pas de la ville du même nom sise sur le Niger.]
[Note 340 : Je ne possède pas de renseignements spéciaux sur l’histoire
du Gangaran.]
[Note 341 : 1er volume, pages 289 et 290.]
[Note 342 : C’est ce Demba Séga qui, alors établi à Koniakari, y reçut
Mungo-Park en janvier 1796.]
[Note 343 : Ces deux villes devaient être conquises en 1853 par El-hadj-
Omar.]
[Note 344 : Au moment du siège de Médine, le chef du Natiaga s’appelait
Sémounou ; il s’enfuit devant El-hadj, qui lui donna comme successeur
Altini-Séga ; après le départ des Toucouleurs, ce dernier se fit
reconnaître comme chef du Natiaga par l’autorité française et établit sa
résidence à Tinké, dans une gorge d’accès difficile. Vers la même
époque, le chef du Logo s’appelait Niamodi et résidait à Saboussiré.]
[Note 345 : Les renseignements concernant l’histoire du Liptako que je
reproduis ici sont empruntés à un manuscrit arabe recueilli à Dori par
M. le lieutenant Marc, qui a bien voulu me le communiquer en
m’autorisant à en faire usage. Le manuscrit donne ces renseignements
comme émanant d’un certain Nouha fils de Diogol fils d’El-hadj fils de
Baouligo de la tribu peule des Yaté, qui vint s’établir au Liptako en
venant du Haoussa, et qui les tenait lui-même de divers docteurs et
savants du Liptako, du Haoussa, du Songaï et d’autres pays.]
[Note 346 : Ce mot peut être un surnom arabe signifiant « le Réfléchi »
(ou « le Taquin »).]
[Note 347 : Cela placerait l’arrivée des Peuls au Liptako cent ans à peu
près avant la prise du pouvoir par Ibrahima, c’est-à-dire vers la fin du
XVIe siècle, ce qui est conforme aux traditions recueillies d’autre
part.]
[Note 348 : A l’Est et près de Téra, sur la route de Dori à Sansan-
Haoussa.]
[Note 349 : Certains prétendent qu’Alfa-Himé aurait conquis le Gourounsi
vers 1870 et que Gandiari lui aurait succédé vers 1880.]
[Note 350 : _Sikasso_ est le nom donné par les Dioula à cette ville, que
les Sénoufo appellent _Sikokana_ ou _Sikokaha_ (village de Siko).]
[Note 351 : Tièba avait eu auprès de lui, comme résident temporaire
représentant le gouvernement français, d’abord le capitaine Quiquandon,
puis le lieutenant Marchand.]
[Note 352 : Une partie des Minianka et la plupart des Bobo de ce cercle
étaient demeurés indépendants, notamment dans les cantons de Zangasso,
Karangasso, Mpessoba et Kinntiéri, ainsi que les Soninké et les Banmana
de Dougbolo. Les Minianka de Yorosso, soumis par Babemba au début de son
règne, s’étaient révoltés par la suite contre son autorité.]
[Note 353 : D’après Mungo-Park, on se rendait en dix jours de Bénoum à
Tichit et on mettait le même temps pour aller de Bénoum à Oualata.]
CHAPITRE XIV
=L’exploration européenne.=
Ainsi que je l’ai dit dans la première partie de cet ouvrage, la portion
du continent africain dont nous nous occupons ici ne fut pas visitée par
les Anciens, dont les explorations — pour autant que nous sommes
documentés sur le sujet — ne dépassèrent pas les rivages de l’Atlantique
d’une part ni le Sahara proprement dit de l’autre. Nous n’avons donc pas
à reparler ici du voyage des Nasamons ni de celui de Hannon, pas plus
que du périple entrepris sous Néko II ni des tentatives d’Eudoxe de
Cyzique. Les expéditions romaines du début de notre ère, si elles
atteignirent des pays que l’on peut considérer comme se rattachant au
Soudan[354], ne pénétrèrent pas en tout cas dans les territoires qui
font l’objet de notre étude.
