
[27] La _carna secca_ est, dans tout le Brésil, la principale
nourriture des blancs et des noirs; elle vient de Buenos-Ayres, et
se compose de viande de bœuf, coupée en tranches longues, plates et
larges, salées et séchées à l’air.
[28] On n’entend pas seulement par _blancs_ les Européens nouvellement
émigrés, mais aussi les Portugais établis dans le pays depuis quelques
siècles.
[29] Cette plante salutaire est très-abondante au Brésil.
[30] Dans l’hémisphère austral, les saisons sont opposées à celles
de l’hémisphère boréal; ainsi, tandis que l’hiver règne d’un côté de
l’équateur, de l’autre on est en plein été.
[31] On entend par ville continentale une ville située dans le cœur du
pays, loin de la mer.
[32] Par nègres marrons on entend les nègres qui se sont échappés de
chez leurs maîtres. Ils s’associent ordinairement par bandes et se
retirent dans les forêts vierges, mais ils osent souvent aussi en
sortir pour voler et piller; et plus d’un meurtre ensanglante leurs
excursions.
[33] Le _Rio-Plato_ est un des plus grands fleuves du Brésil.
[34] D’autres capitaines me dirent que la traversée du détroit de
Magellan n’était possible que pour des vaisseaux de guerre, parce
que cette traversée exigeait une grande quantité de matelots. Chaque
soir il faut mettre à l’ancre, et, à cause de la fréquence des coups
de vent, les matelots doivent être constamment prêts à carguer ou à
arriser les voiles.
[35] Le thermomètre descendit le jour à 6 ou 7 degrés, la nuit à 1 ou 2
degrés au dessous de zéro.
[36] Oiseaux aquatiques, de la famille des longipennes ou
grands-voiliers. Leur taille énorme les a fait appeler par les matelots
_moutons du Cap_ ou _vaisseaux de guerre_.
[37] Un réal est la huitième partie d’un écu d’Espagne; il vaut en
monnaie d’Autriche 15 kreutzers et demi, ou environ 63 centimes de
France.
[38] Les Chiliens descendent des Espagnols, comme les Brésiliens des
Portugais.
[39] Espèce de bananes.
[40] La piastre vaut 5 francs 9 centimes de notre monnaie, et le réal
63 centimes.
[41] La _legua_ vaut donc un peu plus de 6 kilomètres.
[42] Tous les Indiens sont chrétiens, de la religion protestante, mais
seulement, je crois, de nom.
[43] Pieds anglais. Voy. page 35, la note.
[44] L’éléphantiasis, à Taïti, envahit ordinairement les pieds,
et monte jusqu’aux cuisses. Ces parties enflent et se remplissent
d’écailles et de brûlures, de manière qu’on pourrait réellement les
prendre pour des pieds d’éléphants.
[45] Je ne cite exprès le nom d’aucun de ces messieurs, et je crois par
là mériter leur reconnaissance.
[46] Taïti ne produit jusqu’ici aucun article d’exportation; c’est
pourquoi on n’y prend que du lest. L’île est importante pour les
Français comme station.
[47] _Le champan_ est un bateau plus petit qu’une jonque.
[48] Les prix, dans les hôtels de Macao, de Victoria et de Canton, sont
de 4 à 6 dollars par jour.
[49] Charles Gützloff est né à Pyritz, en Poméranie, le 8 juillet
1803. Dès son enfance il montra une grande piété et un rare talent.
Ses parents lui firent apprendre le métier de passementier. Il s’y
appliqua beaucoup, mais sans pouvoir s’y attacher. En 1821, il eut
l’occasion de présenter au roi de Prusse une pièce de vers dans
laquelle il exprimait ses sentiments et ses désirs; ce monarque, y
ayant trouvé d’heureuses dispositions, ouvrit au jeune Gützloff une
carrière plus en harmonie avec ses goûts. En 1827, il vint comme
missionnaire à Batavia. Plus tard il alla à Bintang, où il étudia
le chinois avec un zèle extraordinaire; au bout de deux ans, il le
parlait déjà assez couramment pour pouvoir prêcher dans cette langue.
En 1831, il se rendit à Macao, y établit des écoles pour les jeunes
gens, et commença une traduction de la Bible en chinois. Il fonda, avec
Morisson, une société pour la propagation des connaissances utiles en
Chine, et publia en langue chinoise un magasin mensuel dont le but
était d’inspirer aux Chinois le goût de l’histoire, de la géographie et
de la littérature. Dans les années 1823 et 1833 il pénétra jusqu’à la
province de _So-Kien_.
Les voyages de Gützloff ont conduit à des observations curieuses sur
les divers dialectes de la Chine, et ont été aussi d’une grande utilité
sous d’autres rapports, surtout pour la critique des derniers ouvrages
publiés sur ce pays.
Il faut reconnaître son rare talent, louer sa fermeté persévérante dans
l’exécution de ses projets, et admirer son zèle pour la science, comme
sa foi courageuse.
Voy. _Conversations Lexicon der Gegenwart_ (Dictionnaire de la
conversation de notre temps.)
[50] Tous les grands bâtiments portent peintes à la proue de grandes
prunelles qui, dans la pensée les Chinois, les aident à trouver leur
chemin.
[51] Elle n’arrive qu’une fois par mois.