L’exploration du Haut-Sénégal-Niger par des voyageurs européens ou tout
au moins méditerranéens ne commença qu’au Xe siècle de notre ère et fut
pendant longtemps monopolisée par des Arabes ou des Berbères de
l’Espagne, du Maghreb et de l’Ifrîkia. La plupart de ces premiers
explorateurs du Soudan sont d’ailleurs demeurés anonymes ; quelques-uns
seulement ont eu la chance d’avoir leurs noms transmis à la postérité
par les historiens et les géographes qui ont utilisé leurs
renseignements ; ces historiens et géographes, qui ont ainsi tiré profit
d’explorations le plus souvent anonymes, sont : Bekri, Zohri, Edrissi,
Yakout, Ibn-Saïd, Aboulféda, Gharnati, Ibn-Khaldoun, etc.
Deux seulement, parmi les voyageurs arabes qui ont visité le Soudan du
Xe au XIVe siècles, ont écrit des relations dont le texte est parvenu
jusqu’à nous : _Ibn-Haoukal_ et _Ibn-Batouta_.
Le premier (Xe siècle) ne parcourut que l’extrême Nord du Soudan,
visitant Aoudaghost et Ghana, pour retourner ensuite au Maroc, et on
doit le considérer surtout comme le premier explorateur du Sahara
soudanais. Ibn-Batouta, qui se rendit de Oualata à Mali et passa au
retour par Tombouctou et Gao (1352-53), peut être cité au contraire
comme le premier explorateur du Soudan occidental ; sa relation
d’ailleurs ne se borne pas à une sèche nomenclature de gîtes d’étape,
ainsi qu’on peut s’en rendre compte à la lecture du chapitre VII du
présent volume.
Vers la même époque, des navigateurs européens commençaient à aborder à
la côte occidentale d’Afrique[355], mais ils ne pénétraient pas à
l’intérieur du continent. C’est seulement vers la fin du XVe siècle,
semble-t-il, que les _Portugais_, établis en Mauritanie, sur la basse
Gambie et la Côte d’Or, envoyèrent des missions dans les pays qui
forment aujourd’hui le Haut-Sénégal-Niger. Mais nous ne savons rien de
ces missions ni des voyages qu’elles accomplirent, en dehors des brèves
mentions qu’en a faites Joao de Barros : c’est ainsi qu’aux environs de
1481 le roi Jean II, qui venait de monter sur le trône du Portugal,
envoya à l’empereur de Mali deux ambassades, dont l’une, partie de la
Gambie, se composait de Rodriguez Rabello, Péro Reinal et Joao Collaçao,
et dont l’autre fut mise en route par le gouverneur d’Elmina. Nous
ignorons ce qui advint de la première ; quant à la seconde, dont nous ne
savons pas la composition, elle parvint effectivement à Mali et
constitua sans doute la première reconnaissance du Niger faite par des
Européens.
Quelque vingt ans plus tard, vers 1507, _Léon l’Africain_ exécutait à
travers le Soudan un voyage mémorable qui devait être mis à contribution
pendant plus de deux siècles par tous les géographes, cosmographes et
polygraphes de l’Europe et constituer ainsi la base de toutes nos
connaissances relatives au pays des Noirs jusqu’au temps de Mungo-Park.
A vrai dire, les observations faites par Léon ne sont pas toutes d’un
intérêt considérable ni d’une nouveauté bien sensible, et l’on peut se
demander s’il a visité personnellement toutes les contrées et les villes
qu’il nous décrit : Oualata, Dienné, Mali, Tombouctou, Kabara, Gao,
Gober, Agadès, Kano, etc. Les jugements qu’il porte sur les indigènes du
Soudan sont assez contradictoires, et l’on serait en droit de supposer
qu’il les a recueillis de diverses bouches et qu’ils ne résultent pas de
ses propres observations[356].
En 1534 se place un nouveau voyage à Mali d’un ambassadeur portugais :
celui-ci se nommait _Péroz Fernandez_ ; il était envoyé par Joao de
Barros et accrédité par le roi Jean III. Nous ne savons rien des détails
ni des résultats de son voyage, sinon qu’il parvint à la cour de
l’empereur de Mali et fut très bien accueilli par lui. Les Portugais
qui, vers 1550, s’emparèrent des mines d’or du Bambouk, ne nous ont
laissé non plus aucun renseignement sur leurs faits et gestes.
Un siècle se passa ensuite sans que s’accomplit aucune nouvelle
exploration européenne dont le souvenir se soit conservé[357]. Puis,
vers la fin du XVIIe siècle, apparurent sur le haut Sénégal les premiers
voyageurs français. Nos commerçants trafiquaient au Cap Vert et à
l’embouchure du Sénégal depuis 1558 et avaient des établissements
permanents sur le bas fleuve depuis 1638.
En 1667, 1682 et 1685, des tentatives furent faites, par les différentes
compagnies commerciales françaises qui se succédèrent au Sénégal, pour
remonter le fleuve jusqu’à la Falémé, mais toutes échouèrent par suite
du mauvais vouloir des gens du Fouta. Le voyage de 1682 fut accompli par
Dancourt, directeur de la Compagnie, et par le chirurgien Lemaire, et
celui de 1685 par le directeur Chambonneau. Ce dernier fut plus heureux
l’année suivante et parvint au Galam, à l’Ouest de la Falémé.
En 1687, un commis nommé _Bazy_ réussit à faire de fructueuses
opérations de traite au Galam et à remonter « au plus haut du Sénégal,
jusqu’au Rocher », c’est-à-dire jusqu’aux barrages rocheux voisins de
Kayes ; ce commis obscur fut ainsi sans doute le premier Français ayant
pénétré librement dans la colonie actuelle du Haut-Sénégal-Niger. Trois
ans après, _La Courbe_, inspecteur général de la Compagnie du Sénégal,
poussait à son tour jusqu’à la chûte du Félou (1690) ; c’est au retour
de cette exploration que, le premier, il affirmait que le Sénégal et le
Niger ne pouvaient constituer un seul et même fleuve, comme on le
croyait encore à l’époque[358].
C’est en 1697 qu’_André Brue_, directeur de la Compagnie du Sénégal, se
rendit pour la première fois au Fouta et visita le roi de ce pays, qui
résidait alors non loin de Matam ; mais il ne poussa pas cette fois
jusqu’à l’embouchure de la Falémé et se contenta d’envoyer au Galam un
commis chargé de porter au _tonka_ ou _tounka_ (roi du Galam) les
cadeaux que la Compagnie s’était engagée à lui remettre comme une sorte
de tribut annuel. En 1698, lors d’un nouveau voyage, Brue parvint à
Dembakané, alors capitale du roi de Galam, qui se trouvait sur la rive
gauche du Sénégal, à 200 pas du fleuve et, très vraisemblablement, en
amont de l’embouchure de la Falémé ; il visita le roi Boukari, qui
venait de s’emparer du pouvoir sur son prédécesseur Maka. Poursuivant
son voyage un peu plus en amont, Brue atteignit Dramané (près du village
actuel d’Ambidédi), le 1er septembre 1698 ; cette localité était peuplée
de marchands soninké, qui professaient l’islamisme, comme le roi du
Galam. Brue fonda près de Dramané et à quelques kilomètres en aval, à
Makhana ou Makhané, un comptoir qu’il laissa à la garde d’un frère
convers de l’ordre des Augustins nommé _Apollinaire_. Ce moine était en
même temps chirurgien. Animé de l’esprit d’entreprise, il chercha à
pénétrer au Bambouk, mais n’y put parvenir ; en échange, il explora le
Khasso, visita les chûtes du Félou et remonta ensuite une partie du
cours inférieur de la Falémé.
En 1710, La Courbe, envoyé en voyage d’inspection au Galam, alla visiter
l’île de Cagnou, située près de Médine, qu’il baptisa « île
Pontchartrain » ; l’année suivante, le Rouennais _Mustellier_, l’un des
membres associés de la nouvelle Compagnie du Sénégal, se rendit aussi à
l’île de Cagnou, et, lors de son retour, mourut à Touabo, près et en
aval de Bakel. Des établissements furent créés de 1712 à 1714 sur le
Sénégal, entre Kayes et la Falémé, et sur la partie inférieure de ce
dernier cours d’eau.
C’est peu après, en 1715-17, que se placent les explorations du maçon
_Compagnon_, qui était employé au fort Saint-Joseph (entre Makhana et
Tamboukané) ; Compagnon se rendit d’abord du fort Saint-Joseph au fort
Saint-Pierre (à Kaïnoura, sur la basse Falémé, non loin du point
terminus de la reconnaissance du frère Apollinaire) ; puis, remontant la
rive droite de la Falémé jusqu’à la hauteur de Naye (près et en aval de
Sénoudébou), il revint sur le Sénégal et alla ensuite visiter les
districts aurifères du Nettéko et du Tambaoura (Bambouk), d’où il
rapporta de précieuses observations et des échantillons de minerais que
Brue fit analyser.
En 1719, Brue envoya en mission un sieur Tinstall de la Tour, dans le
but d’obtenir des renseignements sur Tombouctou et son commerce, mais il
ne semble pas que Tinstall ait jamais dépassé le Khasso.
De 1730 à 1732, les minéralogistes _Pelays_ et _Legrand_ firent deux
voyages au Bambouk et visitèrent les exploitations d’or établies par les
indigènes ; Pelays fut assassiné par ces derniers au cours de son second
voyage. De nouvelles reconnaissances furent faites sur la Falémé et dans
le Bambouk en 1744 par Delabrue, en 1748 par Duliron et en 1756 par
Aussenac.
L’occupation du Sénégal par les Anglais interrompit l’exploration du
pays. Elle fut reprise en 1786, sous le gouvernement du chevalier de
Boufflers ; à cette époque, Durand, directeur de la Compagnie du
Sénégal, envoya l’un de ses employés nommé _Rubault_ au Galam, par la
voie de terre. Après avoir traversé le Cayor, le Diolof et le Boundou,
Rubault atteignit la Falémé à Kaïnoura, puis le Sénégal à Tamboukané,
près des ruines de l’ancien fort Saint-Joseph. Il fut assassiné l’année
suivante par les esclaves qu’il avait achetés pour le compte de sa
compagnie.
L’exploration française subit ensuite un nouveau temps d’arrêt, tandis
que, pour la première fois, les Anglais allaient faire leur apparition
au Soudan occidental : quatre grands noms les y représentèrent à cette
époque, ceux de Houghton, de Mungo-Park et de Laing, morts tous trois en
Afrique martyrs de la science, et celui de Dochard.
Le major _Houghton_, venant de la Gambie, pénétra au Bambouk, traversa
le Sénégal du côté de Kayes et se dirigea vers le Nord-Est avec
l’intention de gagner Tombouctou ; mais, parvenu à Simbi, à 35
kilomètres environ au Sud-Sud-Ouest de Nioro, il fut arrêté par ordre du
roi des Oulad-Mbarek et mourut, assassiné disent les uns, d’épuisement
et de dysenterie disent les autres (1791).
En 1795, l’Ecossais _Mungo-Park_ partait aussi de la Gambie ; après
avoir traversé le Boundou, il atteignait le Sénégal près de Bakel et le
suivait jusqu’à Kayes, où il arriva le 28 décembre 1795 ; de Kayes, il
se rendit à Koniakari, où il visita Demba Séga, roi du Khasso, en
janvier 1796 ; puis il se rendit à Guémou, à la frontière du Lankamané
et du Kingui, où il arriva le 12 février et où il fut bien accueilli par
Dassé Kouloubali, empereur du Kaarta. Ce dernier, qui était en
hostilités avec l’empereur de Ségou, ne crut pas pouvoir donner à Mungo-
Park la route de l’Est, et le voyageur obliqua vers le Nord-Est, pour
contourner au Nord les pays où régnait l’état de guerre. Prenant donc la
route de Nioro, il passa à Simbi, où il recueillit les bruits relatifs à
la mort de Houghton, puis parvint à Diara. Mais là, il fut arrêté par
des Oulad-Mbarek et conduit à Ali, roi du « Loudamar », qui résidait
alors à Bénoum, à une cinquantaine de kilomètres au Nord-Est de Nioro.
Ali le garda prisonnier dans son camp ; après quatre mois de captivité,
Mungo-Park profita d’une attaque de Diara par Dassé Kouloubali, attaque
qui jeta le désarroi au camp de Ali, et il parvint à s’échapper ; au
prix de fatigues inouïes, en butte à des dangers sans nombre, il réussit
à gagner Ouossébougou et à atteindre le Niger en face de Ségou, en
juillet 1796. L’empereur Monson, qui ne pardonnait pas au voyageur
écossais d’avoir été bien accueilli par son ennemi Dassé, lui refusa
l’autorisation de traverser le fleuve ; descendant alors la rive gauche
du Niger, Mungo-Park poursuivit sa route jusqu’un peu au-delà de
Sansanding ; puis, continuant son voyage en pirogue, il parvint jusqu’à
un village situé à deux jours de Dienné et sur la rive droite du Niger
(29 juillet 1796) : ce village, qu’il appelle _Silla_, était
probablement Sélé, en amont de Diafarabé. Malade, dénué de tout, en
butte à l’hostilité de tous les indigènes, cet homme pourtant si tenace
dut s’avouer vaincu et, renonçant à pousser plus loin, il revint sur ses
pas. Il repassa par Sansanding, évita le voisinage de Ségou, passa par
Niamina et Koulikoro, arriva le 23 août à Bamako et traversa le Manding,
où il dut s’arrêter assez longtemps pour cause de maladie. Le 11 mai
1797, il atteignait Satadougou, d’où il revint à la côte en suivant le
cours de la Gambie, après dix-huit mois de souffrances dont ceux qui
voyagent aujourd’hui au Soudan peuvent difficilement se faire une idée
exacte.
L’année suivante, l’Allemand Hornemann, parti de Tripoli, atteignait le
Niger du côté de Say et, descendant la rive gauche du fleuve, allait
mourir dans le Noupé (1798).
En 1805, _Mungo-Park_ voulut renouveler son expérience ; mais sa seconde
exploration fut bien différente de ce qu’avait été la première. Au lieu
de partir seul, il emmenait avec lui 40 Européens et un très fort
convoi. Ce fut un voyage lamentable, qui se termina de la façon tragique
que l’on sait. Venant de la Gambie, l’expédition atteignit la Falémé le
8 juin ; le chef de la mission avait comme assistants principaux
_Anderson_, _Scott_ et le lieutenant _Martyr_ ; ce dernier commandait un
détachement de soldats anglais. On longea les montagnes du Konkodougou
et du Tambaoura, puis, traversant le Bafing et le Bakhoy et passant près
de Kita, l’expédition arriva à Bangassi, d’où elle atteignit le Niger le
19 août en amont de Bamako, après avoir perdu par suite de maladie ou
abandonné 29 Européens sur les 40 partis de la Gambie avec Park. Les
survivants étaient à Bamako le 21 août ; s’embarquant sur des pirogues
près de Toulimandio, ils arrivaient le 14 septembre à Niamina et le 16 à
Somi, en face de Ségou, ayant perdu encore quatre d’entre eux depuis
Bamako. Monson ne voulut pas recevoir Mungo-Park, mais il l’autorisa à
poursuivre son voyage. Partant de Somi le 26 septembre, Park arriva le
lendemain à Sansanding et y demeura sept semaines, qu’il employa à faire
transformer une grande pirogue en schooner ; trois Européens, dont
Anderson, périrent durant ce séjour à Sansanding. Le 16 novembre 1805,
Park s’embarquait sur son bateau avec les quatre Européens qui lui
restaient : Scott, Martyr et deux soldats ou ouvriers. Postérieurement à
cette date, on n’eut plus aucune nouvelle de l’expédition.
En 1810, Maxwell, alors gouverneur anglais du Sénégal, se décida à
envoyer aux informations un Noir nommé Isaac, qui avait été interprète
de Park et que ce dernier, avant de quitter Sansanding, avait renvoyé à
la côte avec des lettres et son journal de route. Isaac revint au
Sénégal en 1811, rapportant la nouvelle que Park et ses derniers
compagnons avaient péri dans les rapides de Boussa environ quatre mois
après leur départ de Sansanding, c’est-à-dire vers fin mars 1806. Par
des documents recueillis à Sokoto en 1827 par Clapperton, on sut que les
cinq voyageurs avaient abordé à Tombouctou et y avaient séjourné[359] ;
ayant fait escale à Gao, ils furent attaqués par les Touareg, qui
tuèrent trois des quatre compagnons européens de Park ; ce dernier et
Martyr étaient les seuls survivants au moment de l’arrivée aux grands
rapides de Boussa : attaqués au moment le plus dangereux par des
indigènes massés sur les roches et se voyant perdus, les deux voyageurs
se jetèrent à l’eau et y périrent noyés.
En 1818-19, le chirurgien anglais _Dochard_, venant lui aussi de la
Gambie par le Boundou, explora le Bambouk, le Gangaran, le Fouladougou,
le Bélédougou, et atteignit le Niger à mi-chemin entre Koulikoro et
Niamina, d’où il gagna Bamako (janvier 1819). Revenant ensuite à
Bangassi (Fouladougou), il traversa le Kaarta et fut recueilli près de
Bakel par des officiers français.
Le major _Gordon Laing_, parti de Tripoli par Ghadamès et le Touat,
atteignit Oualata, puis Tombouctou en 1826 ; obligé de retourner sur ses
pas en raison de l’hostilité de Sékou-Hamadou, il fut étranglé par des
Bérabich sur la route de Tombouctou à Araouâne le 24 avril (ou le 24
septembre) 1826. Ses restes, retrouvés tout récemment par M. Bonnel de
Mézières, ont été déposés à Tombouctou par les soins de l’autorité
française[360].
Après Laing, nous rencontrons[361] le nom d’un explorateur français qui,
malgré ses origines modestes et son manque absolu de ressources,
effectua au Soudan l’un des plus beaux voyages du XIXe siècle et l’un de
ceux qui firent faire les plus grands pas à la science géographique : je
veux parler de _René Caillié_. Parti de Kakoundi (Rio-Nunez) le 19 avril
1827 déguisé en Maure, et se faisant passer pour un Egyptien capturé par
des Français puis affranchi par son maître au Sénégal et désireux de
regagner son pays, il réussit à traverser le Fouta-Diallon, atteignit le
Niger à Kouroussa, visita le Ouassoulou, tomba gravement malade à Timé
ou Kiémé, près et à l’Est d’Odienné qui n’existait pas encore (Côte
d’Ivoire actuelle), se rendit de là à Tengréla, d’où il passa dans le
Haut-Sénégal-Niger actuel, atteignit Dienné, entra à Tombouctou le 20
avril 1828 et arriva enfin à Tanger le 18 août de la même année, ayant
accompli seul, en seize mois, un voyage de plus de 4.500 kilomètres et
rapportant des masses de renseignements précieux.
Entre temps, les reconnaissances parties du bas Sénégal avaient repris
leur cours dans la région de Kayes. En 1822, le capitaine de frégate
Leblanc avait visité le Galam, et Groux de Beaufort, en 1824-25, puis
Duranton en 1828, avaient exploré le Bambouk, le Khasso et le Sud du
Kaarta. Bouet-Willaumez, gouverneur du Sénégal, remonta en 1836 le
fleuve jusqu’à Médine et visita les chûtes du Félou. Sur son ordre, en
1843, une mission composée du pharmacien Huart, du commis de marine
Raffenel et du traitant Pottin-Paterson remonta la Falémé et fit une
nouvelle exploration du Bambouk et du Khasso. En 1846, _Raffenel_ fit un
second voyage au Soudan et explora le Kaarta.
Ensuite se place la plus belle exploration soudanaise, celle du docteur
allemand _Barth_ : il faisait partie d’une expédition scientifique
dirigée par Richardson et comprenant en outre Overweg ; partie de
Tripoli en 1850, la mission visita Rhât et Agadès, atteignit en 1851 le
Haoussa, où mourut Richardson, et explora le Bornou et les rives du
Tchad. Overweg étant mort à son tour, Barth, demeuré seul, assuma tout
le labeur. Ayant visité l’Adamaoua, le Kanem et le Baguirmi, il revint
au Haoussa, séjourna à Zinder, Katséna, Sokoto et Gando, atteignit le
Niger en face de Say, le traversa, visita le Yagha, gagna Dori, puis
Hombori, arriva le 7 septembre 1853 à Tombouctou où il séjourna sept
mois (1853-54), suivit la rive septentrionale du Niger jusqu’à Gao,
regagna le lac Tchad et enfin rejoignit Tripoli en 1855, après un voyage
de plus de cinq ans dans le cœur de l’Afrique. Durant le séjour de Barth
à Tombouctou, Hamadou-Hamadou, alors roi du Massina, avait donné l’ordre
de faire chasser l’explorateur hors de la ville ; ce dernier dut en en
effet partir, protégé d’ailleurs par Ahmed-el-Bekkaï.
En 1858, Brossard de Corbigny complétait l’exploration du Khasso et du
Logo et, en 1859-60, le sous-lieutenant _Pascal_ achevait celle des
bassins de la Falémé et du Bafing[362]. En 1860 le lieutenant indigène
_Alioune Sal_ partait du Sénégal et, de 1861 à 1862, explorait le Tagant
et le Hodh, visitait Oualata, Araouâne, et parvenait à Bassikounou ;
arrêté là et fait prisonnier par un détachement de l’armée d’El-hadj-
Omar, il parvint à s’échapper et put regagner Bakel.
De 1863 à 1866 s’accomplit le voyage du lieutenant de vaisseau _Mage_ et
du docteur _Quintin_ à Ségou. Partis de Saint-Louis, les deux
explorateurs s’acheminèrent par Médine — qui était depuis 1855 notre
poste le plus avancé vers l’Est —, Bafoulabé et Kita, traversèrent le
Fouladougou, passèrent par Banamba, atteignirent le Niger à Niamina le
22 février 1864 et arrivèrent à Ségou, où ils furent reçus par Ahmadou,
le 28 fév. suivant. Ils étaient chargés par Faidherbe de négocier un
traité avec El-hadj-Omar et d’obtenir de lui l’autorisation de créer un
poste français à Bafoulabé. Mais El-hadj guerroyait alors au Massina et
Ahmadou ne voulut pas mettre les voyageurs en communication avec lui ;
tout en les traitant avec courtoisie, il les garda, en fait, prisonniers
à Ségou durant deux ans et deux mois. Les explorateurs mirent à profit
ce séjour forcé pour récolter des quantités de renseignements sur
l’histoire du Soudan et l’organisation de l’empire d’El-hadj-Omar ; ils
eurent aussi l’occasion d’assister de près aux opérations de guerre
d’Ahmadou, qu’ils accompagnèrent dans ses expéditions contre Sansanding
et contre Koulikoro. Ayant enfin obtenu l’autorisation de quitter Ségou,
ils partirent de cette ville dans la nuit du 5 au 6 mai 1866, passèrent
par Touba (Touba-koura), Ouossébougou, Bagoïna, Nioro et Koniakari et
atteignirent Médine le 28 mai 1866.